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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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GLENAT ? OUI, MAIS GLENAT Espagne (8)

vendredi 24 septembre 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

On passe ensuite aux premières bandes dessinées de cœur vendues par Fernando Fernandez en Angleterre puis en France, avec de jolis décors, de jolies femmes, quelques objets mobiliers ravissants.

 

On n’est pas dans le réalisme de « Juliette de mon cœur » et des grands maîtres américains, on est plutôt dans un dessin un peu rêvé assez proche du dessin de mode tout à fait efficace.

 

Il va en Argentine.

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Il adore Kim Novak et Audrey Hepburn, tiens moi aussi, mais il a rencontré sa Audrey Hepburn qui s’appelait Maria Rosa. D’après la photo, elle ressemble un peu à la vraie, il a eu de la chance.

 

Elle lui servira de modèle, elle sera son grand amour.

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On retrouve des photos de groupes, toute la bande en pyjama, sur une terrasse avec au fond la Sagrada Familia.

 

Il y a la fameuse Maria Rosa et sa photo en héroïne et puis il part, pensant n’y passer que quelques temps, en Argentine, ils sont plusieurs à partir, ils fêtent ça en disant que c’est comme la « Cène du Christ », ils ne croient pas si bien dire, il dit au revoir à sa famille, à Maria Rosa et c’est le départ, photos de Rio et puis vite Buenos Aires : l’Argentine.

 

Un autre monde.

 

Il y a encore de belles femmes et puis ça devient un autre monde vraiment comme ils partent à Santiago del Estero. Là on parle à peine espagnol.

 

Il est à cheval et le colt de côté. Ils feront la rencontre avec les argentins, avec Osterheld, avec Solano Lopez.

 

Ils retournent à Buenos Aires, ce sera la découverte de toutes les cultures du monde car on peut à ce moment là y voir des films d’avant-garde venus d’un peu partout, le pays est un formidable bouillon de culture où l’on peut voir l’avant-garde russe comme les films de Bergman ou la production locale. 

Là ils vont tomber sur Breccia bien sûr, sur le formidable dessinateur de westerns essentiellement et de la belle série « Randall », Arturo del Castillo, et sur Hugo Pratt qui lui est venu d’Italie.

 

Pratt dessine déjà « Sergent Kirk », Breccia est déjà un immense auteur, il travaille aussi pour la Fleetway en parallèle.

 

Mais je n’ai pas envie de vous raconter l’histoire, il le fait mieux que moi.

 

Il reverra Maria Rosa, il aura des problèmes familiaux, vieillissements, maladies, morts, et se retrouvera pris dans la guerre d’Algérie où des destins espagnols croiseront des destins français, comme une répétition des bandes dessinées que Fernando Fernandez fera ensuite pour la Fleetway et pour le comics de guerre « Air Ace » où l’on sent une belle fascination pour les machines, armes de guerre certes mais objets parfaits, suivent des portraits rigolos de Fernando Fernandez se photographiant avant « Dracula » pour dessiner son histoire de vampires.

 

Pour les dessinateurs espagnols alors, ce n’est pas évident, puisque revenus d’Argentine ils travaillent où ils le peuvent pour des maisons qui payent mal, comme Artima en France.

 

On croise des dessinateurs qu’on reverra plus tard comme Clavé que j’ai croisé à « Pilote ».

 

Pour la Fleetway anglaise ils font des comics de guerre, des petits fascicules de cœur, ils vont travailler pour « Roxy », « Marilyn » (comme l’actrice) ou « Valentine ».

 

Et puis l’embellie vient doucement avec des séries qui vont se vendre un peu partout comme « Delta 99 » de Gimenez, sa belle série de science fiction, « Cinq pour l’infini » de Esteban Maroto, « Sunday » de Victor De La Fuente qui bientôt l’amènera à travailler chez Dargaud et même avec Charlier un moment.

 

On rencontre d’autres ibères qui n’étaient pas de sa bande comme Ribera qui lui réussira avec Godard une belle carrière en France, mais il faut reconnaitre que dans l’ensemble tous ces dessinateurs extrêmement habiles qui avaient appris à travailler vite, vont réussir plus ou moins bien à l’étranger et je me souviens de l’étonnement devant le dessin parfait de Victor De la Fuente, des éditeurs français qui le publièrent, devant le fait que ça ne prenait pas et le succès n’était pas au rendez-vous. Certains de ces maîtres comme De La Fuente justement se retrouvèrent plus tard à faire des westerns érotiques en Italie pour des fumettis pour adulti et certains de ces maîtres aussi eurent bien du mal à s’exporter de l’Espagne comme le formidable dessinateur de « Simbad », José Lombardio qui fut pourtant publié en France.

 

La suite demain.