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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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Qu'est-ce que je fous sur internet ? 4è partie

jeudi 9 avril 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Je vous parlais de l’article de Goimard dans le journal « Le Monde » sur Arzach, mais j’ai retrouvé un « Nouvel Observateur » dont je vous joins la couverture. Vous verrez qu’on n’hésitait pas à comparer « Barbarella & Satanik », que les articles étaient signés André Frémigier (un grand critique et théoricien de l’art avec un grand « A » et Michel Cournot, critique de cinéma passionnant et passionné et grand amateur de romans feuilletons).

A la télé, un Polac ou un Pivot et « Nulle part ailleurs », à ses débuts, invitaient avec parcimonie certes, mais invitaient quand même les créateurs de bandes dessinées et d’arts graphiques les plus importants. Ils préféraient évidemment les bons clients et invitaient souvent Topor – ce génie déjà oublié – plutôt que des créateurs tout aussi passionnants mais qui ne savaient pas parler.

Je connais des auteurs qui ne communiquent pas verbalement, qui sont presque autistes, c’est leur droit. C’est d’ailleurs ceux avec qui je préfère travailler, moi qui parle trop. C’est peut-être pour cela qu’ils ont choisi la bande dessinée et dans ce cas là, je leur conseillerais de faire comme certains écrivains : ne pas se montrer s’ils n’ont rien à dire.

Quand Polac ou Pivot invitaient, avec des pincettes certes, des créateurs de bandes dessinées - je me souviens d’une engueulade mémorable entre Druillet, Marc-Edouard Nabe et Hugo Pratt où ce pauvre Nabe attaquant Pratt (j’adorais Pratt qui se méfiait, lui, de moi et j’aime bien Nabe par ailleurs), s’était totalement fourvoyé.
De même, je pense, sa manière de défendre systématiquement le jazz contre la pop music, en digne héritier de Zanelli, me semble un peu idiote car il y a toujours des créateurs d’importance, voir les Neville Brothers à la Nouvelle-Orléans qui auraient dû lui plaire, puisqu’ils réussissent à vendre du blues du delta pur jus sous la dénomination rock’n roll. Et tant mieux pour eux.

En tout cas, cela faisait un beau spectacle : c’était vivant.

Ou Bernard Rapp, quand il tenait encore son « Assiette anglaise » avant de nous quitter brusquement, sans avertissement – je l’avais vu quelques mois plus tôt et il avait l’air en forme et il m’avait dit que tout allait bien -, quand je lui signalais la venue d’un auteur de polars considérable, l’invitait, et parfois m’invitait aussi pour le présenter disant que ce n’était pas forcément de sa compétence.

Une humilité qui est rare aujourd’hui.

Et la télé est redevenue définitivement germanopratine, entre les mains de petits jeunes gens ambitieux qui ne parlent plus que d’eux, se renvoyant l’ascenseur et ayant totalement oublié les genres mineurs que pourtant ils défendaient en leur jeune temps. Ils ne saluent plus désormais que les livres des copains et des coquins, de ceux qui affichent des intentions louables, comme aux Oscars, comme aux Césars, et qui font partie du sérail, à nouveau bien cadenacé sur lui-même.

Pour beaucoup de jeunes et pas seulement, « Allo Ciné » a remplacé la critique de cinéma traditionnelle : c’est tant mieux.
Et je connais un grand nombre de fans de rock ou de cinéma asiatique qui savent tout de leurs metteurs en scène ou de leurs chanteurs préférés, bien avant qu’on en parle ici, en suivant sur des sites étrangers l’évolution des choses au jour le jour.

Je finirais en dédiant ce blog à Warren Ellis qui avait le sien et qui un jour l’a abandonné, comme j’abandonnerais sans doute le mien quand je n’aurais plus rien à dire ou parce que je me serais usé à hurler dans le vide, car le meilleur scénariste de bandes dessinées actuel parlait de tout avec un talent rare, de choses générales mais aussi de littérature et côté bande dessinée, il donnait des conseils, ce qui était assez gonflé, aux mammouths DC et Marvel pour lesquels il oeuvrait, expliquant ce qu’ils devraient faire et comment ils salopaient leur travail. Mais il n’oubliait pas de citer aussi d’obscurs fanzines anglais photocopiés, brochés à la main, d’auteurs considérables, même s’ils étaient tirés à dix exemplaires.
Il fut un temps mon guide et je relis maintenant avec plaisir ses chroniques réunies en volumes. J’espère que lui aussi me lira.
Et qu’il comprendra que j’ai voulu prendre le relais même si je n’ai évidemment pas les mêmes goûts que lui.

