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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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Tom Clancy, Tempête rouge et usage des livres d’espionnage comme livres des révélations - 2ème partie

mardi 20 octobre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

En exergue de « Tempête Rouge », une citation (page 11) de Edward L. Beach extraite de son livre « Keepers of the Sea » qui tout à coup, après l’avoir lue, m’est parue comme évidente :

« Depuis des temps immémoriaux, la marine a influé sur les affaires de la terre et parfois en a décidé. Il en était ainsi chez les Grecs de l’Antiquité, chez les Romains qui ont créé une marine pour vaincre Carthage, chez les Espagnols dont l’Armada essaya en vain de conquérir l’Angleterre et, plus encore, dans l’Atlantique et le Pacifique au cours des deux guerres mondiales. La mer a toujours offert à l’homme un moyen de transport peu coûteux et une facilité de communication à longue distance. Elle a fourni un moyen de dissimulation car être au-delà de l’horizon, c’était être hors de vue et, par conséquent, hors de portée. Tout au long de l’histoire de l’Occident, la mer a apporté la mobilité, l’ouverture et le soutien, et ceux qui échouaient dans la bataille de la puissance navale – notamment Alexandre, Napoléon et Hitler – ont également échoué à l’épreuve de la
durée »

Un de ces jours, j’aimerais bien faire ainsi un recueil de citations essentielles où il n’y aurait ni Platon, ni Aristote, ni Borges, ce vieux malin qui disait quelque part que quand il fait une citation vitale, il l’attribue donc à Platon ou à Aristote, pour qu’on la prenne au sérieuse car son nom ne suffirait pas.

J’irais voir chez Frank Herbert, Orson Scott Card, Dick, Ambler (qui a toujours eu trente ans d’avance sur la politique mondiale), ou plus récemment Kent Anderson ou Trevanian (dont certains livres sont à moitié faits de digressions philosophiques qui pourtant n’entravent pas l’action), ou dans les écrivains français actuels, les deux seuls qui me semblent dire en ce moment des choses absolument essentielles : Jean Echenoz et Michel Houellebecq.

Et puis, remontant le temps, j’irais forcément voir chez Vialatte (effondré, après avoir traduit Kafka, qu’on le prenne tant au sérieux car il avait croisé l’homme et il savait qu’il avait de l’humour : le mot « kafkaïen » lui semblait une aberration, pire une mode), j’irais aussi chercher chez Marcel Aymé, Chaval, Moebius, Hardellet ou Manchette.

Et chez tous ces poètes anglais de la fin du XIXème siècle et début du XXème qui, contrairement à la poésie intimiste française, ne suggéraient pas des ambiances mais disaient des choses, ces philosophes véritables que sont Keats, Eliot et Yeats. C’est souvent chez eux que j’ai trouvé des révélations sur des problèmes qui me taraudaient si fort, que je n’en avais pas pris conscience, ne voulant me pas poser la question, ayant peur de ne pas trouver la réponse.

J’irais aussi chercher quelques chanteurs, pas de français ou presque, car ils m’embêtent un peu : leur réponse souvent précède la question mal posée, mais il y a tout ceux qui savent au détour d’une phrase poser les bonnes questions, ils ne sont pas si nombreux : Trenet, son disciple Gainsbourg ou les Rita Mitsouko, en Amérique ou en Angleterre, il y en a beaucoup plus, Ricky Nelson, tout au long de sa carrière et surtout à la fin quand il est dépressif, Willie Nelson, Harry Nilsson, Paul McCartney surtout quand il écrit pour d’autres comme Ringo Starr, car il fait bien attention à donner à d’autres ses textes noirs ou nihilistes pour ne pas brouiller son image, et parmi  les duos magiques, Hal David et Bacharach, Doc Pomus et Mort Shuman.

Et les Stranglers bien sûr et Ray Davis bien sûr qui ont à la fois toutes les bonnes questions et les réponses.