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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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Les Photographes italiens - Arturo Ghergo

mardi 8 décembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

L’art de la photographie reste à découvrir car si en France, en Angleterre, en Amérique, il y eut d’une part une reconnaissance très rapide des grands photographes mondains et de mode et si d’autre part, grâce à des écrivains de poids, cette reconnaissance également des photographes du monde réel et de la vie quotidienne, que cela soit photo anecdotique, photo militante, photo de faits divers et autres photos sérieuses dont évidemment et surtout la photo de guerre, grande reste l’ignorance où nous sommes tous, des autres pays.

Je pense aux photographes chinois qui furent extraordinaires dans les années 30, entre autres à Shanghaï (je possède quelques œuvres de maîtres oubliés récupérées lors d’un voyage pour un film qui ne se fit pas, de Robert Florey et Cecil B. de Mille et jointes à un manuscrit de Florey, et on voit que « In the mood for love » par exemple est très directement inspiré de chinois qui faisaient du Man Ray avant Man Ray).

De la photo russe on connait surtout les débuts puis les exilés.

Et deux pays surtout sont sous-estimés pour des raisons compréhensibles mais avec le temps devenues étranges : l’Allemagne où il y eut après la guerre (tout le monde est d’accord pour encenser les grands photographes d’avant le nazisme) des photographes passionnants tout comme il y eut un cinéma passionnant qu’on a préféré ignorer jusqu’à en gros Werner Herzog et Fassbinder, et l’Italie, qui eut toujours des photographes admirables méconnus presque toujours car peu exportés.

C’était le cas de Carlo Mollino, le Léonard de Vinci érotomane du XXème siècle, que tout le monde ou presque devrait connaître désormais, c’est le cas de Arturo Ghergo, photographe de mode et portraitiste mondain qui est enfin l’objet d’un ouvrage publié par SilvanaEditoriale « Arturo Ghergo – L’immagine della bellezza – Fotografie 1930-1959 ».

La connaissance des photographes italiens serait d’ailleurs très utile entre autres à ceux qui se passionnent pour le cinéma italien, car il y eut entre les auteurs de photographie de l’immédiate après-guerre qui constataient le désarroi de l’Italie occupée et le cinéma de Rossellini, d’étranges interférences, et plus tard d’incroyables coïncidences entre ce que faisait Fellini de son côté et certains photographes de l’autre : il y a une belle qui se plonge dans la Fontaine de Trevise avant la « Dolce
Vita » de Fellini et quelques photos de Vitellonis contemporaines desdits
« Vitellonis ».

Ma photo préférée de l’époque et dont je retrouverai un jour l’auteur étant une belle paysanne, de dos, dans un champ qui regarde la carcasse d’un avion brûlé et fait penser au « Christina’s World » de Andrew Wyeth, comme aux photos de mode et de guerre faites pendant le Blitz à Londres par l’immense Cecil Beaton.

Essayez de vous procurer ce catalogue qui correspond à une exposition qui a eu lieu en 2008 à Milan au Palazzo Reale et qui est une merveille.

Ghergo a photographié toutes les dive et toutes les stars, de Isa Miranda à Sophia Loren en passant par Silva Koscina, en un style très personnel influencé par, sans doute, les pré-raphaëlites, comme le remarque avec justesse le Commissaire de l’exposition Vittorio Sgarbi.

Il n’utilisait pas d’effets alambiqués ni de décors grandioses, ni de cadrages sursignifiants, sinon des effets de lumière et ses photos de Cinecittà sont (je cite encore une fois le préfacier) à cause des lumières justement, de l’ordre du réalisme magique et parmi les plus belles que j’ai vues tous pays confondus de la période, avec en plus l’avantage que nous revisitons l’Italie des années 30 à 59, mais qui était par exemple la superbe Luciana d’Avack ? j’aimerais bien le savoir.

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Luciana d'Avack

Et puis il y a ses photos couleurs de la fin en ferraniacolor, procédé qui avait l’avantage de s’éloigner de la réalité, un peu comme le technicolor du début, où parfois il rejoint le surréalisme pondéré d’Outerbridge.

