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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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Message dans une bouteille 3

mardi 7 juillet 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Les commentaires de Pierre et de Peter 07 du 22 mai 2009 se recoupent.

En effet, en dehors de Panini, qui fait, il faut le dire, de l’excellent travail, de « Picsou » et de « Spirou », bien vivants, et de certains numéros de « Fluide Glacial », l’ambiance est désertique dans les kiosques.

 

Mais il faut dire que, en mon temps, c’était un peu pareil. Il y avait encore les petits formats qui occupaient une place importante et qui ont presque disparu. Quand il y avait « Pilote », il y eut ensuite « L’Echo des Savanes » qui est très vite passé en kiosque, puis « Fluide Glacial », puis « Métal », et au moment où surgit « A suivre », je crois que je fus le seul à dire Bravo : on a craint la concurrence et on pensait que ce serait trop un Age d’Or, puisque nous occupions un bel espace de linéaires. La BD était à la mode.

De même, les revues de fiction comme « Fiction », nouvelle formule, qui est d’ailleurs formidable, ont choisi les formules librairies, faute d’un public qui a regressé au profit de la fantasy. Mais il en est de même pour les revues de fantasy et les autres revues de science fiction qui sont maintenant toutes distribuées en librairie ou par abonnement. Je ne suis pas sûr qu’ils gagneraient à être en kiosque. Quant à une revue de bandes dessinées supplémentaire, je constate que sous l’impulsion de Gisèle de Haan, « Pilote » reparaît de temps en temps et irrégulièrement. Sinon, pas grand chose.

Je vais vous dire le secret que j’avais découvert avec Métal et qui nous a permis pendant un certain temps de survivre, sinon de vivre. C’était la publicité car je vois maintenant un certain nombre de pubs se diriger vers des journaux spécialisés, les disques goth dans quelques revues gothiques, les disques japonisants dans quelques revues du même genre et je m’étonne de voir que dans les quelques mangas en kiosque et dans les quelques revues de bandes dessinées, il n’y ait plus de publicité. Or il y a là, un public captif.

Et je connais par exemple nombre de chanteurs et non des moindres qui ont grandi à l’ombre de « Pilote », de « Métal » ou de « Fluide Glacial » et qui pourraient peut-être dire à leur maison de disques de passer de la pub de temps en temps. Mais pour cela il faudrait une régie publicitaire qui se batte, ce qui était le cas de « Métal ». Par exemple, nous profitions à l’époque du fait que nous pouvions avoir de la pub pour le tabac à rouler et pour les cigarettes et pour certains alcools car la loi ne touchait que les grands journaux. Ca nous a bien servi.
Nous avions aussi pas mal de pub, du fait que nous avions des rubriques de science fiction, quelques pubs de polars et quelques éditeurs intelligents comme Jacques Sadoul ou Jacques Goimard qui savaient que nous étions prescripteurs ou qui voulaient nous aider. Et puis nous avions quelques aberrations curieuses mais passionnantes.

Je me souviens de gens avec qui nous fonctionnions par coupons à découper. Pour des statues de personnages de bandes dessinées, ils ne nous payaient qu'en conséquence sur les statues qu’ils avaient vendues. Toutes ces ruses nous permettaient quand même de récupérer, à l’époque, une somme qui correspondait au tiers du budget du journal.

Est-ce que ce serait encore possible aujourd’hui ?
J’avoue que je n’en sais rien.

D’autre part, certaines revues qui sont mises en librairie comme « 21 », voient leur pagination réduite et je me demande si passé l’engouement du premier numéro qui avait, paraît-il, été vendu à 50 000 exemplaires, cela peut continuer.

Je n’ai donc pas de solutions, je ne peux que constater.

Le vrai problème aussi est que toutes les revues de bandes dessinées qui survivent encore ou qui sont mortes récemment, se contentaient pour la plupart de prépublier des récits dont en réalité nous attendions l’album.

Un journal, cela voudrait dire le retour à des histoires courtes qui permettraient à certains dessinateurs d’échapper à leurs albums de 48 pages de temps en temps, qui permettraient aussi à certains jeunes dessinateurs de faire leurs premières armes et il est vrai que, feuilletant des vieux « Pilote » récemment, moi qui avais pensé y avoir à peine travaillé, j’ai retrouvé près de 200 pages que j’avais publiées.

Et cela voudrait dire aussi, comme « Métal » savait le faire et « Fluide Glacial » également, un vrai magazine, avec une part de textes.

