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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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Au-dela du mal de Shane Stevens

mercredi 18 novembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Aux éditions Sonatine

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On m’avait survendu (c’était un libraire) « Au-delà du Mal » de Shane Stevens de l’excellent éditeur Sonatine comme « le » grand livre sur les serial killers, à l’égal de
« De Sang Froid » de Capote, de « Le Chant du Bourreau » de Norman Mailer et comme l’ancêtre supérieur de « Le Silence des Agneaux » de Thomas Harris.

Comme on me l’a survendu, j’ai été un peu déçu.

J’ai laissé quelques jours passer et je me suis dit que c’était décidément un grand roman puisqu’on se met totalement dans la peau d’un tueur aussi brillant que névrosé.

C’est le récit à partir de l’âge de dix ans, documenté comme s’il existait vraiment, de la vie de Thomas Bishop qui va naturellement utiliser son intelligence supérieure pour devenir un tueur de femmes extraordinairement habile et presque impossible à attraper.

Ma seule gêne est venue, mais vous le comprendrez à la fin, du fait qu’en réalité la colonne vertébrale déviante du récit vient vaguement du Norman Bates de Robert Bloch et de « Psychose » donc, mais ce n’est que le petit défaut de cette histoire et on pourrait même dire que cela n’en est pas un car Norman Bates lui-même était basé sur plusieurs serial killers qui, comme lui, devaient à des sévices et les incompréhensions passées, leur étrange évolution.

En tout cas, c’est un livre qu’on ne peut pas lâcher et surtout il est écrit avec tant de détails, qu’on regretterait presque, si on n’était pas sa victime potentielle, que Thomas Bishop n’existe pas.

En tout cas ici, il existe.

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L'amusement d'un Lillois

mardi 17 novembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

La librairie Godon édite l’équivalent de la revue Bizarre ou des petites plaquettes sur les fous littéraires sortis par les Editions des Cendres, mais c’est gratuit.

Je m’explique : c’est le catalogue d’une librairie à Lille tenue par Sylvaine et Jérome Godon (16 rue Masurel – BP 80328 – 59026 Lille Cedex – librairie.godon@wanadoo.fr) et c’est une merveille à lire.

Je veux dire que si vous êtes des gens malhonnêtes et il y en a forcément parmi vous, vous pouvez très bien demander le catalogue juste pour le lire et le collectionner. Je vais d’ailleurs leur demander tous les anciens car il m’en manque beaucoup.

Dans celui qui vient de paraître, le 26, si par contre vous êtes acquéreur, il faut aller vite. J’ai appelé le lendemain du jour où je l’ai reçu, trop tard en ce qui concernait ma demande.

Mais comment résister à des livres comme « BARINI – Toto Corbeau savant – Comment je l’ai dressé» de Pierre Gontier de Biran, dont l’illustration se passe de commentaires et qui est suivi de la note suivante : « L’auteur était membre de l’Association Française des Artistes Prestidigitateurs, président de l’Amicale Robert-Houdin. Il avait, selon Fechner (49), inventé « une sorte d’Esperanto » : l’Uni-Spik, dont le but était de donner aux magiciens une langue universelle, qui leur soit
propre ».

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Dans le même numéro, on voit de belles images si on peut dire, comme une image pour un livre paru dans la collection de l’Orties Blanches, « L’éducation des
chérubins » qui faisait dans le sado-maso (page 10) bien avant « Gwendolyne » : en France décidément on a tout inventé.

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Mais il me faudrait tout citer comme le « Conte Sous-Marin » de Jeanne et Laure Hovine, une féérie belge dont je n’avais jamais entendu parler (page 22).

