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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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POETES DE L'IMAGINAIRE. Aux Editions "Terre de Brume"

mercredi 22 décembre 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

3ème Partie

La troisième partie de « Poètes de l’Imaginaire » est toute entière consacrée au Fantastique tel que Todorov l’aurait accepté, à un monde réel décrit qui soudain explose et part à la dérive comme Guy de Maupassant en proie à ses visions délirantes et bien sûr l’incontournable maître du glissement du réel vers l’horreur qu’est Algernon Blackwood et forcément, comme l’auteur n’a pas d’œillères, il nous rappelle que plus récemment nous eurent dans le genre Lovecraft, certes, et plus récemment encore Clive Barker.

On commence avec un chapitre sur les frénétiques, les enfants du roman gothique, du « Moine » et du « Château d’Otrante ».

L’auteur a bien raison de remonter jusqu’au XVIIIème siècle : l’époque où sans le savoir Pixie Court faisait du théâtre d’horreur sur les grands boulevards que des illettrés allaient voir en foule.

Les mêmes auteurs encore, décidément, mais aussi Jean Moréas, avec du Charles Cros :

« Au son du funèbre langage,

Ils moururent à mi-voyage.

Et la morte reprit son gage ».

Le chapitre deux est consacré aux Mystiques. Il nous rappelle que Nerval ou Hugo s’intéressaient à l’occultisme et aux tables tournantes, s’en servant pour construire des mondes cohérents comme plus tard Lovecraft.

Il achève avec « Le Rêve de la mort » de Léon Dierx, extrait de « Les lèvres closes » :

« Je reposais dissous dans l’éternel sommeil,

Et je comptais sans fin, ainsi que des secondes,

Les siècles un par un tombés des mornes cieux,

Les siècles morts tombés de l’amas des vieux mondes,

Tombés dans le néant noir et silencieux ».

Puis viennent « Les Romantiques », ceux qui se réunissaient, gilets rouges pour se reconnaître et effrayer le bourgeois chez Nodier. Tous s’inspiraient, venu d’Allemagne, de ce que faisait Hoffmann, la fin du rationnalisme et l’expression du désespoir face à la disparition de la transcendance.

Ca se ferme sur l’admirable poème de Sébastien-Charles Leconte, « Des fleurs pour ma tombe » :

« Elles se flétriront très vite au cimetière :

A travers mes six pieds de terre, mon désir

Aspirera leur vie et leur douleur entière,

Et mes dents grinceront de peine et de plaisir ».

Viennent ensuite les Bucoliques qui sont d’ailleurs nombreux dans la peinture romantique et qui sont des rêveries de citadins qui pensent qu’à la campagne tout est possible.

Belle idée que de citer ici conjointement Seignolle, Lovecraft et le film « The Wicker Man » ou « Délivrance » : tout le cinéma gore sait que lorsqu’on sort des autoroutes puis des petites routes par les chemins à peine entretenus, tout est possible, le pire surtout.

Dans ce chapitre Emile Verhaeren est roi, à l’aise nulle part semble-t-il, puisqu’àprès les villes tentaculaires il oeuvra quelques années sur les campagnes hallucinées et les villages illusoires.

Et puis il y eut les Décadents autour de 1900, pervers plus ou moins sincères, obsédés sexuels mais d’une sexualité forcément outrageante, un peu ce que fera plus tard en photographie et en peinture Pierre Molinier.

Evidemment il y a Baudelaire qui toujours aime à choquer.

En chapitre six viennent les Macabres : ceux qui n’ont plus besoin de monstres mais qui dérivent dans leurs rêves devenus cauchemars, dans leurs états psychotiques, dans leurs dépressions expressionnistes :

Verlaine forcément et les mêmes coupables.

Ma découverte, Emile Nelligan, un poème extrait de ses poésies complètes 1896-1899, « Le Cercueil » qui s’ouvre ainsi :

« Au jour où mon aïeul fut pris de léthargie,

Par mégarde on avait apporté son cercueil ;

Déjà l’étui des morts s’ouvrait pour son accueil,

Quand son âme soudain ralluma la bougie ».

La suite demain.

