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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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Big Fun 5

mardi 19 janvier 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

« Big Fun » (Big Fun comics magazine) est une revue de compilation de bandes dessinées oubliée ou méconnue et de grands classiques qu’il faut absolument se procurer si on s’intéresse à l’histoire de la bande dessinée.

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C’est éditée par American Comic Archive (www.americancomicarchive.com) et on peut la commander si on n’est pas abonné, mais mieux vaut s’abonner. Pour être sûr que la revue continue, car elle réédite des choses qu’on ne peut pas trouver autrement, comme la suite de « Captain Easy » qui n’était plus due à Roy Crane mais à Leslie Turner qui faisait un travail plus qu’honnête avec les mêmes fortes femmes, le même mélange d’humour et de réalisme et un usage presque aussi habile, passionnant et impressionniste, des trames.

Il y a aussi « Scorchy Smith », la belle bande dessinée crée par le père fondateur Noël Sickles, mais il s’agit ici des épisodes dus à Bert Christman qui eut un drôle de destin : fou d’aviation, il finit par s’engager au côté du Colonel Chenault dans « Les Tigres Volants » et périt en vol et en mission, au milieu de ces mercenaires de l’Amérique, quelque part en Asie.

Et surtout il y a « Lance », la dernière création de Warren Tufts qui fut produite je crois par Ervin Rustmagic et pour finir, en dos de couverture, toujours, il y a des planches du dimanche de « Captain Easy » de Roy Crane : ce génie qui, comme le disait Caniff, « avait ouvert la porte de la bande dessinée d’aventures mais l’avait refermée derrière lui », il abandonnait le dimanche la trame grise pour passer à un dessin tout simple en noir et blanc où la couleur était reine.

Il vous faut donc tous les numéros mais surtout le numéro 5 qui est énorme à tous les sens du mot, avec toutes les planches du dimanche de « Lance ». Certaines se lisent en continuité, mais comme pour certaines il fallait également lire la bande dessinée quotidienne, soit les 6 strips de la semaine pour comprendre, à ce moment là lesdits strips sont là et on comprend donc tout.

Vous verrez la photo de Warren Tufts qui avait une tête incroyable : celle de son personnage. C’était un aventurier comme Christman puisqu’il mourut en 1982 à bord d’un avion expérimental qu’il avait conçu et construit, lors d’un vol d’essai. Il avait 56 ans.

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Sur sa bande dessinée, la plus célèbre, qui dura longtemps, le beau western « Casey Ruggles », quand il n’arrivait pas à finir à temps (6 strips par semaine plus les planches du dimanche), il se faisait parfois aider, mais comme ses assistants étaient Alex Toth ou Doug Wildey, la qualité demeura constante.

Mais je préfère « Lance » qui pour moi est  le meilleur western de tous les temps, à égalité avec « Blueberry » et le très méconnu « Laredo Crockett » de Bob Schoenke, bande dessinée minimaliste qui me fait penser aux films de Budd Boetticher.

Dans « Lance » comme dans « Casey Ruggles », on voit que Tufts vient de Hal Foster.
Comme Foster, il sait montrer la nature et l’espace, esquissant des nuages superbes, sans traits, révélés par la couleur, et dessinant la moindre feuille nécessaire. Mais la luxuriance de Foster et donc de Warren Tufts n’est qu’apparente, car la plupart du temps tout ce qu’il y a dans « Prince Vaillant » est nécessaire. Il en est de même avec « Casey Ruggles » et il en est de même avec « Lance ».

Mais même si sa lignée est apparente, Warren Tufts est allé plus loin et ailleurs. On sent par exemple qu’il connait les grands peintres et les grands illustrateurs de l’ouest, on sent aussi que quelque part c’est un cow boy qui vit dans l’ouest et il y a sur la fin de l’album, quelques expériences graphiques plus proches de l’illustration que de ce qu’on fait d’habitude en bande dessinée qui sont proprement incroyables et que je ne saurai vous décrire : je préfère vous les montrer.

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Achetez le numéro 5, vous verrez ces bateaux à aubes sur le Mississippi, ces villes qui brûlent, ces personnages truculents, ces images où la nature domine et où l’on voit mieux les cactus que le héros, au fond : c’est décidément le cousin germain du
« Blueberry » de Giraud.

Et une ou deux de ces planches sont aux limites de la peinture, celle de Von Schmidt surtout.

La mort brutale de Warren Tufts nous prive mais l’œuvre qu’il laisse est largement suffisante, vous ne pouvez pas ignorer « Lance » et Warren Tufts, davantage.