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Le Maigret de Pinter

lundi 7 décembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Le Maigret de Pinter
de Santo Alligo
édité par Little Nemo

Je vous ai dit que je reviendrai sur Pinter, je vous ai déjà dit tout le bien que je pensais de cet artiste magnifique et Santo Alligo, grand collectionneur italien et grand spécialiste, a fait un livre superbe sur son Maigret. Pinter s’est payé le luxe d’illustrer par deux fois tout Maigret. Il a fait d’abord d’incroyables couvertures pour la première série, puis un peu différentes, un peu plus simplifiées mais tout à fait passionnantes pour la seconde édition chez Mandadori, où s’émancipant doucement, il en vint à oublier l’anecdote avec sur la fin quelques couvertures très gonflées.

Il résout brillamment le problème insoluble de ramener un livre à une seule image : fait deux séries complètes absolument parfaites avec des couvertures parfois à l’opposé, alors même qu’il connait parfaitement l’œuvre de Simenon.

Son Maigret très inspiré de celui de la télé italienne, incarné par le grand Gino Cervi, devient dans la seconde série, envahissement du décor et disparition ou mise en silhouette de Maigret. Priorité de l’illustration dans la première série, priorité de la mise en page dans la seconde, de plus en plus abstraite. Je ne peux m’empêcher, pour que vous compreniez mieux, de vous en montrer quelques exemples très excessifs, où on peut penser à d’immenses créateurs américains comme Paul Rand (l’équivalent pour les livres de Soul Bass). C’est un émerveillement et évidemment une leçon pour tous les illustrateurs de livres qui ne doivent jamais oublier, j’ai remarqué que c’était souvent le cas, qu’il faut d’abord lire le livre si l’éditeur vous en donne le temps et comprendre vraiment lesdits livres de manière subjective pour en tirer le meilleur.

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A noter que sur la fin de la série de Mondadori, il devint encore plus radical puisqu’il n’y avait plus que le titre, le nom de Simenon et un tout petit dessin en bas, très léger. On pourrait dire donc, en gros, qu’autour de Simenon, sujet inépuisable sans doute aucun, et en deux séries totalement réussies, Pinter se posant toutes les questions a bien trouvé vingt réponses différentes, d’autant que pour l’œuvre complète de Georges Simenon, gros volume genre bottins de téléphone, il partit encore dans une autre direction revenant à l’illustration mais encore une fois nous épatant à nouveau avec des œuvres d’ambiance plus rigoureuses et en même temps plus détaillées, et finissant par de la quasi caricatures.

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Pinter donc n’en a jamais fini avec Maigret. Un livre indispensable à se procurer auprès de Little Nemo (www.littlenemo.it)

Ah oui, j’oubliais, avant que Pinter illustre à la fin des années 60 tout Maigret, il avait commencé, toujours pour Mondadori, par sortir les romans en gros pavés déjà, par des couvertures recto-verso, dos compris, de l’intégrale des romans dans une collection qui s’appellait « Omnibus », comme chez nous, et là-aussi, fit merveille.

Comme Alligo est un collectionneur fou, il y a aussi des inédits que vous ne pourrez pas voir en livre et qui évidemment sont passionnants, et des croquis et des études que vous ne verrez nulle part ailleurs.

Les amateurs de Maigret et de Simenon qui sont nombreux doivent absolument se procurer ce livre car c’est en quelque sorte une autre lecture de livres qu’ils connaissent par cœur. En partant des couvertures, ils pourront les relire à nouveau puisque l’œil de Pinter leur suggère un autre roman.

La Clef d'Argent ouvre les portes au-delà du sommeil

vendredi 4 décembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Ces temps-ci, je vais beaucoup vous parler d’un tout petit éditeur qui s’appelle « La Clef d’Argent » (22 avenue G. Pompidou 39100 Dole – www.clef-argent.org) et qui fait un sans faute.

Ils publient des petits livres, parfois minuscules, ce qui est magnifique quand on veut les prendre en poche : dans le métro on peut lire une nouvelle autour de la mythologie lovecraftienne, de gens inattendus, comme Arthur C. Clarke.

Ils publient aussi à des prix ridicules des coffrets somptueux avec des tirages minuscules. Leurs livres, en plus, sont beaux. Ils savent choisir les illustrateurs et bien des éditeurs confirmés de science fiction et de fantasy devraient en prendre de la graine.

