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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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Valéry aux pays des merveilles

vendredi 18 décembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

L’extraordinaire Françis Valery (francis.valery@mail.be) continue ses micro éditions qui passent en-dessous du radar de tout le monde et les améliore à chaque fois puisqu’il publie des chefs-d’œuvre en noir et blanc et les annonce pour bientôt en couleurs. J’y reviendrai.

Il publie aussi un bulletin formidable de science-fiction et un autre de jardinage, des recueils de nouvelles oubliées d’auteurs magnifiques qui sont parfois de simples plaquettes, parfois de gros volumes.

La plus belle réalisation récente étant dûe à O. Lebeck qui aurait, selon Françis Valéry et c’est bien possible, découvert Walt Kelly dont il a effectivement publié quand il était éditeur de comic books, les premiers fascicules, bien avant Pogo.

Quant à Alden McWilliams, c’est un dessinateur qui m’est cher. Un anonyme souvent, puisqu’il a travaillé avec Williamson, Prentice et les autres, sur ses séries sans fin toujours admirables, que furent « Rip Kirby » de Prentice, « X9 » période Williamson ou « Star Wars » période Williamson.

Il nous a donné, seul, quelques très jolies histoires dans « Creepy » ou « Eerie » chez Warren, a un peu travaillé pour le comic classics, la seule œuvre marquante étant la suite de « Black Hood » de Alex Toth dont il repris la suite (l’autre ayant comme d’habitude lâché la série après son premier numéro).

Et on lui doit, au format de poche, un formidable « Dracula » paru dans les années 60/70 qui se révéla être une des adaptations les plus fidèles de Stoker.

Quant à « Terres Jumelles », c’est un beau space opéra sixties qui parut en France ( à peu près en même temps ou juste avant ou juste après, je ne sais plus, que les « Sky Masters » de Kirby et Wood dans « Hurrah » dans les années 60), une histoire de station orbitale qui me fait penser au merveilleux space opéra français de Zwoboda
« Croisières Sidérales » où l’intérieur de la fusée ressemblait à un night club art déco.

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Ici, c’est la station de l’espace avec piscine, solarium et petites tenues pour l’Amérique (rhabillée pour la France avec des jupes longues et des pulls à cols roulés qui n’étaient pas si mal faits ma foi et avec des seins proéminents qui étaient ramenés à une taille moins suggestive).

Ca a été aussi réédité en Amérique mais comme il est parti de « Hurrah », Francis Valery nous montre les planches en couleurs, du dimanche donc, sur presque deux ans, à partir de 1953. Vous verrez que les couleurs sont tout à fait charmantes, merveilleusement datées, puis il passe au noir et blanc pour celles qui ne sont pas parues chez nous et dans le format oblong qui était l’habitude sur cette série, où l’on éliminait une image quand on passait à la verticale, image forcément moins utile que les autres au niveau narratif, mais astuce de récit oulipienne qui a toujours fait mon ravissement. Son édition d’ailleurs est supérieure à l’édition américaine parue il y a quelques temps puisqu’il a retrouvé une planche de 1953 qui manquait.

On attend la suite, vous verrez, c’est magnifique.

C’est tiré à 99 exemplaires alors il faut se dépêcher.

Il a aussi publié il y a quelques temps la plus belle bande dessinée de science fiction des années 50/60, « Le Musée de l’Espace » (« Space Museum ») de Carmine Infantino, grand dessinateur qui était souvent gâché par ses encreurs un peu mous, même si ils avaient du talent (voir Murphy Anderson) et qui procédait parfois à des dessins secs, élégants, comme des croquis d’architectes.

Il se considérait d’ailleurs plus comme designer que comme dessinateur et pour certaines histoires de « Coco le singe qui parle » et pour presque tous ses Musées de l’Espace (il signait alors Cinfa), il faisait lui-même un encrage très simple qui ne venait pas embellir inutilement ses crayonnés, du post Frank Lloyd Wright en somme. Il devrait nous redonner tout ça bientôt, patience, en couleurs.

Je reviendrai sur ses autres parutions bientôt en espérant, vu lesdits tirages, que ce ne sera pas uniquement des ouvrages épuisés mais alors bien fait pour vous, cela vous obligerait désormais à les lui acheter quand ils sortent.

Je me souviens, n’ayant pas été assez vigilant, d’avoir raté certaines rééditions qu’il avait faites à 20 exemplaires !

