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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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Ditko "Edge of Genius", pure imagination

mercredi 22 avril 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Dans la même série que « Torchy », un volume de Ditko :
« Edge of Genius ».
Il y a également dans la même série de très beaux Alex Toth que je vous invite à trouver.
Dans ce très joli volume, on retrouve toutes la palette du dessin incroyablement oppressant, si particulier de Ditko, hors Marvel, avec des histoires d’horreur, visages déformés, ombres expressionnistes, gestuelle obsessionnelle : sa manière de faire toutes les dents, de contorsionner les corps, de donner à tous les personnages des doigts de pianistes fous.

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Il y a du western, de l’exotisme (d’horreur), de la science fiction (d’horreur) et même, cela n’a pas dû plaire à Steve Ditko, étrange personnage dont on ne voit aucune photo, qui ne donne aucune interview et qui ne va dans aucune Convention, une des bandes dessinées qu’il réalisa au temps où il partageait son studio avec Stanton, maître du sado-maso sur commande, et du Broadway coquin de l’époque, l’aidant à encrer quelques planches. Car ce dessinateur fou également moraliste, à la manière de Ayn Rand (nous en reparlerons à propos d’un livre qui lui est consacré), n’aime pas qu’on évoque son court passé dans l’érotisme même si son dessin est facilement reconnaissable.

D’un autre côté, je trouve ça d’une parfaite cohérence,
car Angleterre victorienne aidant et quelques secrets d’alcôve historiques ayant été révélés, ce sont souvent chez les juges, les magistrats, les gens rigoristes qui connaissent le bien et le mal, le noir et le blanc grâce aux internats et aux brimades subies dans la jeunesse et dans les pensionnats, que certaines personnes bien propres sur elles dans le monde extérieur, que ce soit en Angleterre ou au Japon principalement mais aussi partout ailleurs, se retrouvent, figures d’autorité, aimant bien devenir esclaves sado-maso ou souberettes, le temps d’une séance torride dans les bas fonds de Soho ou de Shinjuku.

Ditko lui, s’est contenté d’en dessiner, pour aider un copain,
on ne lui en voudra surtout pas.

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L'Expert Friedkin, suite

mercredi 22 avril 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Je ne vous raconterais évidemment pas l’histoire, mais je suis quand même ahuri que le meilleur film de l’année soit pour l’instant un téléfilm et pour Friedkin une totale rédemption puisque tous ses films récemment contenaient des choses formidables mais n’étaient jamais parfaits en totalité.

On rejoint ici ses chefs-d’œuvre absolus comme « French Connection », « L’Exorciste » ou « Cruising » justement.

Ceci dit, je donnerais n’importe quel chef-d’œuvre des vingt dernières années pour n’importe quel film de Friedkin justement, où les moments grandioses sont d’une telle qualité que je n’ai pas besoin que tout le reste soit parfait autour : je suis comme ça.

J’ai croisé, trop peu, cet homme d’une intelligence diabolique qui a une vision de lui-même à la fois lucide, sidérante et désespérante :
il dit bien comment à l’époque de « French Connection » il prenait le métro et vivait à New-York, qu’il était alors en phase avec le monde qu’il racontait et que bien peu de choses désormais se passent et que bien peu de gens pittoresques passent, qu’il pourrait utiliser, au bord de sa piscine de Beverly Hills, ou à Gstaad quand il va faire du ski.
Il le redit d’ailleurs en introduction à « Narc », bien joli film d’ailleurs où poussant le bouchon un peu loin, il trouve son successeur Joe Carnahan supérieur à lui et « Narc », meilleur que « French Connection » car il avait à l’époque supprimé des séquences sur la vie personnelle de « Popeye », déséquilibrant le film de son point de vue, alors que dans « Narc », ces scènes-là sont là. Mais non Monsieur Friedkin, « Narc » est très bien mais « French Connection » était lui aussi formidable.

Friedkin me fait penser, par association d’idées, à ces metteurs en scène dont j’attends ou je n’attends pas le prochain film.

Contrairement à son prochain film quel qu’il soit et contrairement au prochain Lelouch, ne vous en déplaise, il y a des metteurs en scène dont je ne suis plus impatient en attendant le prochain film, ce qui sera l’objet d’une petite dérive demain « Ceux qui ont la carte ».