POETES DE L'IMAGINAIRE. Aux Editions "Terre de Brume"

mardi 21 décembre 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

2ème Partie

Le chapitre cinq de « Poètes de l’Imaginaire » est consacré aux esprits de la nature venus du cabinet des fées, de Perrault donc, de Madame D’Aulnois ou de Madame Leprince de Beaumont, et il est bien que l’on cite ici hors de France ce merveilleux poète fantastique sur les esprits de la nature que fut Lord Dunsany à qui Lovecraft, encore une fois, doit beaucoup.

On y retrouvera les coupables habituels mais aussi Georges Rodenbach, le petit frénétique Philothée O’Neddy, les oubliés totals ou totaux, je ne sais pas comment on dit, comme Charles Dovalle ou Louis Bouilhet, François Coppé ou Maurice Rollinat ou Léon Dierx et Théophile Gautier.

J’ai découvert là l’étrange Jean Rameau et ses poèmes fantasques :

« Leurs corps ont pourri là comme une chose impure.

La source s’est tarie. Et, sous les mornes cieux,

On voit à peine un trou verdâtre qui suppure,

Comme un œil de vieillard pleurant, silencieux ».

Puis viennent les fééries chrétiennes bien expliquées au travers de films comme « Le ciel peut attendre » ou « Les ailes du désir » : il y en eut tant à Hollywood.

Les mêmes auteurs encore plus Verhaeren ou Sully Prudhomme, avec un curieux poème d’un inconnu encore pour moi Vincenslas Dupont qui fut publié de manière posthume en 1889 /

« Et puis, en souriant, elle entre dans la tombe.

J’entends murmurer le sable pur de l’onde,

La branche s’agiter au baiser du zéphyr,

A la femme mon cœur demandait un sourire ».


La deuxième partie est consacrée aux Fantaisies et Fantasmagories, ce que l’auteur appelle « La Transfiction ».

Là-aussi l’auteur balaye large en disant que cela regroupe des œuvres qui oublient tout souci de vraisemblance du « Philémon » de Fred au « Alice » de Carroll en passant par « Roger Rabbit ».

Le chapitre un, « Le Crépuscule des Dieux », raconte en gros que la deuxième révolution industrielle donne soudain un coup de vieux aux dieux d’avant et ces poèmes sont des adieux à des divinités auxquelles on ne croit plus.

Ici les mêmes coupables toujours mais aussi Ephraïm Mikhaël, il y a Charles Cros avec un texte extrait de son tout entier merveilleux « Le Collier de Griffes », Léon Dierx.

Le chapitre deux donne la parole aux « Allégories, fables et paraboles » et là l’auteur, finement, nous dit que l’allégorie a toujours été là, voir « Le Roman de la Rose », mais que malgré l’arrivée de l’âge industriel son principe métaphorique persiste, voir « La Peau de Chagrin » d’Honoré de Balzac, et plus tard Julien Gracq même coupable toujours.

Puis viennent « Les allégories intimes » dans le chapitre trois, les précédentes parlaient de la condition de l’homme, ici on parlera de destins individuels à la manière du « Grand Meaulnes » ou du « Portrait de Dorian Gray ».

Et l’on retrouve Théodore de Banville et les mêmes toujours qui décidément ont souvent emprunté la route jaune de Dorothée, loin du Kansas.

Puis viennent « Les Paysages Intérieurs », on n’est même plus dans l’individuel, on est dans le moment fugace d’un état d’âme de l’individu.

Avec les mêmes toujours bien sûr mais aussi Armand Silvestre.

Le chapitre cinq est consacré aux désirs fous, aux rêveries chimériques, avec les mêmes dont beaucoup de Baudelaire mais aussi des oubliés toujours comme Jean Lahor ou Joseph Lenoir.

Le chapitre six est consacré aux visions et forcément mis sous l’égide de Rimbaud : « je dis qu’il faut être voyant, se faire voyant » et comme il est agréable de voir citer dans le genre Philippe K. Dick à côté des « Champs de Maldoror ».

Puis vient le chapitre sept sur l’Etrange avec ce qu’on peut appeler des visions décalées d’une réalité qui soudain nous perturbe et devient horreur. Ici l’auteur rapproche les diaboliques de Barbey d’Aurevilly et David Lynch.

Le chapitre huit est consacré au Grotesque, celui de Bosch ou de Goya en peinture, celui de « L’Homme qui rit » de Victor Hugo ou de « Festin Nu » de William Burroughs en littérature et n’oublie pas Tim Burton.

Les mêmes coupables encore dont Jean Rameau et surtout le poète humoriste noir Xavier Forneret :

« Quand il n’était pas grand, on lui avait dit :

Si tu as faim, mange une de tes mains ».