En plus, contrairement à beaucoup de « professionnels », notre ami Valéry ne dit presque jamais de bêtises. Il connaît bien la science fiction et travaille d’ailleurs avec La Maison d’Ailleurs à Yvernon et fait partie donc des pointilleux fous comme Pierre Versins et comme Gyger, le conservateur actuel, qui a su magnifiquement reprendre le flambeau dudit établissement.

Mais j’arrête pour aujourd’hui à propos de Valéry qui n’est pas à ma connaissance parent avec le poète un peu oublié du millénaire dernier.

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Sans dessus-dessous The Upside Downs - 4ème partie

jeudi 17 décembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Maresca nous promet d’ailleurs d’autres beaux livres pour bientôt et entre autres, une compilation où l’on retrouvera les plus belles planches du dimanche en couleurs des années 30 d’un certain nombre de maîtres dont un des plus grands illustrateurs desdites années 30, je veux bien évidemment parler de Frank Goodwin et son
« Connie » qui était une excellente bande dessinée de science fiction adulte, avec une héroïne protoféminine, superbe, et en même temps totalement maîtresse de son destin, très belle mais absolument pas bimbo.

A propos de la bande dessinée de science fiction, je ne veux pas créer une nouvelle querelle « Stone » / « Beatles » qui me semblera toujours stérile : moi j’étais
« Kinks », mais l’on doit marteler que la bande dessinée de science fiction de l’Age d’Or ne contenait pas qu’un chef-d’œuvre, « Flash Gordon » que j’adore, mais qu’il y avait d’autres œuvres qui le valaient bien.

Les planches du dimanche de Buck Rogers étaient bourrées d’inventions graphiques troublantes et grotesques avec quelque chose de Méliès.

Il y avait « Brick Bradford » dont lesdites planches du dimanche rejoignirent un moment la peinture futuriste et plus tard cubiste, avec en plus des histoires extraordinaires comme cette contre utopie où les indiens ont conservé le contrôle de l’Amérique et habitent dans des tipis géants qui ont remplacé les gratte-ciels et où une flotte d’avions qui survole le ciel, dessine les lettres du nom de Brick Bradford en signe de bienvenu, que je n’oublierais jamais.

L’autre bande qui passa de l’aventure au policier très noir, voire gothique et à la science fiction, c’était donc « Connie », et les histoires rejoignirent plutôt la science fiction à la Heinlein avec des inventions scientifiques joyeusement aberrantes et des caractères humains riches y compris et surtout chez les méchants et les extraterrestres. Ce qui en faisait une bande dessinée tout à fait passionnante.

Et Goodwin, contrairement à tous les dessinateurs de bande dessinée qui rêvaient de devenir illustrateurs (comme Raymond) et d’atteindre ainsi un statut social supérieur, faisait en parallèle de l’illustration, à la même époque que Wyeth. Il a admirablement illustré, entre autres, « Robin des Bois » et Stevenson.

Il y eut un autre artiste qui mena lui aussi cette curieuse carrière à l’envers : on allait plutôt à l’époque de la bande dessinée vers l’illustration, voir Noël Sickles ou Austin Briggs, c’est le grand illustrateur du « Saturday Evening Post », Raeburn Van Buren, qui fit pendant un temps trop court les aventures de « Abbie An’ Slats » dont le scénario, si je me souviens bien, était dû au frère de Al Capp : c’était une merveilleuse description de petites vies dans de petites villes américaines à la manière de Frank Capra, avec un dessin souverain dont Maresca, avec son flair habituel, devrait bien nous ressortir quelques planches un jour.

Voici donc quelques images de « The Upside-Down World » mais aussi, pour vous donner envie d’en savoir davantage, j’y reviendrai, une image ou deux de Harold von Schmidt pour que vous compreniez ce que je voulais dire avant-hier.

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Sans dessus-dessous The Upside Downs - 3ème partie

mercredi 16 décembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Pendant 65 semaines donc, Verbeek fit du « sans dessus-dessous » avec une maîtrise absolue car les dessins qu’on regarde ainsi, à l’endroit puis à l’envers, ratent le coche la plupart du temps. Dans le dessin à l’endroit, il y a des fioritures qu’on ne comprend pas et quand on les met à l’envers, itou.