Mais avant de vous parler de leurs nouveautés qui sont nombreuses, je voudrais revenir sur un livre que je viens de relire et qui m’en a foutu un coup. C’est l’extraordinaire livre de William Schnabel « Lovecraft – Histoire d’un gentleman
raciste ».

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Schnabel, universitaire grenoblois est directeur du Gerf, Groupe d’Etudes et de Recherches sur le Fantastique qui publie des choses admirables.

C’est peut-être, hors des biographies de ceux qui l’ont connu et avec l’éblouissant essai de Houellebecq et où l’on comprenait qu’en regardant Lovecraft, il inventait Houellebecq, l’un des meilleurs essais jamais publié sur cet auteur désormais incontournable. Il nous explique fort savamment que Lovecraft était un sale raciste.

D’abord, il fait le point du racisme tel qu’il a été argumenté au XVIIIème puis au XIXème siècle, même si je ne partage pas tout à fait sa répugnance pour Oswald Spengler, qui n’a pas dit que des bêtises à mon avis.

Même si je pense qu’il aurait aussi pu appliquer à Lovecraft la grille, pour partie commune, de la psychanalyse d’Edgar Poe de Marie Bonaparte (il y a des points communs troublants entre les deux), j’ai trouvé toute cette première partie formidable.

En effet, trop de gens énoncent des choses simples comme le fait que Lovecraft est raciste sans rappeler d’abord les racines du racisme, de son racisme.

Ca me fait toujours penser à ce merveilleux livre dont j’oublie toujours le titre et le nom de l’auteur sur Luchino Visconti, dont les deux premiers tiers racontaient l’histoire de la famille Visconti depuis le Moyen Age, si bien que quand on arrivait à Luchino on comprenait tout.

Et puis quelqu’un qui dit du mal de Gobinaux et pas toujours du bien de Darwin, ne peut pas me déplaire, d’autant que j’ai l’impression que nous découvrirons un jour, que Darwin a raison dans l’ensemble mais qu’il a un peu forcé sa démonstration pour qu’elle soit plus cohérente et que les faits ne seront peut-être pas tout à fait tels qu’il les a énoncés.

Personnellement, j’ai été très troublé par les textes de Cheikh Anta Diop qui, ancien collaborateur de Pierre et Marie Curie et plus tard ennemi déclaré de Senghor, prouva que nous venions tous d’Afrique et d’Afrique Noire à un moment où d’autres prouvaient, tout aussi péremptoirement, qu’en se basant non sur le carbone 14 mais sur des restes humains trouvés en Sibérie, qu’il vient (l’homme) peut-être de la lointaine Thulé, en tout cas des terres arctiques près du pôle nord.

Je suis assez convaincu par les deux et je me dis qu’il a peut-être surgi en fin de compte (l’homme) aux deux endroits à la fois.

Quand il s’attaque aux textes mêmes de Lovecraft, quel régal ! Il y voit un faux gentleman anglais qui craint de ne pas l’être tout à fait (gentleman), qui rêve d’un monde idéal à la Thoreau. Quand il nous montre les terreurs de Lovecraft par rapport à son propre sang qui a peut-être été souillé, nouvelle par nouvelle, texte par texte, et il les connait bien, sa démonstration tient le coup. On découvre que, oui, les
« shogoth », le « chaos rampant » et toute la ménagerie merveilleuse de Lovecraft, ce sont en fait les autres, les étrangers, les immigrants qui ne sont pas venus sur le
« May Flower ».

Il me fait penser à ces pauvres blancs du sud qui, après une période miraculeuse, celle des « Blackface » où un juif chantait grimé en noir, avec derrière lui Cab Calloway qui n’avait pas besoin de se grimer, lui, et des cousins de Hank Williams qui côtoyaient, eux pauvres blancs, les pauvres noirs, pour gagner de l’argent ensemble.

Tout ce petit monde allant d’ailleurs, comme le raconte très bien Nick Tosches dans
« Blackface », à New York ensuite pour déposer les partitions et vendre les chansons dans la rue (ce qui était la seule méthode pour gagner un peu de sous), et tombe alors sur des immigrants juifs de nouvelle génération qui savaient la musique comme Georges et Ira Gershwing qui faisaient les arrangements.

Ensuite, ces petits blancs en question, ceux si bien montrés dans « Délivrance » par exemple ou dans « Southern Comfort », sont souvent devenus les dégénérés haineux qui inventèrent le Ku Klux Klan, après cette parenthèse enchantée des premiers temps de la musique populaire américaine.

