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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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Blazing combat : ce maudit magazine - 1ère partie

lundi 23 novembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

On sait que Jim Warren fit un temps fortune, d’abord avec « Famous Monsters of Filmland », qui avait d’ailleurs été inspiré à son rédacteur en chef, Forrest J. Ackerman, fut le plus grand collectionneur au monde du cinéma fantastique, par le numéro de « Cinéma 57 » sur le fantastique entièrement dû à Jean Boullet auquel on revient toujours.

Le magazine, avec ses blagues idiotes prétextes à montrer de belles photos de films d’horreur fut un succès et permis au jeune Jim Warren de lancer d’autres mensuels.

Je vous ai parlé ailleurs de « Creepy » et de « Eerie » qui sont en cours de réédition intégrale, ensuite nous aurons peut-être « Vampirella » qui dura très longtemps, mais un magazine échoua (en fait il y en a eu plusieurs comme « Monster World », spin-off de « Famous Monsters of Filmland » plutôt mieux fait mais plus sérieux et qui ne survécu pas longtemps).

« Blazing Combat » c’est une étrange histoire : presque entièrement écrit par Archie Goodwin, grand admirateur des EC Comis de guerre de Harvey Kurtzman et sous la houlette de Jim Warren (ils étaient deux dans les bureaux en vérité), le magazine était la suite, presque un copier-coller desdits Comics de guerre de EC.

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Mais les temps avaient changé : en effet, dans les comics édités par Kurtzman (où il y avait toujours les mêmes complices, Toth, Severin, Orlando Crandall), on faisait la guerre, on parlait des guerres du passé comme la guerre de Sécession ou alors de
« la juste guerre » qu’était pour tous la seconde guerre mondiale. On parlait de la Corée aussi, mais la Corée, même si conflit en cours, était un peu pour les américains la suite logique de la guerre contre les japonais.

Il n’y avait donc pas de mouvement anti-guerre d’autant que toutes les couches sociales avaient été frappées et que dans toutes les familles certains étaient allés au combat.

Quand « Blazing Combat » arriva, il n’y avait pas encore de mouvement contre la guerre du Vietnam : ça allait venir plus tard, l’opinion publique allait changer d’autant que la conscription favorisait ceux qui avaient les moyens de ne pas y aller et que cette fois-ci, ce fut l’Amérique pauvre avant tout qui fut représentée et les mouvements pacifistes, un peu plus tard, commirent l’erreur (rétrospectivement) d’attaquer, non pas la guerre du Vietnam en soi, mais tous ces soldats qui se retrouvèrent perdus là-bas, comme aujourd’hui au Moyen Orient sans trop comprendre ce qui leur arrivait, et rejetés lorsque par chance ils revinrent.

Toujours est-il que quand « Blazing Combat » numéro 1 sortit, cela ne commença pas trop mal, mais dès le numéro 2 une histoire précise, « Landscape », dont je vous parlerai plus loin, fit que le magazine fut d’abord retiré des PX, c’est-à-dire des boutiques pour les militaires, puis progressivement par les autres distributeurs qui ne le mirent plus en avant : car ils y virent soudain un comics anti-patriotique.

Warren s’en aperçu mais il avait fini les numéros 3 et 4, il publia quand même les histoires déjà dessinées, mais c’était plié, « Blazing Combat » était mort.

Dans « Blazing Combat », on retrouvait donc des histoires du Vietnam presque toutes dessinées par Joe Orlando et c’était le seul à avoir de la documentation sur tout cela, le conflit était en cours.

Il y avait aussi Angelo Torres, cousin graphique de Williamson, Georges Evans comme aux temps des EC Comics, Gray Morrow qui, je l’ai déjà dit ailleurs, aurait pu en faire partie, Reed Crandall, un autre héritier du style illustratif venu des EC Comics, John Severin bien sûr, le plus grand dessinateur d’histoires de guerres et de westerns américains, dans la durée et dans la constante qualité de son travail : authenticité de ces ambiances et même de ses uniformes, Alden McWilliams dont je vous parle ailleurs, Williamson, Alex Toth qui là aussi fit un passage éclair, comme dans les EC, et co-signa une histoire avec Archie Goodwin (car l’homme n’était pas facile), Russ Heath qui allait se faire un nom un peu plus tard, cet étrange dessinateur quasi photographique reprenait des photos et les redessinait totalement avec un talent immense, qui en même temps œuvrait aux côtés de Joe Kubert dans les comics de guerre de DC, avec succès, lui succédant un peu plus tard sur « Sergent Rock », et le temps d’une histoire, un auteur mineur Jones Blaisdell, un peu de Gene Colan qui, dans ces eaux là, allait devenir une star chez Marvel avec « Iron Man » et plus tard
« Tomb of Dracula ».

La collection complète de « Blazing Combat » tient donc dans une seule reliure avec quatre numéros et de magnifiques couvertures de Frazetta extraordinairement violentes, qui sont parmi les meilleures de son œuvre peinte.

Cette fois-ci, c’est Fantagraphics qui s’y colle puisque Michael Catron en avait déjà acquis les droits et sortit un petit bout ailleurs.

Archie Goodwin, scénariste discret qui nous a quitté trop tôt, écrivit toutes les histoires sauf une, due entièrement à Wallace Wood, et deux co-signées, une avec Alex Toth donc, et l’autre avec Reed Crandall, une magnifique évocation de « La Bataille des Thermopyles ».

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Ses sympathies étaient plutôt à gauche mais il n’était pas polémiste, il ne faisait pas de pamphlets. Il racontait juste, essayant de retrouver le talent des EC et de Harvey Kurtzman son maître, il y arriva.

J’avoue avoir un faible pour une histoire de Williamson sur la passe de Kasserine où il utilisa un traité très proche du Alex Raymond de Rip Kirby, et pour les trois histoires sublimement dessinées par Alex Toth, et pour tout ce qu’a fait Severin et pour la bataille d’Angleterre imaginée en huit pages par Wood : j’adore l’infantilisme du propos, on sent que Wood prend uniquement plaisir là, à dessiner des avions comme d’autres, à l’époque, à faire des maquettes en plastic de forteresses volantes
Aurora : j’en étais.

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Extrait de La passe de Kasserine

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Alex Toth

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Severin

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Extrait de la bataille d'Angleterre de Wallace Wood

L’histoire de Russ Heath est une merveille avec ses lumières dignes de Georges La Tour, dans une histoire d’assaut de collines trop bien gardée et comme le remarquait Gil Kane, il y a bien longtemps, dans une longue interview dans Graphic Story Magazine (cela me permit de découvrir que Kane n’était certes pas le plus grand dessinateur du monde, mais était et demeure peut-être le critique de bande dessinée le plus pointu et le plus intéressant qui soit : chez chaque dessinateur américain, il a su trouver le sens et le pourquoi du talent particulier de l’auteur et l’on sentait dans sa belle interview qu’il souffrait de ses propres limites).

Il avait donc remarqué que, ayant utilisé un miroir et des photos de lui, tous les personnages dans cette histoire ressemblaient à Russ Heath !

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Mais l’histoire centrale c’est évidemment celle qui provoqua indirectement la foudre, non des censures, mais des distributeurs alors tout puissants, c’était la première du second volume et elle s’appelait « Landscape » écrite par Goodwin donc et dessinée par Joe Orlando.

On en parle demain.

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