Chez Verbeek, on peut lire chaque strip de cette histoire de petits monstres à tête de pomme de terre (ancêtres lointains de Charlie Schlingo et de Matt Groening première période) parfaitement bien à l’endroit puis parfaitement bien à l’envers : on découvre alors que certains détails insignifiants du dessin avaient de l’importance. Il faut souligner aussi qu’il était fasciné, et cela se voit, par les maîtres du non sens, moins Lewis Carroll que ceux qui étaient graphistes comme Edward Lear.

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Encore une fois, ces petits elfes qui traversent une jungle mentale avec ogres et oiseaux impossibles (je ne vous raconterai pas l’histoire, je ne veux pas tout gâcher), restent un des très hauts moments de la bande dessinée, une merveille absolue que je vous somme de vous procurer avec la plus extrême célérité : vous aurez en plus deux livres pour le prix d’un, comme on dit sur les marchés, car une fois que vous l’aurez lu à l’endroit puis à l’envers (deux lectures), elle vous plaira en tant qu’adulte, puis vous la donnerez à vos enfants qui la trouveront bizarre mais tout à fait enfantine et la dévoreront à leur tour.

C’est donc une lecture extraordinaire et un achat moult fois amortissable.

La suite demain.

Fwd: Trailer Ecube corrigé

Sans dessus-dessous The Upside Downs - 2ème partie

mardi 15 décembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

C’est le cas de Peter Maresca qui, après une petite période d’oubli relatif, a remis « Little Nemo » à l’honneur avec maintenant 2 volumes géants et c’est le cas de Maresca encore et toujours avec sa maison d’édition Sunday Press qui republie en un grand format oblong magnifique « The Upside-Down World » qui contient toutes les planches du dimanche de Gustave Verbeek parues entre 1903 et 1905, c’est-à-dire l’intégralité de son court séjour dans la bande dessinée américaine.

Le livre est sublime et se passe d’explications puisque la présentation fait bien le tour.

On y voit les débuts de Verbeek, en France, dans « Le Chat Noir », et grâce à Martin Gardner, on le compare avec tous les maîtres de ce qu’on appelait les « Upside Down » et que j’appelle les « Sans dessus-dessous », c’est-à-dire toutes ces œuvres faites pour être lues à l’endroit puis à l’envers. A commencer par le grand illustrateur de livres pour enfants Peter Newell qui n’hésita pas à faire par exemple un livre en pente au sens propre, et qui est bien difficile à ranger dans une bibliothèque, ou un livre avec un trou au milieu : une météorite traversant toutes les pages et provoquant à chacune de celles-ci des dégâts considérables et qui fit un « sans dessus-dessous » intitulé « The Naps of Polly Sleephead ».

Il parle aussi de tous ces exemples au XVIIIème et au XIXème siècle, de caricatures et de portraits chargés sans dessus-dessous, ou d’autres illustrateurs, comme le très distingué Rex Whistler qui était un prince du bois gravé et du Upside Down, pour en arriver enfin à Verbeek qui travailla pour le New York Herald à la période où, coïncidence, Peter Newell s’y essaya aussi, le temps d’une saison.

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Gustave Verbeek était hollandais. Hearst, faisant son tour de la terre, l’avait peut-être trouvé sur le chemin de l’Allemagne où il alla chercher Feininger et il essaya semble-t-il de conquérir d’autres maîtres du dessin français : ce en quoi il échut, c’est peut-être dommage mais les français à ce moment là, n’avaient aucune raison de s’expatrier.

Les peintres, les dessinateurs qui s’expatrient, c’est une autre histoire et les raisons en sont souvent financières car certains viennent de pays où ils ne gagnent pas leur vie et découvraient l’Amérique avec émerveillement, tout comme le formidable Igor Kordey qui doit être très content d’être devenu, en bande dessinée, un des auteurs phares en ce moment en France.

Et je me souviens de mes difficultés à mes tous débuts, quand la Cartoon Editor de
« Playboy », Michelle Urry, qui nous a quittée récemment, essaya de trouver des dessinateurs français qui voulurent bien travailler à « Playboy » pour des salaires très conséquents.

Et seuls, deux ou trois dessinateurs qui travaillaient en France pour la presse de charme comme Loup, acceptèrent.

Michelle Urry subit d’autres difficultés, elle adorait le travail de Mandryka mais ne réussi pas à l’imposer et quand elle rencontra Jean-Claude Forest et quelques autres, le fait que le copyright appartiendrait à « Playboy » d’une part (ce qui n’était pas si grave car « Playboy » faisait de beaux livres), mais surtout le fait qu’ils ne reverraient jamais leurs originaux, les fit refuser ce qui était normal.
(Je ne savais pas que cela aurait pu s’arranger et elle ne m’en avisa point, puisque certains illustrateurs dudit « Playboy » comme Gahan Wilson avaient obtenu dans leur contrat, la restitution de leurs originaux).

