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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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Dieu est mort - Le notaire a ouvert ses testaments - 3ème Partie

jeudi 7 janvier 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

A noter d’ailleurs que Yeats est sévère car lui qui aimait Blake, n’hésita pas à fustiger certains ouvrages que celui-ci illustra, parce que c’était de simples commandes ou parce que le sujet ne lui convenait pas.

J’ai tout Blake et je dirais qu’à bien y regarder, 40% à 50% de sa production, qui est énorme, a perdue une grande partie de son intérêt, surtout dans ses premières œuvres et parfois dans certains ouvrages de circonstances tardifs.

Mais l’ensemble, est peut-être ce que l’Occident a fait de plus beau en art religieux depuis le Moyen Age, même si, un peu fou, il montait sur une échelle pour parler avec les anges et tutoyait Dieu, l’invectivant quand il n’était pas d’accord.

Sa vision de l’église, église intérieure, Yeats la rappelle avec deux citations :

« Je ne connais pas d’autre Christianisme, ni d’autre évangile, que la liberté, pour le corps et l’esprit, d’exercer les arts divins de l’imagination, le monde réel et éternel dont cet univers végétal n’est qu’une ombre pâle, où nous vivrons avec nos corps éternels ou imaginatifs quand ces corps végétaux mortels ne seront plus »

« Et souvenez-vous que celui qui méprise et tourne en dérision le don intellectuel d’un autre, l’appelant orgueil, égoïsme et péché, tourne en dérision Jésus, qui donne tous les dons intellectuels qui paraissent toujours des péchés aux hypocrites amants d’ignorance. Mais ce qui est un Péché aux yeux de l’Homme cruel ne l’est pas aux yeux de notre bon Dieu. Que chaque Chrétien, pour autant qu’il est en lui, s’engage ouvertement, publiquement devant le Monde dans une œuvre Intellectuelle pour l’Edification de Jérusalem ».

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Evidemment, je ne vais pas continuer avec le livre de Yeats, sinon vous ne l’achèterez pas et je pense que La Délirante a besoin de votre argent pour continuer à faire son travail épatant, mais simplement sachez que ce mince ouvrage contient tellement de merveilles, qu’on peut le relire d’innombrables fois. Excellent rapport qualité / prix.

A demain donc, pour parler vraiment de « La Genèse » et de « La Bible ».

Dieu est mort - Le notaire a ouvert ses testaments - 2ème Partie

mercredi 6 janvier 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

Wolverton comme Kurtzman, fut un des pères fondateurs de l’underground et donc de ce que, après un long combat, on admire aujourd’hui chez Robert Crumb.

Et le petit ouvrage de Yeats, les idées de Yeats, j’ai soudain eu envie de les employer pour comparer ces deux livres qui sont en quelque sorte un voyage dans, suivant le point de vue que l’auteur adopte, la mythologie ou la religion de l’Occident.

Puisque nous sommes trois ou quatre groupuscules à nous entretuer, depuis toujours, autour d’une partie de ces écrits magiques : tous les monothéismes catholiques, protestants, orthodoxes, mahométans et juifs, en gros à peu près d’accord sur tout, jusqu’à Abraham.

Je reviens une seconde sur le livre de Yeats pour vous dire qu’il a bien d’autres usages, sa théorie de l’art peut s’appliquer à l’art contemporain car il nous somme de choisir entre le naturalisme et la simple représentation, les tableaux qui sont avant tout discours et non peinture, et, pour lui, la seule forme d’art possible : un art quasi médiumnique qui nous ouvre la porte d’un au-delà intellectuel ou spirituel. C’est donc un livre d’actualité, à un moment où l’art a un peu perdu ses marques ne faisant que refléter un monde désemparé.

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Demain donc, je reviendrai sur tout cela en détails ou plutôt sur les deux ouvrages précités qui sont aussi deux objets qui bizarrement se ressemblent, ce qui donne définitivement envie de les traiter en parallèle.