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L'Expert Friedkin

mardi 21 avril 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Il y a dans la sixième saison de « Les Experts à Las Végas » (« CSI Las Vegas »), le meilleur film de l’année. Il ne dure que cinquante minutes.
Il suffit d’ailleurs de revoir les grands films des années 30 aux années 50 pour se rendre compte qu’à l’époque, double programme ou pas, ils étaient souvent pleins comme des œufs et duraient généralement une heure et demie et souvent même une heure et quart. Désormais, presque tous les films sont trop longs et gagneraient à être coupés.

Le meilleur film de l’année donc, est dû à William Friedkin.
Je ne sais pas comment l’équipe des Experts l’a convaincue :
je n’ai pas regardé les suppléments où pourtant il doit tout expliquer. Je préfère garder le mystère et que vous les regardiez pour moi. J’aime me créer des zones d’ombre.

Ma théorie qu’il infirme peut-être par ailleurs, mais il n’a pas forcément raison, est qu’ils lui ont fait un scénario sur mesure et qu’il n’a pas pu refuser, comme on aurait dit dans « Le Parrain ».
En tout cas, lui qui, ces temps-ci, avait plutôt envie de monter des opéras à la Scala ou de faire des films expérimentaux à trois dollars cinquante, comme son passionnant « Bug », et à qui j’ai proposé deux ou trois fois des sujets qui ne l’ont pas intéressés car, comme beaucoup de grands narrateurs, il n’a plus envie de raconter des histoires pour raconter des histoires, connaissant tous les trucs et de faire des films pour faire des films, nous a donné ici un de ses chefs-d’œuvre.
Le héros c’est Gary Dourdan, personnage secondaire dans la série, un black sympathique qui avait été jusqu’à présent un personnage attachant mais un peu en retrait.
Tout à coup, il devient le héros d’une espèce de cauchemar éveillé à la « Insomnia » - je pense plus au film suédois qu’à son remake américain - s’empêchant de dormir par des moyens chimiques et dans sa vie se superposent progressivement des faits épouvantables, leurs déformations et des hallucinations dûes au manque de sommeil. Il va commettre maladresses sur erreurs se mêlant de ce qui ne le regarde pas, oublier vite son éthique policière et descendre aux enfers jusqu’à une fin terrifiante qu’on a l’impression quand on la voit de connaître déjà.

Il se peut d’ailleurs que ce vieux renard rusé de Friedkin qui comme Zorro fait toujours sa loi comme dans « Cruising », utilise quelques images subliminales ici ou là, pour nous préparer à cette fin car quand l’atroce intervient, nous avons l’impression que nous avons déjà vu l’image finale.

La suite demain.

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Pure Imagination : Torchy (2è partie)

mardi 21 avril 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Regardez bien cette couverture de « COMEDY ».

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Il y a une jeune fille entourée de soupirants qui lui proposent des chaussures,
à talons aiguilles bien sûr, en cadeau et pour la séduire.
Cela ne me fait pas dire que le docteur Wertham et ses confrères ont eu raison de faire interdire les comics olé olé et d’horreur pour adolescents, mais il y a quand même quelque chose de rigolo qui s’est passé ces années là.

Les dessinateurs qui en effet ne s’occupaient pas de savoir s’ils travaillaient pour les enfants ou les adultes, voulant se détendre et se faire plaisir, comme les dessinateurs de Disney qui ont parfois fait des croquis coquins qui maintenant s’arrachent, en rajoutaient, volontairement dans le sadisme, l’horreur, le sexuellement bizarre et surtout dans les gags visuels au second degré, que seuls quelques collègues remarquaient.

Ici par exemple, je n’ai pas besoin de vous faire un dessin : vous l’avez, la chaussure qu’un soupirant tend sous son postérieur est montrée, vu de l’arrière, le talon face à nous, et évidemment on peut y voir si on a l’esprit mal tourné, comme le sont tous les esprits adolescents, un énorme godemichet destiné audit son postérieur.
J’avoue que cette couverture me fait toujours autant rire,
l’idée que quelqu’un arrive à braver la censure sans que les censeurs s’en aperçoivent, m’enchante. Car au fond de quoi s’agit-il ?
Ce n’est pas bien méchant :
de parler aux adolescents de la seule chose qui les intéresse,
le cul, en dépit d’adultes qui ne veulent pas se souvenir qu’au même âge ils étaient pareils.

