×
L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

Liste des billets

Un autre mammouth : la guerre

jeudi 21 janvier 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

The Mammoth Book of War Comic balaye large.

 

Le préfacier, anonyme pour une fois, part du principe qu’on est tous fans de comic books de guerre et d’histoires de guerre en bande dessinée (il s’adresse aux garcons bien sûr), et il dit qu’il n’a pas oublié les classiques qu’on connait forcément, comme Blazing Combat dont je vous parle ailleurs.

Il a surtout un faible pour les comics de son enfance, des histoires de guerres anglaises qui paraissaient au format de poche et qu’en fait nous sommes peu en France à avoir lus, ceux qui lisaient Battler Britton.

Il n’y a pas, c’est dommage, les formidables comics de guerre de chez DC qui parurent chez nous dans « Choc » ou dans « Commando » et dont les meilleurs étaient dûs à Joe Kubert et dont il n’a sans doute pas pu avoir les droits.

Mais pour le reste, c’est plutôt une très bonne sélection, éclectique.

 

On trouve l’autobiographie de Keiji Nakazawa qui raconte sa jeunesse à Hiroshima : il était là quand la bombe est tombée, il en tira ensuite un long récit en trois volumes, « Gen d’Hiroshima » dont j’ai publié le premier, sans succès aucun, en même temps que « Un pacte avec Dieu » de Will Eisner.
Il était un peu trop tôt pour le manga, heureusement tout est reparu plus tard, intégralement.

 

Ils n’oublient pas Raymond Briggs et ça fait plaisir, car il est le plus grand dessinateur de bandes dessinées anglais, même si en regardant vite on pourrait le prendre pour un dessinateur de livres pour enfants : il est vraiment narratif et il utilise même (je dis ça pour ceux qui veulent que la bande dessinée ressemble à de la bande dessinée) des bulles et des onomatopées.

Son « Général de fer blanc » est extraordinaire, ne serait-ce que par la soudaine rupture du style où son dessin échevelé devient tout d’un coup réaliste, comme on passe de la caricature à ce qu’on pourrait presque appeler des dessins ou des croquis de guerre, pris sur le vif.

 

Il y a « Charley’s War » qu’on a aperçu en France, dû à Patt Mills, qui a fait, on le sait, une belle carrière depuis : scénariste pour les comic books.

 

Il y a aussi et c’est la meilleure surprise du recueil, une bande dessinée d’un nommé Askold Akishin, dessinateur russe dont j’ignorais tout.

Unautremammouth3_defaultbody 

Apparemment, il a adapté aussi bien Erich Maria Remarque que Lovecraft ou Bradbury, et son dessin curieusement économe fait penser pour le meilleur, à du Breccia, par endroits.

 

Il y a une jeune dessinatrice Carol Swain que je vous laisse découvrir, puis des classiques venus de « Blazing Combat » dont un Toth admirable avec plein d’avions qui volent, et « Landscape », la bande dessinée par qui le scandale arriva, ainsi qu'un beau John Severin.

 

Il y a plein de petites bandes dessinées parues au format de poche, chez Fleetway souvent, rugueuses et efficaces, deux croates Darko Macan et Edvin Biukovic qui ont un côté EC comics moderne mais qui parlent d’une guerre qu’ils ont vécue.

Depuis, il sont partis en Amérique pour travailler pour Dark Horse.

C’est bête à dire mais malgré leur côté autobiographique, ils font bien attention et ne se trompent pas dans les boutons des uniformes ou de la description détaillée des culasses des armes à feu : pour l’amateur des BD de guerre, c’est important.

 

Il y a aussi, je l’avais oublié, la formidable bande dessinée « The Legion of Charlies ». (On appelait alors les soldats américains des « Charlies » mais la référence est évidemment aussi pour Charles Manson), c’est une histoire extrêmement gore de Tom Veitch qui a continué à écrire, on le sait, entre autres pour « Swanp Thing » et pour Vertigo et qui continue, dessinée d’une manière incroyable par Greg Irons qui mourut hélas dans un accident de la route en 1984.

Unautremammouth4_defaultbody 

C’est une bande dessinée pacifiste, sanglante et terrorisante, qui devrait vous laisser pantois comme à l’époque.

 

Puis il y a un cahier couleurs assez rigolo reprenant des histoires de guerre oubliées de Sam Glanzman, excellent dessinateur. On s’en est aperçu surtout à la fin de sa vie quand il a fait son autobiographie en deux ou trois volumes dont j’ai parlé ailleurs.

Unautremammouth1_defaultbody 

Il avait un dessin très personnel, étrange et efficace, et comme beaucoup de dessinateur de chez Dell, que l’on reconnaissait aisément.

Unautremammouth2_defaultbody  

Il dessinait soit des histoires préhistoriques comme « Konga », soit des histoires de guerre assez classiques essentiellement basées sur d’obscurs points de stratégie pour des batailles oubliées, destinées aux petits et aux grands garçons attardés qui jouaient avec des soldats de plomb, mais avec toujours un sens du réalisme et de l’authenticité qui lui permettait d’échapper à la légèreté de certains scripts. Glanzman a toujours eu un grand talent pour choper les visages comme il le fit plus tard dans ses souvenirs de jeunesse – je me souviens d’un beau portrait de Benny Goodman -. Le seul ennui est que nous avons oublié la tête de certains Généraux dont il parle, ce qui rend l’histoire un peu opaque pour le lecteur contemporain : c’est notre faute, nous n’avons qu’à relire nos livres d’histoire.

 

Comme un bonheur n’arrive jamais seul, il y a un autre dessinateur russe, Alexey Malakhov dans une belle histoire qui devrait devenir bientôt un film. Décidément, c’est là-bas que ça se passe en ce moment.

 

Et puis on retrouvera les suspects habituels, comme on dit, Will Eisner entre autres avec son « Last Day in Vietnam » avec un curieux traité rugueux sur papier chiffon.

Et dans les modernes, des noms qui ne nous sont pas familiers comme Nathan Massengill, ou davantage comme Danijel Zezelji.

 

Il y a un nommé Ilya dont je n’ai pas pu comprendre d’où il venait, son histoire fut produite pour Amnesty International et sans doute vient-il de Myanmar (qu’on appelait avant Burma), mais ce n’est pas clair.

 

Comme je ne veux pas tout citer, je dirai que le livre finit bien avec l’étrange découverte par un nommé Ulli Lust de carnet d’enfants allemands qui étaient là en 1945 quand la ville tomba.

Il essaye de mettre en images d’une manière assez naïve et quasi enfantine leurs textes, mais la poignance du propos fait que son dessin minimaliste fonctionne.

 

Comme d’habitude avec la série des Mammouth, on fait bien le tour d’un genre.

 

Dommage seulement, qu’apparemment l’auteur ne connaisse pas ou ait préféré ignoré, faute de place, la bande dessinée de guerre italienne, française ou espagnole, mais ça vous pouvez très bien le faire sans lui.

Commentaires (2)