La suite demain.

POETES DE L'IMAGINAIRE. Aux Editions "Terre de Brume"

lundi 20 décembre 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

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1ère Partie

« Poètes de l’Imaginaire – Fantastique, fantasy, science-fiction », anthologie proposée par Sylvain Fontaine, est le livre que j’ai toujours attendu parce que pour moi, les conquérants de José Maria de Heredia c’est de l’héroic fantasy, parce que certains poèmes de Clark Ashton Smith me font plus peur que certaines histoires de Lovecraft, parce que Endymion et Hypérion sont, avant d’être des livres de Dan Simmons pour moi et définitivement, des poèmes de Keats. Et n’oublions pas Edgar Poe.

La plupart des noms que j’évoque ici sont absents de cette merveilleuse anthologie qui fait près de sept cent pages car l’auteur a choisi le domaine français.

C’est bien suffisant.

Quand j’étais adolescent et que je lisais certains poèmes de Hugo, pour moi cela se reliait très directement à ce qu’il y avait dans les romans du « Rayon fantastique ».

Et voilà le livre existe et il est magnifique.

Sous une préface de Michel Viegnes, professeur de littérature française du XIXème et XXème siècle à l’université de Fribourg qui évacue assez bien les problèmes, la manière dont le structuralisme et Todorov en particulier ont banni le poème hors du chemin du fantastique pour la raison valable d’ailleurs qu’il faut un point de départ réaliste pour aller ensuite vers le fantastique.

Mais alors c’est presque toute la science fiction que l’on pourrait remettre en question aujourd’hui et surtout la fantasy qui commence souvent dans l’irréel le plus absolu pour continuer et qui n’essaye pas souvent de nous donner de base quotidienne.

Sylvain Fontaine raconte comment l’idée de l’anthologie lui est venue et il dit qu’il y a trop peu d’auteurs hors de France et trop peu de femmes, ce qui me fait penser aux poétesses pré-raphaélites comme Christina Rossetti qui est définitivement une des premières prêtresses de la fantasy mais on se contentera de ce qu’on a et on a déjà beaucoup.

Le choix a été fait par genre, ce qui n’est pas idiot.

En préface on rappelle qu’avant le déclencheur, pour la plupart d’entre vous, Tolkien, il y eut quand même entre autres Wagner et sa tétralogie fantastique, les utopistes et les Charles Perrault, et je retrouve ce que j’ai découvert jeune en lisant les livres scolaires de Castex et Surrer qui m’amenèrent à la poésie fantastique. Je ne savais pas à l’époque que Castex était l’auteur d’un livre mémorable chez José Corti sur « Le conte fantastique de Nodier à Maupassant ». Ils sont bien tous là ceux que j’ai traqués alors, les Nodier, les Balzac (qui fut frénétique avant de devenir réaliste), les Dumas, les Théodore de Banville, les parnassiens et les symbolistes comme Schwob et Lorrain que je mettrais plutôt dans les décadents, c’est histoire de goût.

Evidemment on retrouve Heredia mais aussi Albert Samain et Henri de Régnier qui raconte des fresques barbares.

Mais aussi des auteurs moins connus comme Sébastien-Charles Leconte, Milosz ou René Vivien.

Chapitre 1 : on est là dans le geste héroïque qui va de L’Illiade à Robert Howard (ah ! ça me fait penser aux poèmes de Howard justement). Ca s’appelle « Les héros, la guerre, la mort ».

Le chapitre deux est consacré à « Les terres sauvages d’Hellas ». Il constate la manière dont reviennent toujours, en eux-mêmes ou inconsciemment parodiés, les héros de la mythologie grecque.

On y trouvera les mêmes coupables que précédemment plus Victor de Laprade, Victor Hugo et Jean Lorrain souvent, et Louis Bouilhet qui a des accents qui rappellent Heredia :

« Un souffle impétueux entraînait le navire ;

Il allait, il allait aux magiques îlots,

Comme va la colombe au serpent qui l’attire.

Et les mâts s’inclinaient, et la rame en délire

D’elle-même frappait les flots ».

Puis viennent en chapitre trois « Les Poèmes Apocryphes » qui, comme les écrits apocryphes, ces textes antiques qui furent rejetés du canon biblique, sont l’œuvre en proses ou en poèmes d’une bible prolongée, voir « Le Paradis Perdu » de Milton.