Demain, c’est juré, on arrête de disserter et on parle de Verbeek pour de bon.

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Sans dessus-dessous The Upside Downs - 1ère partie

lundi 14 décembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Sans dessus-dessous
The Upside Downs
Le chef-d’œuvre de Gustave Verbeek

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La nouvelle génération de critiques de bande dessinée, qu’ils soient superficiels et disent des énormités, voire des contre vérités (parfois volontairement ce qui est pire, certains travaillant pour des éditeurs qu’ils poussent, renvois d’ascenseur habituels en littérature mais situation nouvelle pour la bande dessinée), ou qu’ils soient théoriciens, auteurs d’essais et d’ouvrages plus conséquents avec un beau bagage théorique ou universitaire, ont en commun de ne pas être historiens de la bande dessinée et ils devraient réviser leurs classiques.

L’unanimité autour de « Krazy Kat », chef-d’œuvre absolu, et de « Little Nemo », autre chef-d’œuvre absolu, est fort discutable car cela veut dire qu’on ignore les autres œuvres majeures qui parurent simultanément dans les journaux de l’époque, essentiellement du groupe « Hearst » et le « Chicago Tribune », Hearst n’était pas du tout l’imbécile qu’a dépeint Orson Welles dans « Citizen Kane », c’était au contraire un homme de goût et de culture qui avait entre autres la plus belle collection de Benvenuto Cellini du monde et il imposa à ses lecteurs, au début rétifs, qu’il voyait adultes plutôt qu’enfants, d’innombrables chefs-d’œuvre.

A « Little Nemo », on peut comparer « Bringing up Father », cette histoire de parvenus dûe à Georges McManus, qui était mieux dessinée et qui reste sans égal, incroyablement riche en détails sur la mode et l’architecture du début du siècle jusqu’aux années 30. Ensuite, cela se gâta un peu. Et les histoires étaient dignes des grandes comédies du Hollywood d’alors, entre Léo McCarey et Gregory La Cava.

Il fit d’ailleurs, en même temps que « Little Nemo », des bandes dessinées très proches sur les rêves et les cauchemars : c’était une mode du moment inspirée par les illustrateurs anglais ou des dessinateurs de livres pour enfants, aux limites de la bande dessinée, comme Palmer Cox qui avait fait la même chose avant.

A « Krazy Kat », on peut comparer « Polly and her pals », bande dessinée un peu plus cubiste mais tout aussi brillante où le chat, contrepoint incontrôlable de l’action qui se déroule, joue une autre histoire en quelque sorte. C’était formidable et ça inspira peut-être Franquin et Greg pour « Les aventures  du Marsupilami ».

Hearst faisait le tour du monde comme Disney plus tard et il alla chercher un allemand, Lyonel Feininger, qui devint pendant un temps auteur des planches du dimanche avant de retourner à la peinture et en Allemagne.

Et il y a bien d’autres merveilles graphiques tout aussi passionnantes, aussi inventives que toutes les précitées, qui parurent dans les journaux du groupe Hearst mais aussi, compétition, dans d’autres quotidiens dont on trouve d’ailleurs un bon résumé à la fois dans le grand livre « Funnies on Sunday » mais aussi dans l’incontournable « Art out of Time » chez Abrams.

J’ajouterai aussi par rapport aux critiques de bandes dessinées, un gros reproche, qui est qu’ils méconnaissent la porosité qu’il y a entre tous les arts dès qu’un artiste est curieux.

Leur méconnaissance, souvent, des arts dits « nobles », fait qu’ils ne savent pas mettre en parallèle les arts décoratifs, la peinture, l’architecture du moment et la bande dessinée et manquent parfois des évidences.

Ainsi, pour Alex Raymond, tout ce qu’il a emprunté au peintre illustrateur mondain, La Gatta, et aux « Villes Volantes » de Franklin Booth qui sont exactement celles de
« Flash Gordon ».