Il nous cite ailleurs tous ces gens qui s’engouffrèrent dans les protocoles des « Sages de Sion », coup monté lamentable et fabrication totale, inventé comme il le rappelle par la police secrète du tsar et l’influence considérable qu’eut sur les universitaires américains ces écrits pour le moins douteux.

L’Amérique a toujours eu un problème avec les races qui commence avec le massacre des indiens (à part parmi les Mormons qui y voyaient « la septième tribu » perdue d’Israël), puis par la manière lamentable dont ils traitèrent les asiatiques qui avaient bâti le chemin de fer, entrevoyant là un péril jaune qui, tant pis pour eux, s’est depuis confirmé.

Sa bibliographie « sommaire » des livres sur Lovecraft et des textes de nature historique sur le racisme et sur l’immigration sont formidables et j’ai découvert des tonnes de choses dont j’ignorais tout.

Tout autant que son choix d’ouvrages vitaux sur la création littéraire (c’est mal tombé, au moment où j’essaye de me débarrasser d’une grande partie de mes 40 000 livres, voilà que je me suis mis à en chercher 4 ou 5), c’est la vie.

Une seule chose me gêne, c’est la conclusion, la fin où ayant expliqué la manière dont Lovecraft était un fou furieux en quelque sorte, il dit que (je le cite) « lorsqu’on connait le fond de sa pensée, on ne la lit plus jamais de la même façon. Rêveur fécond et ascète écœuré, il haïssait la vie autant qu’il était dégoûté par sa propre personne. Il prit la fuite dans un onirisme obsessionnel : sa réalité préférée ».

Désolé, mais quand j’ai lu d’abord « Démons et Merveilles » en 10/18 avec les histoires de Randolph Carter mises dans un mauvais ordre pour que cela finisse bien et quand ensuite je me suis engouffré dans Lovecraft, j’y ai vu le combat d’un malheureux chevalier sans race aucune (c’était un chevalier), contre les forces du chaos auxquelles j’ai cru et auxquelles je crois toujours.

Et je pense que William Schnabel n’a tort que sur un point mais d’importance : oui bien sûr, Lovecraft était le monstre imbécile qu’il a décrit, mais il était aussi le visionnaire incroyable qu’on peut lire et relire, sans savoir qu’il était raciste, sans que cela ne soit aucunement gênant : j’ai fini par me demander si ces grands anciens n’existaient pas et si en cherchant des ennemis partout, ils n’avaient pas découvert par hasard des dieux oubliés qui existaient vraiment.

Le plus amusant est que rangeant mes livres au moment où je relisais cet ouvrage que j’avais survolé la première fois, je me suis aperçu que j’avais « The Rainbow » d’octobre 1921, opuscule de journalisme amateur où l’on ne trouvait pas que Lovecraft d’ailleurs (l’éditorial de Sonia H. Greene fait penser à du Ayn Rand en moins arrogant mais en plus maladroit et surtout en plus bête). Et parmi les textes de fin, il y a la photo d’un homme un peu rond, au visage étrangement déformé (pas la photo habituelle) : c’est une photo de Lovecraft qui a écrit un essai intitulé « Nietzche and Realism » à propos duquel Sonia H. Greene souligne qu’il ne s’agit que d’un extrait de sa correspondance avec l’auteur.

Il dit, comme d’habitude, sa haine de la démocratie, son amour de l’aristocratie ou de « l’autocratie », des monarques absolus comme le tsar ou le kaiser, mais craint de la part des gouvernants une disparition de la liberté individuelle des vrais penseurs (pensant sans doute à lui) et dit sa crainte aussi de leur arrogance, et qu’il faudrait donc inventer de vrais aristocrates.

Et puis il change d’avis, disant que tout cela est bien futile, qu’aucun homme d’état ne pourra rien faire, que la vie n’a pas de but et qu’il n’y a qu’une seule solution logique, un suicide universel que notre lâcheté nous interdit d’entreprendre, qu’il faudrait craindre un gouvernement qui n’aurait pas de gentillesse (kindness), mais que ladite gentillesse est aussi une faiblesse. Et un peu plus loin, que c’est le pessimisme qui produit la gentillesse car le philosophe, contrairement aux bourgeois, qui croit aux extravagances comme la dignité humaine et le destin, peut se permettre la gentillesse puisqu’en gros, cela ne sert à rien, citant Shopenhauer : puisque l’homme ne devrait même pas exister, autant être gentil avec ses voisins.

