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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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Synchronicité

lundi 31 août 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

La synchronicité existe, je l’ai rencontrée.

La preuve, quand nous avons fondé « Métal Hurlant », une espèce de fanzine améliorée avec Moebius et Druillet, comment aurions-nous pu savoir qu’un tas de dessinateurs, à Paris ou en Province, tous inconnus, allaient vouloir franchir le pas en même temps, et créer la bande dessinée moderne? Mon seul mérite a été de les accueillir et dans certains cas (pour les timides ou les provinciaux qui craignent Paris et je les comprends), d’aller les chercher.

La synchronicité existe, autre exemple récent :
il y a quelques années, je lis une bande dessinée formidable qui s’appelle « Capote in Texas », consacrée au séjour de Harper Lee et de Capote auprès des deux tueurs de « De Sang Froid », ce livre qui allait faire définitivement Capote puis le détruire.

En même temps, je suis tombé sur un magnifique coffret DVD consacré à « To kill a Mockingbird », l’adaptation du roman de Harper Lee, écrit en même temps et dont le succès allait les brouiller, avec une copie neuve et un beau commentaire de Grégory Peck.

Quand je suis revenu à Paris un peu plus tard, j’ai vu qu’un petit éditeur avait enfin sorti « Pour tuer un oiseau moqueur », version française, en traduisant intégralement le texte, ce qui n’avait jamais été fait.

Mais quand apparurent ensuite deux films consacrés à Truman Capote, au Texas : un, oscarisé (« Truman Capote » de Bennett Miller), et le deuxième bien meilleur mais ignoré car arrivant trop tard, « Infamous » de Douglas McGrath, on peut bien parler de synchronicité.

Et les écrivains (je partage là-dessus l’avis d’un certain nombre de mes collègues), ne sont parfois que des antennes de radio améliorées qui attrapent à l’épuisette quelque chose dans l’air : le premier qui en tire partie a raison, mais parfois comme ils s’ignorent, ils sont trois aux bouts du monde à avoir la même idée, en même temps.

Ceci est admirablement expliqué par Carl Gustav Jung, qui alla bien au-delà de la psychanalyse de ses débuts dans « Commentaire du mystère de la fleur d’or ». Et si vous avez peur que cela soit un peu ardu ou difficile (cela ne l’est pas), je vous dirais surtout de lire les quelques pages consacrées à la mémoire de Richard Wilhelm qui mourut en 1930, sinologue, qui passa sa vie à étudier le Yi King, et forcément la synchronicité, et à propos duquel Jung dit des choses lumineuses.

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Quand j’étais petit, et que les hasards se multipliaient jusqu’à provoquer une série gagnante ou perdante d’ailleurs (qui se suivaient irrémédiablement), le raisonnement occidental était simple, et je crois qu’il est encore valable auprès de certains scientifiques obtus. On disait même que si trois chimpanzés tapaient pendant une éternité sur trois machines à écrire, ils finiraient forcément par écrire la Bible intégralement sans une faute d’orthographe.

C’est possible, mais comme nous ne serons pas là pendant une éternité, nous ne pourrons pas vérifier. Par contre c’est idiot, et croire à la synchronicité me semble beaucoup plus évident car on peut en tenir compte et changer sa vie en conséquence, ce qui m’est arrivé plusieurs fois.

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