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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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Les indispensables de l'illustration

mardi 25 mai 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

Il y a quelques livres indispensables pour ceux qui s’intéressent au dessin ou à l’illustration.
Presque tous sont parus en France ou aux Etats-Unis ou multilingues, chez Taschen. Et je suis toujours sidéré quand je vais dans des pays riches en génies graphiques, comme l’Espagne ou l’Italie, de voir qu’il y a bien peu de choses.
Pas beaucoup de dictionnaires fiables sur les auteurs de bandes dessinées. Pratiquement pas de dictionnaires sur les illustrateurs. Comme s’ils n’étaient pas fiers de leur patrimoine.

En Amérique, les ouvrages de référence fondamentaux restent ceux de Roger Reed et ceux de la « Society of illustrators » dont il s’occupe désormais.

Pour la France, même si ce sont des suisses, il y a l’admirable travail d’Osterwalder qui, je crains, après avoir été vendus la peau du cul, disparait puisque tout a été récemment soldé.
Trois volumes qu’on peut maintenant acquérir avec du pot à 40 euros. Sans oublier le Dico solo consacré aux dessinateurs de presse.

Ce dernier, je l’avais connu sous forme d’un énorme fanzine oblong, il y a des années, qui contenait des informations qu’il n’y avait nulle part ailleurs.
Il était rédigé à l’époque par le dessinateur Solo lui-même, homme de culture sans doute aucun.

C’est par hasard que je me suis aperçu qu’aux éditions Aédis, et en 2004, était reparu une édition couleur, extraordinaire.
Comme je suis vicieux, j’ai tout de suite été cherché ce qui manque, il ne manque presque rien.
Il y a bien Jean David à qui l’on doit de jolies pin-ups à la manière d’Al Capp et de beaux pamphlets anticommunistes, excessifs à souhait.
Il y a bien Boll, excellent dessinateur humoristique au dessin un peu rond dont il est dit dans le Dico qu’il était influencé par Barbe (je ne vois pas trop), mais aussi par Avoine (là, je vois mais ne suis pas trop d’accord) et qui fit des dessins dans des journaux qu’on n’attend pas, tels que « L’expansion », « Que choisir » ou « La Croix ».

C’est vous dire qu’on est dans le pointu ! et il a droit ici à toute la distance nécessaire pour que l’on connaisse enfin son œuvre.

Dans ce qui est la catégorie dessinateurs de pin-up français ou européens, les meilleurs du monde pendant bien longtemps, et peut-être les meilleurs du monde tout court (je ne supporte plus les pin-ups américaines), il y a tout ce qu’on doit savoir sur Kirchner, le véritable inventeur de la pin-up.
Il y a aussi un bel article sur Le Rallic qu’on assimile trop à ses bandes dessinées pour « la bonne presse », souvent ennuyeuses quoique fort habiles, qui fit avec légèreté et intelligence dans le coquin.

Un long et bel article sur René Giffey qui lui aussi fit dans l’illustration pour enfants, dans le roman historique en BD, parfois avec bonheur (voir ses adaptations de Victor Hugo), parfois de manière suprêmement ennuyeuse (voir son Buffalo Bill), et dans le polisson sur commande.

Il y a dans ce Dico l’ensemble de son œuvre, une belle bibliographie de ses parutions en presse et comme souvent les opinions d’autres dessinateurs.

Ici, une remarque particulièrement éclairante de Raymond Poïvet que je cite :

« Une élégance des choses et des gestes tout naturelle, sans afféterie.

Jamais vulgaire, même dans l’illustration des polissonneries les plus osées.

René Giffey fût le seul à pouvoir illustrer les sujets les plus marginaux,

les plus scabreux, sans souiller la dentelle de ses manchettes. »

Raymond Poïvet, 1983.

Une de mes seules réticences serait sur l’œuvre de Hérouard, ramené assez vite au dessin humoristique et à son style léché illustré par une planche couleur sans intérêt, alors même qu’il est un extraordinaire maître du noir et blanc, et sans doute l’inspirateur du Pierre Joubert première période. Hérouard avait une sureté et une perfection de trait qui parfois atteint au génie.

Autre réticence, décidément, je cherche la petite bête, la trop courte notule sur Jobbé-Duval qui fut, au début, un gentil illustrateur classique, mais qui à un moment de sa vie, dans des journaux pour filles, « Fillettes », entre autres, arriva à un traité mélangeant une espèce de cubisme assagi et des arrondis art nouveau pour une série d’images et de contes de fées sidérants.

J’en parle parfois avec Etienne Robial dont le grand regret fut pendant longtemps de ne pas l’avoir publié en 30x40.

Maintenant, avec ce Dico Solo en couleurs, sur-titré « plus de 5000 dessinateurs de presse et 600 supports en France de Daumier à l’an 2000 » aux éditions Aédis, ce Dico Solo comme la première version, est cosigné par un certain nombre de gens de qualité, dont, au premier titre, Catherine Saint-Martin et Jean-Marie Berthin qui savent la chose la plus indispensable du monde :

« du passé il ne faut jamais faire table rase, car sinon on réinvente tous les jours l’eau chaude ».

(Citation empruntée à mon ami Joe Staline, qui avait des fulgurances qu’on aimerait retrouver dans la presse d’aujourd’hui et qui devra bien un jour sortir de sa retraite creusoise).

 

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