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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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IN THE POCKET

mercredi 28 juillet 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

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Les livres de poche depuis longtemps n’en sont plus.

 

Il y a des quintuples volumes et si on les met dans la poche, ce qui arrive parfois, ça la déforme. Il faut donc les banir. On peut aimer les livres et respecter quand même la tenue de ses costumes. C’est pour cela qu’il faut chanter la gloire des éditions Allia qui font des livres qui sont vraiment de poche de par leur format et de par leur nombre de pages.

 

C’est ainsi qu’ils ont eu la bonne idée de vendre séparément deux essais de Hans Magnus Enzensberger, en deux petits volumes.

 

Il y a eu « Les Rêveurs d’Absolu » qui parle de la naissance du bolchévisme et de ces idéalistes bien pensants et propres sur eux qui ont fait la révolution, et il y a maintenant « Chicago-Ballade ».

 

On attend la suite puisqu’il y avait dans le recueil allemand d’origine, neuf textes dont certains me font fortement envie (je ne parle l’allemand) comme celui sur Rafael Trujillo ou « Réflexion dans une Vitrine ».

 

« Chicago-Ballade » est sous-titré « Modèle d’une société terroriste ». C’est la seconde édition et j’avais râté la première en 1998 chez l’Esprit Frappeur. C’est une merveille, on dirait du Nick Tosches.

 

C’est écrit dense mais enjoué, cela mélange paradoxes et faits historiques oubliés qui pour nous deviennent paradoxaux et réflexions de grande amplitude qui nous font aussi sec décoller.

 

Autour de Al Capone donc, et du fait qu’il est resté un mythe, car humain, et assez humain pour être mythifié, on évoque Capone et ses amis, quelques tueurs qui avaient toujours un crucifix sur eux pour égrener leur rosaire en attendant le client qu’ils devaient effacer.

 

L’auteur évoque les hauts faits de Capone, sa morale irréprochable, son sens de l’entreprise qui aurait pu en faire un grand capitaliste, ce qu’il était d’ailleurs, sa chute, pour lui incompréhensible, puisqu’il pensait qu’il faisait plus de bien que de mal et qu’il était au-delà du bien commun, du mal commun, entre Hitler et les personnages de Sempé, car il était parfois touchant.

 

Je ne vais pas vous raconter le livre, allais-je ajouter. Or, je m’aperçois que chaque fois que je vous dis ça, j’en ai déjà trop dit, tant pis : il fait merveilleusement le tour de Chicago, ville frontalière, car envahie d’immigrants de la seconde génération venus de partout, ville froide et venteuse, dure, ville magnifique qui était en faillite au moment où Capone arriva et qui soudain retrouva la prospérité avec le gangstérisme.

 

Et puis on ne le dira jamais assez avec l’abject grand retour que nous vivons de l’ordre moral et de nouvelles prohibitions, comment ces prohibitions justement peuvent être un terreau fertile pour le gangstérisme.

 

A partir du moment où on interdit certaines activités, on les rend glamour pour les adolescents paumés que nous avons tous été et on fait le lit des gangsters et ça risque d’empirer, vu les tas d’autres choses qu’on nous déconseille ou qu’on nous interdit.