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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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Mike Hodges reçu à l'écrit

samedi 15 août 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Mike Hodges a été, à un moment précis, un des meilleurs metteurs en scène du monde.

C’était avec « Get Carter », un des plus grands polars sociaux de tous les temps et avec Michael Caine resplendissant. Il a eu en gros deux carrières.

Une avec des films de science fiction navrants comme « Flash Gordon », et une ancrée dans le réel où il a été souvent superbe, même si ses derniers grands films comme
« Croupier » (révélation de Clive Owen), est un de ses meilleurs films, ou si le suivant toujours avec Clive Owen « Seule la mort peut m’arrêter », est passionnant.

Il est âgé (77 ans) et peut-être n’arrive-t-il plus à faire des films, en tout cas il vient d’en écrire un, car « Quand tout se fait la malle », livre dérisoire et terrible sur des paumés dans une station balnéaire ringarde, autour de l’histoire d’un gourou américain qui essaye de transformer des loosers en winners, est une merveille absolue qui ferait un grand film, quoique peut-être trop démonstratif.

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Je ne vais pas vous raconter l’histoire, elle est drôle, violente, magnifique et elle fait penser à un de ses films les plus méconnus, celui où Michael Caine justement, était un écrivain de porno en rade d’inspiration, en Angleterre, ça s’appelait « Pulp ».

Lisez absolument « Quand tout se fait la malle » en espérant que Mike Hodges arrivera quand même à en faire un film et qu’il ne finira pas comme Von Stroheim : par juste écrire des romans, qui d’ailleurs dans le cas de Von Stroheim étaient brillants.

Monsieur Gros Bidon

jeudi 13 août 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

de Samuel Ornitz aux éditions Rivages / Thriller

« Monsieur Gros Bidon » de Samuel Ornitz paru chez Rivages, est un « vieux livre » des années 30, préfacé par Jérôme Charyn.

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Charyn le défend bien, car effectivement Monsieur Gros Bidon est un monstre et l’un des personnages - je cite un critique qui avait au moins le mérite de parler de lui et qui ne l’aimait guère, Gabriel Miller - « les plus vils de la littérature juive américaine ».

Le livre est formidable, avec ce petit gangster qui choisira assez vite de passer du côté de la loi, car il y a plus d’argent à gagner de ce côté-ci du manche.

C’est une merveille au niveau du « Grossium » de Stanley G. Crawford, et un ovni de même type. Ornitz est un écrivain mystérieux s’il en est, l’histoire est écrite à la première personne comme si l’auteur était Monsieur Gros Bidon - même si, évidemment, Ornitz, cet intello-coco qui alla se perdre à Hollywood avant d’être balayé par le Maccarthysme, est son opposé – et n’a rien à voir avec son personnage. Ça ressemble pourtant diablement, y compris l’anglais malmené, à l’autobiographie dudit personnage.

C’est un livre entêtant, inoubliable, essentiel.

La Légende admirable et barrée de Lady Pénélope

mardi 11 août 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Il y a une génération et même plusieurs qui a été fascinée, avec justes raisons, pour les dessins animés de science fiction mais aussi par les séries live de Gerry et Sylvia Anderson. Des Space Opera de science fiction avec des marionnettes de bois au visage définitivement végétal dans sa froideur et dans sa dureté, mais autour des costumes à tomber par terre, dignes des plus grands couturiers de l’époque et des véhicules d’une imagination constante. Ceci se répéta lorsqu’ils en vinrent donc à des séries live comme « UFO », et même au très curieux film de Robert Parrish « Danger : Planète inconnue », qui était d’ambiance typiquement Andersonnienne.

De cela, nous parlerons peut-être une autre fois, sachant qu’un jour, il y a longtemps, j’ai croisé un designer japonais qui m’a dit que dans les années 60/70, Gerry et Sylvia Anderson avaient été une source non négligeable d’idées pour le design japonais, à l’époque où Sony lançait sur le marché ses premiers appareils portables, walkman et autres.

