×
L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

Liste des billets

The best of Simon and Kirby

jeudi 29 avril 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

Le livre “The best of Simon and Kirby” publié par Titan Books est mieux, ça m’arrache la gueule de le dire, que celui que j’ai publié il y a longtemps aux Humanoïdes Associés et qui était compilé magnifiquement par Doug Headline.

D’abord parce qu’il est en couleurs, avec les couleurs de l’époque, que les planches qu’ils ont retrouvées, fragiles, originaux perdus ou dispersés, ont été restaurées avec soin et parce que le choix dans les innombrables œuvres de Simon et Kirby est large et riche.

Simon_defaultbody

C’est une merveille qui commence par une introduction de Joe Simon qui rappelle l’histoire, ils étaient deux petits juifs, fils de tailleurs tous deux, qui produisirent une centaine de super héros et de séries à succès en quelques dizaines d’années.

Joe Simon signa au début Charles Nicholas quand il travaillait avec Kirby ce qui confirme ce que je pensais déjà, l’édition en grand format dans les années 50 de « Blue Beetle » en France et en récits complets, a été la première œuvre de Kirby publié chez nous à l’italienne et en grand format, suivie un peu plus tard, un peu avant « Artima », mais on l’oublie toujours, par la quasi intégralité de « Sky Masters » dans Hurrah petit format dernière période.

Il ajoute non sans orgueil, qu’ils étaient les Beatles d’alors, puisque tout ce qu’ils faisaient, de « Captain America » à « Sandman », de « Man Hunter » à « Boy Commandos » en passant par les premiers comics d’horreur et les premiers comics de romance, furent des succès immédiats et instantanés.

Le reste de la préface, extrêmement émouvante de Joe Simon, je vous laisse la découvrir.

Et on annonce à la fin, on l’attend avec impatience, pour bientôt, « The Simon Kirby Super Heroes ».

J’espère qu’on aura un de ces jours l’intégrale de ce qui est peut-être la meilleure bande dessinée d’horreur de tous les temps, leur magnifique « Black Magic » qu’on devrait compléter par les quelques numéros de « The Strange World of your dreams », mélange détonnant d’horreur, de psychanalyse et de thaumaturgie.

Les autres textes sont dûs à Mark Evanier, un vieux routier de la BD US un moment et collaborateur de Kirby en tant que scénariste et ne sont pas non plus sans intérêt.

Il y a donc du « Captain America » qui, rappelons-le aux imbéciles, cassa du nazi bien avant que l’Amérique ne rentre en guerre, pour la pousser à y entrer justement, et pour également revenir à une stupide idée reçue que la prodigieuse production de Simon et Kirby était dûe aux deux hommes, un dessinant, l’autre encrant, Kirby en général dessinant :

ils étaient des auteurs complets, sauf pour les histoires qui clairement étaient d’autres mains, contrairement au grand Will Eisner qui avait, lui, un atelier et qui pendant quelques années, pendant qu’il était à la guerre, ne mit pas du tout la main à « Spirit », ce qui n’enlève rien à son talent d’entrepreneur ni à son talent propre pour les épidodes magnifiques qu’il fit avant puis après.

Il y a aussi « The Vision », un super héros aux limites de l’horreur, « Sandman » qui allait donc rencontrer les méchants dans les rêves et qui croise ici un ancêtre lointain d’une autre série de Kirby, « Thor ».

« Stuntman », le cascadeur, qui lui aussi se retrouvera plus ou moins dans un autre héros de Kirby basé sur les aventures véritables de Jim Steranko quand il était magicien, « Mister Miracle ».

« Fighting American » qui était une parodie très drôle des super héros, « The Fly » qui avait aussi sa touche de grotesque et qui paru chez Harvey, et aussi bien d’autres choses comme « Solar Patrol », une bande dessinée où ils n’ont pas encore tout à fait trouvé leur style et qui a des côtés Buck Rogers, « Blue Bolt » leur premier super héros qui fait dans la science fiction et parue chez Harvey comme les bandes précédemment citées, une BD de SF où on a l’impression que l’encrage est fait par Wallace Wood avec qui il va réaliser « Sky Masters », l’unique strip que Kirby au cours de sa vie réussit à vendre pendant une période assez longue aux journaux, avec, plus tard « Black Hole ».

Simon6_defaultbody

Simon5_defaultbody

Puis viennent les histoires de guerre comme « Boy Commandos » où j’avoue que le choix m’a un peu déçu : une belle histoire de SF de guerre et de fin du monde, une histoire de tranchées où l’on sent que Kirby met un peu de ce qu’il a vécu, puis on découvre leurs merveilleuses bandes dessinées romantiques, un genre encore qu’ils ont créé avec quelques histoires, et enfin on passe, c’était l’époque où « Crime doesn’t pay », à leurs bandes dessinées policières extrêmement violentes où d’ailleurs ils soulignaient constamment, lourdement que les histoires étaient vraies, que bien sûr le crime ne payait jamais, histoire de ne pas affoler la censure, ce qui ne l’empêcha pas de tomber sur eux et sur tout le monde un peu plus tard.

Là, tout est bien, y compris une biographie de « Scarface » et une de « Ma Baker », formidable matronne qui entraîna toute sa famille dans le gangstérisme.

Simon2_defaultbody

Puis viennent les westerns avec entre autres une double page éblouissante sur « Alamo » et « Bulls Eye », un ancêtre de « Two Gun Kid ».

Et enfin, l’horreur, avec heureusement deux histoires de « Black Magic » et une histoire de « The Strange World of your dreams », des merveilles absolues.

Il y a même de l’humour qui, soyons clairs, n’a jamais été leur point fort : Mad à côté leur taillait des croupières, mais avec malgré tout une très belle double page de Joe Simon sur « Lenny Bruce » tout ce qu’on attend maintenant, c’est le numéro deux.

Une acquisition indispensable.

Ce qui m’amène d’ailleurs à vous signaler la parution chez DC Comics de l’intégrale de « The Losers », bande dessinée tardive (1974) où le Kirby qui a déjà créé les « Fantastic Four » et qui est donc au sommet de sa déconstruction graphique et de sa puissance narrative inégalée et inégalable, revisite la guerre. Le livre est extrêmement soigné, il contient des planches inédites, et ce qui est désormais la norme chez Marvel, sur un papier pas brillant et avec des couleurs qui respectent les parutions d’origine dont vous pouvez maintenant vous débarasser d’autant que comme je vous l’ai dit, il y a quelques bonus supplémentaires.

Dernière minute chez DC encore : l’intégrale de « Sandman » des années 40 puis un numéro 1 : celui d’un nouveau « Sandman » de Kirby, qui n’eut pas de suite, hélas.

Il faudra attendre Neil Gailman qui, avec le même nom, fera autre chose.

Acheter sur Amazon

Simon3_defaultbody
Simon4_defaultbody