La suite demain.

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Dieu est mort - Le notaire a ouvert ses testaments - 1ère Partie

mardi 5 janvier 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

Je me répète, je rabâche, je sais.

Je suis comme ce vieux professeur qui vous a assommé, enfant, mais que vous regretterez un jour car de toutes ses répétitions vous aurez retenu quelque chose : il faut dé-cloi-son-ner, il faut que vous alliez vers d’autres domaines que ceux qui vous intéressent pour comprendre mieux ce que vous aimez.

Le plus bel exemple est récent : il faut aimer la poésie, anglaise de surcroît, la bande dessinée dite underground et les graphismes excentriques, aux limites de la folie.

Pour commencer, j’ai acheté il y a quelques mois un ouvrage aux éditions La Délirante qui s’appelait « William Blake et ses illustrations pour la Divine Comédie ».

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Il faut souligner d’ailleurs que ledit ouvrage est superbement traduit par Martine de Rougemont qui a sans doute quelque chose à voir avec d’autres de Rougemont auxquels je voue la plus grande admiration, et que de surcroît l’éditeur a merveilleusement fait son travail car les aquarelles de Blake sont imprimées sur papier mat qui boit bien la couleur, retrouvant ainsi la magie des aquarelles de Blake souvent mal reproduites, surtout sur papier glacé.

Dans cet ouvrage définitivement fondamental, il compare tous les illustrateurs de Dante y compris certains extrêmement obscurs, ce qui donne à penser qu’il était un peu compilateur car si il parle de Botticelli, il va aussi vers d’autres, beaucoup moins connus, comme Geneli ou Schuller dont je confirme à Yeats par delà la tombe, qu’il était bien allemand.

Il parle de Flaxman, que j’aime beaucoup, mais qui effectivement n’a pas senti Dante et même de Stürler et d’un certain Giulio Clovio qu’il me donne très envie de découvrir à mon tour. Mais il parle surtout de Blake et de Gustave Doré.

En fait, en attaque et pour faire court, il dit que Dante était moins intéressé dans La Divine Comédie par le Divin que par son prolongement séculier et par les pompes de l’église romaine.

Ce qu’il aimait, ce n’était pas Dieu, mais l’apparat du clergé.

Et c’est cela même qui a fasciné Gustave Doré qui rend bien au travers de ces cercles ordonnés, avec ces lumières parfaites et de tous ces détails soigneusement ombrés et mis en lumière via les supplices, longuement énumérés et longuement décrits : magnifique nomenclature visuelle de toutes les inventions qui peuvent procurer de la douleur et du malheur aux damnés et qui tiennent, pour certaines, des brillantes inventions sadiques et la très sainte Inquisition.

Et curieusement, bien davantage que les torturés, c’est l’architecture, les lumières et l’ensemble que l’on regarde, un peu comme l’on regarderait Saint-Pierre de Rome éclairant savamment les statues du Bernin et tous ces immeubles alentours, magnifiques, qui abritent depuis toujours les proches du Pontife ou l’enfer de la bibliothèque vaticane.

Yeats étant Yeats, il préfère Blake et ses illustrations transcendantales car Blake croit aux enfers et au paradis et va au-delà des visions de Dante : au cœur de la religion, d’une religion sans Dieu nommé, mais qui contient cependant quelque chose de divin, qu’il sent confusément.

Hors, donc voici que sortent en même temps, comme par hasard (je ne vais pas vous parler encore de synchronicité), deux ouvrages parfaitement complémentaires : « La Genèse » de Robert Crumb qui sort en France chez Denoel Graphic et qui est d’ores et déjà un beau succès de librairie, et en Amérique, chez Fantagraphics, « The Wolverton Bible » (« La Bible de Wolverton »), livre illustré par ce dessinateur de bandes dessinées fou : chez moi, ceci est un compliment. Pour les moins informés d’entre vous, je dirais qu’il est aux sources de l’underground et quelque part de Crumb.

