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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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GLENAT ? OUI, MAIS GLENAT Espagne (6)

mercredi 22 septembre 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

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Dans ses mémoires illustrées, Fernando Fernandez parle de l’hiver, il parle de son père, il nous montre un dessin de Boxcar, son idole d’alors en Espagne et la manière dont il l’a copié, il nous montre comment il copiait servilement, pas mal d’ailleurs mais n’y arrivant pas tout à fait, « Prince Vaillant », il nous raconte les copains le samedi, quelques croquis anatomiques très classiques car il se rendait la nuit dans des classes nocturnes d’arts appliqués, il nous montre « Le Guerrier d’Antifaz » (« El Guerrero del Antifaz ») vaguement inspiré de Alex Raymond mais fort différent puisque le brave dessinateur Manuel Gago dessinait avec compétence plusieurs séries par semaine.

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Et Bielsa, magnifique, et cela me fait repenser à l’époque où le seul en France à avoir remarqué son génie, Jacques Lob fit avec lui le superbe « Les Mange-Bitume ».

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On y découvre aussi le « Docteur Niebla » du jeune Francisco Hidalgo qui lui aussi fera une belle carrière et les dessins sidérants à l’époque d’hyper réalisme publiés dans « El Coyote » de Caprioli, le dessinateur que Hugo Pratt préférait en Italie et qui paraissait dans « Il Vittorioso », c’était un peu comme du Cazanave mais en mieux, en plus réaliste, il était un maître de l’exotisme jamais dépassé mais dont hélas nous n’avons connu que l’œuvre tardive en France au moment où son dessin s’est alourdi.

 

Je ne vous raconterai pas l’histoire de « L’homme aux colombes », il la raconte mieux que moi, elle est belle et poétique comme du Pierre Very encore.

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On y voit ses projets de super héros (le super héros américain vient de naître), à un moment il essaye de copier Dan Barry pour « Flash Gordon » et puis il raconte, à l’occasion d’un accord entre le Président Eisenhower et le Général Franco, en marge de l’Otan, alliance bilatérale mal vue par l’Europe puisque c’est en Espagne que les nazis firent leurs premières armes, au côté de Franco contre les Républicains, la manière dont cela provoqua soudain l’apparition de la science fiction américaine dans les magazines espagnols, ce dont il ne se remis jamais.

 

Ses premiers essais fignolés autour de 1954 ont l’air de collages situationnistes puisqu’on y croise « Captain Marvel », des nazis, des buffles et des combats en silhouette à la manière de « Spirit ».

 

Il y a sa première planche publiée en Espagne, une petite histoire de science fiction, des planches encore où il copie les maîtres, cette fois-ci c’est Frank Robbins. Et puis ça y est, en 1957 il est publié pour de bon mais ce sera en France grâce à un copain Josep Toutain dont je vais vous parler : un dessinateur estimable qui décidera de créer une agence pour vendre les dessinateurs espagnols à l’étranger pensant que le marché local ne suffirait pas, il s’avérera visionnaire, et les premières bandes dessinées de Fernando Fernandez parurent chez Artima, à Tourcoing.

 

La suite demain car décidément la vie de Fernando Fernandez est un roman.

 

Ah oui, j’oubliais, dans ce début on croise également Longaron qui lui aussi avec les copains, la bande à Toutain, passe le temps à arpenter les Ramblas de Barcelone et à regarder les jolies filles.

 

C’est l’autre point commun qu’il y aura entre tous ces dessinateurs espagnols, d’où leur amour des femmes, leur regard latin, leur habileté à dessiner des femmes belles, leurs manières presque uniques d’esquisser leurs silhouettes, de dessiner leurs chevelures, ils seront copiés dans le monde entier via la Fleetway en Angleterre et même jusqu’en Amérique où l’on peut dire que les comics de cœur des années 60, ceux où l’on retrouva Buscema ou Romita, doivent sans doute beaucoup à cette bande dessinée espagnole qui déjà était connue.

 

Pour Longaron ce sera la gloire, il dessinera une merveilleuse bande dessinée dont l’héroïne était noire, « Friday Foster », une manière de Halle Berry à la pointe de la mode absolument ravissante et dont les aventures dans les quotidiens, nous sommes dans les années 60 et l’étau se desserre en Amérique, sera une vedette de la bande dessinée, une espèce de Juliette Jones black qui mériterait d’être intégralement rééditée car dans mon souvenir dans les quelques épisodes que j’ai lus en anglais ou en France (dans « Fillettes »), il y avait des récits complets et étaient superbes, c’était du « Desperate Housewives » avant l’heure mais dans un cadre précis, celui des années 60, qui était déjà celui aussi de « Mad Men ».

 

La suite demain.