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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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POETES DE L'IMAGINAIRE. Aux Editions "Terre de Brume"

mercredi 22 décembre 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

3ème Partie

La troisième partie de « Poètes de l’Imaginaire » est toute entière consacrée au Fantastique tel que Todorov l’aurait accepté, à un monde réel décrit qui soudain explose et part à la dérive comme Guy de Maupassant en proie à ses visions délirantes et bien sûr l’incontournable maître du glissement du réel vers l’horreur qu’est Algernon Blackwood et forcément, comme l’auteur n’a pas d’œillères, il nous rappelle que plus récemment nous eurent dans le genre Lovecraft, certes, et plus récemment encore Clive Barker.

On commence avec un chapitre sur les frénétiques, les enfants du roman gothique, du « Moine » et du « Château d’Otrante ».

L’auteur a bien raison de remonter jusqu’au XVIIIème siècle : l’époque où sans le savoir Pixie Court faisait du théâtre d’horreur sur les grands boulevards que des illettrés allaient voir en foule.

Les mêmes auteurs encore, décidément, mais aussi Jean Moréas, avec du Charles Cros :

« Au son du funèbre langage,

Ils moururent à mi-voyage.

Et la morte reprit son gage ».

Le chapitre deux est consacré aux Mystiques. Il nous rappelle que Nerval ou Hugo s’intéressaient à l’occultisme et aux tables tournantes, s’en servant pour construire des mondes cohérents comme plus tard Lovecraft.

Il achève avec « Le Rêve de la mort » de Léon Dierx, extrait de « Les lèvres closes » :

« Je reposais dissous dans l’éternel sommeil,

Et je comptais sans fin, ainsi que des secondes,

Les siècles un par un tombés des mornes cieux,

Les siècles morts tombés de l’amas des vieux mondes,

Tombés dans le néant noir et silencieux ».

Puis viennent « Les Romantiques », ceux qui se réunissaient, gilets rouges pour se reconnaître et effrayer le bourgeois chez Nodier. Tous s’inspiraient, venu d’Allemagne, de ce que faisait Hoffmann, la fin du rationnalisme et l’expression du désespoir face à la disparition de la transcendance.

Ca se ferme sur l’admirable poème de Sébastien-Charles Leconte, « Des fleurs pour ma tombe » :

« Elles se flétriront très vite au cimetière :

A travers mes six pieds de terre, mon désir

Aspirera leur vie et leur douleur entière,

Et mes dents grinceront de peine et de plaisir ».

Viennent ensuite les Bucoliques qui sont d’ailleurs nombreux dans la peinture romantique et qui sont des rêveries de citadins qui pensent qu’à la campagne tout est possible.

Belle idée que de citer ici conjointement Seignolle, Lovecraft et le film « The Wicker Man » ou « Délivrance » : tout le cinéma gore sait que lorsqu’on sort des autoroutes puis des petites routes par les chemins à peine entretenus, tout est possible, le pire surtout.

Dans ce chapitre Emile Verhaeren est roi, à l’aise nulle part semble-t-il, puisqu’àprès les villes tentaculaires il oeuvra quelques années sur les campagnes hallucinées et les villages illusoires.

Et puis il y eut les Décadents autour de 1900, pervers plus ou moins sincères, obsédés sexuels mais d’une sexualité forcément outrageante, un peu ce que fera plus tard en photographie et en peinture Pierre Molinier.

Evidemment il y a Baudelaire qui toujours aime à choquer.

En chapitre six viennent les Macabres : ceux qui n’ont plus besoin de monstres mais qui dérivent dans leurs rêves devenus cauchemars, dans leurs états psychotiques, dans leurs dépressions expressionnistes :

Verlaine forcément et les mêmes coupables.

Ma découverte, Emile Nelligan, un poème extrait de ses poésies complètes 1896-1899, « Le Cercueil » qui s’ouvre ainsi :

« Au jour où mon aïeul fut pris de léthargie,

Par mégarde on avait apporté son cercueil ;

Déjà l’étui des morts s’ouvrait pour son accueil,

Quand son âme soudain ralluma la bougie ».

La suite demain.