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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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Black Man

mercredi 7 octobre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

de Richard Morgan aux éditions Bragelonne

Chez Bragelonne, un deuxième livre de Richard Morgan, après l’excellent « Carbone Modifié », c’est « Black Man ».

La couverture racoleuse, mais au bon sens du mot car elle fait penser à la black exploitation ce qui est normal pour un livre qui s’appelle « Black Man » et qui raconte bien l’histoire, ou donne plutôt envie d’acheter puis de lire, dans cette histoire de
« Variantes 13 » où dans un monde féminisé, on a fait disparaître les hyper mâles, cultivés exclusivement pour la guerre et Carl Marsalis, un mélange de « Shaft » (dans le remake qui n’était pas si mauvais que ça) est un de ces soldats génémodifiés qui pourchasse ces anciens frères d’arme pour le compte des Nations Unies.

C’est un bouquin excellent et qui tient à nouveau de la SF impure, entre thriller et science fiction justement – on pense à « Le point de non retour » de John Boorman– réussit son coup à cause de son impureté.

Il a eu le Prix Arthur Clarke 2008, c’est tout à fait mérité.

Un sang impur abreuve donc nos sillons sanglants.

Transports en commun pas commun

mardi 6 octobre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Toujours en DVD, je n’attendais plus grand chose de Kitamura, le metteur en scène japonais de « Versus » qui avait fait pas mal de films à la suite absolument sans intérêt (on disait que son chef-d’œuvre « Versus » était dû à sa collaboration d’un autre metteur en scène mais quand celui-ci a fait un film, il n’était pas terrible non plus).

Il s’agit ici, c’est ambitieux, de l’adaptation d’une nouvelle de Clive Barker et dont le titre est « Clive Barker’s Midnight Meat Train ».

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Une espèce de légende urbaine sur des trains où l’on tue des gens pour nourrir les monstres du sous-sol qui ont toujours été là bien avant nous et qu’il faut bien nourrir.

C’est Vinnie Jones qui joue le boucher qui tue pour les monstres et comme dans « La Sentinelle des Maudits » de Michael Winner, Bradley Cooper qui va se heurter à lui et ne sait pas encore que l’enjeu sera bien plus terrible qu’il l’avait prévu.

C’est un film extraordinaire, je ne vous en dirai pas plus.

La Black Exploitation reprend du poil de la bête

lundi 5 octobre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Voici enfin, après d’innombrables parodies de Superfly et compagnie, qui n’étaient ni drôles ni intéressantes, un vrai film de Black Exploitation, « Blood and Bone », sur un sujet éternel, l’homme qui sort de prison, qui se venge et qui repart.

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Mais c’est aussi l’histoire d’une famille américano-africaine qu’il va aider, l’histoire du quartier, et Michael Jai White est formidable dans le héros qui fait vraiment des arts martiaux (filmé en plans larges : on voit que c’est pas bidon) et il y a Eamonn Walker dans le rôle du méchant, un acteur noir que vous connaissez tous, mais dont vous ignorez le nom, l’ayant vu dans de nombreuses séries télé, un méchant plus que convaincant : quasi réel.

Le metteur en scène s’appelle Ben Ramsey et c’est un film frais, au sens qu’il est au premier degré, agréable et même formidable, vaguement inspiré de « Shane » dans son rôle « père de substitution », comme « Duel au Couteau » de Bava dont je parle ailleurs.

GIG

vendredi 2 octobre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

De James Lovegrove aux éditions Griffes d’Encre

« GIG » de James Lovegrove est une très belle surprise à côté de laquelle j’ai failli passer, puisqu’il s’agit d’un récit aux limites de la science fiction et du fantastique mais qui devient fantastique si le lecteur le décide – vous comprendrez mieux en le lisant – et surtout il s’agit d’une histoire racontée tête-bêche en deux versions, celle d’une fan qui court après une rock star et qui croit savoir pourquoi, et celle d’une rock star qui erre dans l’attente d’une fan et qui sait pourquoi.

