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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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La Légende admirable et barrée de Lady Pénélope

mardi 11 août 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Il y a une génération et même plusieurs qui a été fascinée, avec justes raisons, pour les dessins animés de science fiction mais aussi par les séries live de Gerry et Sylvia Anderson. Des Space Opera de science fiction avec des marionnettes de bois au visage définitivement végétal dans sa froideur et dans sa dureté, mais autour des costumes à tomber par terre, dignes des plus grands couturiers de l’époque et des véhicules d’une imagination constante. Ceci se répéta lorsqu’ils en vinrent donc à des séries live comme « UFO », et même au très curieux film de Robert Parrish « Danger : Planète inconnue », qui était d’ambiance typiquement Andersonnienne.

De cela, nous parlerons peut-être une autre fois, sachant qu’un jour, il y a longtemps, j’ai croisé un designer japonais qui m’a dit que dans les années 60/70, Gerry et Sylvia Anderson avaient été une source non négligeable d’idées pour le design japonais, à l’époque où Sony lançait sur le marché ses premiers appareils portables, walkman et autres.

Un éditeur anglais, « Reynolds & Hearn », a eut l’excellente idée de publier deux volumes (on peut les commander directement auprès de l’éditeur, mais le plus simple est d’aller voir dans les bonnes librairies spécialisées à Paris comme « Un Regard Moderne », rue Gît-le-Cœur, ou « Les Editions Déesse », rue Cochin) des comics de
« Thunderbirds » et de « Lady Pénélope » pour nous : « Century 21 », volumes 1 et 2.

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Ce sont des régals absolus et absurdes : ils ont pris les plus grands dessinateurs réalistes de l’époque, et leur ont fait faire volontairement des bandes dessinées ravissantes, mais où les héros étaient figés comme lesdites marionnettes. Je ne vous les citerai pas en détails, vous laissant la surprise, mais je dirais à Philippe Druillet, l’autre fan de Ron Turner, créateur des immortelles aventures de « Rick Random » qui seront rééditées un de ces jours, qu’il y a là un épisode entier dû à Ron Turner. Il n’est plus au sommet de son talent, comme quand il faisait des couvertures de science fiction que Brantonne recopiait, les changeant un peu, ce n’est pas du niveau de « Rick Random » mais son dessin ne s’est pas encore figé totalement et il y a quelques très jolies images avec ce dessin si étrange qui, oui définitivement, a dû inspirer le jeune Druillet.

Et puis, il y a le cas Bellamy. Frank Bellamy, que j’ai découvert dans « Pilote » quand j’étais jeune, avec des bandes dessinées sublimes, réalistes et folles, comme
« Churchill » ou « Frazer l’Africain », et plus tard ailleurs son « Heros the Spartan ». Il vaut cent fois « 300 » de Frank Miller, mélange de dessins d’une précision extraordinaire, baroques et en même temps retenus, avec là-dessus des couleurs flashy et des mises en pages délirantes (tout cela paraissait en double page dans
« Look and Learn » et ailleurs), était sublime.

Sur les photos de Frank Bellamy, qui fit un peu de tout, dans tous les sens, en allant au plus offrant, on voit un gentleman anglais, quelque part entre Sean Connery et Brian Epstein, dans les night clubs à la mode. Et on se dit que la bande dessinée devait être, comme pour quelques autres (je pense à Silverberg dans la science fiction pour l’Amérique ou à Gillon pour la France), un moyen de mener la grande vie en étant payé correctement, mais pas forcément le seul centre d’intérêt, ce qui l’a amené à commettre donc quelques épisodes de « Thunderbirds ».
Et là, on est dans le délire absolu puisqu’il y a des paysages grandioses, des fusées magnifiques, que c’est un immense Space Opéra mais que, cahier des charges aidant, il doit quand même garder les visages inexpressifs des marionnettes de Gerry et Sylvia. Le résultat est étrange mais passionnant au bout du compte et je ne peux m’empêcher de vous en montrer quelques images.

Enorme avantage de ces livres : les histoires sont sympas mais surtout au travers du talent de Sylvia qui était souvent là pour faire les costumes, la mode et les accessoires de Gerry, qui était un maître en fusées seventies. Vous aurez un des plus beaux cours de design sur les merveilleuses années 70 dans ce qu’elles ont de plus fort, avec l’aberration magnifique qui consiste en gros à demander à Géricault d’adapter le théâtre de Guignol, c’est-à-dire pour Bellamy d’adapter les
« Thunderbirds ».

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