Un éditeur anglais, « Reynolds & Hearn », a eut l’excellente idée de publier deux volumes (on peut les commander directement auprès de l’éditeur, mais le plus simple est d’aller voir dans les bonnes librairies spécialisées à Paris comme « Un Regard Moderne », rue Gît-le-Cœur, ou « Les Editions Déesse », rue Cochin) des comics de
« Thunderbirds » et de « Lady Pénélope » pour nous : « Century 21 », volumes 1 et 2.

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Ce sont des régals absolus et absurdes : ils ont pris les plus grands dessinateurs réalistes de l’époque, et leur ont fait faire volontairement des bandes dessinées ravissantes, mais où les héros étaient figés comme lesdites marionnettes. Je ne vous les citerai pas en détails, vous laissant la surprise, mais je dirais à Philippe Druillet, l’autre fan de Ron Turner, créateur des immortelles aventures de « Rick Random » qui seront rééditées un de ces jours, qu’il y a là un épisode entier dû à Ron Turner. Il n’est plus au sommet de son talent, comme quand il faisait des couvertures de science fiction que Brantonne recopiait, les changeant un peu, ce n’est pas du niveau de « Rick Random » mais son dessin ne s’est pas encore figé totalement et il y a quelques très jolies images avec ce dessin si étrange qui, oui définitivement, a dû inspirer le jeune Druillet.

Et puis, il y a le cas Bellamy. Frank Bellamy, que j’ai découvert dans « Pilote » quand j’étais jeune, avec des bandes dessinées sublimes, réalistes et folles, comme
« Churchill » ou « Frazer l’Africain », et plus tard ailleurs son « Heros the Spartan ». Il vaut cent fois « 300 » de Frank Miller, mélange de dessins d’une précision extraordinaire, baroques et en même temps retenus, avec là-dessus des couleurs flashy et des mises en pages délirantes (tout cela paraissait en double page dans
« Look and Learn » et ailleurs), était sublime.

Sur les photos de Frank Bellamy, qui fit un peu de tout, dans tous les sens, en allant au plus offrant, on voit un gentleman anglais, quelque part entre Sean Connery et Brian Epstein, dans les night clubs à la mode. Et on se dit que la bande dessinée devait être, comme pour quelques autres (je pense à Silverberg dans la science fiction pour l’Amérique ou à Gillon pour la France), un moyen de mener la grande vie en étant payé correctement, mais pas forcément le seul centre d’intérêt, ce qui l’a amené à commettre donc quelques épisodes de « Thunderbirds ».
Et là, on est dans le délire absolu puisqu’il y a des paysages grandioses, des fusées magnifiques, que c’est un immense Space Opéra mais que, cahier des charges aidant, il doit quand même garder les visages inexpressifs des marionnettes de Gerry et Sylvia. Le résultat est étrange mais passionnant au bout du compte et je ne peux m’empêcher de vous en montrer quelques images.

Enorme avantage de ces livres : les histoires sont sympas mais surtout au travers du talent de Sylvia qui était souvent là pour faire les costumes, la mode et les accessoires de Gerry, qui était un maître en fusées seventies. Vous aurez un des plus beaux cours de design sur les merveilleuses années 70 dans ce qu’elles ont de plus fort, avec l’aberration magnifique qui consiste en gros à demander à Géricault d’adapter le théâtre de Guignol, c’est-à-dire pour Bellamy d’adapter les
« Thunderbirds ».

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Pour une histoire de la BD féminine qui a toujours existé

dimanche 9 août 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Tout le monde croit que la bande dessinée féminine est née en gros avec Bretecher, Annie Goetzinger puis Marjane Satrapi.

Rien de plus faux, puisqu’au Portugal, je vous en parlerai un de ces jours, il y avait de magnifiques journaux de bandes dessinées pour tout publics, garçons et filles, dirigés par des femmes et où l’ensemble des auteurs était dessinatrices.

Il y a, nous en parlerons une autre fois, toute une école italienne qui n’est pas née d’hier mais d’avant-hier, même si c’est aujourd’hui qu’il y en a le plus. Mon seul reproche serait qu’elles dessinent à peu près comme les hommes, aussi bien d’ailleurs, mais ce n’est pas ce que j’attends d’elles.