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Christelle Corrigée

lundi 20 avril 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

De Romain Slocombe, chez Le Serpent à Plumes.

« Christelle Corrigée » de Romain Slocombe publié aux éditions « Le Serpent à plumes » est un roman érotique épistolaire pour la génération internet.

Appelons donc ça un roman internaute.

Il réussit à mêler très habilement le monde de l’édition et le sado-masochisme, en une aventure érotique et fantasmatique :
je reprends ici le dos de couverture puisqu’il est parfait, pourquoi me gêner.

En gros, c’est l’histoire d’une jeune fille qui manipule un cochon (humain) avant qu’un autre cochon plus vicieux encore ne lui fasse subir les derniers outrages.
Curieusement, je ne l’ai pas lu comme un livre érotique, voire pornographique, mais plutôt comme un joli livre sur le monde de l’édition justement où j’ai croisé parfois des vertes et des pas mûres.

Je ne vous dirais pas que c’est un roman à clé où j’ai reconnu X ou Y mais il y a forcément dans un milieu qui choisit les marges en littérature, où l’auteur est souvent amené à exagérer un peu pour se vendre ses turpitudes, souvent un passage à l’acte, un jour ou l’autre, volontaire ou involontaire. J’en ai vu quelques exemples tout à fait étonnants quand je traînais encore tard la nuit pour mon plus grand bonheur, pour mon plus grand malheur.

C’est un livre absolument indispensable comme tous les livres de Romain Slocombe qui est en train de faire une œuvre considérable, loin justement du monde germanopratin, il est graphiste impeccable : on l’a parfois comparé à Bazooka, en fait il avait les mêmes sources japonaises, il est aussi photographe passionnant, traducteur génial :
ah ! sa traduction de Georges Sanders qui est aussi bien, voire mieux que l’édition originale dûe à Georges Sanders.
Il est également auteur, compilateur et théoricien d’ouvrages sur le Japon surtout, son obsession, metteur en scène de cinéma de quelques chefs-d’œuvre trop courts et fulgurants, et aussi formidable écrivain pour enfants de polars qui après une tétralogie commencée chez Gallimard et finie chez Fayard, « La Crucifixion en jaune », vient de nous donner le plus beau polar français de l’année dernière, « Lolita Complex », toujours chez Fayard.

Quand la critique littéraire s’apercevra-t-elle qu’il est un des écrivains français les plus considérables de notre temps ?

PS : A propos de « Lolita Complex » dédié à Wendy, la compagne de Peter Pan, où le héros est très évidemment l’alter égo de Romain Slocombe mais un alter égo savamment dissimulé derrière un voile de papier, il y a à la fin quelque chose qui m’a bouleversée que je ne vous raconterais pas, c’est à propos de la photo de couverture. Lisez le livre, vous en saurez plus.

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Pure Imagination : Torchy (1ère partie)

lundi 20 avril 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

«Pure Imagination » est en train de rééditer tous les classiques de comic books indispensables et tombés dans le domaine public qui n’appartiennent donc ni à Marvel ni à DC, qui eux-mêmes se sont mis à rééditer leurs dits classiques, mais ceci est une autre histoire.

Le livre indispensable du jour, c’est ça l’avantage du blog, je ne suis pas obligé de vous dire chaque fois que c’est le livre de l’année, mais celui-ci pourrait aussi bien être le livre de l’année :
c’est « Torchy », de Bill Ward.

Maintenant, Bill Ward, tout le monde le connaît ou presque grâce aux deux ou trois ouvrages chez « Fantagraphics » mais surtout à l’énorme volume publié par « Taschen » de ses Pin-Up des années 50 qui ne sera pas réédité en petit format plus tard, et qui vaut déjà la peau des fesses : c’est bien fait si vous ne l’avez pas acheté.

« Torchy » est une merveille car notre ami Bill Ward commença par des bandes dessinées assez classiques mais où, obsessionnellement, il mettait des pin-up en déshabillés coquins, l’histoire n’étant que prétexte à montrer lesdits déshabillés ou à lui faire quitter sa robe ou sa jupe, un peu comme « Jane » en Angleterre.