Ils ne voient pas non plus que le style du grand Noël Sickles (c’est lui qui l’a dit) et donc de Caniff et donc de Pratt, vient de Harold von Schmidt, peintre de l’ouest américain qui a par ailleurs beaucoup inspiré le travail de Jean Giraud pour
« Blueberry » à une époque, mais ceci est une autre histoire : Harold von Schmidt, le temps d’un livre en noir et blanc, « Death comes for the Archbishop », une de ses rares œuvres illustratives, inventa la grammaire de toute une part de la bande dessinée moderne, qu’imprudemment certains, dont moi, attribuèrent à la découverte de l’impressionnisme.

Apparemment, ce n’était pas le cas : ils ne connaissaient que quelques tableaux de Renoir et consorts, et plus tôt l’influence par ricochet, que la découverte du Paris
« Belle Epoque » eut sur certains peintres américains, comme Sargent qui vinrent chez nous en pèlerinage.

Si vous tombez un jour sur le livre d’Harold von Schmidt, vous comprendrez ce que je veux dire, c’est frappant.

Heureusement, il y a quelques éditeurs qui font admirablement bien leur travail et qui de temps en temps ressuscitent, de manière parfaite, ce qui doit être.

La suite demain.

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Toujours Carlotta et toujours Douglas Sirk

vendredi 11 décembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

« Capitaine Mystère » est un de mes films préférés de Douglas Sirk.

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Il ressort enfin chez Carlotta avec une tripoté de suppléments dont un beau documentaire où Bertrand Tavernier revient sur le tournage de ce film, pour une fois en décor naturel, presque entièrement, et hors d’Amérique, ce qui réussit fort bien à Douglas Sirk qui n’était donc pas qu’un homme de studio.

« Capitaine Mystère » est un des plus beaux romans de William Riley Burnett, qu’on peut trouver en poche chez Folio Jeunesse, que vous devriez tous lire, « Le Capitaine Lightfoot » (Il y a bien des merveilles que les adultes devraient lire en Folio Junior ou alors à l’Ecole des Loisirs comme les romans prodigieux de Cormier, qui sont des œuvres vitales pour les grands aussi).

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D’abord je voudrais vous dire ma faiblesse pour Burnett.

Parmi les amateurs de série noire qui sont de moins en moins nombreux semble-t-il, au niveau des grands classiques, on en revient toujours à Chandler ou à Hammett, d’autant que les éditions massacrées d’époque permettent, sur Chandler surtout, de faire à la suite une succession d’éditions dites définitives, en rajoutant quelques pages et semble-t-il désormais, des traductions vraiment complètes. Je n’ai rien contre, au contraire.

Mais il y a aussi les autres : Horace McCoy qui n’a rien perdu de sa force, David Goodis qui n’a rien perdu de son angoisse existentielle, James Cain, l’auteur de « Le Facteur sonne toujours deux fois » que je considère avant tout comme un romancier tout court puisque ses plus belles œuvres comme « Serenade » sont de fabuleux mélodrames qui s’adressent à tout le monde, un peu comme Evan Hunter quand il n’écrivait pas, sous pseudo, des polars. Je ne reviens pas souvent désormais à ces maîtres fondateurs.

Il y en a un pourtant que je peux relire tout le temps, de ses débuts et en gros de
« Little Caesar », son premier roman, à « Good Bye Chicago », son dernier, magnifique adieu à l’écriture et au polar en même temps, et dans son œuvre « Le Capitaine Lightfoot » est en gros une histoire de révolte en Irlande mais aussi un roman à la manière de Stevenson ou du Falkner de « Moonfleet », il y a des choses qu’on a jamais retrouvées ailleurs chez lui dont une certaine alacrité, une joie triste, mélancolique à la manière de « l’homme tranquille » : et il est bien sûr du côté de Lightfoot, bandit de grands chemins libertaire et tenancier de bordel à ses heures.

Le film de Sirk est une merveille.

Burnett, maintenant réédité régulièrement chez Rivages, a eu la chance et la déveine d’avoir fait partie de tous ces grands écrivains américains qu’on alla chercher pour en faire des scénaristes, de Faulkner à Fitzgerald en passant par presque tous les auteurs précités.

Les premiers  producteurs d’Hollywood qu’on prend pour des idiots n’étaient pas bêtes : pour adapter un livre très cinématographique, ils allaient chercher l’auteur et souvent ne s’en trouvaient pas plus mal lotis.

Cela a parfois donné des résultats rigolos comme « High Sierra » adapté trois fois, de trois manières différentes et magnifiques et dont Burnett fut l’auteur du premier et du troisième scénarios.

