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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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L’ETERNAUTE ETERNEL

mercredi 2 juin 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

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3ème PARTIE

 

« L’Eternaute » c’est d’une part un récit imparable comme « La Faune de l’Espace » de Van Vogt où chaque révélation monstrueuse extraterrestre débouche sur de nouvelles monstruosités contre lesquelles il faudra combattre, un mélange de prosaïsme et de réalisme magique donc, de poupées russes de cauchemars, y compris l’impossibilité qu’il a de savoir ce qui se passe vraiment car sont mêlées d’effrayantes hallucinations provoquées par certains E.T’s qui viennent troubler encore davantage le récit, cette invasion, la lutte contre cette invasion, sont racontés de manière quasi journalistique, comme chez Welles, comme un maquis qui lutte, et où quelques individus peuvent espérer – n’oubliez pas où est Oesterheld quand il écrit cette histoire, ce qui va se passer – renverser la vapeur contre le plus grand nombre et les plus grandes forces. Le dessin est faussement simple, sans effets et d’une incroyable richesse avec d’extraordinaires audaces graphiques qu’il faut bien regarder pour les percevoir tant elles sont ferrues, et pourtant jamais vues. Comme toutes ces scènes traitées d’extrêmement loin, avec le peu d’éléments nécessaires. Ce que perçoivent dans ce petit monde confus les participants, sous cette neige peut-être radioactive, et qui les tue, sur un mode mineur donc qui rend la chose encore plus poignante puisqu’il ne s’agit que de nous, les humains, il y a des moments d’émotion comme je n’en ai presque jamais vus en bande dessinée, comme cet extraterrestre forcément ennemi et qui nous est apparemment supérieur, ébloui soudain par l’extraordinaire beauté de la culture humaine et qui, je cite Oesterheld :au moment où il va se laisser mourir, regarde autour de lui dans la cuisine et dit, comme le héros lui demande de quelle planète il vient :

« Son nom ne vous dira rien…et il me reste peu de temps pour le perdre en explications…mieux vaut jouir de la présence de tous ces objets… »

 

« Chaque chose ici irradie de millénaires d’intelligence…de millénaires d’art, de millénaires de tendresse…dommage de ne pas avoir le temps de comprendre pourquoi cet objet est cylindrique…pourquoi il y a des moulures aux pieds de cette table…et pourquoi… »

 

« Il continua de parler. Par le sortilège de ses paroles, le pot d’herbes cabossé, les casseroles noires de suie, la cuisinière à charbon délabrée se transformaient en objets uniques, plus précieux que des joyaux exhumés d’une tombe égyptienne ».

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Des moment comme ça, dans la bande dessinée, il y en a eu quelques-uns,

comme « Master Race » de Bernie Krigstein, comme l’adaptation de la nouvelle de Bradbury par Wallace Wood « Et il viendra des pluies douces », avec cette maison robot des chroniques martiennes qui a oubliée qu’elle n’a plus d’occupants, morts, depuis longtemps et disparait dans un incendie, les robots à roulettes répétant aux humains de sortir d’urgence

alors que ceux-ci ont, depuis longtemps disparus, comme l’avant dernier épisode du « Musée de l’Espace » de Carmine Infantino où le fils réalise que le Musée de l’Espace raconte aussi la rencontre de son père et de sa mère

et donc sa naissance. Des moments de magie totale.

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Je reviens un peu tard sur ce livre qui n’est pas paru aujourd’hui mais hier, pour vous dire que si vous ne lisez qu’une bande dessinée cette année et que vous voulez que ce soit forcément un chef-d’œuvre, et même si cela ne vous semble pas être au premier regard de votre obédience graphique habituelle (vous avez des habitudes plus dispendieuses d’effets qui viennent du comic book, du manga ou de la « nouvelle bande dessinée »), passez outre : si vous plongez dans « L’Eternaute » de Oesterheld et Solano Lopez, vous lirez une bande dessinée comme il n’y en a pas beaucoup.

 

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