« Torchy » est indispensable car cela correspond à sa première période, tout comme sont indispensables ses dessins coquins des années 50/60.
J’avoue qu’ensuite, quand il donne dans le sado-maso et l’hypertrophie mammaire, dépassant les normes et les canons de Russ Meyer, je suis moins intéressé d’autant que son dessin sur la fin s’est pas mal défait : dessinateur est un métier terrible,
ce n’est pas comme cinéaste où on a toujours un directeur de la photo et des acteurs pour sauver l’affaire, le dessinateur lui, est seul à la page et quand il perd ses moyens on le voit tout de suite.

A ce propos d’ailleurs, je vous proposerais demain en sus de quelques images de « Torchy » à laquelle je ne saurais résister, une image qui me paraît être une des plus sidérantes dans l’histoire des comic books, une couverture du magazine « COMEDY », dûe à Bill Ward.

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Là où vont nos pères

samedi 18 avril 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Je passe après tout le monde mais tant pis, même s’il a eu un prix à Angoulême, achetez absolument le livre de Shaun Tan « Là où vont nos pères ».
C’est un peu comme si Piranèse avait voulu raconter de manière plutôt comique, à la Laurel et Hardy, l’arrivée des immigrants à Ellis Island, dans un univers parallèle et fantastique où les images admirables, visionnaires comme du John Martin ou du Odilon Redon, peuvent se regarder des heures durant tant est grande leur puissance d’évocation et de merveilleux.

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Il n’y a pas un texte mais bizarrement c’est un livre qu’on pourrait relire des centaines de fois.

Je n’en dirais pas plus :
je déteste gâcher les plaisirs surtout quand, comme ici, il sont extraordinaires.

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Courir Après Le Diable

samedi 18 avril 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

De David Fulmer aux éditions Rivages/Thriller.


Il faut d’abord que je vous dise que j’ai un à priori contre les romans policiers historiques qui bien souvent me semblent ou poussiéreux, ou au contraire trop propres sur eux, dans la recréation d’un passé forcément magique alors que toutes les époques sont banales et magiques pour ceux qui les vivent :
il n’y a aucune raison de préférer une époque à une autre.
Ce sont toujours les générations futures qui parlent maintenant des merveilleuses années 1900 et le temps s’accélérant, des années folles certes, mais aussi des merveilleuses années 70 ou des merveilleuses années 80, alors que nous-mêmes dans lesdites années 70 nous rêvions des formidables années 60.

Et puis dans le roman historique, souvent, le décor prend le pas sur l’histoire et la documentation accumulée tient du pensum.

C’est un peu comme au cinéma, les films historiques que souvent je fuis, quand ils sont de la veine anglaise à la « Merchant-Ivory », mauvais exemple d’ailleurs car j’ai adoré la première période de leur œuvre commune, celle qui va de « Chaleur et poussière » à « Chambre avec vue » qui était un film à la fois ravissant et en même temps nécessaire.

C’est donc avec un à priori, ayant lu en dos de couverture qui indiquait que cela se passait à la Nouvelle-Orléans au début du siècle, que j’ai entamé ce livre. Mais il y avait aussi deux citations contradictoires et complémentaires qui m’ont amenées à l’ouvrir tout de suite.

Deux fois deux petites lignes qui ne faisaient d’ailleurs pas du livre un chef-d’œuvre mais seulement un livre nécessaire.

Je me méfie d’ailleurs des dos de couvertures où un auteur prestigieux dit du livre qu’il présente que c’est une œuvre géniale.
J’ai l’impression qu’il a dû toucher un gros chèque ou alors que c’est un livre de son cousin, ou alors qu’il est tout simplement trop gentil ce qui me semble être le cas souvent de Stephen King qui a encensé trop de livres médiocres, si bien que je ne le crois plus, même si comme récemment, il m’a fait découvrir deux ou trois chefs-d’œuvre dûs à Jack Ketchum par exemple.