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Darling Jim de Christian Mork

lundi 18 janvier 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

Aux éditions Le Serpent à Plumes

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Aux Serpents à Plumes, un étrange livre signé Christian Mork qui semble sortir dans tous les pays à la fois, preuve que son agent a su y faire, encore un impur culturel puisqu’il est né au Danemark et vit à Brooklyn, il a été producteur et un peu scénariste de Neil Jordan pour « Michael Collins » et « The Butcher Boy », et « Darling Jim » fait penser à « La Compagnie des Loups » d’Angela Carter, que Neil Jordan a adapté justement.

Comme chez Angela Carter, on se retrouve dans un monde à la fois très neuf et très ancien, cela se passe aujourd’hui mais les mythes ancestraux resurgissent.

C’est l’histoire d’un conteur irlandais, un « seanchaï », qui vient bouleverser toute une famille, séduisant mère et filles, et voisines de palier. On est aussi du côté de D.H. Lawrence, dans cette histoire où le héros sème la joie et aussi la mort.

Je ne vous raconterai pas l’histoire mais ce qui m’a fasciné là-dedans, et on sent bien que l’auteur est jeune : dans la génération précédente, quand on citait les auteurs de chevet, pour les plus anciens c’était Victor Hugo ou Gide, pour d’autres la série noire, mais voici qu’est arrivé tout d’un coup toute une génération dont il semble que la culture soit à 50%, peut-être littéraire, mais à 60% (comprenez si vous voulez), bande dessinée.

Cela m’avait déjà marqué avec Michael Chabon qui a bâti son épicerie autour d’une révision historique de l’histoire de la bande dessinée, voir « Les extraordinaires Aventures de Kavalier & Clay » (« The Amazing Adventures of Kavalier and Clay »), et qui continue étant très BD, avec son dernier roman, « Le Club des Policiers Yiddish ».

Cela m’a surpris car nous n’en avions jamais parlé, comme dans « La Possibilité d’une Ile », Houellebecq cite « Métal Hurlant » comme journal phare des années 70 : je ne savais même pas qu’il le lisait…

Et c’est le cas aussi avec Tarantino, quand il improvise un bout de dialogue pour Tony Scott dans « « USS Alabama » autour des trois « Surfers d’Argent », celui de Moebius, celui de Buscema et celui de Kirby, c’est le cas aussi de Jack O’Connell avec « Dans les Limbes », cette merveille dont je vous parlerai bientôt et qui va plus loin dans la métalittérature et le mélange des genres que les watchmen.

Dans le cas de « Darling Jim », il y a encore la présence de la bande dessinée, non seulement au niveau de ce qu’il raconte, mais parce qu’à la fin de sa postface, il parle de Howard Chaykin, un des maîtres des années 70, qui aurait prêté sa plume et son talent aux dessins de Niall, un des protagonistes qui essaye de faire de la bande dessinée, pour un futur film peut-être.

Cela m’a fait drôle puisque, que cela me concerne, directement, avec « Métal », ou indirectement, puisque j’ai pratiquement assisté à la naissance du « Surfer », c’était à la même époque, j’ai l’impression tout d’un coup de prendre un coup de vieux extrême, et d’un autre côté je suis forcément content pour, comme disaient les
« Who », « my generation ».

Fred et Berenice d'Alexandre Vialatte

vendredi 15 janvier 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

aux éditions du Rocher

Je viens juste de lire « Fred et Bérénice », roman inédit d’Alexandre Vialatte aux éditions du Rocher, publié en 2006.

J’aime tant Vialatte que je me le garde pour plus tard mais regardant la bibliographie chronologique, j’ai été à la fois émerveillé et atterré.

En effet, du vivant de Vialatte, il n’y a eu que huit ouvrages édités dont deux ouvrages collectifs, « Le roman des douze » et « Visages de l’Auvergne », ainsi que deux autres ouvrages régionaux qu’il avait consacrés donc à son terroir, « La basse Auvergne » et « L’Auvergne ».

Hors cela donc, trois romans chez Gallimard « Battling le ténébreux », « Le fidèle berger » et « Les Fruits du Congo », et puis chez un petit éditeur « Badonce et les Créatures », et c’est tout.

Alors que la liste des œuvres posthumes est vertigineuse : 44 ouvrages à ce jour et ce n’est pas fini.

Quel incroyable destin, très Vialatte d’ailleurs, que d’être un auteur célèbre presque exclusivement à titre posthume.