Pour la petite histoire, cet amateur de Maupassant et de Mérimée, comme tant d’autres américains qui découvrirent chez eux l’art de la concision, fut adapté une autre fois par un jeune metteur en scène dont c’était le premier film, il s’appelait Michael Cimino (il avait déjà œuvré comme scénariste avec Steven Bochco sur un film de science fiction écologique formidable « Silent Running »), dans son « Thunderbolt and Lightfoot », appelé imbécilement chez nous « Le Canardeur », il y avait dans le rôle du Capitaine Lightfoot, Clint Eastwood, impeccable, et dans celui de son disciple, magnifique, et un moment en travelo, Jeff Bridges. Il n’avait pas tout à fait respecté le roman puisque Lightfoot continuait sa vie tandis que c’est Thunderbolt qui était blessé et se mettait à mourir tout doucement, mais le film était très bien et plus tard, lorsque Cimino s’écroula avec « La porte du Paradis » qu’on peut revoir aujourd’hui comme un grand film malade mais magnifique, Eastwood, sévère, dit que ce type qui avait coulé une compagnie avait pourtant réussi avec « Le Canardeur », un premier film impeccable et pas cher.

« Le Capitaine Mystère » fut encore adapté de manière pirate, sournoise, dans un film étonnant, un western mexicain fait par des anglais et produit par Sir Lew Grade,
« Barbarossa » où un bandit de grands chemins au grand cœur terrorisait la frontière entre Mexique et Amérique jusqu’au moment où il trouvait un successeur, dans le cas précis c’était Gary Busey.

Les Visages de Jesse Kellerman

jeudi 10 décembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Les Visages
de Jesse Kellerman
aux éditions Sonatine

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« Les Visages » de Jesse Kellerman est une merveille et pour moi, le meilleur polar de l’année (j’ai eu peur en voyant qu’il avait été élu meilleur thriller de l’année par le New York Times : j’ai un à priori contre les livres unanimement encensés ayant souvent été déçu : j’avais tort).

J’avais un deuxième à priori puisqu’il est dit sur le livre qu’il est le fils de Faye Kellerman, auteur que je n’ai jamais lu et qui n’a jamais été traduit en France et de Jonathan Kellerman qui a écrit des choses très très bien. Curieusement chez le fils, j’ai trouvé des échos du père. J’ai aussi un à priori contre les « fils de », surtout dans la chanson française.

Dans « Qu’elle repose en paix », Jonathan Kellerman parlait d’une affaire vieille de vingt ans, ravivée par les photos que le tueur envoie et dans « La dernière Note », il s’agissait d’une histoire de tueur en série dans le monde artistique. Quand vous aurez lu « Les Visages » que je ne vous raconterai évidemment pas, vous comprendrez ce que je veux dire…

En tout cas, voici un livre avec de l’humour. A deux ou trois moments, Jesse s’amuse à parodier le style Hammett-Chandler en disant qu’il serait bien incapable de faire ce genre de narration.

Il mélange, comme d’autres écrivains le présent et le passé, mais contrairement à d’autres écrivains justement, on n’a pas du tout l’envie de sauter la moitié emmerdante : les deux parties sont passionnantes, encore plus quand on approche de la fin. Et quelle fin, plus qu’inattendue.

Il raconte merveilleusement bien le milieu artistique newyorkais, il raconte merveilleusement bien la vie des gallieristes d’aujourd’hui, il raconte merveilleusement bien aussi la manière dont un petit juif teigneux va créer une dynastie, effaçant ensuite son passé pour devenir légende.

Tout est nécessaire dans ce livre éblouissant dont je ne vous dirai rien de plus, sinon que j’aime l’idée d’une œuvre artistique qui dérègle la machine, provoquant l’intrigue.

Comme je ne veux rien dévoiler de l’histoire, disons simplement qu’il s’agit d’une success story, de l’histoire d’un homme en somme qui a bâti une dynastie d’anciens pauvres qui, comme par magie, sont devenus plus que des riches : des institutions. Mais pour cela, il a bien fallu cacher des cendres humaines sous les tapis et forcément un jour le passé les rattrape, prélevant une livre de chair.

Mais ce qui est magnifique dans ce livre, c’est qu’il finit non dans un coup de tonnerre mais tout doucement, par des explications toutes simples et forcément décevantes : les pêchés des pères n’étaient pas si grands que ça mais le destin, comme dans tous romans noirs, même s’il se moque des règles du genre, l’auteur en fait vraiment un, attend toujours au tournant. Tout le monde au bout du compte se retrouvera face à soi-même en un étrange imbroglio, où tout est lié.