Et j’avais oublié que Gérard de Nerval fit « Le Christ aux Oliviers », je n’avais pas lu les contes épiques de Catulle Mendès et j’avais oublié Albert Samain et forcément autour de la tristesse du diable il y a Leconte de Lisle.

Et on finit, mais c’est dédié à Villiers de l’Isle Adam, par un étrange poème de Verlaine où le Christ croise de bons démons et des satans adolescents.

Puis viennent en chapitre quatre « Les Epopées Gothiques », héritières entre autres de La Table Ronde avec le conte de Lisle forcément beaucoup mais aussi des oubliés comme Louise Ackermann ou Catulle Mendès ou Sébastien Charles Leconte, mais aussi Baudelaire, Heredia et Hugo.

La suite demain.

DEGOUTÉ

dimanche 19 décembre 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

Il m’arrive comme tout un chacun de me rendre dans les librairies de bandes dessinées, ma préférée étant actuellement « Le Petit Roi ». On y trouve beaucoup de choses et aussi de la documentation, des livres d’enfants, des imports bizarroïdes et des fascicules des années 60 :

si on m’avait dit un jour qu’il y aurait une collection de « Hakim » qui attendait son acquéreur, hélas à part le libraire et deux ou trois clients, quand je communique avec les autres âmes curieuses qui hantent la boutique, je m’aperçois que nous n’avons pas grand chose à nous dire, car ils ont décidé qu’ils devaient choisir.

Choisir entre la première édition de « Bob et Bobette » (je baille) avec son dos parfait, ou une bande dessinée des années 80 qui continue interminablement alors même que l’histoire s’est achevée en vérité au tome 3, ou l’édition française d’un super héros américain, ou un érotique italien, mais généralement pas le reste.

Leur regard est tellement étroit qu’ils rentrent et ne voient que ce qui les intéresse, que ce soit de la nostalgie, de la collectionnite aigüe, un choix délibéré d’investissement (ceux-là seront punis plus tard car quand on investit dans l’art pour gagner de l’argent, généralement ça finit mal quand on veut revendre. Il faut acheter ce qu’on aime.), et la plupart du temps ils pensent que je suis dans leur camp, puisque j’ai publié Moebius ou Paul Gillon : des réalistes.

Et quand je leur dis que j’adore X dans le dernier numéro de « Lapin » ou tel auteur de l’Association, ils ne comprennent plus.

Les gens de l’Association, eux, rééditent quelques maîtres classiques qu’ils s’approprient que ce soit Forest ou Schlingo, ils ont bien raison, et ils rejettent avec véhémence 95% de ce qui existe et ils ont bien raison.

Quand on fait une revue on doit être terroriste et parler très fort pour que le message passe.

Quand on est lecteur par contre, nom d’un chien, il faut ouvrir un peu les yeux et je dirais que chaque fois qu’on va acheter une bande dessinée qu’on attend parce qu’on la connaissait déjà, il faudrait acheter une bande dessinée qu’on n’attend pas pour se réserver quelques surprises et pour se réveiller le regard.

Ceci dit je vais aussi dans des galeries qui vendent de la peinture et là c’est pareil.

Certains se sont arrêtés aux futuristes pour qui j’ai le plus grand respect, au-delà il ne se passe rien, certains font dans l’art nouveau, d’autres dans l’art pompier, d’autres dans l’art des seventies, pour certains il faut le tampon officiel d’abord et ils sont Koons comme il n’y a pas si longtemps ils étaient Basquiat.

Les dessins dans « Lapin » sont en général l’opposé de ce que je défendais dans « Métal Hurlant » mais « Métal Hurlant » c’était en 1970 ou 1975 je ne sais plus.

Dessiner comme dans « Métal Hurlant » aujourd’hui, à part quelques maîtres incontournables qui n’ont cessé d’évoluer comme Moebius, ça ne sert à rien.

Les temps sont passés.

Bougez-vous : je parle ici aussi bien aux lecteurs qu’aux auteurs et qu’aux éditeurs.

Et ne me reprochez pas de vous dire le contraire dans quinze jours : c’est mon droit le plus strict.