Deux destins croisés qui s’auto-manipulent mais là où ça devient formidable, c’est que cette histoire qui se passe dans un futur tout à fait immédiat, guère différent de notre présent mais très inventif dans le détail, n’est pas la même suivant qu’on commence par le point de vue de la fan, Kim, ou si l’on commence par le point de vue du garçon, Mik.

Je ne vous en dirais pas plus, sinon que ayant commencé par le point de vue de la fan puis fini par celui du rocker, j’ai eu envie, aussitôt l’œuvre achevée, de recommencer dans l’autre sens mais il est trop tard et les préfaces qui nous engagent à choisir, ce n’est pas sans conséquences, de commencer par une version ou par l’autre, ont raison.

C’est un livre quasi oulipien puisque suivant la manière dont on l’attaque, on ne lit pas tout à fait le même livre et il reste dans le récit, ponctué pourtant de plein de détails d’informations, quelques trous et quelques détails qui font que chacun peut lire l’histoire qu’il veut sans que cela soit une  afféterie de style mais bien plutôt une participation de tout un chacun.

Je ne vous en dirais pas plus pour ne pas vous gâcher cette excellente lecture.

J’avais déjà repéré James Lovegrove mais ça y est, maintenant j’y suis attaché, il est, dans la nouvelle génération, un des auteurs les plus intéressants et prend en gros le relais au niveau du mélange de littératures générales et de littératures de genres (dieu que je déteste ce terme), de gens comme Lucius Shepard.

L’éditeur Griffes d’Encre a d’ailleurs eu la bonne idée de lui donner une couverture qui ne fera pas fuir les amateurs de littérature générale si par hasard ils tombent dessus. J’espère qu’elle ne fera pas fuir non plus, puisque vous avez souvent un goût épouvantable en manière visuelle, les amateurs de science fiction et de fantastique.

813

jeudi 1 octobre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Comme « Le Rocambole », lecture indispensable pour qui aime la littérature populaire et donc la littérature en générale et surtout les grands oubliés de la fin du XIXème siècle et le début du XXème, « 813 » est une revue indispensable qui ne paraît pas assez souvent. Nous en sommes au numéro 105 et l’on peut s’abonner (auprès de Michel Trigory – 30 rue Boucry 75018 Paris – 25 euros l’année pour 3 ou 4 numéros) ou adhérer à l’association 813 (auprès de Cyrille Mousset – 44 rue Sablons 91540 Echarcon – 35 euros l’année), pour les aider.

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Dans le numéro 105 donc, il y a les adieux par François Guérif et Benjamin Guérif à Jean-Pierre Deloux qui sont forts émouvants et j’en profite ici : je ne sais jamais quoi dire dans ces moments là, que je partage la peine de François Guérif pour la perte de son frère qui m’empêcha de le croiser à Saint-Malo.

Comme le disait ailleurs Robial, l’étau se resserre et nous serons peut-être les prochains. Cet hommage donne envie d’avoir connu Deloux, maintenant il est trop tard.

Suit une excellente interview de Dennis Lehane, ce grand écrivain de polars, un des plus grands aujourd’hui, devenu scénariste de télé considérable comme Pelecanos qui font honte aux scénaristes de cinéma américains d’aujourd’hui, avec des séries comme « Sur Ecoute ».

On y interview aussi les nouveaux auteurs d’importance que vous avez peut-être ignorés comme Tom Rob Smith qui parle de la Russie des années 50 ou Iain Levison de la précarité en Ecosse, ce qui m’a rappelé une formidable série télé anglaise qu’on a jamais vue en France « Boys from the Blackstuff » qu’il faudra bien qu’un éditeur de vidéos intelligent exhume un jour : c’est un éblouissement, aussi beau ou presque que « Travail au Noir » de Jerzy Skolimowski avec Jeremy Irons.