Quand il dit cela, on se dit que Schnabel n’a pas tort, sa confusion était totale mais dieu que ses livres sont magnifiques.

PS : La preuve que Lovecraft a été dépassé par sa création, c’est que sa mythologie a été reprise par d’innombrables écrivains, pour la plupart absolument pas racistes et qui ont utilisés ladite mythologie sans jamais, en tout cas pour ceux que je connais, reprendre les connotations racistes.

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La bibliothèque de Bebel - 4ème partie

jeudi 3 décembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

J’ai retrouvé le livre « The Pulps » édité en 1970 par Chelsea House en dur, puis réédité en souple en 1976, qui compile, sachant que c’est un des maîtres de la SF des origines qui s’y colle (Sam Moskowitz), cinquante années de pop culture au travers des pulps.

Et bingo, je fais une découverte.

En effet, dans les auteurs de fantastique, entre Robert Howard et deux poèmes de Lovecraft, je tombe sur une histoire de Thomas Lanier « Tennessee » Williams.

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Il avait seize ans et il a touché 35 dollars pour sa première histoire vendue, c’était dans un Weird Tales de 1928, ça s’appelait « The Vengeance of Nitocris ».

Nous sommes à Thebes. Et la ville vit dans la peur car depuis cinq jours, le feu sacré d’Osiris s’est éteint et que personne ne l’a rallumé. Grand est le sacrilège. Pharaon a défié le Dieu qui avait détruit le pont de pierres sur lequel il voulait traverser le Nil sur son chariot et qui a été emporté par le flot à la montée des eaux. Alors, fou de colère, Pharaon a chassé les prêtres du temple. Il a fermé les portes. Il a éteint les chandelles et il a couvert les autels avec des carcasses d’animaux. Il a même brûlé la carcasse d’une hyène, animal qu’Osiris abhorre.

Alors la foule s’est rassemblée, grondante. Pharaon va sortir à côté de son épouse, son épée à la main, et faire face. A ce moment là, une des marches très anciennes qui montent vers son palais va s’effondrer, sous son grand poids, dit Tennessee. Il va tomber et la foule y voyant un signe de Dieu, le lapidera.

Ce n’est que le début de l’histoire et j’espère que quelqu’un vous la traduira un de ces jours.

C’est un peu excessif mais pour un gamin de seize ans, plutôt bien tenu.
Tennessee Williams, pas gêné, dira plus tard que c’était un prélude à la violence qui deviendra plus tard sa marque de fabrique.

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La bibliothèque de Bebel - 3ème partie

mercredi 2 décembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

De tout cela on reparlera puisque j’ai retrouvé  par exemple le second ouvrage sur les fous littéraires publié en Belgique par un homme qui apparemment était fou lui-même puisqu’il met parmi les fous Jules Michelet et puisqu’il signait d’un pseudonyme, de peur sans doute d’être embêté par les fous.

Ces livres là, je les relis avec émerveillement car je respecte ces fous bien davantage que beaucoup de gens normaux. Eux au moins ont quelque chose à dire, parfois avec maladresse, et voient d’autres choses derrière notre quotidien. Peut-être qu’ils ont tort, peut-être aussi qu’ils ont raison et que nous sommes entourés de farfadets qui ne nous persécutent pas puisque nous n’avons pas découvert leur existence.

A ce propos, je rappellerai, mais ceci est une autre histoire, qu’en Thaïlande tout le monde croit aux fantômes et que beaucoup de gens en ont vus, et qu’en Islande tout le monde y compris la Présidente croient aux elfes. Qu’un tiers des islandais a vus. Est-ce que cela veut dire que l’Islande est folle, je ne le crois pas.

En fait, je rêvais d’un ménage tel que j’aurais pu aller sur l’île déserte avec une cantine pleine de livres et un lecteur de DVD avec 8 DVD mais il n’y a pas l’électricité sur l’île déserte : il me faudra faire une dynamo en bambou et de la ferraille récupérée dans l’épave de mon hypothétique naufrage.