Et puis en Amérique, il y a eu à l’Age d’Or du comic strip, un grand nombre de dessinatrices de qualité, idem quand est arrivé le comic book.

Je vous ai déjà parlé de Ramona Fradon, mais mes deux préférées, car l’art imitait la vie, étaient d’une beauté époustouflante et ressemblaient à leurs personnages. C’est d’une part Gladys Knight, qui racontait des histoires de shopping, et où tous les costumes féminins étaient sublimes et où les hommes étaient volontairement réduits à des silhouettes robotiques. C’est aussi le cas de Tarpe Milles, qui elle aussi était d’une grande beauté et qui s’est pris pour modèle dans la plupart de ses histoires.

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Elle voulait faire de la mode, elle voulait faire de la sculpture, elle finit par faire « Miss Fury » qui commença à paraître dans « Sunday Funnies » le 10 octobre 1942. Elle en fit d’abord un comic strip, qui devint un comic book. Le reste de sa vie est très bien raconté dans la préface de Trina Robbins dans l’excellent livre qui recueille « Miss Fury # 1-3 », publié par Pure Imagination.

Vous verrez que le dessin est plein de qualités avec une attention particulière à la mode bien sûr, mais aussi une autre manière, quand vous lirez l’histoire, d’aborder les super héros, très différente des hommes, puisque par exemple Miss Fury, qui va sauver un gamin d’un savant fou, ne va pas en faire son side-kick mais l’adopter : ce sera un enfant qui mènera une vie normale.
Vous remarquerez aussi que le strip était découpé de telle manière qu’il faisait automatiquement deux pages de comic book, ce qui permettait de passer d’un support à l’autre facilement, en changeant la case titre.

Ah oui, j’oubliais un point important : Tarpe Mills avait une manière très particulière de dessiner les cheveux de ses héroïnes.

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Demoniak

vendredi 7 août 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Ca ne sert à rien mais c’est très bien.

« Demoniak », numéros 1 et 2, reviennent à la belle tradition de « Satanik », « Lucky Rock », « Baby Colt » et autres romans photos italiens érotico-violents. Avec le temps ils sont devenus cultes, si bien qu’on édite maintenant « Satanik » en Amérique.

Ce sont des hommages graphiques à ces parutions qui nous semblaient en ces temps là sulfureuses et qui désormais, comme les « Giallos » italiens, nous paraissent ravissants et toujours aussi sadiques et érotiques dans leur propos malgré le temps passé, car leurs audaces étaient véritables.

C’est ce que retrouvent les couvertures de « Mort à Babylone », le numéro 1, et de
« L’Intrusion historique », le numéro 2, aux éditions Fremok : www.fremok.org.

Ce ne sont pas des romans photos mais ce qu’on pourrait appeler l’équivalent des tracts situationnistes qui détournaient les bulles de BD quotidiennes imprimés (lesdits tracts ? pour ceux qui ne le sauraient pas, étant souvent polycopiés avec des machines antiques ou sérigraphiés avec des moyens de fortune).

Avec « Mort à Babylone » et « L’Intrusion historique » (j’ai manqué « le livre qui
tue »), le dessin plus qu’adéquat revisite, peut-être sans le savoir, lesdits tracts, mettant en situation notre monde au travers d’une vision médiatique et irresponsable des grands de ce monde. Et c’est plutôt rigolo, sachant que de mon point de vue on ne voit quand même pas assez leur version du méchant « Démoniak » qui ressemble d’ailleurs plutôt à « Diabolik ».

C’est charmant.

Ce n’est peut-être pas le mot que vous utiliseriez.

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Nous sommes les maures

mercredi 5 août 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

J’ai mis beaucoup de temps à découvrir la bande dessinée portugaise, sur laquelle il n’existe aucun ouvrage de fond, mais qui contient d’innombrables merveilles et qui, surtout, est vivante, même si nous la connaissons mal.

