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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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GLENAT ? OUI, MAIS GLENAT Espagne (11)

mercredi 29 septembre 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

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Ensuite Fernando devient technique. Il parle de dessin, de l’arrivée du rock avec Presley bien sûr mais aussi Franky Laine et les espagnols comme Mariano Mores qui, sur une photo, fait penser aux chanteurs italiens de l’époque.

 

Il explique qu’à l’époque il n’y avait pas beaucoup de livres pour apprendre le dessin. Un de Emilio Freixas et un autre publié en Argentine par Enrique Lipzic et deux autres dûs à des professeurs de la « Escuela Panamericana del Arte » qui apprenaient à dessiner au travers des leçons des plus grands argentins, de Breccia à Pratt, à Salinas en passant par l’humour (quino) et en expliquant les méthodes de travail de Caniff, de Foster ou de Robbins.

 

Apparemment pour lui le livre qui fit date fut « Técnica della historieta » et aussi « 150 famosos artistas » où on découvrait les grands illustrateurs d’Amérique du Nord mais aussi d’Argentine et quelques dessinateurs de bande dessinée.

 

Il parle du lavis, cette encre de Chine mêlée d’eau, que quelques français utilisèrent avec succès comme Poivet en France et surtout des grands italiens comme Molino ou Ferrari.

 

Il parle du scénario, de la couleur, et de toute l’épicerie qui fait le métier de dessinateur.

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Et bien sûr, il cite l’américain Andrew Loomis dont les cours de dessin sont définitivement les plus beaux qui soient pour ce qui est du XXème siècle.

 

Et l’on voit des exemples de tous les livres précités, et quelques croquis d’animaux, de Salinas apparemment pris sur le vif ou la manière d’utiliser une photo selon Breccia.

 

Il parle ensuite de tous ses amis, dessinateurs, à commencer par Toutain qui habitait en face de la Pédrera, la magnifique maison en forme de vagues de Antonio Gaudi.

 

On aperçoit Rafael Martinez avec un sac de hippie, il est encore chef des ventes de « Selectiones Illustradas » et pas encore éditeur pour son propre compte. On découvre à l’occasion des dessinateurs moins connus comme Francisco Cueto dont le dessin a quelque chose de l’économie de Breccia.

 

Ca donne envie.

 

Il parle ensuite des scénaristes dont un seul hélas est connu chez nous, le regretté Victor Mora, des illustrateurs comme Vincente Segrelles qui deviendra dessinateur de bande dessinée avec « Le Mercenaire », il y a une planche sublime de Salinas pour son adaptation du « Dernier des Mohicans », aussi belle que du Foster, et aussi élégante que du Alex Raymond.

 

Il finit en épilogue sur ses amis, éditeurs et auteurs, et du docteur Marius Petit, à Barcelone, qui l’opéra après sa crise cardiaque et lui sauva la vie.

 

C’est ensuite sans doute qu’il décida de mettre tout cela par écrit pendant qu’il était encore temps.

 

Et il finit sur une biographie qui ressemble à un curriculum vitae, comme si demain il devait proposer son travail à nouveau, à un nouvel éditeur, et comme si à nouveau il avait vingt ans et le monde devant lui. Et l’on finit ou presque sur une belle photo de groupe où ils sont presque tous là : le monde alors allait leur appartenir.

 

Puis il cite comme si ce n’était pas lui, quelques articles à son propos, élogieux, dont un de Fellini qui ne ratait rien et qui au moment où il travailla pour les « Fumetti per adulti » italiens sur « Zora », beau vampire dénudée, disait : « j’ai une grande admiration pour les arabesques créatives et oniriques de Fernando Fernandez sur « Zora » ».

 

Sur le dernier rabat du livre, il y a un cachet, celui de « Selectiones Illustradas », l’agence, à une époque ils avaient une boite postale ou un bureau peut-être à Londres, avec au-dessus sa référence : Fernando : 8M.

 

Il faudrait un éditeur fou en France pour traduire ce livre, non pas comme un ouvrage d’un dessinateur qu’on connait mal chez nous mais sur la bande dessinée, quelqu’un qui comprendrait qu’avec sa manière de ressusciter le temps, d’accumuler des détails, de parler de choses qui ont disparues, Fernando Fernandez est l’héritier de Georges Perec et un merveilleux raconteur des fabuleuses années 60 dans une Espagne en train de changer et dans un monde qui disparaît et comme un autre exaltant, du moins ce qu’on pouvait croire, va venir.

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