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APRES SUPER DUPONT: D'AUTRES SUPER HEROS TRICOLORES

samedi 18 décembre 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

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J’ai arrêté de lire un peu dégoûté « Nous les Maîtres du Monde » de Nicolas Jaillet aux éditions Après la Lune dans la collection Thriller car il s’agit d’un écrivain français qui essaye de renouveler le thème du super héros.

J’ai arrêté en route pour ne pas être influencé puisque je suis moi-même sur ma série de super héros à la française « Des Dieux et des Hommes » mais le début est vachement bien.

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Tout comme d’ailleurs en bande dessinée l’excellente série « La Brigade Chimérique » de Serge Lehman, Fabrice Colin et Gess qui est de mieux en mieux et j’essaye de ne pas être jaloux.

En fait je ne le suis pas car leurs super héros de début du siècle nés de la mythologie populaire n’ont rien à voir avec les miens mais la synchronicité est une chose curieuse.

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Pourquoi les français se mettent-ils à faire du super héros maintenant? presque tous en même temps car je sais qu’il y en aura d’autres. Mystère.

Ladite « Brigade Chimérique » d’ailleurs avec son Dr Mabuse et sa Marie Curie vient d’ailleurs de s’achever en beauté avec un super épilogue, c’est aux éditions de l’Atalante et il faut que vous vous jetiez dessus.

C’est un des meilleurs comic books de ces dernières années, un des deux ou trois, et pour une fois il est français.

La manière dont ils ont brassé l’histoire de l’Europe jusqu’à la seconde guerre mondiale et ses horreurs en incluant toute la mythologie populaire française mais pas seulement, est pour moi une totale réussite.

De plus, Gess, dessinateur que j’aimais bien jusqu’à présent, a fait des progrès considérables et son dessin est tout à fait passionnant.

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POUR ETRE DANS LA LUNE

vendredi 17 décembre 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

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C’est il y a deux ans, à Saint Malo, au Festival Etonnants Voyageurs, que je me suis aperçu, peut-être parce que je connais mieux l’autre domaine, qu’il y avait plus de renouveau ces temps-ci dans ce qu’on appelle « le livre pour enfants » que dans la bande dessinée :

de nouveaux talents (ou alors nouveaux pour moi) et des images magnifiques.

C’est le cas de « Poèmes à la lune » d’un illustrateur que j’ignorais, Gianni de Conno, italien et apparemment très connu là-bas.

Une succession d’images dédiée à l’astre des nuits.

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La lune, le visage féminin, de lourds chevaux, arcades sous la lune, une promenade avec des croissants de lune, une espèce de Napoléon qui regarde la lune, une femme lune et une sorcière (pour moi) sous la lune, une femme et un loup sous la lune et deux femmes partageant le même masque lune et les baleines qui volent autour de la lune.

Je ne vous citerai pas tout.

Ce qui est très malin par ailleurs, c’est que ce livre pour enfants qui est évidemment pour adultes est illustré de poèmes dédiés à la lune de Pierre Reverdy à Lorca, de Soupault à William Carlos Williams en passant par Pessoa.

C’est Yves di Manno (que je n’ai pas vu depuis bien longtemps) qui a choisi les poèmes et évidemment le choix du directeur de la collection Poésie chez Flammarion est impeccable mais je ne vous en citerai qu’un, le plus court :

« Mais, même plus de rimes à Lune…

Ah ! quelle regrettable lacune ! »

L’auteur est évidemment le très lunaire Jules Laforgue et l’éditeur Casterman.

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GAHAN WILSON: LE PRINCE DU GLUANT

jeudi 16 décembre 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

Magnifique cadeau pour les fêtes, Fantagraphics Books vient de sortir un coffret superbe en trois volumes consacré à Gahan Wilson « Fifty Years of Playboy Cartoons ».
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Il n’existait pour l’instant sur cette période de son œuvre qu’un petit volume devenu rare et là on a tout.

Comme il s’agit de dessins de « Playboy », il y a une préface de Hugh Hefner.

Comme il le dit, lui qui aimait tant les illustrateurs et les dessinateurs de bandes dessinées, voir sa longue collaboration avec Jack Cole jusqu’à son suicide, ou avec Harvey Kurtzman, il cherchait un prince du macabre comme Chas Addams, l’auteur de « La Famille Addams ».

Curieux de voir que nous avons eu en France nous aussi notre période de dessinateurs humoristiques à l’humour macabre, que ce soit Bosc ou Chaval et le grand Topor mais que l’écurie ne s’est pas renouvelée.