Il y a heureusement un merveilleux festival à Amadora qui m’a permis de faire le point.

Je vous parlerais un jour des grands anciens, mais aujourd’hui je vais vous parler d’un livre qui s’appelle « Nos somos os Mouros », qui est consacré aux jeunes dessinateurs portugais. Je le signale à notre ami Jean-Christophe Menu : il y a nombre de nouveaux dessinateurs tout à fait passionnants dans le contenu, mais aussi dans la forme.

Je pourrais les comparer à des artistes de chez nous, c’est un peu oiseux, ou à certains grands américains. Disons qu’il y a un Charles Burns, matiné de Munoz, une espèce de Trondheim mais plus enfantin, un réaliste symboliste pas très différent de Himan, qu’ils ont leur Golo local mais je préfère vous montrer quelques images de ce livre épatant, édité par Assirio & Alvim.

Si vous ne le trouvez pas, vous pouvez peut-être passer par la librairie où je l’ai acheté : « Dr Kartoon » (www.drkartoon.com).

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La dixième vague RKO

lundi 3 août 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Je vous ai déjà dit que nous avions la chance, en France, suite à un contrat à vie passé avec un ayant droit, d’être les seuls à avoir progressivement tous les films de la RKO qui sortent. Et je ne vous redirai pas le nombre de merveilles qui est sorti de ce « petit studio », gros films produits et souvent suivis de près de manière un tantinet brouillonne par Selznick et une unité de production destinée aux séries B et où les merveilles furent innombrables, voir Val Lewton dont je ne reparlerai pas encore, puis période Howard Hughes.

Voici donc la dixième vague, on en est donc à 100 titres ! On rentre de plus en plus dans le pointu et pourtant dans l’indispensable.

Une première chose m’a frappé. Ces films font en général 75 minutes, parfois 80. Dans leur structure, surtout pour les plus « pauvres », dans leur manière d’aller à l’essentiel et de symboliser des changements d’une manière gonflée en utilisant les décors naturels puis en s’enfermant en studio pour aller vite, ils anticipent sur ce que seront les grandes séries télé qui vont prendre leur succession comme « La Quatrième Dimension » ou « Au-delà du réel ». Ils en ont la rapidité, et aussi sur « Dragnet », la série géniale policière de Jack Webb dont il faudra reparler longuement, car sans Jack Webb, il n’y aurait peut-être pas eu Cassavetes et les autres. Je ne voulais regarder que les résumés bons et voilà que j’ai regardé dans l’ordre les cinq premiers qui me tombaient sous la main.

Par exemple « Carioca » de Thornton Freeland, un illustre inconnu, mais c’est la première rencontre, avec en avant sur l’affiche la belle Dolores del Rio, d’un couple maudit au bon sens du mot, Ginger Rogers et Fred Astaire. Fred Astaire est déjà tout entier là, et Ginger Rogers qui n’a pas encore trouvé définitivement sa posture, s’entend déjà parfaitement avec lui.

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Vous l’avez vu ? Vous pouvez le revoir encore car il y a un moment éblouissant : celui où le jeune Fred, l’air encore un peu timide, écoute « la Carioca », regarde les danseurs sud-américains qui font des merveilles et en quelques pas, histoire d’essayer, les pulvérise.

Ce moment là est sublime.

Le film est plutôt intéressant historiquement mais il faudra attendre Mark Sandrich pour avoir les grands Fred Astaire et Ginger Rogers.

« La Femme aux maléfices » de Nicolas Ray avec Joan Fontaine et Robert Ryan est un film tout à fait étrange. Mais j’y vois plutôt un bon film tout court, où il est difficile de retrouver la patte de Nicolas Ray – disons simplement qu’il est efficace – sur un sujet magnifique. Joan Fontaine est la dernière des salopes et elle va tout faire pour épouser le milliardaire. Le milliardaire c’est Zachary Scott, impeccable, mais il y a surtout un artiste fragile, blessé, fort et faible à la fois car refusant les conventions, Robert Ryan, qui doit être encore assez proche du Robert Ryan qu’on a vu au théâtre à Broadway et qui défendait avec son copain Widmark le théâtre d’avant-garde avec les disciples de Stanislavski.