Et c’est ainsi qu’Allah est grand, aurait sans doute dit Vialatte.

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Flash Gordon de Dan Barry

jeudi 14 janvier 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

Pour ma génération, « Flash Gordon » ce ne fut pas Alex Raymond que nous découvrîmes plus tard, mais Dan Barry qui était édité en petit format, remonté et parfois partiellement redessiné, mais on s’en foutait.

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Cela n’avait rien à voir avec Raymond, on n’était plus dans la science fiction épique des années 30 mais plutôt dans celle des années 50 avec l’humour de Frederic Brown ou de Sheckley et du côté des uchronies « à la Poul Anderson ».

Le dessin était modeste mais formidable.

Comme Dan Barry produisait beaucoup, il se faisait souvent aider par d’autres dessinateurs. Parfois, ça se voit.

Vous connaissez peut-être les strips crayonnés par Frazetta et encrés par Dan Barry, à d’autres moments c’est Al Williamson qui s’y colle pendant que peut-être quelqu’un aidait Al Williamson de son côté sur « X9 ». Quand c’est Al Williamson, on voit à certains décors que lui-même s’était fait aider, voir certaines fusées, par Roy Krenkel, ce merveilleux dessinateur anarchiste qui voulait rester anonyme.

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A d’autres moments, on reconnaît la patte d’autres assistants : Wallace Wood avec ses petits robots rigolos, Alex Toth grâce à sa rigueur mais hélas, à cause de l’encrage de Dan Barry, sans ses noirs et blancs époustouflants.

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Dan Barry se faisait d’ailleurs aussi assister, même si ce n’était pas un manche, pour les scénarios, et à un moment par exemple il demanda quelques histoires à Robert Khaniger, l’auteur de « Sergent Rock ».

Cette œuvre définitivement collective a donc du panache et des histoires formidables et est en cours de réédition, il était temps : nous allons découvrir les strips et peut-être un jour les planches du dimanche telles qu’elles sont parues à l’origine.

Le premier album c’est « Flash Gordon – Star over Atlantis » publié par Manuscript Press.

Si l’éditeur a choisi cette histoire, c’est parce que Williamson ou Krenkel qui sont plus «porteurs » pour les collectionneurs, y collaborent.

A noter que cette excellente maison édite également la revue « Comics Review » qui contient de jolies curiosités comme par exemple la reprise de « Little Orphan Annie », la grande bande dessinée expressionniste de Harold Gray, par Leonard Starr, l’auteur de « On Stage », le résultat est incongru mais intéressant.

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Dieu est mort - Le notaire a ouvert ses testaments - 7ème Partie

mercredi 13 janvier 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

Ici, Wolverton est habité : il ne s’embarrasse pas de véracité.

Il a peut-être fait quelques recherches mais ça ne se voit pas, curieusement les costumes et les décors, à part les idoles païennes qui ressemblent davantage à des illustrations de Lovecraft qu’à l’iconographie biblique classique, rappellent les péplums tardifs de Hollywood, savant mélange de la mode d’alors et de l’idée que pouvait se faire l’Amérique profonde, d’une époque lointaine où les valeurs déjà étaient les mêmes : les hommes étaient des hommes et les femmes étaient des femmes, sexy et obéissantes.

On oublie trop souvent, car on ne parle que des villes, que l’Amérique, c’est un trou avec des villes autour.

En fait, à la seconde, la Bible de Wolverton me fait penser à un film précis,
« L’Egyptien », de Michael Curtiz, avec la magnifique photo de Léon Shamroy, où Victor Mature inventait la trépanation.

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Sa bible c’est celle que Yeats attribue à Blake. Elle est transcendantale.

Qu’ajouter d’autres ?
Qu’entre les deux, vous n’êtes pas forcément obligés de choisir.

Moi qui par exemple suis plutôt un cynique, du côté de Crumb, un incroyant qui regrette bien qu’il n’y a rien après et pour qui la Bible est effectivement un ramassis passionnant de textes divers, de provenances encore plus diverses : j’ai même retrouvé certains passages copiés / collés, alors que l’ordinateur n’existait peut-être pas, empruntés dans le culte zoroastrien qui n’a évidemment rien à voir avec le Zarathoustra de Nietzche, et j’ai aussi été fasciné, à une époque, par les ouvrages de Louis Jacolliot qui pensait que Jésus était devenu Shiva, partant bien avant tout le monde faire du trekking aux Indes.