L’humour dans les quotidiens désormais en France et dans les hebdos (quand ils daignent donner une place au dessin) est généralement politique et de bon aloi.

Gahan Wilson, on l’a retrouvé plus tard dans le « New Yorker », à un moment il fut dans le « National Lampoon » mais sa plus longue collaboration fut avec « Playboy » puisqu’il commença à faire ses somptueux dessins en couleurs pleine page en décembre 1957 et cela fait cinquante ans que cela dure.

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Son dessin très particulier n’a rien à voir avec celui de Charles Addams ni avec celui de Gorey non plus.

Il est plus rond, plus « joli », délicatement aquarellé, mais les histoires sont des horreurs.

Il y a la femme qui balaye son ombre, il y a les abominables hommes des neiges qui regardent ce qu’ils appellent « l’abominable alpiniste », le loup-garou qui va chez le barbier au moment de la pleine lune, et tout ça dans le tome 1.


Dans le tome 2, il y a une préface de Neil Gaiman qui dit que contrairement à tout ce que les gens disaient : qu’ils lisaient « Playboy » pour les textes, dûs aux plus grands écrivains du temps et pas pour les images, lui c’était pour les images mais pas celles auxquelles vous pensez, c’était pour Gahan Wilson. Il finit d’ailleurs par travailler avec lui à l’initiative de Art Spiegelman et de Françoise Mouly pour le livre « Little Lit » qui devint plus tard un dessin animé.

Et il souligne que cette édition est la première, complète, sachant que jusqu’à présent le petit livre rare dont je vous ai parlé, je ne sais plus s’il y en a eu un ou deux, reproduisait certains dessins couleurs en noir et blanc. Or, la douceur des couleurs de Gahan Wilson augmente l’horreur desdits dessins.

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Il y a les radiologues qui s’aperçoivent que leur client est possédé par des démons, au sens propre, qui habitent son œsophage, des malédictions « à la Toutankhamon », le serial killer qui téléphone à sa femme avec devant lui tous ses instruments de torture et sa malle sanglante pour lui dire qu’il ne pourra pas rentrer à temps pour dîner, le bébé qui arrive au ciel deux ans avant sa naissance présumée, laissant la mort interloquée, le squelette qui se réveille à côté de sa femme, qui a les yeux exhorbités, en disant qu’il a fait un mauvais rêve, tout ça c’est pour le tome 2.

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Le tome 3 s’ouvre sur, entre autres, un gentleman en train de se pendre et qui demande à son valet de l’aider, et la farandole continue avec l’enfant bardé de jeux vidéo à qui son père explique que ce qu’il tient à la main est un livre, le couple bien comme il faut avec la femme qui lit et le mari qui lui dit qu’il faudrait sortir sa belle-mère du freezer car elle prend toute la place et il y a en complément quelques histoires macabres car il en produisit quelques-unes, de Gahan Wilson, pour « Playboy », absolument délicieuses et évidemment illustrées.

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C’est le livre d’humour indispensable de la fin de l’année.

Et même si vous ne parlez pas anglais, car souvent les dessins se passent de commentaires.

FANTAX: FANTASTIQUE!

mercredi 15 décembre 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

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Il fallait bien qu’un jour on réédite « Fantax », un fou ou alors un proche puisque je ne pense pas que l’entreprise soit appelée à en faire un best seller, même si ça devrait.

Dans le cas familier, c’est deux proches, les descendants de Mouchot, Danièle et Tanguy.

Voici donc le tome 1 de « Fantax », « Le Gentleman Fantôme », avec l’intégralité des numéros 1 à 8 et donc des années 1946-1947, avec une qualité impeccable.

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Ils ont bien repris les pages bleues en bleu et les beiges en beige et, n’ayant peut-être plus accès aux originaux, il y a eu tout un travail de restauration signé Reedman qui a fait de l’excellent travail.

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« Fantax » je l’ai connu sur les marchés où j’ai eu la chance d’en trouver quelques numéros toujours en mauvais état. J’arrivais trop tard puisque la bande dessinée avait fini de paraître en 1947 au moment où je naquis.

Et plus tard, à l’époque de Jean Boullet, c’était trop cher pour moi déjà et la chose est devenue rare si bien que si j’ai des œuvres de Chott c’est plutôt d’autres albums chez le même éditeur.