Cela voudrait dire également, et surtout et enfin, que quelqu’un accepte le fardeau invraisemblable qu’est la rédaction en chef d’un journal et y passe le temps nécessaire qui est un plein temps, 7 jours sur 7, toute la semaine durant, et un travail, je m’en souviens, de titan.

Et encore, est-ce que ça marcherait ?

En tout cas, c’est sûr, pas s’il s’agit uniquement d’accumuler, de découper des planches qu’on retrouvera bientôt en albums. C’est la même raison pour laquelle j’ai arrêté d’acheter des comic books américains, attendant les recueils pour lire le tout en une fois.

Nous avons tellement de sollicitations maintenant et tellement de possibilités - voir les séries télé, les jeux vidéo, les mangas et le reste - que le feuilleton sous sa forme traditionnelle me semble bien être un genre mort, d’où le découpage en feuilletons pour les bandes dessinées qui lui aussi, me semble être un genre mort.

C’est comme ça.

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DAVID MORRELL, LA MORT DE CAPTAIN AMERICA ET LE COMA DE LA BANDE DESSINEE (3ème partie)

lundi 6 juillet 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Il n'y a eu dans la culture que deux révolutions : l'une avec Gutenberg et l'imprimerie de masse, bref la communication du savoir à tout le monde, ce qui a peut-être provoqué la révolution... Le savoir n'est pas sans danger.
Et une deuxième avec la télévision, qui est arrivée chez nous sans nous demander d’efforts avec ensuite Internet et les livres qu’on peut acheter sans les avoir vus et les DVD et jeux vidéos que l’on peut recevoir chez soi par la Poste.


L’avantage c’est qu’on peut les trouver, l’inconvénient c’est qu’on ne découvre jamais que ce qu’on cherche déjà. Il y a donc désormais, par rapport aux arts actifs, une attitude active et aux arts passifs, une attitude passive.

Certains hésitent entre les deux, comme moi, allant plutôt chez les libraires chaque fois que cela est possible et leur commandant les livres, mais dans certains cas, ne pouvant les trouver, surtout pour les œuvres étrangères, allant sur internet pour éviter un long parcours du combattant avec les librairies d’import sur Amazon…

Et certains n’ont pas ce choix car ils habitent dans un désert de Gobi quelconque.

Quand on regarde un DVD chez soi, on peut s’arrêter au milieu pour pisser ou pour aller boire une bière et l’on reprend un peu plus tard ou le lendemain sous la couette : on est dans le passif, même si on a fait un choix actif.
A la télé, on est vraiment dans le passif, puisqu’on zappe en se laissant porter par le hasard : essayez de demander à quelqu’un devant sa télé ce qu’il regarde, généralement il vous répondra qu’il ne sait pas.

Par contre, aller au cinéma aujourd'hui, surtout à plusieurs ou en famille, avec le McDo et les transports, est devenu toute une aventure avant tout onéreuse.
Heureusement, il y aura toujours des jeunes pour qui la vie est une aventure, ainsi que les fêlés retardataires qui préfèrent aller dans une salle périphérique pour voir enfin, sur grand écran, un Michael Curtiz qu’ils n’ont vu qu’à la télé ou en DVD, et dont ils n’ont qu’un souvenir flou et qui soudain, dans une vraie salle, avec un véritable écran, redécouvrent vraiment le film.

Je me souviens d’une aventure qui m’est arrivée au Studio Action après la sortie du DVD de « Il était une fois en Chine », tout le monde me disait que c’était bien dommage qu’il ne soit pas sorti en salles. Nous avons eu 50 000 spectateurs au Grand Action, en l’espace de quinze jours, qui connaissaient le film par cœur mais qui voulaient le voir enfin dans ses grandes largeurs.

Heureusement que certains vont toujours (actifs !) dans les librairies spécialisées et en cherchant un livre en trouvent un autre, en cherchant une bande dessinée en trouve une autre.
La bande dessinée a d’ailleurs là un énorme avantage. Avec le roman, on ne sait pas toujours, mais avec la bande dessinée, il suffit d’ouvrir, de feuilleter et on sait où on va, et où on ne va pas d’ailleurs.

Pourquoi toutes ces périphrases ? C'est parce qu'on parle toujours d'arts en train de mourir depuis, me semble-t-il, une éternité.
Les conteurs ont disparu, sauf des parvis des centres culturels et des cafés littéraires.