Etonnant comme ces deux là ont su faire oublier, habilement, leur culture et leurs débuts à Broadway pour devenir des durs crédibles. Il paraît que Howard Hughes est pas mal intervenu sur les dialogues. Pourquoi pas ? Des idées sur les milliardaires, il devait en avoir, mais en tout cas, ne le dites à personne, même si avant et après, Joan Fontaine va croiser Hitchcock avec « Soupçons », c’est son meilleur rôle dans la période.

C’est « La femme aux maléfices ».

« Même les assassins tremblent » de Dick Powell, acteur qui sut faire une belle reconversion de la comédie musicale au polar et qui fut réalisateur le temps de quelques cinq films, n’est pas un chef-d’œuvre mais un bon film. D’abord, parce qu’il mélange polar et expérience atomique au Nevada, d’une manière qui fait penser, en parallèle, à la vision plus allégorique de Aldrich dans « En quatrième vitesse ».

Tout finit dans une explosion atomique et l’on sait que le film suivant de Dick Powell sera justement le délirant « Le Conquérant » avec John Wayne dont, hélas, presque tous les protagonistes, de Powell à John Wayne, mourront ensuite d’un cancer contracté là-bas, ce qui rend ce film étrangement prémonitoire.

Restent deux chefs-d’œuvre impossible à manquer, « Le Vaisseau Fantôme » de Mark Robson qui prouve définitivement que, même si l’on parle tout le temps à propos de Val Lewton, de sa collaboration avec Jacques Tourneur, c’est Val Lewton qui prévalait, même avec un petit maître comme Mark Robson à qui l’on doit quand même quelques bons films mais sans plus.

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« Le Vaisseau Fantôme » est un film sidérant, avec ce muet qui commente l’action en voix-off et qui rend toute l’histoire très étrange, avec cette mutinerie feutrée, d’un seul homme contre le capitaine, les autres qui ne veulent rien voir, ni la folie qui monte chez le capitaine, ni le fait qu’autour d’eux les morts se sont mis à pleuvoir.

C’est un thriller, oui, mais c’est aussi un film fantastique sur l’obsession. Le vaisseau n’est pas fantôme mais comme dans les meilleures nouvelles de Hodgson, c’est la mer qui fait peur avec la manière dont elle peut changer les hommes et ici le capitaine.

Enfin, mon film préféré de toute la série, c’est l’extraordinaire « La Vie facile » de Jacques Tourneur avec Victor Mature et Lucille Ball. D’abord, parce que Victor Mature qu’on voit toujours en quartiers de bœuf, prouve ici qu’il peut être formidable. Il est très émouvant, et aussi parce que dans cette histoire de « easy living », comme le dit la chanson qui y est interprétée, et de ce qui deviendra plus tard via une autre chanson « The easy life », raconte l’histoire d’un homme qui a tout pour lui. Mais ceci étant, venu de la base, devenu footballeur professionnel et star, il va rencontrer une femme jalouse de son succès et son destin, un moment, va basculer vers la catastrophe malgré la présence de Lucille Ball, merveilleuse en femme amoureuse et à jamais éconduite, qui le sauvera.

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C’est un mélodrame que, paraît-il, Tourneur n’aimait guère, et pourtant c’est un bon film et la manière dont, par exemple, dans un des derniers matchs de football, surgissant d’un porche dans l’ombre, allant vers le soleil alors même qu’il se sait que cardiaque (il ne pourra plus faire de foot et surtout de football américain), Victor Mature s’avance comme un toréador, dit tout ce qu’on doit savoir sur sa mort possible s’il continue. En plus, il y a une très belle paire de baffes mysogine à la fin, ou plutôt deux qui devraient vous réjouir. Voici un film quasi parfait dont je n’avais jamais entendu parler.

Il y a ensuite deux films de John Farrow, un de 1950, « Voyage sans retour », avec Robert Mitchum et Faith Domergue dont on peut se passer. Nous sommes loin de la révélation que fut « La grande Horloge » de John Farrow justement, même s’il y a Faith Domergue que j’aime beaucoup.