J’ai un faible pour le lot 125, en page 25, le livre de l’Abbé Lemire « Congrès International des Jardins Ouvriers » publié aux bureaux de la Ligue du Coin de Terre et du Foyer avec ce petit texte qui suit : « Très important compte-rendu du premier congrès international des jardins ouvriers qui furent créés par l’abbé Lemire (1853-1928). Longtemps député du Nord et maire d’Hazebroucq, l’abbé Lemire lutta toute sa vie pour l’amélioration des conditions de vie des ouvriers et notamment pour la limitation du temps de travail, le repos hebdomadaire le Dimanche, le non-cumul des mandats des élus, etc… Bref, un doux rêveur… ».

Et aussi, cela fait réfléchir, sur la thèse imprimée en 1961, « L’Erreur en Pharmacie » de René Plumereau (page 29), qui fait frémir, puisqu’elle recense les erreurs en droguerie, chez le fabricant ou à l’officine.

Je vous parlerais bien aussi de « l’Avis important ou Moyens de procurer le salut éternel à des milliers d’enfants qui meurent sans baptême » (page 30), ou du livre de René Nif « Tout un monde. Les Cons » (page 32) qui recense les cons par catégorie : les cons inoffensifs, les cons actifs, les cons superbes. Puis trois cas de conneries passagères : le jeune con, l’amoureux platonique, le vieux con, et enfin il termine par le cas particulier du sombre con. Le nombre de cons est incommensurable, les cons nous gênent, les cons nous étouffent, les cons rampants, sordides, virulents, les cons du monde entier, tous les cons nous torturent par leur existence ou par leurs actes, ils sont partout, multitude répugnante, opprimante. Ces immondes résidus d’hommes ont conquis l’univers ».

Ils nous montrent aussi une image de « l’Encyclopédie du Kitsch » publiée en 1972 (page 33), je croyais les avoir toutes, je ne connaissais pas celle de Jean d’Osta.

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Et je finirais avec le grand poète Miguel de Unamuno pour qui j’ai le plus grand respect tout autant pour ses poèmes que pour ses drames, avec un ouvrage dont je n’avais jamais entendu parler publié en France, aux Editions Self, consacré à la Cocotologie (page 39). Je vous mets un extrait du catalogue : « Cocotologie se compose de deux mots, du mot français cocotte, cocotte en papier, et du mot grec logie, de logos, traité. Le mot français cocotte appartient au langage des enfants ; au sens primitif et direct, il s’applique à la volaille et, par extension, à tous les oiseaux : au sens métaphorique, il s’applique aux cocottes en papier et aux filles de joie ».

Message dans une bouteille (6)

lundi 16 novembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Cher Jérome, je n’ai absolument rien à voir avec la série de télévision française
« Métal Hurlant ». Si c’est comme le film américain, remake de « Heavy Metal », j’ai de l’appréhension mais j’attends : qui sait ?

Quand au baron rouge, je ne suis pas trop d’accord sur ce que tu me dis de Frank Robbins car je trouve que le « Batman » pour un ou deux épisodes était plutôt bien.
J’ai appris d’ailleurs une anecdote rigolote en traînant chez DC, c’est que Frank Robbins travaillait tellement vite qu’il abattait tous ses strips et sa planche du dimanche de Johnny Hazard en trois jours, et il ne savait pas quoi faire du reste de la semaine. C’est comme ça qu’il s’est retrouvé un temps chez DC mais soit il a été encré par d’autres ce qui est une hérésie, soit effectivement certains sujets ne lui allaient pas trop. Dommage qu’il ne se soit pas mis à fond.

Mon vieux kether, toi aussi tu tends à me prouver que Sickert n’était pas Jack.
En fait, Jack L’Eventreur c’est un peu comme Shakespeare, au bout du compte même si ça m’amuse beaucoup, je m’en fous de savoir qui il est, le type qui a commis les crimes était un grand artiste conceptuel.

