×
L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

Liste des billets

Humbug, enfin

lundi 25 janvier 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

Humbug-coffret_defaultbody
J’ai assez bien connu Harvey Kurtzman, j’étais encore très jeune mais nous sommes vite devenus copains.

J’allais chez lui et je m’étonnais de voir qu’il avait des piles de Mad, période EC comics, toutes neuves à côté de son bureau. Tout comme certains gamins aujourd’hui s’étonnent que j’ai des piles des premiers numéros de Métal Hurlant, le temps passant, j’ai compris que c’était hier.

Il m’avait donné quelques numéros qu’il avait en double, sans y voir de problèmes, tout comme il m’arrive de donner à un copain qui a trente ans de moins que moi, un « Métal » numéro 2 qui lui semble une merveilleuse revue préhistorique alors que j’ai juste l’impression que le temps s’enfuit.

 

J’ai adoré Harvey qui me demandait toujours des nouvelles de Goscinny, sachant que j’avais un peu travaillé à Pilote, ne se doutant pas que Goscinny, homme charmant au demeurant mais un peu froid, me terrorisait et que je n’aurais jamais pu avoir avec lui les rapports que j’avais avec Harvey.

Assez vite, nous avons formé une bande car quand il m’invitait, il invitait aussi son grand copain Arnold Roth, merveilleux dessinateur qu’on voit surtout désormais dans Vanity Fair ou dans le New Yorker et qui me donna trois dessins sublimes, dont un fait exprès pour moi lors de notre deuxième rencontre.

Quant à Harvey, il me donnait des histoires complètes de Little Annie Fanny, premier état dessiné par lui, puis redessiné par Elder, comme si ça poussait sur les arbres.

La suite est un peu triste car un jour, je ne sais plus pour qui, ni pour quoi, j’ai interviewé Harvey. C’était l’époque où ayant quitté Mad, longtemps après Humbug, il voyait arriver les jeunes loups et entre autres Crumb, et  les comics underground.

Cette interview est passée un jour à la radio dans l’émission « Mauvais Genres » et cela m’a fait de la peine car il racontait que s’il n’avait pas eu des charges, une famille, etc. Il aurait fait comme eux.

Il savait que Playboy était une cage dorée où l’avait enfermé son grand fan Hugues Heffner et que désormais il n’était plus à la pointe du combat.

 

Mon dernier rendez-vous avec lui fut merveilleux et pitoyable.

 

La suite demain.