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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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POETES DE L'IMAGINAIRE. Aux Editions "Terre de Brume"

lundi 20 décembre 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

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1ère Partie

« Poètes de l’Imaginaire – Fantastique, fantasy, science-fiction », anthologie proposée par Sylvain Fontaine, est le livre que j’ai toujours attendu parce que pour moi, les conquérants de José Maria de Heredia c’est de l’héroic fantasy, parce que certains poèmes de Clark Ashton Smith me font plus peur que certaines histoires de Lovecraft, parce que Endymion et Hypérion sont, avant d’être des livres de Dan Simmons pour moi et définitivement, des poèmes de Keats. Et n’oublions pas Edgar Poe.

La plupart des noms que j’évoque ici sont absents de cette merveilleuse anthologie qui fait près de sept cent pages car l’auteur a choisi le domaine français.

C’est bien suffisant.

Quand j’étais adolescent et que je lisais certains poèmes de Hugo, pour moi cela se reliait très directement à ce qu’il y avait dans les romans du « Rayon fantastique ».

Et voilà le livre existe et il est magnifique.

Sous une préface de Michel Viegnes, professeur de littérature française du XIXème et XXème siècle à l’université de Fribourg qui évacue assez bien les problèmes, la manière dont le structuralisme et Todorov en particulier ont banni le poème hors du chemin du fantastique pour la raison valable d’ailleurs qu’il faut un point de départ réaliste pour aller ensuite vers le fantastique.

Mais alors c’est presque toute la science fiction que l’on pourrait remettre en question aujourd’hui et surtout la fantasy qui commence souvent dans l’irréel le plus absolu pour continuer et qui n’essaye pas souvent de nous donner de base quotidienne.

Sylvain Fontaine raconte comment l’idée de l’anthologie lui est venue et il dit qu’il y a trop peu d’auteurs hors de France et trop peu de femmes, ce qui me fait penser aux poétesses pré-raphaélites comme Christina Rossetti qui est définitivement une des premières prêtresses de la fantasy mais on se contentera de ce qu’on a et on a déjà beaucoup.

Le choix a été fait par genre, ce qui n’est pas idiot.

En préface on rappelle qu’avant le déclencheur, pour la plupart d’entre vous, Tolkien, il y eut quand même entre autres Wagner et sa tétralogie fantastique, les utopistes et les Charles Perrault, et je retrouve ce que j’ai découvert jeune en lisant les livres scolaires de Castex et Surrer qui m’amenèrent à la poésie fantastique. Je ne savais pas à l’époque que Castex était l’auteur d’un livre mémorable chez José Corti sur « Le conte fantastique de Nodier à Maupassant ». Ils sont bien tous là ceux que j’ai traqués alors, les Nodier, les Balzac (qui fut frénétique avant de devenir réaliste), les Dumas, les Théodore de Banville, les parnassiens et les symbolistes comme Schwob et Lorrain que je mettrais plutôt dans les décadents, c’est histoire de goût.

Evidemment on retrouve Heredia mais aussi Albert Samain et Henri de Régnier qui raconte des fresques barbares.

Mais aussi des auteurs moins connus comme Sébastien-Charles Leconte, Milosz ou René Vivien.

Chapitre 1 : on est là dans le geste héroïque qui va de L’Illiade à Robert Howard (ah ! ça me fait penser aux poèmes de Howard justement). Ca s’appelle « Les héros, la guerre, la mort ».

Le chapitre deux est consacré à « Les terres sauvages d’Hellas ». Il constate la manière dont reviennent toujours, en eux-mêmes ou inconsciemment parodiés, les héros de la mythologie grecque.

On y trouvera les mêmes coupables que précédemment plus Victor de Laprade, Victor Hugo et Jean Lorrain souvent, et Louis Bouilhet qui a des accents qui rappellent Heredia :

« Un souffle impétueux entraînait le navire ;

Il allait, il allait aux magiques îlots,

Comme va la colombe au serpent qui l’attire.

Et les mâts s’inclinaient, et la rame en délire

D’elle-même frappait les flots ».

Puis viennent en chapitre trois « Les Poèmes Apocryphes » qui, comme les écrits apocryphes, ces textes antiques qui furent rejetés du canon biblique, sont l’œuvre en proses ou en poèmes d’une bible prolongée, voir « Le Paradis Perdu » de Milton.

Et j’avais oublié que Gérard de Nerval fit « Le Christ aux Oliviers », je n’avais pas lu les contes épiques de Catulle Mendès et j’avais oublié Albert Samain et forcément autour de la tristesse du diable il y a Leconte de Lisle.

Et on finit, mais c’est dédié à Villiers de l’Isle Adam, par un étrange poème de Verlaine où le Christ croise de bons démons et des satans adolescents.

Puis viennent en chapitre quatre « Les Epopées Gothiques », héritières entre autres de La Table Ronde avec le conte de Lisle forcément beaucoup mais aussi des oubliés comme Louise Ackermann ou Catulle Mendès ou Sébastien Charles Leconte, mais aussi Baudelaire, Heredia et Hugo.

La suite demain.