Toto, je suis assez d’accord sur « Lyonnesse » que je préfère au « Seigneur des Anneaux » mais personnellement, je suis de mauvaise foi n’étant pas très Seigneur des Anneaux. C’est vrai que « Dune » peut faire découvrir l’islam et qu’il y avait d’ailleurs des relents de Lawrence d’Arabie dedans qui sont évidents et que l’idéal aurait été que le film soit fait par David Lean et bien sûr d’accord pour dire que celui qui a relancé le nouveau space opera avec le plus de brio c’est Yann Banks.

Cher JayWicky, je cite ton site (http://forum.superpouvoir.com/showthread.php?t=9647) car faire un parallèle entre Gô Nagai et Jack Kirby me paraît une excellente idée.

Cher JDB, moi personnellement j’ai été très déçu par le livre de Mark Evanier chez Abrams sur Kirby. Visuellement superbe, mais très court quant aux textes. Et c’est marrant de me rappeler tout d’un coup, cher JDB toujours, que c’est moi qui ait distribué le premier livre sur Kirby, « Kirby Unleashed », maintenant je me souviens.

Cher Martial, bien sûr qu’un de ces jours je vous parlerai de Finlay dont j’ai presque tout retrouvé y compris la réédition posthume et très étrange de son « Songe d’une nuit d’été » de Shakespeare et tous ses dessins parus en volume y compris sur la conquête de l’espace, où allant soudain à un certain réalisme, il n’en faisait pas moins des merveilles.
Et est-ce que vous connaissez son « Zodiaque » qui est peut-être son chef-d’œuvre ?

Cher Goodies75, oui c’est l’épisode 9 de la huitième saison où on retrouve Friedkin et peut-être que c’est William Petersen qui lui a donné envie de s’y atteler aussi, histoire de retrouver un comédien dont il avait tiré des merveilles.

Et cher m.anuel, c’est vrai que j’avais du mal à soulever l’épée de Conan le Barbare et d’Arnold car John Millius ne voulait pas qu’il joue avec une épée carton mais avec une authentique épée « à la Conan » et cette saloperie pesait au moins 30 kg.

A propos de Jack encore, Yepok me dit que ce n’est pas Patricia Cornwell qui a pensé à Sickert en premier, dont acte.

Et cher Jérome, je vais me renseigner sur ce libraire de Détroit que tu présentes comme un « regard moderne » dans les docks de « the wire », ça me passionne.
Par ailleurs, je vais te décevoir car je n’ai pas vu le « Tristan & Iseult » d’Yvan Lagrange mais j’ai été content l’autre jour de trouver en DVD italien l’étonnant film érotico-fantastique que je croyais avoir rêvé, joué par des femmes nues et des nains, qui s’appelait « Morgane et ses nymphes » et qui n’est pas mal du tout.

Toto, à propos de « Cowboy Angels », reviens sur Banks, il a raison, je l’ai déjà dit ici, c’est Banks le meilleur aujourd’hui dans le nouveau space opera.

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Message dans une bouteille (5)

vendredi 13 novembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Je réponds dans le plus grand désordre à vos commentaires qui me semblent particulièrement pertinents suite à mes petits billets de l’été. Vous me répondez trop, je ne m’en plains pas et j’ai pris beaucoup de retard par rapport à vos commentaires de mon blog qui sont souvent plus intéressants que les articles mêmes.

À Juju Collector, je dirais qu’il est rigolo de voir qu’effectivement, Stéphane Blanquet qui n’a rien à voir avec Noël Sickles, pratique lui aussi comme deux dessinateurs de BD qui ont un peu disparus, Pic et Zou, un format minuscule qui est parfois inférieur à celui de la parution (j’adore Blanquet).

Oui, cher Sylvain Perret, je suis assez d’accord à propos de « La possibilité d’une ile » et de la possibilité d’un chef-d’œuvre, sur la manière dont vous voyez positivement l’évolution de la critique au travers des blogs justement.

Je suis content aussi que tous y compris Tristam (comment vas-tu ? Quand est-ce qu’on se voit ? Je crois que tu as fait une expo récemment et que je l’ai ratée), vous revenez sans cesse à Schlingo, notre Charlie.

