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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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L’ETERNAUTE ETERNEL

lundi 31 mai 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

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1ère PARTIE


« Vertige Graphic », excellente maison dont je ne parle pas assez, a eu la formidable idée de rééditer l’intégrale de « L’Eternaute », « L’Eternaute » original : pas celui de Breccia  où le dessin sublime s’avère à l’aune de l’ouvrage dont je vais vous parler, un peu envahissant, de par sa beauté grandiose même qui curieusement fait ombre à l’histoire.

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Ne tournons pas autour du pot, « L’Eternaute » de Francisco Solano Lopez est meilleur. D’abord, parce qu’il n’a pas été interrompu par des circonstances tragiques, mais aussi grâce au dessin de Solano Lopez.

 

C’est donc une œuvre de Hector German Oesterheld qui a porté toute la nouvelle bande dessinée en Argentine, des années 60 / 70 jusqu’à ce qu’il devienne l’un des trente mille disparus de la dictature. Des argentins j’en connais, et j’en ai connu, passés ou présents. Aujourd’hui, Carlos Nine

que j’aime tant et qui a la dent dure sur les exilés qui, comme il dit, donnaient des leçons de Paris alors qu’ils avaient choisi l’exil mais pouvaient-ils faire autrement ? Ruben Alterio, excellent dessinateur exilé à Paris, devenu grand peintre, lui a dû choisir l’exil et le vit comme on vit un exil, son corps est à Paris, son esprit toujours là-bas, cosmopolite,

mais de son travail passionnant, il faudra que je vous reparle un jour.

 

Oesterheld on le connait d’abord pour son « Sergent Kirk » avec Hugo Pratt, pour ses collaborations avec Breccia et surtout « Mort Cinder »,

on le connait moins pour son travail d’éditeur novateur où il fit ou provoqua l’équivalent du « réalisme magique » en littérature.

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C’était décidément le pays où tout se passait à ce moment là et les écrivains américains ou anglais, de Harlan Ellison à Ballard ne s’en sont jamais tout à fait remis, de Borges bien sûr mais aussi des autres.

Et les français aussi qui virent là qu’il y avait une autre manière d’écrire.

Ils ont changé la littérature.

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Comment ce pays qui était le plus talentueux intellectuellement dans tous les domaines à ce moment là, a-t-il pu sombrer, cela reste un mystère, une énigme que l’histoire anecdotique n’explique pas complètement, comme l’extraordinaire culture allemande qui, jusqu’à l’arrivée de Hitler, était de la fin du XIXème aux années 20, la plus brillante du monde.

D’autant que ce n’est pas une première, ni une deuxième : les grands littérateurs russes de la fin du XIXème siècle assistaient à la fin du tsarisme malade et virent venir la révolution, ils n’ont pas pu empêcher non plus ce qui se passait en dehors de leur sphère. Le mythe selon lequel « la plume est plus forte que l’épée » n’est hélas que cela : un mythe magnifique. C’est comme ça.

 

La disparition de Oesterheld fut celle d’un homme mais aussi d’un auteur et d’un penseur aussi important que, disons (et ce n’est pas pour rien que je pense à lui), Bradbury pour la science fiction américaine. Quelqu’un qui était dans le genre mais qui dépassait le genre et qui le changea une fois pour toute. Il collabora donc avec les meilleurs, j’ai cité Pratt et Breccia, mais il oeuvra aussi avec le grand Arturo del Castillo et avec Solano Lopez.

La suite demain.

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