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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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Humbug, enfin - suite

mercredi 27 janvier 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

Lui pensait qu’il avait échoué parce que son Mad première formule n’eut que vingt numéros, puis quelques-uns encore au format magazine où on sentait encore son influence.

Le journal ensuite devint plus tranquille, s’installa dans une qualité moindre, survécut, et survit toujours.

Quand il faisait Mad, Harvey savait qu’il avait une position de repli possible avec Hughes Heffner, qui gagnait des tonnes d’argent avec Playboy et qui l’admirait sincèrement.

Ce qui fait que dès que Mad le comic book s’interrompit et devint magazine, il attendit six numéros puis s’en alla.

 

Avec Heffner donc, il lança Trump au même format que Playboy et avec la bande habituelle de Mad plus son nouveau copain Arnold Roth qui faisait des choses sublimes en couleurs ou au lavis.

Il venait de l’animation, il a fait des pochettes de jazz, il travaillait à Esquire et il était copain avec Dave Brubeck du « Dave Brubeck Quartet » : on ne pouvait pas être plus hip.
 

Mais Kurtzman était un peu comme son disciple Mandryka : il voulait faire un magazine mais ne voulait pas s’emmerder, si bien qu’au temps de Mad grâce à la présence de Gaines, sévère patron des EC, il sut rester dans les délais, quitte à réimprimer de temps en temps quelques bandes passées quand un dessinateur n’avait pas livré.

Mais quand il se retrouva seul maître d’œuvre avec Trump, ça n’alla pas loin, l’administration le gonflait, il ne pensa jamais commerce, ne fit rien pour séduire le public autrement que par leur talent, et le magazine s’écroula d’un coup : les ventes ne démarraient pas, deux numéros étaient déjà sortis et Kurtzman en avait huit d’avance.

Heffner qui s’en voulait, lui laissa les bureaux et le matériel,il décida avec sa bande de copains qu’ils allaient continuer.

Mais il y avait trop de liens presque familiaux  qui s’étaient créés entre eux à Mad, et puis au travers de l’aventure Trump. Ils prirent la décision de faire un magazine en quelque sorte en coopérative, bien longtemps avant L’Echo des Savanes, ce que John Benson, dans sa préface (Benson fut un des premiers à parler bien de la bande dessinée il y a longtemps dans Graphic Story Magazine et il continue à être un des meilleurs), explique bien : c’était en quelque sorte une commune, au sens américain, plus proche de l’idée hippie que de la commune de Paris.

Ils décidèrent d’abord à l’unanimité de vendre leur journal à un éditeur. Ils en trouvèrent deux : un qui y crut immédiatement, et l’autre qui se désintéressa vite de l’affaire.
Puis, celui qui avait dit oui, dit non.

 

Alors il fut le premier peut-être à faire son journal sans soutien financier, créant ainsi cette grande aventure qu’allait être l’underground, d’où peut-être la nostalgie et même l’aigreur de Harvey plus tard, quand il dit qu’il était arrivé trop tôt, ils décidèrent alors de s’auto-publier.

 

La suite demain.