Pour ceux qui s’étonnent que j’évoque les grandes vacances le 28 septembre, disons qu’il y a eu un loupé. Je n’ai pas pu partir comme prévu, ça sera pour plus tard, je garderais donc de nouveaux livres pour les vacances. En attendant, j’ai lu le Blutch et, cher Pierre, je ne savais pas que c’était paru en 2 volumes dans « Fluide Glacial », le package de l’Association est tellement bien.

A propos de Schlingo toujours, Poussin (si c’est toi Gilles, comment vas-tu ?), sur Schlingo, je crois que notre ami Jean-Christophe Menu a de bonnes idées puisque j’ai retrouvé des tonnes de documents et qu’il pense pouvoir les inclure presque tous.
Cher Franck Biancarelli, n’hésitez pas à m’envoyer votre « Livre des Destins » puisque vous y parlez de Sickles.

D’accord bien sûr avec wllw pour la filiation avec Mazzucchelli qui me semble évidente.

Cher Baron Rouge, alors le Dennis Wilson, Pacific ocean Blue, est ressorti, je ne m’en étais même pas aperçu, je vais le commander. Quand au Rick Griffin il faut se jeter dessus, il doit être chez Jacques Noël et c’est vraiment une merveille.

Cher Alexandre P., à propos de Aaron Douglas, prince de l’Art nègre, oui on pourrait se voir un de ces jours mais quand je ne sais pas. Disons qu’il faudra me recontacter d’ici un mois.

Cher Nikolavitch, je ne savais pas qu’ils nous avaient ressorti entre temps (Bragelonne ?) une intégrale de Solomon Kane et un recueil de nouvelles non rattachées au cycle de Kane. Je vais le leur demander.

Par contre, je ne partage pas du tout votre point de vue sur le bouquin paru aux Moutons Electriques à propos de Kirby, que je vais éreinter un de ces jours car il  est peut-être pointu mais contient des bourdes invraisemblables.

André, tu m’as troublé, peut-être que Sickert n’est pas Jack L’Eventreur, tu as raison, mais j’aime bien chaque fois qu’on découvre Jack L’Eventreur, y croire un moment.
Et cette fois-ci, l’histoire du papier en commun m’avait assez convaincue.

Cher JDB, je suis un âne, ce n’est bien sûr pas Pierce Brosnan dans « Un Américain bien tranquille » mais Brendan Fraser, dont acte (en ce moment, je vois Pierce Brosnan partout, lui attribuant le meilleur, peut-être parce qu’il me surprend chaque fois qu’il fait un film plutôt bon et de bons choix de carrière).

Et cher Hoord’hur, à propos de la onzième vague RKO et de tes informations sur les 2 titres français et anglais, l’un se référant à Sade en gros et l’autre à Conrad, c’est bien vu.

Aussi d’accord pour dire que les distributeurs à un moment se cassaient le cul et il est vrai que je préfère les titres français de certains Minelli aux titres américains, peut-être parce que je les ai vus d’abord en français mais je trouve que « Par qui le scandale arrive » a plus de panache que « Home from the Hill » et que « 15 jours ailleurs » est mieux que « Two weeks in another town ».

Décidément je bats de l’aile, cher Majorsenta, car « 3.10 pour Yuma » est bien un Daves et non John Sturges. Il a d’ailleurs tout le lyrisme de cet immense metteur en scène méconnu. Des fois, je vais trop vite dans l’enthousiasme et là, j’ai honte car Sturges que j’aime beaucoup et Daves que j’adore sont très différents.

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Roman graphique - 4ème partie

mercredi 11 novembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

MAIS QUI A INVENTE LE ROMAN GRAPHIQUE ?


Il paraît qu’il y a eu une bataille, à un moment, pour savoir qui avait inventé le Graphic Novel, pas réellement inventé (c’est Masereel et Lynd Ward) mais qui avait inventé le nom.