Ce fils de polardeux cite quelque part Borges. Il ne faut pas y voir là de la prétention mais plutôt une influence très discrète du réalisme magique et de la manière dont on se retrouve toujours dans les jardins où les sentiers bifurquent. Les fils, à un moment, sont dénoués, certains étaient presque invisibles : au bout du compte, tout se rejoindra.

Le polar nouveau, quand il est réussi, est comme la science fiction nouvelle quand elle est réussie. On ne peut plus écrire comme avant et c’est un livre impur au sens où j’ai parlé de certains ouvrages de science fiction impurs récents. En gros cela pourrait être une de ces sagas comme en écrivait Booth Tarkington, pas tellement « La Splendeur des Ambersons » que tout le monde connaît grâce au film, mais plutôt « Le Tourbillon » mais dans un monde d’après et l’on sait désormais que l’Amérique et le reste du monde qui a copié le rêve américain, c’était juste un songe : au bout de la quête il n’y a pas de récompense, il n’y en a jamais eu d’ailleurs. C’est ce qui fait depuis des temps très anciens la beauté desdites quêtes. Ulysse désormais peut cultiver son jardin.

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Les Photographes italiens - Federico Garolla

mercredi 9 décembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Chez SilvanaEditoriale encore, un autre photographe à l’honneur, à l’occasion d’une exposition à Caraglio. C’est « Federico Garolla – L’occhio del tempo – Fotografie dal 1948 al 1968 ».

Il est tout à fait passionnant puisque Garolla est, on peut le dire, de la génération suivante. Ce n’est pas pour rien qu’il rejoint parfois, comme avec son portrait de Lea Massari, ce que se fit au cinéma alors, Lelouch puis Sautet, visages entrevus en reflets dans une vitrine et certains photographes anglais des années 60/70. Et l’on retrouve Rossano Brazzi qui était jeune et superbe chez Ghergo et qui ici, est toujours superbe, plus vieux, devenu prince du mélodrame.

Il photographie en situation, des metteurs en scène, comme Pietro Germi qui a l’air ici de vouloir voler une bicyclette, des mineurs, des collections de mode dans la rue, des défilés dans des palazzi, des pêcheurs, des manifestations, des gens du monde, des gens de la rue, Luchino Visconti montre à un acteur le geste qu’il doit faire, Audrey Hepburn réfléchit devant son miroir, Gassman s’envole comme un danseur de ballet, Lattuada fait une sieste dans l’herbe la tête posée sur un journal, des enfants naissent dans une maternité, un homme attend dans une gare assis, sur un diable, des orphelins au garde à vous attendent dans un escalier interminable, sous le regard d’un prêtre figé, Chirico s’ennuie dans un festival, Claudia Cardinale ne se rend pas bien compte qu’en prenant ses notes, elle nous dévoile, jambes pourtant presque fermés, un peu de son intimité.

Encore un livre merveilleux sur un photographe merveilleux que nous ne connaissions pas et où ma photo préférée peut-être, est celle de Vittorio De Sica descendu de voiture, dans l’embouteillage d’un tunnel, pour aller allumer une cigarette ou une anticipation des photos de Jean-Paul Goude en 1963, comme Garolla photographie en ombres chinoises le show d’une émission de télé pour Studio Uno.

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Décidément, dans le monde de la photographie, il y a des continents perdus, et je me souviens d’un photographe anglais plutôt spécialisé dans le Swinging London qui fit comme par erreur une image qu’on attribuerait sans aucun doute à ce que fit Helmut Newton un peu plus tard et que Newton n’a sans doute jamais vu : synchronicité.

J’ai parlé de la Chine et de la Russie mais il reste toute l’Asie, et tous ses pays qui furent longtemps « russifiés » et il y eut d’immenses photographes en Amérique du Sud, particulièrement en Argentine et au Mexique, dont j’ai vu des photos et dont souvent j’ignore le nom.

A quand une grande expo un jour où tous les photographes du monde viendraient se donner la main et où nous découvrirons avec étonnement, qu’un peu partout, la même année ou presque, parfois à la même seconde, d’innombrables photographes ont vu la même chose de manière semblable ou la même chose encore de manière totalement différente, et aussi des choses impossibles ailleurs qui n’existaient que là-bas.