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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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Humbug, enfin - suite

vendredi 29 janvier 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

Au 2, ils décidèrent de revenir au format magazine mais il y avait toujours 32 pages et seul le dernier numéro, le 11, passa à 48 pages pour avoir, comme on dit, « de la main » : ils durent pour cela reprendre quelques planches de Trump que Heffner leur donna, mais il était trop tard.

 

C’est alors, sans doute, que cet immense éditeur qui était avant tout un immense scénariste, décida de ne plus s’occuper que de lui et de ne plus faire qu’œuvre personnelle, même si elle demeura quelque part collective, car à part quelques bandes dessinées trop rares où il faisait scénarios et dessins, ce fut le temps de « Little Annie Fanny », collaboration entre copains avec Will Elder surtout, mais aussi avec Frazetta, Russ Heath, Mike Royer, Howard Nostrand, Jack Davis et d’autres.

On pouvait croiser Gertrude Stein qui était son assistante et travaillait avec lui comme une bête sur cette histoire de filles à grosse poitrine qui perdaient leurs vêtements au moindre prétexte et qui n’était pas encore devenue la tête pensante des féministes qui allaient brûler leurs soutiens-gorge, puis (voir Valérie Solanas) dire qu’il fallait couper les couilles aux mecs.

Les temps changaient.

 

Parfois, Kurtzman me fait penser à moi, car si nous nous étions entendus, c’est parce qu’il aimait bien Métal qui lui semblait être une nouvelle aventure passionnante et casse gueule, et comme à lui, parfois, on me demande quand je referais un magazine de bandes dessinées.

Et comme lui, je réponds désormais qu’un magazine est un cauchemar : 63 cm de haut en tout pour une collection de Métal Hurlant qui m’a pris plus de dix ans de ma vie, plus cinq de préparation, avec une famille recomposée d’artistes névrotiques, l’impossibilité d’une vie de famille véritable (heureusement je n’en avais pas, ma femme travaillant au journal avec moi).

Un magazine dévore votre temps, votre âme, votre vie, apporte d’immenses joies mais aussi d’immenses peines et soit continue et perdure, ça arrive et un jour perd son âme, soit il s’écroule tout d’un coup et c’est vous qui perdez alors un peu de votre sang.

 

Voici donc dans un boîtier parfait avec une présentation sublime, l’intégrale de Humbug, éditée par Fantagraphics.

 

C’est Mad, mais en plus sophistiqué, avec la parodie de Baby Doll par Jack Davis qui n’a jamais aussi bien dessiné dans le 1, avec sa belle couverture qui annonce la fin du monde.

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Le numéro 2 est barré du mot « radiation », avec d’étranges affiches prémonitoires où l’on voit des canons braqués sur un bateau de croisière et alors qu’il est dit « Partez pour Israël en traversant le golfe d’Aqaba ».

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Le numéro 3, parodie « O.K. Corral » et anticipe sur les magazines d’humour futurs avec son côté « back to school », Jack Davis de nouveau fait des merveilles - c’est l’époque où il fera aussi quelques livres illustrés dont un superbe Lincoln -.

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Le numéro 4 avec la reine d’Angleterre en couverture est proto-punk : on va accueillir la reine avec tous les honneurs qu’elle mérite.

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Le suivant, a une couverture en coupons à découper, pour des supermarchés fictifs, pour avoir des primes et des choses gratuites.

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Ainsi finit le premier volume avec ensuite une interview passionnante des survivants de l’aventure (interviews datées de 2005). Arnold Roth et Al Jaffee qui continuent à rire, jaune parfois, autour du perfectionnisme de Harvey à qui ils remettaient un dessin sur lequel ils avaient passé un temps fou et qui leur renvoyait au bout de quatre jours avec dix corrections, les obligeant à tout reprendre. Ce qu’ils appelaient déjà « le syndrome Annie Fanny ».

 

La suite lundi.

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