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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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La possibilité d'un chef-d'oeuvre - 1ère partie

mardi 28 juillet 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Quand vous allez acheter des tomates ou des poivrons, vous ne faites pas appel à un critique : l’aspect de la boutique, les légumes présents (si ce sont des légumes qui ne devraient pas être là, ce n’est pas la saison du moins dans les pays proches et parfois ce n’est la saison nulle part, méfiez-vous), le poids, l’odeur, les couleurs vous guident, naturellement : si vous vous laissez aller et écoutez votre instinct, vous mangerez de bons légumes.

Pour le cinéma, c’est pareil, sauf que là vous demandez à un critique son avis, ce qui est absurde : écoutez votre instinct.

Je vous ai déjà parlé de ma haine de la critique en général (mais pas des critiques en particulier : il y en a un de bon sur mille) : ils sont paresseux, ne voient pas toujours les films jusqu’au bout, ils sont mégalomanes, et suivant l’accueil et le copinage qu’ils ont avec l’attaché de presse, ils attachent plus ou moins d’importance au film. Ils n’ont pas de culture cinématographique et quand ils voient un remake, ils n’ont jamais vu le make. Ils appliquent généralement une grille préexistante qui leur évite tout risque : quand un metteur en scène est encensé, ils l’aiment. Quand une grosse machine est annoncée comme une grosse machine, ils parlent chiffres et critiquent le film à l’aube de son succès.

Son succès en Amérique donc, sans se dire que peut-être il n’a pas marché pour des raisons diverses qui peuvent être passionnantes, et qui peuvent même en faire un chef-d’œuvre, qu'il n’est pas arrivé au bon moment ou qu'il gratte là où ça fait mal... Il suffirait pour faire honte à la critique en général, de reprendre quelques films comme les premiers Léone ou même « Le Parrain » de Coppola ou tous les Ferrara jusqu’à
« King of New York », qui furent soit ignorés, soit conspués par tout le monde, ou presque. Ensuite ces metteurs en scène furent acceptés puis révérés.

Cela a provoqué chez les producteurs et les distributeurs une peur légitime. Ils savent que parfois, leurs films sont « pliés » et déjà destinés à l’oubli avant même leur sortie, que la critique sera mauvaise et que les gens n’iront pas le voir. D’où certains films qui sortent l’été en catimini, ou d’autres qui ont à peine le droit à une projection de presse puisqu’on sait que c’est foutu.

Quelle horreur pour des gens qui ont travaillé des années sur un projet et pour le metteur en scène qui peut-être ne pourra pas faire d’autres films ensuite. Quelle horreur pour l’acteur qui s’est investi à fond, comme Cornillac dans le superbe « Eden Log » ou Lambert Wilson dans le dernier Caro. Mais il n’y a rien à faire.

Des très grands films il y en a toujours, et il a fallu une Palme d’Or à Cannes pour qu’on s’aperçoive que Laurent Cantet était l’un des plus grands metteurs en scène français. Ce n’est pas que la critique l’avait ignoré, au contraire, la critique radicale et spécialisée l’avait encensé, mais de manière telle que cela ne donnait pas envie de voir ses films. Ils décryptaient le message longuement, en oubliant de dire que dans les films il était léger et qu’avant tout c’était des films et que par exemple dans « Ressources Humaines », l’usine était magnifiquement filmée et les personnages d’une grande richesse. Ils en restaient à l’anecdote.

Les festivals ne suffisent donc pas non plus, même si certains comme Cannes ont définitivement rouvert des portes.
Le fait est que « Il Divo », du meilleur metteur en scène italien, Paolo Sorrentino, chouchou désormais des festivals et qui a eu de bonnes critiques, n’a pas rencontré le grand succès qu’il aurait mérité, à partir du moment où tous les films sont salués à la même aune : trop de chefs-d’œuvre annoncés (surtout à la télévision qui ne dit du mal de rien). Et il a été trop peu vu, alors que c’est un film merveilleux qui renoue avec le grand cinéma politique italien des années 60/70, avec un visuel très gonflé, très moderne, qui fait penser à la grande époque de Greenaway, « Le ventre de l’Architecte », ou aux Fellini d’avant « La Dolce Vita », puisqu’après les affaires se sont gâtées. Un film politique magnifique, et une leçon de cinéma, qu’il faut absolument que vous voyiez.

De même, le meilleur western de l’an dernier, c’était « Seraphin Falls », sorti directement en DVD et qui vaut déjà largement « 3.10 pour Yuma », ou le « Jesse James » avec Brad Pitt et Sam Shepard, pourtant estimables et dans le marasme général, vous avez pu ignorer par exemple « Capitaine Alatriste », magnifiques adieux au cinéma de Viggo Mortensen. Un film espagnol historique, qui, racontant la fin de l’Empire espagnol, se paye le luxe de montrer Quevedo, de citer Gongora et de voir débuter Vélasquez, tout en étant un film d’action et d’amour grandiose.

On pourrait presque dire que c’est le meilleur film sur le Moyen Age ou la fin du Moyen Age, puisque l’Italie va bientôt renaître (Renaissance), depuis « Le Seigneur de la Guerre » de Franklin Schaffner ou « La Chair et le Sang » de Paul Verhoeven, c’est vous dire.

Voyez « Capitaine Alastriste » qui est un vrai chef-d’œuvre et voyez donc un grand film de temps en temps, même si on ne vous a pas dit qu’il était plus grand que les autres, même si on vous en a dit du mal, ou du bien, qui ne vous donnait pas vraiment envie.

Pourquoi ces chemins de traverse ? C’est parce que je viens de voir enfin le film « La possibilité d’une Ile » de Michel Houellebecq que la critique unanime a haï, ladite critique d’ailleurs étant particulièrement tordue dans ce cas précis, puisque ce ne sont généralement pas (dans les journaux bien pensants, bien connus et bien prescripteurs) les critiques de cinéma qui en ont parlé, mais les critiques littéraires. Elles ont pris d’assaut la rubrique de cinéma à l’occasion, pour continuer la démolition qu’ils avaient fait de son œuvre écrite.

C’est un chef-d’œuvre, on en reparle demain.

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