Il eut une très étrange carrière dans des journaux parodiques divers, de « Mad » à
« Plop », et il fit des bandes dessinées de science fiction sidérantes qui font penser aux films soviétiques d’anticipation des années 50 dans leur lourdeur granitique. Mais il fut aussi l’un des dessinateurs les plus connus de son temps puisqu’il gagna par exemple le concours de la femme la plus laide du monde organisé par Al Capp, autour de son « Li’l Abner » qui était la bande dessinée la plus célèbre à ce moment là. Les jurés étaient Boris Karloff, Frank Sinatra et Salvador Dali.

Sur le reste de sa carrière, je reviendrai demain.

L'Image mystère 3

lundi 4 janvier 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

Oui, Romuald avait raison, c’était bien une peinture de Néo Rauch que j’avais mis en troisième image mystère.

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La préface de Markus Brüderlin du formidable livre – il y en a d’autres – « Néo Rauch – Neue Rollen » qui regroupe ses peintures de 1996 à 2006, à propos d’une exposition qui a eu lieu au Kunst Museum Wolfburg, à Cologne, fait bien le point sur cet artiste singulier qui retrouve un peu de l’esprit des grandes bandes dessinées excentriques du début du siècle publiées par Hearst essentiellement et de Fenninger, entre autres : un dessin « réaliste » déformé par la logique du rêve, ce que Néo Rauch appelle des « ballastes figuratifs » destinés à nous faire rebondir.

Le préfacier revient à George Baselitz et à Gerhard Richter qui venaient de l’Allemagne de l’Est où le réalisme socialiste avait été banni soudainement et qui retrouvèrent en Allemagne de l’Ouest un art conceptuel qui était forcément l’ennemi de ceux qui voulaient de la peinture qui ouvre des portes vers un ailleurs figuratif.

Elève de Heisig jusqu’en 1990, Néo Rauch était fasciné par ce qu’on avait appelé la première école de Leipzig qui regroupait donc Werner Tübke, Wolfgang Mattheuer et Bernhard Heisig, qui faisaient de l’art figuratif derrière le rideau de fer, malgré les lourdes contraintes de la censure de l’art officiel. Et qui, comme le dit Néo Rauch, racontaient des histoires.

On rejoint donc un peu la figuration narrative qui, à un moment, fit le pont avec la bande dessinée, celle de Erro, de Monory et des autres.

Et l’auteur rappelle un article que je n’ai pas lu dans le New York Times de Roberta Smith, intitulé justement « L’homme qui venait du froid » (« The man who came in from the Cold »), puisqu’il commença dans cette Allemagne de l’Est riche en mythologies négatives.

Il fait des peintures qui sont aussi quelque part des collages, de toute cette mythologie collective qu’est devenu notre monde global et surtout il nous embarque chaque fois, quelque soit le sujet et quelque soit l’intention, qui parfois est explicite et parfois même assez matérialiste : voir sa réaction au tsunami, au-delà des portes du sommeil comme l’aurait dit Lovecraft.

Il est définitivement un des peintres les plus importants d’aujourd’hui et on reviendra sur lui un de ces jours, et même si il cite parmi ses influences Hergé ou Jacobs, la vérité est qu’il a repris en quelque sorte, là où George Hoffmann, encensé à la fin du XIXème siècle par Delacroix et qui continua à faire de la peinture fantasmagorique et romantique au XXème siècle, s’arrêta : une peinture figurative presque classique où certains détails cependant, dans les proportions ou les décors, ou quelques objets traités hâtivement et d’autres en détails, nous ramènent immédiatement à la logique du rêve.

Et il ne serait pas mal maintenant que la France se réveille et découvre Néo Rauch.

En attendant, vous pouvez le faire en allant acheter ces livres à la librairie « Un Regard Moderne ».

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