Et j’ai l’impression qu’avec internet, j’ai trouvé un endroit où – je n’ai pas besoin d’un million de personnes qui me lisent, même si ça me plairait – si je peux ouvrir quelques esprits et éclairer quelques lanternes, je serais alors content.

Ce qui était d’ailleurs la magnifique théorie de Lescure et de De Greef, au début de Canal+ : ne pas essayer de faire le plein de tous les spectateurs mais des émissions sur des thèmes plus fragiles et de faire alors le plein des gens que ça intéresse

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La politique des homonymes

mercredi 8 avril 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

La politique des auteurs au cinéma pourrait parfois passer par les noms, voir les longues dynasties d’acteurs des familles Barrymore ou Carradine.

Mais elle peut aussi passer par des gens qui n’ont rien de commun sinon le nom.

Par exemple, les « Anderson » et ce que Caro, finement, comme je le lui faisais remarquer, appela « La splendeur des Anderson ».
Il y a Paul Thomas Anderson bien sûr dont j’adorais les films choraux à la Altman et qu’il s’est mis à renouveler avec « There will be blood ».

Il y a le formidable Wes Anderson dont les films prennent de plus en plus des chemins de traverse, tout en restant fascinants, évoluant sans cesse vers autre chose que ce qu’on attend et rendant le spectateur plus intelligent en lui donnant parfois des éléments que les héros n’ont pas, un peu à la manière de Lubitsch.

Il y a également Brad Anderson qui n’est pas du même niveau, mais dont j’aime beaucoup « Transsibérien », c’est normal qu’il soit bon et efficace car il a une autre carrière, télé, tout à fait passionnante ayant travaillé sur des séries aussi estimables que « Homicide », « The Shield » ou « The Wire » (« Sur écoute »).

Et même, s’il n’a fait qu’un bon film pour l’instant « Event Horizon : le vaisseau de l’au-delà », space opéra cruel et cauchemardesque à la manière de Clive Barker : Paul Anderson.

Zut, j’allais oublier la grande actrice, je ne plaisante pas, car dans son registre elle aurait fait le bonheur des comédies sophistiquées des années 30/40, Pamela Anderson, dont « Barb Wire » aurait pu être un chef-d’œuvre s’il y avait eu un peu plus d’humour et d’histoire.

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Qu'est-ce que je fous sur internet ? 3è partie

mercredi 8 avril 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Dans la critique de bandes dessinées donc, il y a d’une part la grande presse où dans l’ensemble, plus fort est le tirage et meilleur est le livre. On ne peut pas dire qu’il s’agisse de critique, c’est d’ailleurs pareil souvent pour le cinéma ou la télévision, mais on salue le phénomène, le chiffre d’affaires, le succès ou l’échec, commerciaux, et accessoirement on dit quelques mots sur ce que cela raconte.

D’autre part, dans les hebdo, mensuels et revues spécialisées, on dirait que tout le monde a été sommé soudain par lettre recommandée de choisir son camp.
Il y a donc ceux qui ne défendent que la bande dessinée populaire dans son contenu, même si l’aspect universel des 48 pages cartonnées à la Astérix ou à la Tintin est devenu majoritaire. Les livres ne sont jamais critiqués vraiment d’ailleurs. Simplement vaguement résumés.

Il y a d’autre part les tenants d’une « nouvelle bande dessinée » qui ne saluent que les ouvrages en noir et blanc, souples, genre « l’Association » et le plus souvent dûs d’ailleurs, à d’autres éditeurs que « l’Association », clones habiles ou dérivés paresseux, parfois initiés, ce qui complique les choses, par des dissidents de ladite « Association »

L’an dernier, une revue que j’aime bien par ailleurs, consacrée aux Beaux Arts, a fait un numéro spécial sur la bande dessinée qui réussissait, tordant l’histoire pour qu’elle rentre bien dans les clous, à aller chercher des auteurs des années 80 comme Charles Burns, des auteurs des années 90 comme Chris Ware et très peu d’auteurs surgis depuis l’an 2000 pour parler de la bande dessinée du troisième millénaire.

