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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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POETES DE L'IMAGINAIRE. Aux Editions "Terre de Brume"

jeudi 23 décembre 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

4ème Partie

Puis vient, nous y voilà, la quatrième partie de « Poètes de l’Imaginaire », « Merveilleux Scientifique (Science-Fiction) », avec l’admirable « La Conquête » d’Emile Verhaeren extrait de « Les Forces tumultueuses » :

« Et les voici portés, sur leurs vaisseaux, ces hommes

Dont l’âme fit Paris, Londres, Berlin et Rome,

- Prêtres, soldats, marins, colons, banquiers, savants –

Rois de l’audace intense et maîtres de l’idée

Qui projettent les traits de leur force bandée

Aux buts les plus lointains des horizons vivants ».

En introduction l’auteur reprend un texte de Jean-François Marmontel, « secrétaire perpétuel de l’Académie française, dans ses Eléments de littérature » :

« Si Homère revenait aujourd’hui avec ce feu divin, quelles couleurs, quelles images ne tirerait-il pas des grands effets de la nature, si savamment développés, des grands effets de l’industrie humaine, que l’expérience et l’intérêt ont porté si loin depuis trois mille ans ? La gravitation des corps, l’instinct des animaux, les développements du feu, les métamorphoses de l’air, les phénomènes de l’électricité, les mécaniques, l’astronomie, la navigation, etc. ; voilà des mines à peine ouvertes, où le génie peut s’enrichir ».

L’auteur fait remonter à un texte qui raconte en gros la fin du monde, le « Dernier Homme » de Jean-Baptiste Cousin de Grainville qui devait être un poème mais l’auteur mourut et ce fut un roman, et il annonçait déjà l’épuisement de la terre.

L’auteur y voit la naissance de « l’épopée scientifique » puis il rappelle Versins et son « Encyclopédie de l’Utopie, des voyages extraordinaires et de la science-fiction » pour dire que c’est dans les voyages imaginaires, les contes philosophiques et l’utopie littéraire que tout aussi commença.

« Le troisième fil » dit l’auteur, c’est Edgar Poe qui invente le merveilleux scientifique. Il explique bien comment, venu d’Angleterre ou de France, c’est en Amérique avec la science-fiction écrite et aussi la bande dessinée, voir « Flash Gordon », que la science-fiction n’est plus une bizarrerie qui apparaît ici et là dans les magazines, mais devient un genre avec ses revues.

Le premier chapitre « En Mer » cite l’anthologie de Yves La Prairie « Les plus beaux poèmes sur la mer » mais dit que, ce qui sera mis en exergue ici, c’est la manière dont cette mer pour nous étrangère peut devenir émerveillement ou terreur d’ailleurs, à cause de la surface de l’eau, des tempêtes et de tous ces monstres cachés sous les flots que nous devinons sans les voir. La mer c’est déjà les étoiles.

L’essentiel des textes les plus brillants vient de ce grand oublié qu’est Jean Richepin et de son recueil « La Mer ».

Le deuxième chapitre s’appelle « Outremer » et il choisit en gros la manière dont les pays étrangers encore difficiles à atteindre pour nous, pouvaient représenter quelque chose de merveilleux, des voyages de Marco Polo au Pierre Benoit de « L’Atlantide » ou à « King Kong ».

Là-bas, dans l’exotique imaginaire tout était possible.

Là comme souvent c’est Victor Hugo qui triomphe avec un poème extrait de « Les Rayons et les Ombres » :

« L’intérieur du mont en pagode est sculpté.

Puis vient enfin le jour de la solennité.

On brise la porte murée.

Le peuple accourt poussant des cris tumultueux ;

L’idole alors, fœtus aveugle et monstrueux,

Sort de la montagne éventrée ».

Si je vous avais dit qu’il s’agissait d’un texte de Lovecraft, sans doute m’auriez-vous cru.

Le chapitre trois est consacré aux Résonnances Cosmiques, en gros la poésie de l’espace avant qu’on lui rende visite, celle que chantait dans ses innombrables ouvrages Camille Flammarion qui soulignait qu’il y avait déjà en 1865 une cinquantaine de romans et de nouvelles consacrés au voyage spatial dont l’auteur, c’est son droit, dit avoir volontairement écarté le plus célèbre « Plein Ciel » de Victor Hugo mais l’on retrouvera de vrais oubliés comme Louis Fontanes, Antoine-Léonard Thomas, Pamphile Le May.

Le chapitre quatre est consacré aux Horizons Nouveaux. A l’époque, dixit l’auteur, Marcelin Berthelot, chimiste, dit (nous sommes en 1885), que le monde est désormais sans mystère.

C’est déjà le space opéra, voir le poème de Sébastien-Charles Leconte « Défi lyrique » :

« Qu’importe ! Défiant l’Empyrée en ruines,

La colère lyrique armera nos poitrines,

Et, si même, pour nous peser,

La Destinée apprête en riant ses balances,

Et, dans un grondement fait de mille silences,

Si le Ciel veut nous écraser…

Nous recevrons le Ciel sur le fer de nos lances ».

Puis viennent les Angoisses Modernes, l’envers de la même pièce, la manière dont la Taylorisation et le progrès vont créer une nouvelle forme de misère, celle des ouvriers, celle que chante Fritz Lang avec « Métropolis ».

Avec le Verhaeren des villes tentaculaires justement.

Puis viennent les Fins du Monde, chapitre six, où l’auteur voit, c’est neuf pour moi, une vengeance des humains sur la nature indifférente, aux espoirs et aux malheurs des humains, si bien que l’homme se venge en voulant détruire la terre pour lui prouver qu’elle aussi est mortelle.

Avec « Le Dernier Homme », de Cousin de Granville qu’Auguste Creuzé de Lesser entreprit de mettre en vers, le récit de la fin du monde dans « Le Dernier Homme ».

Le chapitre sept est consacré au Réenchantement du monde, la manière dont en vérité il pourrait y avoir une tierce voix et que peut-être la science et le divin pourraient se retrouver. Il fait bien de citer Robert Silverberg, immense auteur de science fiction épique, capable de ne pas avoir peur de la science et au contraire chanter les au-delà qu’elle pouvait provoquer.

Je fermerai en citant Henri Cazalis, dit Jean Lahor, avec la première strophe du poème « Le Tourbillon » :

« Vois-tu les danses des atomes,

Les tourbillons d’astres au ciel,

Et tous les vivants, ces fantômes,

Roulant dans le cercle éternel ? »

Il y a ensuite une table des auteurs, bien utile, mais j’espère que dans l’édition suivante on nous en dira plus sur certains que j’ignorais, un index des thèmes extraordinairement utile et une bibliographie d’autres livres consacrés à la poésie de l’imaginaire.

C’est donc un livre totalement indispensable et contrairement à ce que dit l’auteur quelque part, ce n’est pas un livre de métro, lire un poème le temps d’un voyage c’est l’idéal mais on risquerait de vous le voler ou de vous l’abîmer et il vaut mieux que ça, mais pour moi un formidable livre à emmener en vacances en lisant un poème par jour, ou deux, et en l’absorbant lentement.

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