Ca serait Will Eisner avec « Un Pacte avec Dieu » ou Art Spiegelman avec « Maus » et les deux revendiquaient l’appellation.

En fait, l’affaire est beaucoup plus compliquée puisqu’on peut dire que le terme de
« Graphic Story » a été inventé par le formidable prozine (un fanzine mieux que les magazines) qui s’appelait « Graphic Story Magazine ».

Du temps de Masereel, on appelait ça « A Novel in woodcuts » (en bois gravé), avec Lynd Ward, itou.

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Le méconnu roman graphique des années 60 de Lowell Naeve, « The Phantasies of a Prisoner », s’intitulait « A visual Novel ».

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C’est un combat sans intérêt.

Et pour en revenir, puisque je vous parle de « The Phantasies of a Prisoner » dont je vous montrerai quelques images, au roman graphique, il y a un auteur qu’on oublie toujours, qui est un formidable dessinateur de bandes dessinées et qui s’appelle Gus Arriola, qui fit avec son héros « Gordo », un très joli roman graphique auquel il ne donnait pas d’intitulé, pour Doubleday en 1946. Je vous le montre également.

Quant au dernier roman graphique de Lynd Ward, inachevé et paru en 2001, publié par le New Jersey rare books Symposium, on l’avait tout simplement intitulé « Lynd Ward’s last unfinished Wordless Novel » car Lynd Ward n’avait pas eu le temps de trouver de titre.

Là-dessus, on peut peut-être arrêter de pinailler car il a eu en quelque sorte ainsi le dernier mot.

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Roman Graphique - 3ème partie

mardi 10 novembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

« Drawn and Quarterly » est un excellent éditeur canadien de Montréal qui publie (en anglais) entre autres la revue homonyme, une des meilleures d’aujourd’hui, autour de ce qu’on pourrait appeler la « world graphic litterature ».

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C’est eux qui ont réédité « Southern Cross » de Laurence Hyde dont je vous parlais précédemment, préfacé par Rockwell Kent et dédié à Lynd Ward.

C’est un livre superbe auquel il manque seulement un insert (le livre a été édité en 1951), il était dû à Joseph Simon et représentait une coulée rouge sanglante, qui fut ajoutée après l’explosion de la bombe atomique à Hiroshima.

« Contes des Mers du Sud », comme aurait dit Stevenson. L’histoire des gens qui vivaient à Bikini quand la bombe atomique explosa. Bien sûr, c’est un rêve : on les avait tous emmenés ailleurs (Bikini, oui, comme le maillot de bain, un marchand de fringues malin ayant trouvé le nom formidable puisqu’il était à la une de tous les journaux).

Pour la petite histoire, Hyde qui vivait au Canada disparut ensuite des radars pour certains, puisqu’il se consacra essentiellement au dessin de timbres pour la poste canadienne, ce qui me donne à penser qu’il faudra bien un de ces jours, réétudier la philatélie à l’aune de l’art, car nombre d’œuvres superbes du passé furent des timbres et ces temps-ci dans quelques pays, en Amérique et en Espagne entre autres, c’est à nouveau un art considérable où l’on trouve nombre de chefs-d’œuvre dus à des artistes d’importance, ce que personne ne semble remarquer désormais.

Faisons comme avant-guerre dans « la revue filmée », relançons la critique philatélique artistique car pour que les timbres soient beaux, il faut bien que quelqu’un en parle à nouveau, surtout quand ils sont laids, afin de réveiller les décideurs qui désormais semblent avoir oublié que papier, monnaie et timbre pourraient comme de par le passé, être commandés aux plus grands : combien d’œuvres d’art ont une diffusion aussi considérable ?