On a dit qu'avec l'arrivée du cinéma, le théâtre allait mourir. Et c'est vrai qu'il a perdu de sa prééminence, mais il n'est pas mort pour autant.

On a dit aussi dans les années 50, avec l'arrivée de la télé, que le cinéma allait mourir. Pour l'instant, il va seulement mal.

En cinéma, en BD, en littérature, en art, il y a toujours un pays, et souvent un seul pays à la fois, qui tout à coup réveille les autres. A un moment ce fut Hong-Kong, à un autre la Corée, maintenant c’est le Mexique et bientôt la Russie : cela je vous le garantis.

En ce qui concerne la bande dessinée en revanche, je suis plus inquiet car ceux qui parlent de son décès imminent sont souvent ses créateurs, éditeurs et auteurs, rejetant toujours la faute sur les autres qui surproduisent.
Jamais un éditeur n’a dit de lui-même qu’il produisait trop, c’est toujours, toujours la faute des autres. Et le lecteur doit avancer à la machette pour s’y retrouver dans des rayons trop pleins.

Je me souviens avec nostalgie de certains critiques de bande dessinée des années 70 qui avaient un beau bagage académique et qui connaissaient l’histoire de l’art et de la littérature et de l’histoire tout court en général, les Goimard, les Couprie.
Ils connaissaient aussi par cœur l’histoire de la bande dessinée et pouvait juger un livre à son aune véritable.

Aujourd'hui, le critique de bande dessinée, comme auparavant le critique de cinéma, se sent obligé de choisir et il ne dira du bien que des nouveaux auteurs en noir et blanc à couverture souple, genre « l'Association », ou que des albums cartonnés classiques ou que des mangas ou que des comic books traduits par Panini.

Et ces écoles ne communiquent pas pour s’échanger des infos et pour se dire qu’en fin de compte, cela n’a pas d'importance : qu'il y a partout, dans tous les domaines, dans tous les styles graphiques, de bons et de mauvais livres.
Et que personne n’est obligé de faire un choix.

Ah ! Il est loin le temps où les Gide et les Cocteau disaient que le meilleur du roman c'était le roman noir ; où Boris Vian défendait des comédies musicales avant l'heure avec son complice Jean Boullet ; où Marcel Brion de l'Académie française parlait de « Félix le chat » et où Jacques Goimard encore, pouvait prendre la Une du journal « Le Monde » pour défendre Arzach, disant que c’était une révolution.

Suivant le médiocre exemple des réseaux littéraires, la petite intelligentsia bédéesque pratique désormais le renvoi d’ascenseur, les critiques étant eux-mêmes parfois des directeurs et défendant surtout les copains des coquins.

Je n’aurais qu’un conseil à vous donner, c’est de faire comme je faisais en mon temps.
D’une part, on peut toujours aller dans les librairies de bon conseil et il y en a quelques-unes.
Quand elles sont de mauvais conseil ou avec un vendeur amnésique dont vous remarquez immédiatement qu’il ne sait pas de quoi vous parlez, rien ne vous empêche de passer une heure dans les rayons jusqu’à ce que vous ayiez découvert le livre qui vous sied. D’autre part, vous pouvez également, comme je le faisais aussi, prendre les critiques à l’envers.

J’étais par exemple, en mon temps, fasciné par les critiques de cinéma de « Télérama » qui, au bon temps de la censure catholique, disaient pourquoi il ne fallait pas aller voir tel ou tel film, décrivant en détails les scènes « à déconseiller ».
Evidemment, plus on déconseillait un film, plus j’y allais et puis certains critiques fiables qui affichaient un goût totalement opposé aux miens, me servaient de guide, à contrario. Tous les films qu’ils détestaient, j’allais les voir, tous les films qu’ils encensaient, je les évitais.
Et il y a toujours quelques critiques auxquels on peut se fier : on se reconnait en eux.
A vous de trouver les vôtres.

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DAVID MORRELL, LA MORT DE CAPTAIN AMERICA ET LE COMA DE LA BANDE DESSINEE (2ème partie)

vendredi 3 juillet 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

« Captain America : the chosen » écrit par David Morrell et dessiné par Mitch Breitweiser, un dessinateur un peu méconnu, efficace et humble, ce qui est rare dans les comic books ces temps-ci : tout est nécessaire dans son dessin et il n’y a pas de fioritures imbéciles.


En revanche, comme à l’ordinaire, j’ai beaucoup de mal avec les couleurs maronnasses qui sont devenues la norme aujourd’hui et qui correspondent peut-être à un état d’esprit ambiant.