D’un autre côté, je n’ai pas « la » solution, c’est pour ça que je dis toujours « je » : par humilité. Quelqu’un d’autre peut avoir une autre vision du problème et donc la solution, du moins je l’espère. Il y a bien deux ou trois revues spécialisées même si leur nombre diminue sans cesse, qui parlent de toute la bande dessinée pour nous aider à faire des choix parmi des milliers de livres qui déferlent sur nous mais ils aiment des choses si contradictoires, qu’on ne peut pas les croire sur tout.

Redisons le cependant une fois pour toute :
on a le droit de tout aimer, quelque soit le genre, le format et le public visé. Ce qui compte, écrivez le cent fois pour ne pas l’oublier, c’est le résultat et la réussite à l’intérieur du carcan qu’on s’est volontairement ou involontairement imposés.

En ce qui me concerne, je sais que c’est mal vu, je prends autant de soins à feuilleter avant de les acquérir éventuellement, les ouvrages de Soleil Productions que ceux de Casterman : on n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise.
Maintenant pour dire presque le contraire de ce qui précède, je dirais qu’il est quand même heureux qu’il y ait une amorce de critique de bande dessinée pour aider certains à s’y retrouver un peu, lorsqu’ils vivent loin des libraires compétents, il y en a quand même beaucoup qui résistent, afin de se retrouver dans l’avalanche bariolée qui sans cesse sur nous déferle. Et à la radio, il y a quelques émissions admirables comme « Mauvais Genre » et à la télé il y parfois quelques documentaires tout à fait formidables comme un je me souviens il y a deux ans sur Moebius, qui faisait parfaitement le tour de son œuvre et auquel j’avais volontairement refusé de participer, sournois, pour voir tout ce que dirait les autres et être ainsi spectateur curieux au regard neuf et non intervenant.
Mais, la critique télé, c’est l’enfer, comme dans la grande presse en général.

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Les bandes dessinées que vous n'avez pas lues mais que vous devez absolument "rattraper"

mardi 7 avril 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

« Sept Cavaliers » de Jacques Terpan, adaptation du roman homonyme de Jean Raspail, en Laffont BD, éditeur qui depuis a abandonné la BD mais heureusement l’ensemble de cette excellente collection dirigée par Maria Smirnoff, aurait trouver un autre éditeur.

« Sept Cavaliers » fut la bonne surprise de l’an dernier, occulté par une de ces séries bancales, inégales et interminables comme je ne les aime guère qui s’appelaient aussi « Sept quelque chose » et en tout cas pour l’un d’entre eux , j’en suis sûr, s’appelait « Sept amazones », alors que « Sept Cavaliers » est un chef-d’œuvre.

Terpant a fait d’incommensurables progrès, non pas au niveau du dessin où il avait déjà fini d’aboutir son style à la fois réaliste et particulier (un peu comme Tito dont je regrette parfois qu’il ait disparu car sa manière de cadrer totalement hors des normes, me plaisait beaucoup. Qu’est-il devenu ?), mais là il nous pond une merveille, adaptant le plus beau livre de Jean Raspail, un auteur passionnant et épique qui sent le souffre pour les imbéciles car il raconte souvent la vie de militaires ou de nobles qui ne sont pas forcément de gauche.

« Sept Cavaliers » semblait inadaptable.
Or, Terpan a réussi un exploit extraordinaire en utilisant la narration « off » et les bulles, il enrichit encore le boulot de Jean Raspail, utilisant de savantes redites ou de savantes contradictions entre l’image et le texte qui en font une belle et grande fresque dont on attend avec impatience la suite.

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Qu'est-ce que je fous sur internet ? 2è partie

mardi 7 avril 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Ces temps-ci je reviens à la bande dessinée, mes deuxièmes amours (j’ai cité hier mes premiers amours : la lecture, des livres avec images ou sans), car dans cet espace de liberté, il n’y a pas comme au cinéma les problèmes de budget et d’égo d’acteurs ou de producteurs qui obligent à atténuer ce qui dépasse dans l’histoire, à changer inutilement des choses parfaites et à ne pas prévoir d’images inutiles - qu’est ce qu’il y avait comme images inutiles dans les comédies musicales magnifiques de la MGM sous la direction artistique de Cedric Gibbons : c’est cela qui était beau.