Pierre Mouchot signait Chott et faisait aussi des couvertures pour « Robin des Bois » (c’est la que j’en ai le plus) et pour le très rigolo « Gus et Gaëtan ».

Fantax encagoulé, terrifiant, digne héritier de « Fantômas », dynamique et violent ne pouvait qu’attirer les foudres de la censure d’autant qu’il y avait aussi des femmes fatales.

Cela fut le cas et l’on en parlera sans doute à propos de la réédition des volumes suivants.

C’était définitivement violent et il est dur aujourd’hui d’imaginer l’impact sur les enfants de ce presque demi siècle qui le virent la jambe en sang, prise dans un gigantesque piège à loups.

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Chott n’était pas le plus grand dessinateur du monde et parfois, souvent même, il a emprunté quelques images à Hogarth pour illustrer les aventures du « Gentleman Fantôme » d’après je cite un reportage de J.K. Melwyn-Nash. Et, je cite encore, « publié avec l’autorisation spéciale de Lord Neighbour ».

On est là devant l’équivalent exact mais français de ce que fut en Amérique à peu près à la même époque, les Planet Comics.
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Polar ou aventure exotique, « Fantax » avait bien entendu une double personnalité ou plutôt un alias comme « Superman ». Il était le Lord Horace Neighbour qui encagoulé devenait Fantax, un pressentiment du futur gentleman boîte de conserve de chez Marvel qui s’appelle « Iron Man ». Les amateurs de comic books devraient donc y trouver leur pitance.

Il y a moults poursuites, comme dans un serial d’avant-guerre, des avions qui s’écrasent, un méchant chinois cousin de Fu Manchu et des gorilles loués sans doute à la famille « Tarzan ». « Fantax » est d’une force herculéenne, heureusement, car ses ennemis sont particulièrement vicieux. Il y a encore des avions à réaction, mais futuristes, il y a la belle moto de « Fantax » qui ressemble un peu à une Indian, des bagnes : on s’évade évidemment, on va terroriser New York mais « Fantax » sera là, il y aura du grabuge, « Fantax » devra aller régler leur compte à quelques méchants en Allemagne ou en Suisse.

C’est bavard car « Fantax » parle tout seul quand il ne pense pas, dans des bulles encore, si bien que quand il rame sur un canot pneumatique, quand il escalade un bâteau, quand il tire sur un filin, ça parle beaucoup. Dans le premier volume vous retrouverez aussi l’Inde mystérieuse et des tortures réjouissantes avec corbeau disneyen qui picore les pieds de « Fantax » et de méchants hindous,

mais ne sont-ils pas tous méchants ?

On attend la suite.

D’autre part et cela ne manque pas d’intérêt bien sûr, il y a en accompagnement la vie de Pierre Mouchot, une vie d’aventures puisqu’il traversera la guerre dans la Résistance, fut aussi soldat et dû feindre d’être devenu aveugle pour échapper à l’armée, il se débrouilla après la défaite et via de multiples péripéties très Fantax.

Il ne doit pas être facile à trouver, il peut se commander avec le numéro zéro que je vous laisse découvrir ici chez www.editionchott.com

Il faut vous jeter sur ce numéro zéro de « Fantax » puisque Marcel Navarro (c’est lui qui signait J.K Melwyn-Nash) et Chott publièrent une première aventure de « Fantax » dans un éphémère journal lyonnais « Le Petit Monde Illustré ».

Et de plus il y a un nouveau magazine, le retour de « Fantax » en somme, en Organic Comics qui s’appelle « Reptile », avec une jolie histoire à la manière de Kirby signé Arnon, pas mal du tout et qui avait commencé sa parution dans « L’Echo des Savanes », une aventure de « Fantax » issue de la troisième série du « Gentleman Fantôme » dûe à Rémy Bordelet et un autre enfant de Kirby un nommé Tom Sciolia avec le début de la série « Les sept frères ».

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Le numéro 1 de « Reptile » est daté de juillet 2010 mais on apprend dans le bon de commande que ces braves gens ont fait plein d’autres choses dont un retour de « Strange », qui se commande chez www.organic-comics.fr

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(Et chez Organic Comics par exemple, le dernier de « Strange » contient à la fois une checklist francophone de Jack Kirby où je vais vérifier qu’ils n’ont oublié ni « Skymasters » ni les quelques fascicules de l’immédiate après-guerre, les histoires du fantôme d’acier et le premier épisode de « Fantax »).

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