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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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The Collected Jack Kirby Collector Vol. 7

jeudi 27 août 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Tous les arts sont connectés et nombre d’artistes font des découvertes comparables dans des domaines différents. L’angoisse de Kafka est celle de Munch (et tous les deux étaient, selon Vialatte pour Kafka, et selon d’autres pour Munch de joyeux drilles à la ville : comme quoi…).

Dans la bande dessinée, on peut dire que Windsor McKay, qui était aussi un maître de l’animation, a eu son équivalent dans l’émerveillement continuel et dans la technique incomparable et novatrice, avec Georges Méliès ou avec Robida dans l’illustration, que Roy Crane et ses fortes femmes est un peu le Howard Hawks de la bande dessinée et que « Krazy Kat » n’est pas si loin de Lewis Carroll.

Mais il est dans la bande dessinée un artiste qui ne peut être comparé à personne dans aucun domaine, car il a tenu compte de l’époque où il est né, et visionnaire au XXème siècle comme tant d’autres au XIXème, il a inclus la machine et la seconde guerre mondiale qu’il a vécue. Il avait assez de connaissances du passé et de toutes les mythologies, et de l’avenir, la science fiction était déjà née, et assez d’expériences dans le réel (il était un peu le sosie de James Cagney, né dans un quartier pauvre et devant faire le coup de poing pour survivre à ses débuts).

Il a été souvent copié en bande dessinée mais aussi au cinéma, et même, avec une certaine révérence, par certains peintres comme Erro et par nombre de mangakas japonais, le manga étant pour moi un art très différent de la bande dessinée.

Cet homme s’appelait Jack Kirby. Il a fait des tas de choses. Il a créé des super héros, non pas le premier, mais on pourrait presque dire le deuxième avec « Captain
America », qui était aussi un symbole de l’Amérique et qui, ne l’oublions pas, s’il luttait contre les nazis, le faisait alors que l’Amérique n’était pas encore en guerre. Il était juif et cela lui semblait urgent.

Il a créé à lui tout seul nombre de genres, depuis les Romance Comics en passant par les comics psychanalytiques. Il a fait aussi des multitudes de héros, certains qui sont connus de tous comme les « Fantastic Four » ou « Thor », mais aussi d’autres, parce qu’il ne pouvait pas tout faire et parce qu’il était chez Marvel avec Stan Lee, qui furent dessinés par d’autres comme « Spiderman », qui finit entre les mains de Steve Ditko qui d’ailleurs y a fait des merveilles.

Et jusqu’à la fin de sa vie, il a produit énormément, sans cesse, faisant à côté des projets d’animation ou de longs métrages qui n’aboutissaient jamais, dessinant inlassablement.

Sa plus belle époque, peut-être, fut celle de la tétralogie chez DC Comics, « Fourth World », où il y avait les « New Gods », « Forever People », « Mister Miracle » et
« Jimmy Olsen » embarqué là-dedans comme malgré lui. Il écrivait et dessinait quatre fascicules par mois.

Il était vraiment médium avec ses lignes de force qui n’appartenaient qu’à lui, son dessin antiacadémique au possible, qui était plus proche de l’underground en fait, que du comic book. Il y avait de l’abstraction dans ses dessins en même temps qu’une grande suggestion. Et comme quelqu’un, je ne sais plus qui, lui posait la question de comment il faisait pour abattre quatre fascicules par mois, de 22 pages, il répondit, comme si c’était naturel, qu’il dessinait, qu’il dessinait, qu’il écrivait l’histoire en même temps, comme elle venait, et qu’après il jetait les pages en trop.

Son dessin, toujours au crayon, était si formidable, que les encreurs qui passaient après lui n’arrivaient pas à faire tous les détails. Et puis un jour il est mort, mais curieusement depuis, on ne parle plus que de lui.

Il y a nombre de livres et de rééditions partout autour de lui, et il y a même deux magazines qui lui sont régulièrement consacrés : « Jack Kirby Quarterly », qui semble avoir disparu, et un « Jack Kirby Collector », dont le numéro 53 sortira cet été, d’abord dans un format habituel de magazine 21 x 29,7 et maintenant dans un format 30 x 40. Et tous les numéros sont plein de crayonnés de Jack Kirby et d’artistes qui lui rendent hommage, et de projets de Jack Kirby.

Quand on veut l’adapter (on a essayé deux ou trois fois au cinéma ou ailleurs), ou quand on veut faire la suite en bande dessinée, tous ses continuateurs se sont plantés car ils n’ont ni son génie, ni sa vision. Ils sont respectueux et font de leur mieux, et même des pointures comme Neil Gaiman se sont cassées la gueule en voulant continuer son œuvre.

Si je vous dis ça c’est parce que vient de paraître le septième volume de « The Collected Jack Kirby Collector », recueillant les numéros 27 à 30 du magazine, avec en plus des tonnes de suppléments car il y a toujours des choses à ajouter, et qu’ensuite on devrait passer à la réédition des grands formats.

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Vous me direz que le sujet est pointu.

Je vous dirais que le sujet est inépuisable, et qu’au travers de Jack Kirby, non seulement on traverse l’histoire du comic book avec son premier auteur qui ne doit presque rien au comic strip, mais que aussi on devine en amont tant de choses qu’on va retrouver plus tard dans le manga, la science fiction et ailleurs.

Et même des choses, car je crois que c’était un visionnaire, que l’humanité vivra vraiment un jour.

Abonnez-vous donc à « Jack Kirby Collector » ou trouvez les volumes (http://www.twomorrows.com/).

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