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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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Norman Saunders attaque

mardi 29 septembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

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Norman Saunders, vous ne le connaissez pas, et pourtant vous le connaissez, car c’est à lui (avec la complicité de Wallace Wood) qu’on doit les célèbres cartes merveilleusement vulgaires et totalement paranoïaques de « Mars Attacks », chef-d’œuvre de racisme anti-martien. Et j’espère que l’Association de Défense de l’Image des Extra-terrestres (ADIE) un jour s’en plaindra, puisque c’est une minorité qui pour l’instant ne s’est pas exprimée.

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Norman Saunders dessinait comme un dieu mais il était vulgaire.

Ce que je veux dire, c’est que ses plus belles illustrations, alors même qu’il savait tout faire, sont des gags sexy, des reproductions de voitures impossibles et de motos improbables, à ses débuts pour « Modern Mechanic », des images de science fiction forcément catastrophistes pour des pulps, des images sexy encore pour des pocket books, mentant sciemment sur le contenu, des couvertures de comic books et surtout de « Men’s Magazine ».

Les « Men’s Magazine » c’était simple : sous prétexte de nous parler d’un conflit au bout du monde (à l’époque c’était souvent en Asie), ils s’arrangeaient toujours pour être, il n’y a pas d’équivalent en français, « lurid ». Oui, la pauvre exploratrice allait être mangée par des cannibales. Oui, dans une œuvre dont j’ai fini par me débarrasser car elle terrorisait mes enfants, le soldat est terrifié quand les coupeurs de têtes brandissent devant lui au bout d’une lance la tête de son copain de chambrée.

Quand il fait le « Riddler », il lui fait des dents de lapin, quand il fait « Batman », il lui rajoute un masque à oxygène, et puis il y a « Mars Attacks » dont je veux vous montrer l’image « Horror in Paris », où la Tour Eiffel se fait avaler par un ver géant.

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Artisan discret, Norman Saunders réussit un art parfait en redégurgitant les fantasmes et les peurs du moment, et en les rendant vraisemblables. Il est, avant le pop-art, un pop-artiste. Il est, avant le post-moderne, l’inventeur du post-modernisme avec toute sa quincaillerie. Lui, je pense, se considérait juste comme un homme qui faisait son travail, ce qu’on lui demandait, avec le plus de plaisir possible. Ce plaisir se sent.

Je pense que si on lui avait dit tout ce que je viens de vous dire, et qu’il aurait un jour un grand coffee table book (il n’y a pas d’équivalent en français, cela veut dire les beaux livres qu’on ouvre à peine mais qu’on met sur la table du salon pour impressionner les invités) à côté des habituels suspects, Helmut Newton ou Picasso, il aurait rigolé.

Mais voilà, le livre est là.

Il est mort en 1989. Norman Saunders était d’une richesse d’imagination qui était encore améliorée par ses limites techniques. Il y a chez lui une pesanteur, une lourdeur et une absence d’élégance qui rendent tout encore plus fort et encore plus crédible.

C’est un de ces livres dont vous ne vous lasserez jamais.

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