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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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Métal Esquisses et Le Diable

lundi 26 octobre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Métal Esquisses, de Philippe Druillet
Le Diable, de Jean-Michel Nicollet
aux éditions Zanpano

Le livre « Métal Esquisses » de Philipe Druillet aux éditions Zanpano, à propos d’une expo qui lui était consacrée et que hélas j’ai ratée, m’a touché à plus d’un titre : la synchronicité, puisque lorsque je parle tout le temps pour qu’il reste vivant, de Moliterni, Druillet fait de même en exergue, Nicollet, lui, a fait une jolie préface et comme moi, synchronicité encore, se réfère à la rubrique de sélection « L’homme le plus extraordinaire que j’ai rencontré » et sait bien parler de Druillet : sa vision de Dru-Dru est exactement la même, à part le côté fleur bleue qu’il ignore peut-être volontairement, cela ferait désordre, il y a certes du Conan chez Druillet, mais il a aussi la fragilité de Howard, c’est ce qui le rend humain et de cela, de son côté bourru et pagnolesque, Jean-Baptiste Barbier parle fort bien dans la postface.

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Et les dessins ?

Tous ces dieux d’acier et de chair, souvent imités depuis, jamais égalés, nous ramènent toujours à « Lovecraft » qui avait su imaginer des êtres autres, les dieux anciens, les seuls peut-être véritables car innommables et incernables jusque dans leurs pensées mais le maître de providence les décrivait de manière floue, laissant place à l’imagination, sachant qu’il n’était pas possible de les représenter.

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Toute sa vie durant, Druillet continue d’essayer pourtant de nous les montrer. Evidemment la tâche est impossible car comme le disent si bien les musulmans : on ne peut pas représenter le visage de Dieu. Pourtant à des moments, il y a quelques images ici qui donnent à penser qu’il y arrive, presque.

Nous avons si bien cartographié le ciel que nous en avons fini par croire que nous n’aurions plus de surprises. Heureusement nous nous trompons sûrement.

Depuis ses débuts, il a représenté des centaines et des centaines de ces visages autres, de ces visages divins, et je me demande si selon la tradition tibétaine, puisqu’il y a mille milliards de noms de dieux, s’il a pas peut-être l’obligation de dessiner mille milliards de dieux pour que l’un d’entre eux qu’il a peut-être dessiné déjà ou qu’il dessinera un jour, soit son visage véritable qu’évidemment, nous risquons de ne pas reconnaître.

Et Druillet, athée, deviendra alors, de fait, le plus grand peintre religieux de tous les temps.

A noter, chez le même éditeur, en petit format certes mais parfaitement reproduit, un Nicollet, « Le Diable », c’est d’ailleurs Druillet qui préface en disant que la beauté du diable est certainement plus séduisante que celle de l’Autre.

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Le livre n’a rien perdu de son charme, ni le trait de sa perfection, comme aurait dit Gaston Leroux et je me souviens d’un déjeuner où je suis arrivé en retard et au dessert, avec les deux susnommés, le Nicollet et le Druillet, m’étant trompé de route ou ayant oublié, je ne sais plus.

Nous avons eu le temps de bavarder quand même, assez longuement, le café s’éternisant, et comme je demandais à Nicollet pourquoi cette obsession du diable et des diableries, il m’a rappelé un peu outré que c’est moi qui l’ai orienté, lui qui était encore potentiellement un grand illustrateur de livres d’enfants propres sur eux, vers le diable et ses diableries.

Je ne regrette rien et je suis même ravi car la postface de Nicollet qui renvoie d’ailleurs à son texte sur Druillet, où il dit son désir de matérialiser l’informulable, de montrer l’invisible en somme, me rassure sur l’état de ses recherches.

Bien sûr, il n’aboutira peut-être pas, Druillet non plus, car cela fait partie du dogme, la recherche du dieu ou du diable peut durer toute la vie mais si elle ne doit pas aboutir, c’est encore plus beau.

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Lui aussi est athée si je me souviens bien (je ne lui ai pas reposé la question), lui aussi, et c’est peut-être pour cela qu’il est copain avec Druillet, fait une peinture profondément religieuse.

Ceci dans ma bouche bien sûr, est un compliment.

PS 1 : Ceux qui avaient déjà « Le Diable », en grand format et aux Humanoïdes Associés, en seront pour leurs frais à nouveau car ils sont forcés d’acheter ce livre qui contient une couverture inédite.

Mauvaise nouvelle : c’est le meilleur dessin du recueil justement, car pendant que Druillet s’approche du visage de dieu, qui est peut-être celui du diable, Nicollet lui, nous donne ici une des incarnations du diable, grotesque et sans doute proche de sa photo d’identité.

Du diable qui est peut-être aussi dieu.

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