Il y a aussi une formidable évocation d’Alexandre Jacob dont je ne vous lirai que l’en-tête « Ici repose Marius Alexandre Jacob, peut-être Arsène Lupin ». Alexandre Jacob d’ailleurs n’était pas seulement un Arsène Lupin mais aussi un voleur à la Darien qui osa dire au procureur qui le jugeait « le vol c’est la restitution, la reprise de possession ».

Il y a un article pointu et donc forcément d’intérêt général car plus on est précis, plus on voit large sur les polars qui se situent autour du littoral de la baie de Somme, qui parlent du Nord, qui n’est pas seulement le pays des ch’tis, souvenez-vous de
« Week-end à Zuydcoote ».

On y enquête sur le dernier roman fantôme de Boris Vian « Les Casseurs de Colombes » qui ne parut jamais mais qui apparemment faillit être, voir les quelques feuillets retrouvés dans la dernière édition de « Les Vies Parallèles » de Boris Vian de Noël Arnaud qu’il ne voulut pas appeler nouvelle édition, reprise en livre de poche de la cinquième édition parue chez Christian Bourgois (la première si je me souviens bien est un numéro spécial de Bizarre) et Noël Arnaud, têtu, et qui hélas décéda en 2003, fit de nombreux ajouts dont ce manuscrit de « Les Casseurs de Colombes », on en reparlera.

Très marrant que pour l’anniversaire de la mort de Boris Vian, on a réédité et édité des livres et la presse à nouveau a été unanime, comme à l’époque, la critique n’aime pas Boris Vian, parce qu’il était rigolo, parce qu’il avait beaucoup de talent, parce qu’il passait du coq à l’âne, parce que c’était un touche à tout et parce que les adolescents continuent à l’adorer et que les adultes critiques littéraires qui parfois n’ont jamais été adolescents, ne comprennent pas de quoi il s’agit exactement.
Je suis ravi de voir que Boris Vian fâchent toujours autant certains, cela prouve qu’il n’a rien perdu de son charme ni de son éclat.

Et ensuite il y a, tout à fait passionnante toujours, dans la rubrique « Polaroïdes », l’actualité polar de ces derniers mois où on découvre des livres vitaux dont aucun critique ou presque, à part Baudou peut-être dans « le monde » mais il se fait trop rare, ne sait fait l’écho.

Et côté cinéma, avec la rubrique « Play it (again) Sam », comme c’est François Guérif et Jeanne Guyon qui s’y collent, on découvre ou on redécouvre des films que vous avez sûrement râtés comme « Animal Factory » d’après l’œuvre d’Edward Bunker qui est une merveille et à propos de ce film, on fait le tour en gros des films de prisons :
rien à dire, sinon que j’y aurai ajouté l’incroyable téléfilm passé en salles à Deauville il y a bien longtemps écrit par Truman Capote « L’enfer, la corruption, la violence » de Tom Gries, qui n’existe toujours pas en DVD (« The Glass House »).

Idem pour ce beau film de prisons, côté matons, dont j’ai vu une version scandaleusement coupée du début, qu’était « La Corde Raide » de James B. Harris, avec un James Wood formidable. Dans le DVD américain que j’ai, le début, où les matons fument des joints avant de prendre leur tour de garde à la prison, a disparu.
J’espère que c’est une bobine égarée, pas un méfait encore du politiquement correct.

Et je dirais pour être un peu teigneux, que la seule rubrique qui ne m’est pas satisfait est « Cases Noires » de Frédéric Prilleux qui ignore quelques chefs-d’œuvre parus chez de petits éditeurs. Je pardonne aisément à l’auteur, il est si difficile de s’y retrouver dans la jungle de la BD française publiée aujourd’hui.

PS : J’oubliais l’important : les couvertures sont de mieux en mieux : ce sont des photos du formidable graphiste, photographe, cinéaste et romancier policier, Romain Slocombe.

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