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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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813

jeudi 1 octobre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Comme « Le Rocambole », lecture indispensable pour qui aime la littérature populaire et donc la littérature en générale et surtout les grands oubliés de la fin du XIXème siècle et le début du XXème, « 813 » est une revue indispensable qui ne paraît pas assez souvent. Nous en sommes au numéro 105 et l’on peut s’abonner (auprès de Michel Trigory – 30 rue Boucry 75018 Paris – 25 euros l’année pour 3 ou 4 numéros) ou adhérer à l’association 813 (auprès de Cyrille Mousset – 44 rue Sablons 91540 Echarcon – 35 euros l’année), pour les aider.

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Dans le numéro 105 donc, il y a les adieux par François Guérif et Benjamin Guérif à Jean-Pierre Deloux qui sont forts émouvants et j’en profite ici : je ne sais jamais quoi dire dans ces moments là, que je partage la peine de François Guérif pour la perte de son frère qui m’empêcha de le croiser à Saint-Malo.

Comme le disait ailleurs Robial, l’étau se resserre et nous serons peut-être les prochains. Cet hommage donne envie d’avoir connu Deloux, maintenant il est trop tard.

Suit une excellente interview de Dennis Lehane, ce grand écrivain de polars, un des plus grands aujourd’hui, devenu scénariste de télé considérable comme Pelecanos qui font honte aux scénaristes de cinéma américains d’aujourd’hui, avec des séries comme « Sur Ecoute ».

On y interview aussi les nouveaux auteurs d’importance que vous avez peut-être ignorés comme Tom Rob Smith qui parle de la Russie des années 50 ou Iain Levison de la précarité en Ecosse, ce qui m’a rappelé une formidable série télé anglaise qu’on a jamais vue en France « Boys from the Blackstuff » qu’il faudra bien qu’un éditeur de vidéos intelligent exhume un jour : c’est un éblouissement, aussi beau ou presque que « Travail au Noir » de Jerzy Skolimowski avec Jeremy Irons.

Il y a aussi une formidable évocation d’Alexandre Jacob dont je ne vous lirai que l’en-tête « Ici repose Marius Alexandre Jacob, peut-être Arsène Lupin ». Alexandre Jacob d’ailleurs n’était pas seulement un Arsène Lupin mais aussi un voleur à la Darien qui osa dire au procureur qui le jugeait « le vol c’est la restitution, la reprise de possession ».

Il y a un article pointu et donc forcément d’intérêt général car plus on est précis, plus on voit large sur les polars qui se situent autour du littoral de la baie de Somme, qui parlent du Nord, qui n’est pas seulement le pays des ch’tis, souvenez-vous de
« Week-end à Zuydcoote ».

On y enquête sur le dernier roman fantôme de Boris Vian « Les Casseurs de Colombes » qui ne parut jamais mais qui apparemment faillit être, voir les quelques feuillets retrouvés dans la dernière édition de « Les Vies Parallèles » de Boris Vian de Noël Arnaud qu’il ne voulut pas appeler nouvelle édition, reprise en livre de poche de la cinquième édition parue chez Christian Bourgois (la première si je me souviens bien est un numéro spécial de Bizarre) et Noël Arnaud, têtu, et qui hélas décéda en 2003, fit de nombreux ajouts dont ce manuscrit de « Les Casseurs de Colombes », on en reparlera.

Très marrant que pour l’anniversaire de la mort de Boris Vian, on a réédité et édité des livres et la presse à nouveau a été unanime, comme à l’époque, la critique n’aime pas Boris Vian, parce qu’il était rigolo, parce qu’il avait beaucoup de talent, parce qu’il passait du coq à l’âne, parce que c’était un touche à tout et parce que les adolescents continuent à l’adorer et que les adultes critiques littéraires qui parfois n’ont jamais été adolescents, ne comprennent pas de quoi il s’agit exactement.
Je suis ravi de voir que Boris Vian fâchent toujours autant certains, cela prouve qu’il n’a rien perdu de son charme ni de son éclat.

Et ensuite il y a, tout à fait passionnante toujours, dans la rubrique « Polaroïdes », l’actualité polar de ces derniers mois où on découvre des livres vitaux dont aucun critique ou presque, à part Baudou peut-être dans « le monde » mais il se fait trop rare, ne sait fait l’écho.

Et côté cinéma, avec la rubrique « Play it (again) Sam », comme c’est François Guérif et Jeanne Guyon qui s’y collent, on découvre ou on redécouvre des films que vous avez sûrement râtés comme « Animal Factory » d’après l’œuvre d’Edward Bunker qui est une merveille et à propos de ce film, on fait le tour en gros des films de prisons :
rien à dire, sinon que j’y aurai ajouté l’incroyable téléfilm passé en salles à Deauville il y a bien longtemps écrit par Truman Capote « L’enfer, la corruption, la violence » de Tom Gries, qui n’existe toujours pas en DVD (« The Glass House »).

Idem pour ce beau film de prisons, côté matons, dont j’ai vu une version scandaleusement coupée du début, qu’était « La Corde Raide » de James B. Harris, avec un James Wood formidable. Dans le DVD américain que j’ai, le début, où les matons fument des joints avant de prendre leur tour de garde à la prison, a disparu.
J’espère que c’est une bobine égarée, pas un méfait encore du politiquement correct.

Et je dirais pour être un peu teigneux, que la seule rubrique qui ne m’est pas satisfait est « Cases Noires » de Frédéric Prilleux qui ignore quelques chefs-d’œuvre parus chez de petits éditeurs. Je pardonne aisément à l’auteur, il est si difficile de s’y retrouver dans la jungle de la BD française publiée aujourd’hui.

PS : J’oubliais l’important : les couvertures sont de mieux en mieux : ce sont des photos du formidable graphiste, photographe, cinéaste et romancier policier, Romain Slocombe.

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