Je n’ai pas oublié bien sûr la pièce de 5 francs de « l’abstrait lyrique » Mathieu qui était quand même gonflée. C’était sous Pompidou, je crois, j’en suis même quasi sûr.
Pompidou, le dernier président qui ait eu du goût en architecture, car c’est à lui qu’on doit entre autres Beaubourg qui maintenant fait partie des monuments de Paris.

Depuis, entre les édits de la ville de Paris et ceux du gouvernement, c’est la catastrophe, à part la Pyramide de Pei au Louvre : du monstrueux Opéra Bastille en passant par La Grande Bibliothèque et au saccage sans doute dû à la mairie d’alors qui consista à détruire ce qu’avait fait Guimard : toutes ces entrées de métro magnifiques remplacées par des horreurs absolues ou la disparition d’endroits magiques comme La Brasserie Pigalle où tout désormais vaudrait une fortune et qui a été remplacée par un lieu sans joie et sans odeurs. La Brasserie Pigalle était due à Georges Jouve en grande partie, les lampes étaient sublimes, les sièges étaient parfaits et regardez ce qu’est devenu Le Louxor, ce merveilleux cinéma arabe dans le style pharaonique dont Jack Lang avait classé la façade mais dont l’intérieur fut détruit.

Une histoire de fous : on y fit une boîte pour V.I.P. Passée l’inauguration (j’y étais) où les Rolls déversèrent de sublimes pétasses en vison, l’affaire tourna mal. Les clients se firent justement dépouiller, la provoc' a ses limites territoriales. Et maintenant le Louxor est à nouveau l’objet  de travaux qui ne me disent rien de bon car une des façades a été malgré tout détruite pour occulter le night club.

Et je me dis que, oui, Paris est mal barrée car c’est du tourisme que nous allons vivre désormais, maintenant que nous sommes un pays du demi-monde plutôt que du tiers monde.

Comment j’en suis arrivé à parler de ça à propos des romans graphiques, je me le demande encore...

La suite demain.

Roman Graphique - 2ème partie

lundi 9 novembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Le seul manque important dans le livre sur le roman graphique « Le Roman Graphique. Des origines aux années 50 » de David A. Beronä, paru aux éditions La Martinière, est le considérable auteur espagnol Helios Gomez, artiste magnifique qui participa à la guerre civile espagnole côté républicain, s’exila ensuite en France où il fut enfermé en 1939 puis emprisonné à nouveau à Marseille quand Pétain prit le pouvoir, avec 1500 autres espagnols qui avaient choisi la liberté en même temps que lui.

Il se retrouva ensuite aux travaux forcés en Algérie à Bou-Saada, avant d’être libéré par le Consul d’Espagne en 1941 et après quelques allers et retours rocambolesques entre l’Espagne et la France, il fonda l’Organisation de Résistance LNR (Libéracion Nacional Republicana) en 1944, fut à nouveau emprisonné en 1945 et enfin libéré en 1946. Il manifesta en 1947 pour le mariage des ecclésiastiques, fonda la « Casa de Andalucia », Organisation séparatiste qui fut dissoute puis reconnue en 1948. Il fut l’objet d’une grande exposition à Barcelone chez le marchand d’art Rosello mais pendant ce temps, il était incarcéré à nouveau et ce jusqu’en 1949, le Gouverneur des militaires des Baléares lui reprochant d’avoir tenté d’imposer une domination marxiste à Ibiza. Il fut libéré de manière provisoire en 1950 sans être innocenté, réemprisonné en 1954 comme membre du parti communiste puis miraculeusement libéré suite aux attendus, enfin, du procès de 1949 qui soudain l’innocenta totalement, ce qui ne l’empêcha pas jusqu’à sa mort en 1956, de continuer à faire de la politique, se réunissant avec quelques anciens de la guerre civile dans un café du commerce, refaisant le monde dans l’espoir toujours de le changer, jusqu’à ce qu’un problème rénal et hépatique provoque sa mort en 1956.