 


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Comme le savent les amateurs de comic books à qui je rappelle sans cesse que Captain America n’existe pas, que c’est un personnage de fiction et que cela n’a aucune importance, Captain America est mort.

Comme c’est un coup marketing, ça ne veut rien dire, peut-être qu’il renaîtra, peut-être sera-t-il une femme comme Nick Fury devenu noir un jour. Et puis surtout, il y a le scénario de David Morrell qui lui ne triche pas. Il reprend après la mort du capitaine et c’est en quelque sorte son costume qui prend vie. C’est du pur David Morrell.

David Morrell, voilà justement l'exemple d’un écrivain méconnu, voire méprisé. Le seul livre que tout le monde connaisse de lui (souvent sans l’avoir lu) c’est « Rambo », qui vaut bien « Délivrance » de James Dickey dans le genre survival philosophique.


Pour la petite histoire, Morrell, qui n’est pas un idiot, avait choisi le nom de Rambo en hommage à Arthur Rimbaud, poète français, mais en le prononçant à l’américaine. Ce n’est d’ailleurs pas une idée ridicule puisqu'à la fin de sa vie, Rimbaud est devenu Rambo, mais un Rambo râté, ayant laissé tomber la poésie pour, avec un insuccès certain, devenir trafiquant d'armes à Harrar.

L'histoire ici se passe en Afghanistan et est définitivement vue du point de vue de l’Amérique profonde qui vient libérer un pays dont elle ignore tout et sans demander l’avis de ses habitants.

Il n’y a aucun intérêt à critiquer ici la position politique du héros de Morrell. Peut-être est-ce la sienne ou peut-être pas : mais celle de son héros, c’est l’angle qu’il a choisi et il n’y a pas à discuter l’angle, seulement le résultat.


On découvre un soldat anonyme qui va devenir un héros, en voyant apparaître l’ombre de Captain America qui lui dit en gros qu'il faut continuer à se battre pour une certaine idée de l’Amérique maintenant que lui n’est plus là, puisqu’il est mort.
Evidemment, je ne vous raconterai pas l’histoire et ses revirements, je vous dis seulement que Morrell est un grand écrivain populaire à moitié fou qui manipule de splendides idées en faisant semblant d'écrire de la littérature d'action.
En cela, il rejoint d'autres grands écrivains populaires comme Dean Koontz dont certains livres sont magnifiques et se vendent à la tonne, même si la critique littéraire fait la fine bouche lui en voulant presque de son succès.


Bien sûr que Koontz aimerait être reconnu dans les pages littéraires des grands magazines et que Koontz et Morrell aimeraient être considérés comme des auteurs avec un « A », mais cela n'a pas d'importance, sinon pour leur égo.

Et le marketing malin de Marvel qui après avoir tué Captain America est allé chercher David Morrell, a du bon. Maintenant ils vont chercher des écrivains de sa taille ou de celle d’Orson Scott Card, l’auteur de « Ender » pour « Ultimate Iron Man », histoire de vendre plus.


Mais comme ils choisissent des bons, le résultat (c’est le cas de «Iron Man » également) est époustouflant.
Demain nous reviendrons à des considérations générales sur la bande dessinée justement, et pas spécialement sur Captain America.

DAVID MORRELL, LA MORT DE CAPTAIN AMERICA ET LE COMA DE LA BANDE DESSINEE (1ère partie)

jeudi 2 juillet 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Comme je vous l’ai déjà dit, la critique de bande dessinée vit un peu une mutation qui a été celle de la critique de cinéma autour des « Cahiers du Cinéma ».
Comme l’avoue volontiers Claude Chabrol : Godard, Truffaut et lui-même, ont encensé généreusement les maîtres qu’ils aimaient. Mais ils utilisaient aussi, comme plus tard la génération de Gans avec « Starfix », le terrorisme critique pour déboulonner leurs aînés et prendre leur place.
Ils réussirent d’ailleurs parfaitement leur coup.

Et paradoxalement, une fois qu’ils furent installés, ils revinrent parfois aux recettes des gens qu’ils avaient honnis : voir « Le dernier métro » de Truffaut qui ressemble à « La traversée de Paris » de Claude Autant-Lara, qu’il avait agoni d’injures.

Et dans la bande dessinée, je le dis, je le redis, les critiques se sentent obligés de choisir entre l'Association et ses clones ou les comic books ou les mangas ou les albums cartonnés de 48 pages classiques, avec une certaine mauvaise foi qui, contrairement aux Cahiers, n’a pas de raison d’être stratégique.