Maintenant on érode naturellement tout ce qui augmenterait déraisonnablement le budget alors même que les coûts techniques (voir l’utilisation possible de la 3D) ont diminué, et comme le disait si bien un jour Claude Pinoteau : « les effets spéciaux ça peut permettre aussi de tourner dans la rue, dans une ville ancienne, en gommant juste ensuite les fils électriques et les anachronismes ».

Les effets spéciaux peuvent être invisibles et pourtant alors bien utiles.

Dans la bande dessinée, « avec de l’encre et du papier » comme dirait Christophe, on fait ce qu’on veut.

Je vais donc me mettre à dos, pour commencer, les critiques ou plutôt la critique de bande dessinée.

Fouillant mes greniers toujours, je me suis dit qu’il y a trente ans, j’avais vécu sans le savoir au paradis et qu’il s’était tout à coup passé quelque chose :
Jacques Goimard pouvait faire la Une du « Monde » en disant que « Arzach » était un chef-d’œuvre absolu tous genres confondus et Pierre Couperie, quand il parlait de la naissance de la bande dessinée sur de pauvres diapositives dûes à Claude Moliterni, au Musée des Arts décoratifs ou dans la revue confidentielle « Phenix » où j’oeuvrais, savait mieux que personne comparer cet art encore nouveau qu’était la BD aux arts précédents, disserter donc sur ce qu’elle avait apportée de nouveau mais aussi voir ce qu’elle avait empruntée aux autres arts et lui donnait ainsi sa juste place.

Désormais, la critique de bande dessinée s’est cru obligée alors qu’on ne lui avait rien demandé, à faire des choix imbéciles.

La suite au prochain numéro.

 

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Qu'est-ce que je fous sur internet ? (1ère partie)

lundi 6 avril 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Pendant longtemps, ceux qui m'ont croisés m'ont entendu vaticiner sur ce support nouveau, enfantin, devenu depuis adolescent et parfois adulte.

En effet je supportais mal le fait qu’il n’y ait aucun contrôle, non sur ce qui est dit : tout le monde a droit à la parole, mais sur la véracité des informations factuelles qui, venant d’autodidactes qui n’avaient d’autres sources que leurs découvertes personnelles, se révélaient souvent fausses.

Je me servirai aussi de ce blog pour attaquer sans cesse, ce qui ne servira à rien car David, sinon dans les contes de fée, n’a jamais battu Goliath, pour pourfendre le politiquement correct que je ne supporte plus.
Ce n’est pas pour rien qu’on n’étudie plus à l’école ni « 1984 » ni « Le meilleur des mondes », ni Orwell donc, ni Huxley, puisque nous vivons dans le monde cauchemardesque qu’ils avaient imaginé.
« Un grand frère » veille sur nous, prenant des décisions « pour notre bien », « Le martyre de l’obèse » de Henri Béraud deviendra sans doute un jour « Le martyre du surchargé pondérale ». Si on le réédite, le livre de Daniel Galouye, « Le Monde aveugle » s’appellera alors « Le monde non-voyant » et le jeu du « Nain jaune », pour être commercial mais quand même politiquement correct, deviendra certainement le jeu de « La petite personne vêtue couleur citron ».

Il y a deux ans à peu près, le comble du comble pour moi a été atteint, quand deux personnes qui voulaient sans doute se faire remarquer ont émis l’opinion, pour l’une, que les mannequins anorexiques étaient une honte car leur maigreur poussait les adolescentes à faire comme elles et à arrêter de manger et d’autre part, un édile local, quelque part, a voulu faire supprimer les confiseries à portée des caisses dans les supermarchés pour éviter l’obésité, ce qui heureusement n’a pas été suivi d’effet.

Je me suis dit que désormais nous devions définitivement être tous pareils, poids moyen, taille moyenne, pensée moyenne, nez moyen, pour le bien de tous à nouveau.
N’oublions pas que le premier chef d’état à avoir interdit la cigarette dans les lieux publics s’appelait Adolf Hitler : pour le bien des gens, on peut aboutir, il en est la preuve, à des choses terrible.

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