Personnage extraordinaire, beau comme un dieu (il avait un côté Dominguin, le torero), il fut un artiste magnifique, auteur de nombreuses couvertures et illustrations de livres, entre autres sur la révolution d’octobre. Il illustra en France et en Belgique nombre d’auteurs de gauche de premier plan comme Max Deauville et à Berlin en 1930, préfacé par Romain Rolland, il publia son chef-d’œuvre « Dias de Ira » (Jour de Colère en français), formidable graphic novel dont les textes de propagande sous l’image en font aussi un pamphlet, puis le graphic novel « Revolucion espanola », images sans textes, publié à Moscou en 1933, qui racontait sa guerre d’Espagne.

Il se rendit ensuite à Bruxelles pour publier un autre livre sur la révolution espagnole, « Viva Octubre », auquel succèdera « La fuite de Sangurgo » publié à Bruxelles, qui raconte son évasion d’une prison flottante dans le port de Barcelone en 1933 et ce pour ne parler que de ses romans graphiques, puisqu’il fut constamment actif dans la presse militante jusqu’à sa mort et même parfois depuis sa prison.

Je m’empresse d’ajouter que, comme les grands metteurs en scène russes du temps de Lénine et même de Staline (pour ceux qui arrivèrent à travailler encore), il transcende constamment la simple propagande pour aller vers la vie et que j’espère que la nouvelle édition de l’ouvrage que je vous ai cité hier fera un jour état de cet auteur absolument considérable sur lequel heureusement il existe un livre : « Helios Gomez », publié par Ivam Centre Julio Gonzalez et financé par la Généralitat Valenciana que vous pouvez sans doute trouver sur internet.

La suite demain.

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Roman Graphique - 1ère partie

vendredi 6 novembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Ca y est, nous l’avons enfin, le livre sur les romans graphiques que nous attendions tous puisque les quelques articles que j’ai lus en France étaient soit totalement idiots; j’ai déjà parlé d’un article aberrant paru dans une revue dont je peux maintenant dire le titre, l’excellent par ailleurs « Le Collectionneur de Bandes Dessinées » dont l’absence se fait cruellement sentir, qui rejetait loin de la bande dessinée les romans graphiques des origines puisqu’ils n’avaient pas de bulles : c’était idiot puisque c’était l’époque du cinéma muet, l’absence de bulles semblait logique d’autant qu’aujourd’hui un certain nombre de gens comme Ott ou Kupper ne sont pas rejetés pour autant du monde de la bande dessinée, voir l’excellent Nicolas de Crecy dans certaines de ses œuvres.

Toujours est-il que ce livre, enfin, est dû à quelqu’un qui connaît son sujet. Il s’appelle « Le Roman Graphique. Des origines aux années 50 » de David A. Beronä, paru aux éditions La Martinière.

Il en fait brillamment le tour et pas seulement dans les œuvres américaines puisque le graphic novel naquit en Europe en vérité.

L'auteur prend même le soin de souligner qu’il a ignoré, faute de place, certains Masereel car l’homme était trop prolifique, tout ce qui était biblique et lié à la vie du Christ comme « The Life of Christ in Woodcuts » de James Reid ou les œuvres biographiques magnifiques de Charles Turzak (là c’est vraiment dommage) comme son « Abraham Lincoln : A biography in Woodcuts » et son « Benjamin Franklin : A biography in Woodcuts », ainsi que « Mitsou 40 images » par Balthus (œuvre de jeunesse de Balthus, il avait treize ans) ou de Helena Bochorakova-Dittrichova, ou de Scottsborro Alabama « A Story in Linoleum cuts », mais il en oublie également d’autres, j’y viendrai plus tard.

A propos de la précocité de Balthus, signalons parmi les essais enfantins prodigieux les tentatives avortées très Edward Lear de Maxfield Parrish, le futur grand illustrateur dont on peut voir des bouts dans « Young Maxfield Parrish » de John Goodspeed Stuart, édité à compte d’auteur, hélas, mais trouvable sans doute.

