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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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GLENAT ? OUI, MAIS GLENAT Espagne (5)

mardi 21 septembre 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

                                                                     El-Coyote_defaultbody

« Mémorias Illustradas » ouvre sur les romans populaires de « El Coyote », rival de « Zorro » espagnol dû à José Mallorqui qui devient ensuite une bande dessinée dûe à Francisco Batet, comme « Zorro » il est un homme masqué mais à large sombrero.

 

Ce sera pour lui la révélation et on voit quelques images de « El Coyote » où on sent l’influence moins de la bande dessinée américaine que des illustrateurs américains, on le voit tout petit, tout bébé, et il nous montre quelques monuments de Barcelone, l’hôpital de la Santa Cruz y San Pablo, magnifique monument art nouveau dû à ces merveilleux architectes qui étaient Domenech y Montaner et aussi la Casa de los Punxes dûe à deux autres grands architectes Puig y Cadafalch, et bien sûr La Sagrada Familia de Gaudi. (Les autres archistectes étaient ses concurrents, ils le valaient bien, mais l’histoire a retenu Gaudi).

 

Ce qui est passionnant c’est de réaliser que justement tous les dessinateurs qui explosèrent en Espagne dans les années 60/70, utilisèrent une partie de cet art nouveau baroque ornemental et procédant du végétal issu de Gaudi et des autres dans la science fiction, voir les premières œuvres que ce soit d’Esteban Maroto de Gimenez ou de Fernandez.

 

Il raconte très joliment ses premiers émois, on se croirait chez Very ou chez Alexandre Vialatte ou chez Pascal Thomas puisque c’était pour lui le déclencheur, fut des papiers d’emballages d’orange appelés « Entre Naranjos » avec de belles femmes dessinées dessus et on a l’impression que pour toujours pour lui, les femmes ont ce parfum d’orange.

 

Il est donc autodidacte comme presque tous les dessinateurs de sa génération, il va découvrir ses maîtres, ceux de tout le monde car ils étaient publiés en Espagne comme partout : Frazetta : le merveilleux dessinateur de « Johnny Comet » qui n’était pas devenu un peintre en vérité moins intéressant que le dessinateur de bandes dessinées, Alex Raymond et Harold Foster, mais aussi les premiers maîtres espagnols qui furent considérables comme Boxcar ou Freixas, dont il montre quelques exemples tout à fait superbes. Freixas qui a changé plusieurs fois de style, avait au départ des élans au pinceau aussi vigoureux et aussi méconnus hélas hors d’Espagne que ceux en Amérique du fils de Edgar Rice Burroughs, John Coleman Burroughs.

 

On voit Fernando écolier à Carthagène, là où il est né, il parle beaucoup des femmes, qui apparemment l’ont toujours ému, les premières qu’il croisa surtout, les plus mystérieuses forcément, puis il parle de sa bronchopneumonie qui fut pour lui une occasion formidable.

 

Curieux de voir le nombre de gens qui étant immobilisés pour raison de santé ont profité de la maladie pour enrichir leur imaginaire. Ils sont innombrables.

 

(En ce qui me concerne par exemple, ce fut un rhumatisme articulaire aigu qui dura plus d’un an et où je me suis tapé, sans déconner, tout Victor Hugo).

 

Son père était un simple chauffeur de taxi mais il l’initia vite aux poètes espagnols et surtout il profita de sa maladie pour lire énormément de bandes dessinées.

 
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On y voit des dessins de Benejam qui racontaient non pas la richesse nouvelle d’américains soudain nantis comme la famille Illice mais au contraire la pauvreté d’une famille espagnole qui se battait autour des petits pois, on y voit les débuts d’un dessinateur qui va devenir beaucoup plus habile mais moins intéressant et qui raconte des histoires de FBI, Luis Bermejo, on y voit les formidables débuts dans « El Coyote », le journal qui a tout déclenché pour lui, de José Bielsa que j’ai connu à la fin de sa vie et à qui je n’ai pas eu l’occasion de parler quand il dessinait la merveilleuse série pédagogique dans « Pilote » consacrée à la mythologie antique qui s’appelait je crois « Quand les dieux étaient des hommes ».

 

Il a tout gardé, sa première édition du « Romancero gitano » de Garcia Lorca, toutes les photos de toute la famille, son père chauffeur de taxi fait un peu penser aux acteurs de l’époque torse-nu à la Ralf Valone, sur une photo en costume, sur une autre on voit sa petite sœur boire du jus de tomate le matin car les médecins disaient que ça fortifiait, chez nous c’était du sang de cheval que l’on pressait le matin et dont il fallait boire un grand verre.

 
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Il y a d’autres images de Freixas beaucoup plus décoratives pour des livres et une bande dessinée de science fiction magnifique de Darnis, publiée dans « El Coyote » forcément.

 

La suite demain.