Je n’ai donc aucune réponse si vous me demandez de choisir entre la Genèse laïque et la Bible religieuse, ou plutôt si, j’en ai une, évidente : il vous faut les deux.

Et moi, j’envie la folie et la foi de Wolverton.

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Dieu est mort - Le notaire a ouvert ses testaments - 6ème Partie

mardi 12 janvier 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

La Bible de Wolverton, c’est tout à fait autre chose.

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Basil Wolverton (vers 1943)

Cet ancêtre de l’underground qui œuvra toujours à contre courant et qui fit constamment des œuvres improbables comme « Powerhouse Pepper », son héros chauve qui rendait « Popeye » presque beau, et des bandes dessinées d’horreur où les plus monstrueux n’étaient pas les monstres mais souvent les gens normaux : c’était sa manière de les dessiner, lui à qui l’on reprocha sa vie durant des caricatures qui ressemblaient à des organes sexuels assemblés au hasard (cela le faisait rire : il ne croyait pas à la psychanalyse), lui dont « Life » disait qu’il avait créé tout seul une école graphique, l’école « Spaghetti and Meatballs » : « Spaghetti et Boulettes », en parallèle avec son œuvre populaire et constamment révoltante, malgré en quelque sorte, mit vingt ans à dessiner la bible.

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Comme tous ses fans (il rend compulsif : toujours semblable et toujours différent), j’ai essayé de trouver toute son œuvre, dont évidemment la Bible que j’ai fini par trouver, en deux éditions successives, dont  la première éditée par The Worldwide Church of God, et surtout j’ai trouvé son livre des révélations publié à part par la Radio Church of God, ces deux organismes étant les émanations du prêcheur fou dont Wolverton était le disciple, ce que Monte Wolverton, son fils, raconte bien en préface.

Ce messie des ondes, aux faux airs de Roosevelt, s’appelait Herbert Amstrong.

Il avait d’ailleurs inventé le marketing biblique en créant le premier, à ma connaissance, une église radiophonique, allant chercher les âmes sur les ondes et convertissant les prêcheurs au travers de la radiophonie.

Mon seul regret d’ailleurs dans ce livre magnifique est que l’on n’ait pas repris les textes dudit prêcheur qui, à propos du livre des révélations, expliquent très bien que tous les signes sont là et que le monde devait donc arriver à sa fin autour de 1975.

On vient de nous refaire le coup avec « 2012 » et le calendrier Inca, maintenant on y est habitués. En fait, on y est habitués depuis longtemps, pas seulement depuis Paco Rabanne dont tout le monde se souvient encore à peu près, mais depuis l’an 1000 où tout déjà devait imploser.

A force de crier « au loup », ça finira par être vrai.

La suite demain.

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Dieu est mort - Le notaire a ouvert ses testaments - 5ème Partie

lundi 11 janvier 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

Il dit d’ailleurs en préface que pour lui la Bible est un empilement, par strates, de textes très anciens et d’ajouts à différentes époques, bref, un monument collectif, et qu’il serait bien embêté s’il offense qui que ce soit, qu’il a fait de son mieux, et il cite même parmi ses sources, un ancien de l’underground que je croyais disparu, Peter Poplaski, qui possède une gigantesque documentation visuelle sur le sujet.

Il explique qu’il ne va pas faire du Crumb excessif, ni tourner en dérision le texte, ni faire des gags, et il oublie de dire qu’il ne fait évidemment pas dans le sexuel, même si la Bible s’y prête.

Il faudra attendre qu’il nous donne peut-être un jour, sa version du cantique des cantiques (ton corps est comme un plat de moules surgelées, tes yeux sont des aubergines confites, etc…), pour voir ce qu’il pourrait faire de la Bible, côté olé olé.

Sa Bible est belle, incroyablement détaillée, preuve donc d’une recherche considérable, un peu comme les premiers films de Cecil B. DeMille – jusqu’à Cléopâtre en gros – qui étaient admirables, on oublie souvent que pour la plupart ce fut un grand illustrateur français, Paul Iribe, qui lui servit alors de directeur artistique…

Ses planches autour de l’arche de Noé sont parmi les plus belles que j’ai vues de ma vie, la pluie tombe, le vaisseau surnage puis s’échoue jusqu’au moment où les animaux sortent et s’égayent.

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C’est un très bel ouvrage, par moments, on a l’impression de bas reliefs, dans les combats il ne manque pas une lance, pas un bouclier, pas une tiare. Quand il montre des foules, c’est grandiose. Il choisit d’ailleurs, très habile, d’ouvrir souvent sur des plans généraux puis plein de petites images : champs contre champs ou simples cadrages de visages.