Et puis devenant plus pratique, j’ai pensé aux deux malles-cabines-bibliothèques que trimbalait partout Blaise Cendrars, il aurait fallu à ce moment là choisir un millier d’ouvrages. Je me suis aperçu que je n’y arriverais jamais et que ma quantité minimum serait autour de quatre mille livres, c’est comme ça.

Bien sûr, c’est mon choix, mais sur certains titres, peut-être allons-nous nous rencontrer.

PS 1 : Attention, en ce qui concerne les fous littéraires, on peut être déçu. Des fois, on se trompe. J’ai ainsi acheté à cause de son titre énigmatique un joli petit ouvrage relié qui s’appelait « De l’utilisation des animaux morts ».

Il est fort passionnant mais il ne s’agit là que d’expliquer qu’on peut faire des peignes avec des sabots de chevaux et pas mal de choses avec leur crin, et que dans le cochon tout est bon.

Ce n’est donc pas un livre de fous mais un ouvrage pratique plein d’informations formidables, en quelque sorte écologique.

PS 2 : Il y a aussi vos commentaires, après quelques fans qui m’ont fait plaisir mais, dont le « Super, vous êtes de retour Mr Dionnet, je vous ai aimé au temps des
« Enfants du Rock » ou de  « Métal Hurlant » ou d’« Asian Star » ou de « Cinéma de Quartier », etc… m’a fait chaud au cœur, n’a nourri que mon égo, malgré, c’est mon regret, l’absence de contradicteurs, à part un qui m’avait insulté de jolie manière, mais qui hélas n’est pas revenu sur moi, à propos de William Friedkin. Souvent vous éclairez ma lanterne quand je vous pose des questions, car vous avez des visions différentes de la mienne qui m’enrichissent et vous corrigez mes fautes d’inattention, quand je dis chèvre au lieu de choux. C’est comme si nous nous parlions au café du commerce (mais un café virtuel, tout autour du monde). C’est un australien qui m’a indiqué qu’à Melbourne certains livres français fort rares de Paroutaud, ce grand méconnu qui vaut presque Vialatte, étaient trouvables pour pas grand chose chez le libraire du coin.

PS 3 : Il y a quand même, en dehors du café du coin, dont le patron chine, mes amis libraires avec qui je communique encore physiquement : le plus grand c’est Jacques Noël, qui est pour moi le plus grand éditeur de Paris, car sa manière de donner à chacun le livre qui lui est indispensable est une manière d’éditer comme une autre.
Il sait de quel livre chacun a besoin pour continuer son parcours.

Il y a aussi le libraire en bas de chez moi, avenue Mozart, avec qui j’ai des échanges fructueux.

A un ou deux d’entre eux, j’ai donné un questionnaire pour qu’ils me disent un peu leur point de vue mais pour l’instant aucun n’a répondu.

Si vous êtes libraire et si vous avez des choses à dire, je vous enverrai mon questionnaire de Prout (oui je sais, le jeu de mots laid mais je ne peux pas m’en empêcher) et j’attendrai vos réponses puisque vous êtes des passeurs chaque fois que vous faites bien votre métier.

Et contrairement à ce que dit la surmédiatisation autour de la morosité générale, de la fin du petit commerce et de la disparition annoncée des libraires, je vois  apparaître plein de nouveaux passeurs jeunes dans des boutiques rachetées et même de nouveaux lieux et nombre d’anciens passeurs, heureusement, sont encore parmi nous.

J’aimerai leur rendre hommage en leur donnant la parole, peut-être parce que j’ai commencé comme commis de librairie chez « Futuropolis », première manière, avant Robial, Cestac, De Repper et Ozannes et que je me suis bien amusé ensuite avec eux, comme ils reprirent Futuropolis, ils me demandèrent conseils pour des domaines qu’ils ne connaissaient pas encore bien, comme le comic book.

Ca me permettait d’être libraire par procuration, sans attendre les clients qui ne viennent pas certains jours et sans subir la pression de ces heures soudaines où quatre personnes arrivent, en même temps, qu’on ne peut pas servir bien, un s’en va pendant qu’on s’occupe des autres : sans déconner, c’est un métier terrible.

