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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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The mammoth book of the best crime comics

jeudi 27 mai 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

« The Mammoth book of the best Crime Comics » édité par Running Press & Robinson, l’un pour l’Amérique, l’autre pour l’Angleterre, le site anglais étant : www.constablerobinson.com , continue son formidable travail dont je vous ai déjà parlé à propos du « Mammoth book of War ».

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Ce sont de gros bottins de téléphone en somme, de petit format, qui contiennent des bandes dessinées en noir et blanc d’après les originaux ou souvent les parutions anglaises en noir et blanc ou en grisé quand ils n’ont eu accès qu’à du matériel couleurs, mais ça fait la farce.

« The Mammoth book of the best Crime Comics » dû à l’excellent Paul Gravett fait bien le tour du genre avec les défauts habituels de ce genre d’anthologie. Effectivement il est plus facile de trouver des chefs-d’œuvres rétroactivement jusqu’aux années 70/80 car les bandes dessinées de genre, alors, étaient innombrables, moins par la suite, ce qui fait que la sélection dès lors devient plus subjective mais ouvre parfois certaines portes sur des auteurs nouveaux dont vous ignoriez tout.

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"Murder, Morphine and Me!", Jack Cole, 1948.

Pour le passé par contre, c’est presque toujours un régal, c’est pourquoi je vous parlerai, tout de suite derrière, de « The Mammoth book of Horror Comics ».

Pour la petite histoire, cette série de Mammoth a été un succès d’abord en faisant des compilations de nouvelles ou de romans qui pouvaient être les whodunits (toutes ces histoires « à la Agatha Christie » où on ne sait pas si c’est le jardinier ou le majordome qui a tué la vieille dans la chambre close), ou bien c’était l’érotisme lesbien, ou les mangeurs d’hommes, ou les désastres, ou les bikers (motards), mais depuis quelques temps c’est aussi la bande dessinée.

Et les objets livres sont bien car format pratique, nombre de pages invraisemblable, (près de 500), on se retrouve forcément avec des choses qu’on ne connaissait pas ou que l’on redécouvre et qui souvent étaient bien difficiles voir impossibles à trouver.

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"87th Precinct : Blind Man's Bluff", Bernie Krigstein, 1962

C’est ainsi que dans « The best Crime Comics », sous une impeccable couverture de Bernet, le dernier grand dessinateur classique de l’école « Caniffienne », il y a de tout, beaucoup à manger et un peu à boire, sec, puisqu’il s’agit de polars.

Dans sa brève préface, Gravett fait bien le tour en rappelant que c’est un peu « Sin City » qui a relancé la machine mais qu’elle commença tôt avec, entre autres, dans le « Chicago Tribune », l’incroyable « Dick Tracy » dès 1931 et juste derrière Dashiell Hammett en collaboration avec Alex Raymond sur « X9 ».

Puis cela n’a jamais cessé, confère le « Spirit » de Will Eisner et surtout il y a tous ces comic books qui précédèrent le code de censure, le comic code authority, consacrés soi-disant à dénoncer les crimes abjects et les faits divers horribles (pour essayer d’échapper à la censure ce qui ne fut pas le cas), en racontant des histoires vraies ou vraisemblables pleines de sadisme, de torture et d’horreurs divers dont le plus bel exemple fut « Crime does not pay », le magazine de Charles Biro.

Il dit bien aussi la manière dont le genre mourut, dans les années 60 en Amérique, tout doucement, et la manière malgré quelques tentatives ensuite de Gil Kane avec « His name is savage », ou « In the days of the Mob » de Kirby ou le « Chandler » de Steranko, ne furent pas des succès mais à postériori des tombeaux du genre, il rappelle qu’en Europe, en Italie surtout, le genre a continué et qu’il y a toujours eu du polar graphique : Tardi, de Lucca ou Munoz et Sampayo.

Et puis il signale le tournant autour des années 80/90 où de nouveau des écrivains de polars comme Greg Rucka, Jérome Charyn ou Ian Rankin n’ont pas hésité à se mettre à la bande dessinée, voir Max Allan Collins avec « Les Sentiers de la Perdition », bande dessinée qui passa inaperçue jusqu’à ce que le film impeccable par Sam Mendes en fasse un best seller, après coup.

Dans ce livre vous découvrirez donc une histoire rare d’Alan Moore datant des années 80, Torpedo bien sûr, du Kirby de la période policière où l’on dénonçait le crime pour mieux le montrer (c’était « True Confessions »).

Il y a une adaptation de la formidable série de Ed McBain consacrée au 87ème district, dessinée par Bernie Krigstein dont il n’y eut hélas qu’un seul épisode, Krigstein jugeant le second scénario qu’on lui proposa trop mauvais, il y a du Tardi forcément avec les bas quartiers de New-York merveilleusement décrits, du Jack Cole avec une histoire qui servit de base avec son sadisme merveilleusement outrancier à l’argumentaire du Dr Wertham qui amena la censure, il y a du post moderne avec « El Borbah » le catcheur masqué de Burns, « Spirit », « X9 » forcément, un épisode du beau « Commissaire Spada » de Lucca, à moitié pointilliste et du Toth.

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"Commissaire Spada", Gianluigi Gonano et Gianni de Lucca, 1979.

Une vraie rareté dûe à Denis McLoughlin, excellent dessinateur et peintre anglais, illustrateur de pulps qui retrouve un peu le ton du Graham Greene de l’époque, un mélodrame à la John Waters sortit des années 50 et d’un magazine « Crimes by women » dont j’ignorais tout, évidemment Munoz et Sampayo qui ont été au renouvellement de la BD noire ce que Manchette a été au renouvellement du roman noir, une curiosité de Bill Everett, un polar roboratif pour « Le Crime ne paye pas » (« Crime does not pay ») de Fred Guardineer, une histoire de Mickey Spillane puisqu’il fut un temps scénariste de comic books découvrant le résultat dans un kiosque, il fut ici scandalisé par le résultat, plus tard quand il devint célèbre, anticipant en quelque sorte sur ce qu’allait radicaliser Frank Miller, il initia une adaptation de son grand héros « Mike Hammer » qui paraissait en planches du dimanche et qu’on découvrira ici à l’époque où il incarna lui-même « Mike Hammer » au cinéma.

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"Kane: Rat in the House", Paul Grist, 1994.

Et quelques anglais comme la série charmante de Paul Grist, « Kane », qui poursuit son petit chemin bon an mal an depuis 1993, une excellente bande dessinée policière, élégante et minimaliste trop peu connue en France, une histoire encore d’un autre maître reconnu aujourd’hui, Neil Gaiman, avec le très étrange dessin de Warren Pleece et forcément une histoire de Johnny Craig pour les EC comics, et encore un petit polar écrit par Alan Moore.

Un livre pour ceux qui ne veulent en avoir que cinquante en tout dans leur bibliothèque qui, comme celle de Blaise Cendrars, pourra tenir dans deux malles cabines, pour faire le tour du monde.

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