Il s’agit ici de rien moins que Nick Tosches, grand romancier et grand spécialiste de la musique, or on parle de musique dans ce livre, et de Jeffery Deaver, auteur de polars vendeur mais méconnu chez nous à qui l’on doit les plus grands polars de ces dix dernières années, qui tourne autour d’internet justement et sur lequel vous devez vous jetez – j’y reviendrais – « Meurtre.com », mauvaise traduction française du titre américain d’origine « The Blue nowhere ».

C’est un livre qui se passe à la Nouvelle-Orléans donc et par conséquent dans une culture de caste raciale, un peu comme au Brésil, où j’ai été très étonné en découvrant ce pays il y a une trentaine d’années, de la différence de niveaux qu’il y avait entre ceux qui avaient un peu de sang indien, un peu de sang espagnol, parfois un peu de sang nègre comme on disait alors, et où suivant la pureté dudit sang espagnol, on pouvait évoluer plus ou moins haut dans la société. Il en est de même à la Nouvelle-Orléans, entre blancs et noirs, avec le système aberrant et numériquement imparable, qui consiste à situer les gens par rapport à leur moitié, quart ou huitième de sang noir !

Il est évident que quand on arrive au huitième, cela n’est pas toujours visible, c’est le cas du héros du livre qui passe pour italien mais qui, comble du comble, a aussi du sang indien dans les veines mais il est olivâtre, on le croit italien, ce qui fait qu’il peut passer partout.

C’est un livre où j’ai beaucoup appris sur le quartier réservé de la Nouvelle-Orléans, sur l’hypocrisie bourgeoise à l’aube du XIXème siècle par rapport au quartier des bordels où forcément les gens biens n’allaient pas ou pire encore, quand ils y allaient, ne pouvaient pas être vus, surtout pour la police étant automatiquement rayés des listes.

C’est aussi un livre sur un homme qui a existé et qui aurait été un des pères fondateurs du jazz – selon Louis Armstrong, un génie – et qui finit mal, et à propos duquel peut-être, j’adore l’anecdote, l’on disait quand il improvisait avec son saxo, le français étant une langue qui s’était mélangée à l’américain à la Nouvelle-Orléans, qu’il « jasait » en français, ce qui aurait provoqué l’apparition du mot « jazz ».

C’est aussi un merveilleux livre sur ledit jazz où l’on voit comment ce génie intuitif se fit ensuite doubler dans la course par une nouvelle génération, celle de Jelly Roll Morton qui, ayant des bases musicales plus solides, pu aller plus loin.

Mais c’est surtout l’histoire d’un homme têtu, le détective Valentin St. Cyr, le premier volume d’une trilogie dont j’attends avec impatience la suite, car il refuse comme tous les vrais privés qu’on lui impose quoique ce soit :
il est à la recherche de la vérité.

Il est aussi pris entre l’arbre et l’écorce, entre le marteau et l’enclume, car c’est son meilleur ami, le jazzman en question justement qui semble le coupable désigné par les faits, d’un certain nombre de meurtres abominables.

C’est très bien écrit d’une manière impressionniste. On a l’impression de sentir l’humidité et la chaleur, d’y être, et surtout d’être dans l’esprit de Valentin St. Cyr qui pourtant est assez peu disert et qui n’a pas d’états d’âme psychologiques, c’est un homme de bien qui parfois doit agir pour le mal incarné en son chef, qui lui aussi est un personnage complexe et équivoque, dans un monde différent du nôtre, plus violent en apparence, mais plus vrai en vérité car moins hypocrite malgré tout.

C’est aussi, magie du traducteur sans doute qui a dû bien faire son travail, un livre avec une musique, des mots, réel, ce qui pour un polar qui parle du début du jazz, me semble tout à fait idéal.

PS 1 : A noter aussi les petites notes du bas de pages dudit traducteur, jamais pédantes mais toujours nécessaires, pour comprendre vraiment ce qui est dit dans le livre.

PS 2 : Et il y a la carte au début du livre, de la Nouvelle-Orléans, qui contrairement à ces milliers de livres d’heroic fantasy qui nous détaillent des territoires imaginaires sans imagination et qui n’existent pas, est absolument nécessaire ici, comme dans souvent les récits historiques, un peu comme un livre sur « Jack l’Eventreur » où nous n’aurions pas la carte de Whitechapel et des environs.

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