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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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LES MEILLEURES REVUES LITTERAIRES SONT PARFOIS DES CATALOGUES DE LIBRAIRES (3)

mercredi 4 août 2010 par "Jean-Pierre Dionnet"

 

Je vais vous parler de deux de mes libraires préférés aujourd’hui, à l’opposé dans leurs choix.

 

D’une part la librairie Chrétien (178 Faubourg Saint-Honoré 75008 Paris – librairie_chrétien@yahoo.fr) tenue par Jean Izarn, qui édite régulièrement des catalogues, ses passions étant les artistes des années 20 / 30 essentiellement, mais pas seulement, et aussi tout ce qui concerne la danse et l’opéra.

 

Le dernier catalogue de la librairie Chrétien est un « ABCDaire du nu » avec en couverture un dessin de Domergue dont on oublie avec ses femmes girafes de la fin, toujours répétées et toujours semblables, qu’il fut un moment un grand illustrateur.

 

Quant au lettrage il est évidemment d’Erté issu de son célèbre alphabet fait de corps féminins dont par exemple le « B » est une femme autour de laquelle se love un serpent.

 

Dans ce catalogue comme dans tous ceux de la librairie Chrétien, se mélangent éditions originales parfois rarissimes, parfois enrichi d’originaux, peintures, dessins et quelques sculptures

 

Et ça balaye large, des pin-up récentes de Brenot aux illustrations de début du siècle, à la manière de Meissonier.

 

Ce qui m’a marqué dans l’exposition des œuvres, définitivement, c’est « Le Triomphe de Bachus », dessin en forme de médaillon à l’aquarelle et à la mine de plomb, de Gérard Cochet. On dirait l’esquisse d’une fresque jamais réalisée.

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Ou bien, loin de ce que je connaissais de lui, rigueur et dandysme, un dessin de Bernard Boutet de Monvel : un homme allongé, alangui, ambigu.

 

Mais aussi deux beaux dessins de Milo Manara pour « Genius », à l’époque où il était encore influencé par Crépax, un représente une Bardot qui marche nue dans un night club sur les tables et surtout une aquarelle de Boris Talberg qui travailla, entre autres, pour le métro de Moscou, maquette préparatoire à un grand décor mural représentant « un groupe d’enfants et d’adolescents, nus en maillot de bain, les pieds dans l’eau saluant le passage d’une patrouille d’avions ». C’est aussi bien que du Cornwell ou du Brangwyn, mais entre l’européen devenu américain, l’américain le russe, il y a plus de ressemblances que de différences et curieusement, si dans certains arts ces pays divergent immensément, dans l’art de la fresque, pas tant que ça.

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Il faut être aveugle ou de mauvaise foi pour dire que c’est de l’art Stalinien en Russie, car quand on faisait la même chose en Amérique, on disait tout simplement que c’était de l’art américain. C’était des œuvres au premier degré, fortes, simples, pour être vues comme au cinéma, en cinémascope, sur des murs gigantesques, où l’on regardait l’ensemble de loin et puis où on s’approchait pour voir les détails.

 

Un autre libraire qui m’est cher car il fait dans le curieux et dans le bizarre, c’est la librairie Michael Seksik (8 rue Lacépède 75005 Paris – www.librairiemichaelseksik.com) où il y a toujours des découvertes à faire, ces temps-ci ils font plutôt dans l’affiche psychédélique de San Francisco, toujours dans la criminologie.

 

Dans le dernier catalogue 2010, « Grand Palais », il y a entre autres des collages ahurissants presque de science fiction pour « Forges et Laminoirs de Jemmapes », une plaquette publicitaire au sujet ardu donc, mais où les photomontages d’Alberto Arboleda sont de la grande science fiction ou du grand surréalisme, comme on voudra.

 

Il y a aussi un fou, pour moi ceci est un compliment, qui a fait des timbres autour de Bécassine, des vrais timbres faits à la main qui tiennent compte de la recommandation R30323 et qui ont donc été oblitérés, contre paiement d’un timbre véritable je présume, et qui ont servis pour la poste, et parmi ces timbres évidemment Bécassine.

 

Pour le reste ça balaye large, depuis une plaquette publicitaire pour la marque de voiture Simca, contenant des dessins et des photos dont certaines de …………………, jusqu’à un des premiers ouvrages de Mark Beyer édité en France, « Le Magicien », de cet exquis dessinateur un peu à part dans l’underground qui fait partie de cette longue ligne d’artistes dingos loin de l’académisme qui ont pourtant fait une œuvre raffinée et constamment fascinante qui fait jonction entre le douanier Rousseau et Drager.

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