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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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UN MAX OPHULS PERDU?

lundi 29 novembre 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

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« Les Désemparés » alias « The Reckless moment », tiré d’un roman d’abord paru en feuilleton dans un grand magazine populaire américain (dont j’oublie à la seconde le nom) d’Elisabeth Sanxay Holding, cette merveilleuse auteur de la « Série Bleme » qui s’appelait « The Blank Wall », en français « Au pied du Mur » et qui devint par un coup de baguette magique « The Reckless Moment » qui est une merveille.

Peut-être le film le plus passionnant de Max Ophüls dans sa période américaine.

Tout est dit dans les suppléments par Lutz Bacher qui raconte qu’à ce moment là, Ophüls faisait déjà des aller-retour entre Hollywood et la France (où il allait désormais finir sa carrière) et qu’après quelques déconvenues, il regretta le système américain. Car même si son producteur Walter Wanger dû, à la demande des instances supérieures, lui demander quelques modifications, le film se fit à partir du moment où se fut décidé, alors qu’en France désormais il était libre mais il fallait trouver l’argent, par petit bout.

Et il regretta Hollywood.

Il y a aussi un joli supplément de Todd Haynes qui parle très bien du film et aussi de son « Far Side of Paradise » dans lequel j’avais vu une parodie intelligente mais appliquée de Douglas Sirk et qui apparemment avait tout autant cité « The Reckless Moment », y reprenant même certains noms d’héroïnes et certaines situations.

Le film sur cette mère de famille qui se trouve face à des gangsters (c’était le titre en Série Bleme « Au Pied du Mur ») et qui ne veut pas déranger son mari qui est parti à la guerre et qui deviendra en quelque sorte une vamp, c’est Joan Bennett habituée plutôt aux rôles de filles faciles et qui est formidable en mère de famille, qui fera tomber dans ses filets le maître-chanteur James Mason, bouleversant.

Il fut remaké plus tard, dans les années 90, sous le même titre, mais avec ajout alambiqué en plus de la fille qui tombait amoureuse du gangster, un fils homosexuel, ce qui n’était pas utile.

Le vrai remake c’est le très joli film de Richard Marquand qui nous a quitté trop tôt, « L’Arme à l’œil », avec Donald Sutherland, extraordinaire, d’après le roman de Ken Follett dont on ne saura jamais s'il s’était inspiré de E. S. Holding ou s'il a réinventé à peu près la même histoire.

C’est un chef-d’œuvre absolu, je n’aurais qu’une chose à dire à Todd Haynes, c'est qu’il se trompe en disant que c’était le film d’Ophüls disparu car pour les fouilles-merde dont je fais partie, on en trouvait déjà une édition, que j’ai achetée il y a une dizaine d’années en DVD au Japon en anglais sous-titrée japonais.

C’est donc « Les Désemparés » chez Carlotta.