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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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De Luca : un génie de la BD enfin réhabilité - 1ère Partie

mercredi 25 novembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Je me souviens d’une interview d’Hugo Pratt où on lui parlait de toute la génération dont il faisait partie et qui tout d’un coup explosait : Battaglia, Toppi, Crepax, Manara, Magnus, etc… et qui répondit péremptoire que lui y compris, il n’y avait que deux dessinateurs d’importance en Italie, Caprioli et Gianni De Luca.

Sur Caprioli, je n’ai pas tout de suite compris car je connaissais ses bandes tardives, superbes histoires de pirates ou de maoris (une passion que Pratt partageait) traitées d’une manière pointilliste lourde, avec des noirs qui essayaient de retrouver un traitement des lumières quasi photographique, comme le grand français trop méconnu qu’est Raymond Cazanave, des œuvres tardives, mais j’ai vu récemment les planches qu’il faisait dans « Il Vittorioso », à côté de celles de Jacovitti, alors lui aussi au sommet de son talent, et de Kurt Caesar : c’était sublime.

Gianni De Luca, c’est différent.

Il a bénéficié d’un statut particulier puisqu’il a travaillé presque toute sa vie pour un seul journal, à la fois qui lui laissait en gros faire ce qu’il voulait, passant de « Il Vittorioso », journal catholique un moment fasciste, au grand hebdo « Il Giornalino » pour l’essentiel de sa carrière.

Demain, je vous parlerai en détails de ce dessinateur, simplement pour vous dire  que oui, Pratt avait raison : il avait lui et ses confrères trouvé une manière de dessiner magnifique mais le dessin plus que parfait, à un moment précis de Caprioli et le dessin sans cesse évolutif et prenant sans cesse des risques de Gianni De Luca qui ouvrait des portes pour parfois les refermer immédiatement derrière lui, sont une merveille à part dont la seule équivalence, hélas également pour la postérité, fut l’œuvre de Raymond Poïvet qui commença lui aussi par collaborer à des journaux, qu’on appela « collaborationniste » : (son final de « King Kong » et sa vie de
« Napoléon » n’avaient pourtant rien de collabo mais furent publiés pendant la guerre), à un seul journal « vaillant » qui pendant longtemps lui ficha une paix royale, avant de l’obliger à faire des histoires complètes qui l’ennuyaient prodigieusement.

A l’occasion, il pouvait faire une adaptation de « Salambo » en 20 pages, une bande dessinée sportive ou une histoire hitchcockienne de naufragés ou une vie de Lénine en huit pages. Pour tout ça, je vous renvoie à l’album que nous commîmes, Etienne Robial, Paul Gillon et moi pour rendre hommage à Poïvet lors d’un Angoulême lointain, un « 30/40 » hors série qui reprenait certaines de ces œuvres pour montrer l’étendue prodigieuse de sa palette.

Ils ont été tous les deux la victime de la même chose : ils étaient fort bien payés, ils étaient lus par d’innombrables lecteurs, mais édités par des maisons qui ne faisaient pas d’albums : il en existe deux ou trois de De Luca, il en existait quatre ou cinq de Raymond Poïvet et avec le temps on les a oubliés et en France, pour Poïvet en tout cas, les rééditeurs successifs à commencer par Futuropolis et en finissant par Glénat et en passant par Soleil, n’ont jamais réussi à nous donner une intégrale des
« Pionniers de l’Espérance » de Poïvet.

Pour Gianni De Luca, la réhabilitation est en route, grâce à Black Velvet surtout.

J’y reviendrai demain.

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