C’était comme en mon temps, la querelle Stones / Beatles : qui sont les meilleurs ? On n’était pas obligé de choisir, moi je répondrais que j’étais Kinks.

Il y a partout, dans tous les styles, dans tous les genres, des œuvres intéressantes et l’on pourrait dire que la meilleure bande dessinée que j’ai lue récemment, hors l’Association, est un recueil de comic books paru en Amérique et sorti en France en janvier 2009: « Captain America : the chosen » écrit par David Morrell et dessiné par Mitch Breitweiser, j’en parlerai demain.

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A PROPOS DE JEAN BOULLET, DE FRANCIS LACASSIN ET DE CLAUDE MOLITERNI (2ème partie)

mercredi 1 juillet 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Il écrivait vite, il a même écrit des feuilletons radio et des romans populaires et quand il faisait un bouquin sur la bande dessinée avec quelques erreurs, il le rééditait parfois sans le corriger, étant passé à autre chose. On lui en a beaucoup voulu.
N’empêche qu’il se passionnait toujours pour le 9ème Art, je l’ai vu juste un mois avant son décès. Nous devions nous retrouver à Angoulême, pour les secrets de la bande dessinée, ayant empilé une documentation considérable dont aucun musée ou organisme en France n’a l’équivalent.
Je dirais que si quelqu’un un jour réunissait ce que j’appellerais le fond Lacassin, le fond Moliterni, le fond Pierre Couperie et le mien, on aurait là en France le plus gros musée d’érudition sur la bande dessinée du monde.

Nous étions donc à Lucca et j’ai dû acheter quatre ou cinq ouvrages de référence extrêmement ténus, c’est-à-dire parlant de sujets qui n’intéressaient que moi. Moliterni, pendant ce temps, en a acquis une vingtaine, prenant même ceux qui semblaient sans intérêt mais où il y avait peut-être quelque chose à puiser.

C’est à cause de lui que je suis allé à Angoulême, pour qu’on lui rende un hommage (qui a été vite fait et minable, pourtant sans Moliterni il n’y aurait pas eu d'Angoulême).
Honte sur ceux qui refusent les filiations, qui refusent l’apport des grands anciens. Honte surtout à un petit fascicule édité par Angoulême lors d’une « université d’été », sur la bande dessinée, où de petites gens ratiocinaient sur des gens comme Robial ou Moliterni, aux chevilles desquelles ils n’arriveront jamais.

Car ce que tout le monde a oublié de dire, c’est que si Moliterni avait des défauts, il avait aussi d’immenses qualités. Cet ancien documentalliste de chez Hachette (c’est lui qui me l’a raconté) avait vu un jour brûler dans la cour, alimentés par les bois gravés de Gustave Doré, presque tous les dessins pour Hetzel, de Riou et de Bennett, toutes les planches de Lorioux, par un nouveau directeur. Celui-ci, voulant se débarrasser de ces archives encombrantes, faisait bénévolement des diapositives pour les Arts Déco d’une part et des agrandissements d’images qu’on a vus justement dans l’expo « Bande dessinée et figuration narrative ».
Il avait l’œil parfait.

Son choix de dessins des grands maîtres reste celui, après coup évident, qui a permis à tout le monde de découvrir le génie graphique des meilleurs dessinateurs de bande dessinée et, faisant un clin d’œil du côté du pop art, de rendre la bande dessinée fréquentable par ceux qui ne la voyaient pas. Ses agrandissements de Caniff, de Raymond ou de Hogarth ont fait qu’on les a considérés désormais d’une manière différente.

En réalité ces agrandissements sont des œuvres d’art à part entière. Il aurait pu les signer Moliterni car elles se réapproprient le travail de certains artistes et dans certains cas, soulignent les intentions volontaires ou inconscientes desdits artistes, les éclairant d’une manière nouvelle, les rendant contemporains à la manière dont Ruskin, William Morris puis les préraphaélites remirent en lumière Giotto et les autres précurseurs italiens du Quattrocento.

C’était donc un artiste aussi.

Et pas seulement pour quelques jolis scenarii pour Robert Gigi, ce grand dessinateur déjà oublié, mais un artiste de pop en somme : je l’entends rire d’ici s’il lit cela sur le chemin du paradis.

PS : Il serait bien que José-Louis Bocquet vous parle, ici ou ailleurs, de Lacassin dont il est le légataire spirituel.

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