D’autant qu’en triant mes livres, en bougeant les caisses, je me suis rendu compte aussi, et cela n’a pas pu s’arranger quand on voit la surproduction actuelle et les énormes « offices », que c’est aussi un travail de manutentionnaire et que presque tous les libraires sont des athlètes sans le savoir. Il faut l’être pour bouger ces caisses d’un poids considérable, le livre étant paraît-il ce qu’il y a de plus lourd avec le lingot d’or mais ayant à mes yeux beaucoup plus de valeur.

La suite demain.

La bibliothèque de Bebel - 2ème partie

mardi 1 décembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Quand on vend ses livres c’est d’une part parce que selon le proverbe « on ne les emportera pas dans sa tombe », c’est aussi selon la maxime que m’a inculquée mon ami Alain Weill qui lui aussi a fait un grand débarras, « pourquoi garder les livres qu’on ne rouvrira jamais ? ».

C’est aussi parce que le goût change : je vends certains livres parfois pour en acheter d’autres qui désormais m’intéressent davantage. Et je donne à diverses fondations des livres pointus qui trouveront je l’espère des lecteurs-chercheurs fous attentifs.

Et puis il y a des contigences techniques comme les premiers comic books ou les premiers pulps qui tombent en poussière dès qu’on les ouvre, je ne suis pas assez cintré pour les mettre sous vide comme certains américains pour moi totalement irrécupérables.

Cela fait six mois que je suis dans cette « Bibliothèque de Bébel » qui occupa un moment deux appartements entiers du sol au plafond et une grande partie de celui où je vis et des garages où heureusement l’humidité a fait son œuvre : des collections de magazines devenues compactes : autant de « Cesars » involontaires, et je commence à m’y retrouver dans le dédale.

De ce que j’y trouverai ou de ce que j’y retrouverai, de ce que j’ai peut-être sous-estimé à une époque, ou surestimé (il m’arrive de relire certains titres qui me tombent des mains et pour d’autres, j’ai l’impression de ne les avoir jamais lus, ce qui est peut-être le cas), et dans les livres illustrés, il y en a que je ne me souvenais pas d’avoir achetés qui sont dus à des génies à côté desquels je suis passé.

Et puis je suis injuste. Moi qui adorais Arthur Rackham ou Edmund Dulac, je n’en peux plus, peut-être parce qu’ils sont en moi désormais, et que j’en ai fait le tour. Moi qui ai eu une passion dévorante pour Jean-Adrien Mercier et ses aquarelles merveilleuses jusqu’à essayer de retrouver, y parvenant parfois, tous les originaux de certains de ses ouvrages lus enfant, ça y est, je m’en suis lassé.

Mais surtout, je m’aperçois que j’avais oublié des choses : comme la bande dessinée espagnole a été immense, au temps de « La Movida » à Barcelone. Il y avait un scénariste qui s’appelait Pedro Almodovar et qui bossait avec Mariscal qui faisait alors des petits Mickeys et pas encore fait la signalétique et le personnage de Kobi pour les Jeux Olympiques qui l’ont projeté et c’est tant mieux pour lui dans le monde de l’art officiel.

Et puis en même temps à Madrid, il y avait la belle revue « Madriz », qui abritait de merveilleux dessinateurs dont certains réapparaissent aujourd’hui, de cela aussi on reparlera.

Je trie aussi films, cassettes, DVD et je m’aperçois que j’ai par exemple un beau rayon de livres de fous, images de fous proches de l’art brut, grands fous du XIXème, qui étaient plutôt pour moi des visionnaires, même si on dut parfois les interner suite à leur incapacité à vivre dans le monde réel, et fous littéraires.

Les fous littéraires, l’idée fut inventée au XIXème siècle et toute une nomenclature fut édifiée par les complices Raymond Queneau (qui voulaient consacrer le quarante et unième volume de l’Encyclopédie de la Pléiade aux sciences inexactes), et donc entre autres aux fous littéraires, il y avait aussi Noël Arnaud, auteur d’une merveilleuse biographie de Boris Vian qu’il n’a cessé de compléter jusqu’à sa mort en 1963, et puis surtout il y avait André Blavier qui nous a quitté également et qui rigolait d’ailleurs du fait que les livres qu’il avait référencés de fous littéraires valaient beaucoup d’argent, mais que certains qu’il avait ignorés, parfois volontairement car il avait ses critères, se vendaient plus cher encore puisque, dixit les catalogues de libraires, « manquants dans le Blavier ».

La suite demain.

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