Pour la petite histoire –Sexiste – il y eut deux acteurs (un acteur et une actrice) dont les noms prêtaient à confusion pour des français : Faith donc, qu’on pouvait prononcer « Fesse » en français, ce qui provoquait alors des jeux de mots gras, même si son postérieur était parfait, et Fess Parker qui était un acteur de westerns. Mais comme on ne badinait pas avec le western, il devint en France « Fier Parker ».

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Le Farrow suivant, c’est « Fini de Rire » avec Robert Mitchum et Jane Russell que Howard Hughes, qui avait racheté il y a quelques temps déjà à la RKO, voulait mettre en avant et préparer depuis quelques années (pour Faith Domergue, il mit 6 ans avant de lui proposer les rôles en lui faisant prendre entre temps des cours d’art dramatique, comme Sophia Loren qu’il fit un jour venir pour apprendre l’anglais et qu’il renvoya au bout de six mois chez elle).

Il y a donc ici Robert Mitchum toujours et surtout la bombe préférée, à l’époque et pour le cinéma en tout cas, de Hughes, Jane Russell. Ce qui amena, du fait, que Hughes n’était pas content de ce qu’avait fait Farrow, ne mettant pas assez en valeur de son point de vue la bombe Jane Russell, à le faire remplacer sur la fin du film par Richard Fleischer.

C’est fort réussi avec les deux chansons qu’elle interprète et surtout cette sombre histoire d’un hôtel où Mitchum attend, ne sachant pas trop ce qu’on lui veut et pourquoi il a touché 50 000 dollars – il est à la ramasse –. Il finira par découvrir une sombre et assez belle machination aux limites du fantastique, dans ce film où l’on découvre avec ravissement, un de ces hôtels superbes que les américains alors bâtissaient au Mexique dans des endroits isolés – loin du Mexique en somme – et la déco à elle toute seule vaut largement le détour. La déco et les maillots de bain de Jane Russell.

Summer of the 80's

samedi 1 août 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

de Serge Clerc

“Summer of the 80’s” est un drôle d’album, un empilement de petites histoires, dû à un certain nombre de dessinateurs qui, pour certains, ont connu les merveilleuses années 80, et qui pour d’autres les réinventent, et ce à l’occasion d’un été Années 80 sur Arte.

C’est un joli livre et pas du tout le fourre-tout que l’on pourrait craindre.

D’abord, parce qu’on retrouve Serge Clerc en couverture, et qu’on est bien content qu’il soit devenu le dessinateur phare des années 80. Peut-être que son long silence l’a aidé, le rendant maudit un moment, à revenir en force.

Il y a la vision déjà désenchantée des années 80 qui étaient, et restent, celles de Jean-Claude Denis. Nom d’un chien ! Ce n’était quand même pas la Renaissance ! Je partage assez son point de vue.

J’aime bien aussi la manière dont Paringaux, avec Catel, fait autre chose dans le même genre que ce qu’il faisait, et de ce qu’il fait toujours avec Loustal.

Et j’aime particulièrement la collaboration avec Jessica Abel qui surfe actuellement comme Kyle Baker, entre ce qu’on pourrait appeler la bande dessinée traditionnelle et la New Wave Graphic Novel. Elle travaille ici avec un jeune dessinateur que j’ai croisé et qui m’a semblé si brillant que je n’ai qu’une hâte, c’est de voir ses dessins : ils lui ressemblent et sont passionnants. Il s’appelle Wimberly.

Il y aurait encore quelques fioritures à supprimer, mais la délicatesse de son dessin, son amour réel des femmes, qu’il sait montrer dans des postures toutes ensemble naturelles et aguichantes, son sens de la couleur qui rejoint le meilleur de la Black Exploitation, telle qu’elle mourut dans les années 80 justement (Ah ! la discothèque rouge et la voiture verte), donne à penser que si les petits cochons ne le mangent pas, celui-là sera un dessinateur d’importance.

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