En tout cas, il raconte bien Masereel qui inventa le genre avec une succession d’images qui créée davantage une ambiance qu’une continuité narrative même si sur la fin de sa vie il était devenu davantage raconteur. Il évoque évidemment le génial Lynd Ward qui, je le rappelle, était le maître de Will Eisner et en aparté, se demande à propos de Masereel et des autres si ceux ne sont pas les dessins de certains décorateurs expressionnistes allemands, bois gravés qui ont tout déclenché.

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Ce n’est pas idiot.

Mon seul regret est qu’il n’ait pas inclus le dernier roman graphique de Lynd Ward, inachevé et paru à titre posthume, qui n’était pas le moins intéressant et dont j’oublie le titre à la seconde. A noter que Lynd Ward était contemporain de grands graveurs sur bois comme l’immense Rockwell Kent, qu’il avait la même sensibilité socialisante mais qu’à l’un comme à l’autre, on ne reprocha jamais leurs amitiés communistes, ils eurent cette chance : l’un, Lynd Ward, parce que son œuvre s’arrêta avant le Maccarthysme, l’autre, Rockwell Kent, parce qu’entre temps il était devenu une icône incontournable de la culture américaine, puisque illustrateur de grands ouvrages des pères fondateurs, et put se permettre de continuer à publier en Union Soviétique, chez Aurora.

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L'auteur donne leur place à Milt Gross qui était peut-être un comique mais dont les romans graphiques étaient poignants et à Myron Waldman qu’il m’a fait découvrir et dont je vous montre quelques images (c’était un animateur qui fit un roman graphique sur les fantasmes d’une secrétaire qui se rêve une vie d’aventures à Hollywood).

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Il y a aussi Istvan Szegedi Szüts que je ne connaissais pas, qui naquit à Budapest, travailla à Hollywood et rejoignit certaines expériences graphiques qui parurent dans la presse française avant-guerre, dues à ce qu’on appelait alors « les artistes du livre » (Charles Martin et Eddy Legrand entre autres) qui firent ainsi certains commentaires graphiques d’évènements comme les expositions universelles sous forme de récits.

Il parle ensuite longuement de Giacomo Patri, l’auteur de « White Collar » qui vient d’être édité en France, une histoire en bois gravé, introduite par Rockwell Kent, œuvre militante sur laquelle je reviendrai.

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Il donne également sa place à Laurence Hyde (Laurence Evelyn Hyde), anglais qui partit au Canada et dont l’unique graphic novel a également été réédité, ça s’appelle « Southern Cross ». Je vous en parle un peu plus loin.
(C’est une œuvre magnifique qui rejoint d’ailleurs curieusement le travail de gravure sur bois de cet artiste multi-cartes et sous-estimé qui va de la peinture au bois gravé et vice-versa et sur lequel je prépare quelque chose puisque rien n’existe, qui s’appelait Kent Anderson et qui fut aussi un grand peintre symboliste et parfois un précurseur de l’hyper réalisme)…

Ce livre est indispensable pour qui s’intéresse au roman graphique et donc à la bande dessinée.

Tous les dessinateurs de la nouvelle génération qui essayent de briser le cadre de la narration traditionnelle de la bande dessinée et tous ceux qui travaillent en petit format, peut-être à cause de « Maus » ou de Will Eisner ou de « l’Association », se doivent de lire ce livre, de le connaître et de chercher les œuvres qui ne sont pas reproduites ici in-extenso, pour ne pas réinventer l’eau chaude car tous les auteurs précités et particulièrement le géant Lynd Ward leur permettront des progrès considérables dans cette narration fragmentaire qu’est le graphic novel et que personnellement, je préfère souvent aux bandes dessinées car le pouvoir de suggestion de certaines de ces images est tel qu’on peut les relire sans cesse, ce qui n’est pas le cas de beaucoup d’albums de BD.

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La suite lundi.