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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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Lapin - trimestriel n°41 serie 2010

vendredi 23 avril 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

à l'Association

Comme d’habitude, le dernier « Lapin », le numéro 41 de la série 2010 est très bien, avec surtout une page d’Aurélie William Levaux, sur tissu semi-brodé qui fait penser à cette formidable époque, les années 20, où les illustrateurs français utilisaient tous les moyens possibles de reproduction, tirant le maximum de la linogravure autant que de l’inclusion de tissus dans des dessins, et où la matière de l’œuvre était essentielle et où les procédés de reproduction plus nombreux permettaient mieux d’en rendre compte.

De ce point de vue là, nous avons un peu regressé, puisque tous les livres maintenant sont imprimés pareils, si on peut dire, sur le même papier, trop souvent glacé.

J’aime beaucoup aussi la suite de « Au Travail » de Olivier Josso qui raconte sa découverte du monde merveilleux de la bande dessinée, entre autres, avec un graphisme de graffitis où il retrouve aussi l’école belge par endroit, en un joli mélange.

Et j’aime surtout l’éditorial de Menu avec qui je suis d’accord sur l’impossibilité qu’à Angoulême de représenter toute la bande dessinée.

Ils essayent pourtant et ils font de leur mieux, faisant le grand écart entre les gros succès populaires qui font les gros stands qui leur rapportent des sous, et ce qu’on appelle la nouvelle bande dessinée.

Ils sont victimes de leur succès en somme et de leurs envies artistiques du côté forcément marchand et en même temps de l’envie d’innover.

C’est presque impossible à résoudre.

Non, cela ne l’est pas tout à fait mais cela demanderait des changements techtoniques, car Cannes arrive bien à naviguer entre ce qu’on appelle « Le Marché du Film » et « La Sélection Officielle », mais c’est d’un autre monde qu’il s’agit où même dans les films indépendants, il y a suffisamment d’argent et de stars pour que tout le monde soit content et aussi parce que dans le monde du cinéma, souvent, ce sont les mêmes maisons qui font les gros blockbusters destinés uniquement à faire des sous, parfois intéressants, et certains films indépendants qu’ils abritent dans une cabane à côté de la Major, histoire d’obtenir un Oscar.

Pour la France je n’ai pas de solutions, mon seul point de désaccord avec Menu serait que oui, nouvelle bande dessinée et ancienne bande dessinée cohabitent mal, mais aussi je trouve que Angoulême a oublié son devoir d’historicité et qu’il n’y a plus jamais de grandes rétrospectives consacrées à des pays ou à des auteurs du passé incontournables.

C’est ainsi que sur un auteur qui ne m’intéresse absolument pas et qui pour moi n’a fait qu’une bonne bande dessinée, le « Silver Surfer », John Buscema, il y a l’extraordinaire ouvrage, retour sur toute son œuvre, un pavé énorme publié en 2002 à Palma, en Espagne, qui fait beaucoup plus que raconter et nous montrer Buscema puisqu’au travers de ce bottin, c’est toute une période des comics populaires américains, des comic books donc, qui est savamment revue avec des textes brillantissimes qui en font un livre incontournable.

Et je verrais bien la même chose sur certains pays.

En ce moment je me passionne pour la bande dessinée danoise que je connais mal, évidemment il y a eu des choses que nous n’avons jamais vues.

Moi ce que je voudrais c’est tout savoir, un pays à la fois au moins, ou alors sur des auteurs voyageurs dont la carrière fut si longue, si riche et diverse, en Europe du sud ou dans d’autres pays où, raisons financières, on va d’un éditeur à un autre et d’un pays à un autre pour gagner sa vie des carrières bousculées qui racontent l’histoire.

Pourquoi par exemple n’y-a-t-il jamais eu d’ouvrages de fond sur la bande dessinée philippine tout à fait extraordinaire et sidérante qui, à un moment, a envahi la bande dessinée américaine puis qui est retournée chez elle et où il y a d’incroyables œuvres, classiques parfois avec des scénarios délirants, ou modernes, forcément en guerre avec la situation politique du pays.

Voilà un voyage mental que j’aimerais faire au travers d’un festival.

Le plus extraordinaire d’ailleurs, je m’en suis aperçu à propos d’un livre dont j’ai déjà parlé sur la bande dessinée portugaise, énorme, publié il y a quelques années par le centre belge de la bande dessinée, c’est que quand on traverse un pays dans son entièreté et des origines du graphisme jusqu’aux dernières créations, on se retrouve souvent avec une période intermédiaire, les années 30-80 où tout est à peu près cohérent et en continuité, mais généralement dans la période qui précède, dans le bouillonnement des débuts de la bande dessinée dans chaque pays, il y a des œuvres qui rejoignent et anticipent sur « la nouvelle bande dessinée ».

Décidément « Lapin » me fait réfléchir.

 

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