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Le récit y gagne en force et en conviction. C’est un très beau livre auquel il ne manque pas un trait de plume. C’est un peu ce que Doré avait fait avec « La Divine Comédie ».

La suite demain.

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Dieu est mort - Le notaire a ouvert ses testaments - 4ème Partie

vendredi 8 janvier 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

Robert Crumb est un résistant français, pardon ma langue a fourché, un américain venu habiter dans le sud de la France, et peut-être naturalisé français, qui s’est isolé dans le sud pour résister à l’Amérique telle qu’il l’a vue changer, et même à la partie mondaine de la France, Paris et autres grandes villes, où apparemment il ne se rend qu’en apnée.

Je ne vais pas vous raconter sa carrière, vous la connaissez sûrement, mais disons que de sa génération, il est un survivant à de nombreux points de vue : survivant physique, parce qu’il a peut-être moins expérimenté que d’autres ou alors pas du tout, dans cette époque lysergique où l’on disait que tout ce qui pouvait transformer la conscience ne faisait pas de mal – et on l’a cru.

Nombre de ses frères de combat sont morts depuis, que ce soit dans de bêtes accidents de moto ou de voiture, ou simplement d’abus de drogue ou de foie qui lâche, et je pense, même si ce n’était pas la même mouvance, à  Vaughn Bode, au sommet de son talent, qui succomba stupidement à une pendaison à but érotique.

Lui il est toujours là, il est donc un survivant, mais il est aussi beaucoup mieux, quelqu’un qui n’a jamais cessé d’évoluer. Depuis ses premiers croquis éblouissants, mais à l’encrage un peu besogneux qui avaient leur charme, en passant par l’explosion de la grande période hippie, où il aura la chance très vite de réussir à s’isoler.

Marrant de le comparer avec Kris Kristofferson, fils de bonne famille qui avait fait Yale et était destiné à de hautes fonctions, et qui partit d’abord chez les hippies : il écrivit pour Janis Joplin « Me and Bobby Mc Gee » et Crumb, lui, fit une pochette pour Janis Joplin.

Kris Kristofferson voyant que tout le monde se détruisait autour de lui, partit faire du country, et Crumb, lui, n’aimant pas le rock (il préférait le jazz), lui aussi s’éloigna : en fait, tous les deux ont eu de la chance, ils n’étaient plus là quand le rêve hippie tourna au cauchemar mansonien.

Survivant, il l’est aussi, puisqu’il a pu cohabiter avec des catastrophes comme le film
« Fritz The Cat » de Ralph Bakshi et même s’il a continué d’œuvrer, régulièrement, tout le monde soudain l’a redécouvert grâce au documentaire qui lui était consacré, à lui et à sa famille. Cela l’a rendu paradoxalement public, lui qui voulait se cacher.

Comme la tortue, il n’a pas eu peur des projecteurs : il s’est simplement refermé dans sa carapace.

Et puis ils sont deux dessinateurs seulement à toujours me surprendre, deux et pas trois, hélas. Il y a Moebius et il y a lui.

Je pense quant à lui, à certains portfolios « déjeuners de soleil » avec ces femmes magnifiques aux corps disproportionnés, dans de superbes paysages panthéistes, je pense à son auto-dénigration extraordinairement narcissique et rigolote qui vaut bien celle de Woody Allen, et par exemple au dernier numéro de « Zap Comics » où l’on voit sa version des faits sur la séparation du groupe fondateur de ce magazine qui ne l’était pas moins : il ne voulait pas participer à ce numéro de « Zap ». Il dessine le comment et le pourquoi et les autres racontent leur version des faits.

C’est « Rashomon ». Ce mince magazine, avec ses contradictions, ses non-dits, ses mensonges, ses incompréhensions, est un des chefs-d’œuvre absolus de toute l’histoire de la bande dessinée. Maintenant il a vieilli, comme nous tous, et il est à un de ces moments où l’on réfléchit forcément, sachant que le compteur tourne. Peut-être dans l’espoir vain de se rendre dans un paradis auquel il ne croit pas – je suis comme lui - il a décidé de s’attaquer à un monument religieux que d’autres illustrateurs avant ont choisi et qui quelque part, qu’on le veuille ou non, nous a tous un peu formés ou déformés.

« La Genèse » est dédié à sa femme, ce qui me semble tout à fait biblique.

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La suite lundi.

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