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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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Allan Dwan chez Carlotta enfin - 1ère partie

mardi 30 mars 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

Comme d’habitude, je commencerais par tourner autour du pot et par vous dire que la cinéphilie n’est plus ce qu’elle était.

Je ne dis pas que c’est mieux ou moins bien, simplement c’est différent.

Pour les plus jeunes d’entre vous, je rappellerais que dans les années 60/70 ladite cinéphilie était toute une aventure, romantique et minuscule, un peu la même que celle du rock n’roll où il fallait parfois aller en banlieue voir un groupe funk qui ne se produisait pas à Paris, et pour les films, se rendre dans des salles improbables et des quartiers périphériques (je pense au palace Croix Nivert) et puis quelquefois on prenait l’autocar pour la Belgique ou le train pour l’Angleterre, pour voir des films.

Il y avait encore des tonnes de cinémas de quartier certes, mais déjà certaines œuvres avaient disparues.

Bien sûr il y avait la Cinémathèque qui, grâce à Langlois, gardait tout et essayait de tout projeter. Mais il y avait tant de choses à voir, Comme le chantait Montand à propos justement des « grands boulevards ».

Comme tous les jeunes cinéphiles, j’étais forcément désargenté et je pratiquais la politique du film à 1 franc ou à 2 francs ce qui me limitait donc à la Cinémathèque qui à l’époque était soit au Palais de Chaillot soit rue d’Ulm, soit aux cinémas des grands boulevards ou à ceux de Barbès, et puis à toutes ces salles un peu partout dans Paris, car comme le disaient les américains alors, nous étions le seul pays du monde et la seule ville, Paris, où l’on pouvait voir 300 films chaque semaine.

Certaines salles gardaient les copies éternellement et on pouvait les revoir à deux ans d’écart un peu plus rayées.

Certaines copies circulaient et quand on revoyait les films, il manquait parfois des scènes, les projectionnistes découpant certaines images olé olé ou certaines scènes entières, si bien qu’au fil des projections, les films voyaient leur durée se raccourcir, passant d’une heure et demie à une heure dix souvent.

Et je ne vous parle pas de l’état des copies.

Quand j’étais jeune et banlieusard, il n’y avait presque pas de revues du cinéma, abordables dois-je dire, et j’ai donc commencé par les livres de poche qu’on trouvait chez Monoprix. C’était en gros l’histoire du cinéma : celle de Bardèche et Brasillach et puis celle de Sadoul.

Cela faisait un bel ensemble car entre Sadoul et sa vision très pro-soviétique, un peu stalinienne, la passion pour l’Amérique de Bardèche et de Brazillac et le fait que sous les angles différents, ces trois auteurs parlaient des autres pays et du reste du cinéma du monde, on découvrait la totalité de l’histoire du cinéma.

Et comme on voulait marquer notre territoire, c’était une petite guérilla, on était de mauvaise foi, c’est ainsi que je faisais partie de ceux qui pour défendre le bis, qui depuis a gagné pour le meilleur ou pour le pire, je me sentais obligé avec mes camarades de descendre en flammes les chefs-d’œuvre déjà consacrés : on était injustes.

Et puis dans ces salles de quartier ou dans ces petites salles d’exclusivité où les films tenaient quelques jours avant de disparaître, parfois pour de bon, on croisait Melville ou Jean-Luc Godard qui eux aussi n’avaient pas voulu râter le dernier film de Robert Parrish.

Et il y avait des films qu’on n’avait jamais vus et qui nous avait été racontés par d’autres et qui devenaient des graals fabuleux et inimaginables sur lesquels on glosait. Parfois quand on les voyait vraiment, on était déçus. C’était une cinéphilie poétique.

Et je n’en veux pas à certains critiques menteurs comme Jean Boullet qui m’avait raconté certains films, tellement plus beaux, que j’ai presque regretté de devoir un jour constater sur pièce, qu’il avait affabulé.

Plus tard, j’ai eu accès aux revues, j’étais devenu parisien et j’étais à l’université.

Il y avait « Les Cahiers du Cinéma », « Positif », des revues parfois très éphémères comme « La Méthode » et ma préférée, indiscutablement, « Présence du Cinéma » qui consacra d’ailleurs un numéro entier à Allan Dwan, je vais y venir, patience, cause surtout de la plume magique de Jacques Lourcelles.

Maintenant donc tout a changé, on en reparle demain.