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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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"Vampire" : Un album fugace

lundi 22 mars 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

« Vampire » signé par Deo. R, un jeune artiste chinois, publié par Xiao Pan, avait tout à première vue pour me déplaire.

Je ne suis pas un fou du dessin d’ordinateur qui sert souvent à combler les manques du dessin grâce à quelques effets faciles, et à quelques photos retouchées, et j’ai l’impression parfois qu’il n’y a personne devant l’ordinateur, que c’est lui seul qui cycle et recycle sans fin ses programmes innombrables.

Mais ma première surprise fut que le dessin minimal n’essaye pas de s’enrichir en truquant, il y a bien quelques bouts de photos mais à peine modifiées, et la plupart du temps, juste un trait rapide assez manga d’ailleurs et des couleurs saturées, mais minimalistes également.

Et puis j’ai lu ce drôle de recueil en deux histoires plus quelques images.

D’abord il y a une histoire de vampires, brumeuse, impressionniste où le récit importe moins que l’échange verbal entre l’humain et le vampire qui est un sage.

Et derrière, rien à voir quant au sujet, un monde futur informatique tout entier dévolu à ériger une immense statue avec un robot qu’il faut détruire grâce à une simple soucoupe volante, rien ne se passera comme prévu et le robot rapidement esquissé, c’est presque la même histoire quelque part qu’avec le vampire, semble plus humain que les humains justement.

Et derrière pas mal d’illustrations, rapides aussi, sans rien de trop, qui font qu’au bout du compte, je me suis surpris à penser que décidément, voici un ouvrage bien entêtant.

Si la nouvelle bande dessinée chinoise à la suite de Benjamin trouve sa place en France, ce sera, hélas ou tant mieux, grâce à ceux de cette nouvelle mouvance,

à cette nouvelle génération qui font penser au nouveau cinéma chinois très à l’opposé de la tradition, visuellement techno, rejetant le passé.

C’est comme ça il y a deux bandes dessinées chinoises, trois en vérité : une qui copie servilement l’étranger et qui heureusement n’y parvient pas toujours retrouvant une identité nationale si l’on peut dire, une qui nous parle merveilleusement du passé et une qui nous parle aujourd’hui et qui évidemment nous fascine davantage.

Deo. R est en vérité un de ses plus étonnants représentants.

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Message dans une bouteille (11)

vendredi 19 mars 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

Je suis très en retard mais ce n’est pas grave car vous vous auto-gérez et vos réponses souvent sur mon blog sont plus intéressantes que les questions que j’ai, à ma manière, posées.

Je dirais juste à Juju Collector que oui les couvertures de Luc Bradefer devaient être dûes à un de ces illustrateurs « à la Gourdon » qui sévissaient alors, avec un talent inégal.
Le plus surprenant est que chez certains d’entre eux, on pouvait passer de couvertures totalement navrantes au quasi chef-d’œuvres absolus, peut-être à cause de la quantité de couvertures et de l’obligation de les fournir vite qui parfois leur donnaient du génie.
Et oui Juju Collector, tu as raison de me dire qu’on n’a pas besoin d’un livre où je raconterai ma vie.
J’en tiendrais compte même si tu essayes de me pousser à bout, pour que je l’écrive quand même.

Cher Gilles, je ne savais pas que Dan O’Bannon était mort, c’est bien triste.
Oui, il avait fait d’autres choses, plein, et si tu vas sur internet tu verras par exemple qu’il commença avec Carpenter et Dark Star, a écrit « Alien » et une partie de ses suites, « Total Recall », mais aussi la meilleure adaptation de Dick au cinéma, « Planète Hurlante », et d’autres merveilles.

Merci à Romuald de me parler de Néo Rauch et aussi de Glen Brown, Peter Doig et John Curry qui, à la seconde, ne me disent rien.
Je vais aller voir à moins que, Alzeihmer léger, je ne les connaisse déjà, car j’imprime de moins en moins depuis quelques années les noms nouveaux mais je retiens toujours les œuvres.

Quant à Roberto, si tu es le mari de Cécilia Capuana, on ne s’est donc pas croisés à Angoulême. En tout cas, à bientôt autour de tes « photos italiennes ».

Pour Juju encore, quand tu m’apprends que Laurence Fishburne dans « Sur Ecoute » a failli être joué par Kurt Russell, ça me fait rêver.

Quant à Goodies75, d’accord à 100%, reprocher à Crumb d’avoir fait ce qu’il a fait et bien fait, sous prétexte qu’il n’a pas fait ce qu’on attendait de lui, est une imbécilité.
Depuis quand les auteurs, surtout si on les a ignorés au début, doivent le jour où ils sont célèbres, continuer de rabâcher ce qui justement les a rendu fameux. Heureusement que Crumb est toujours là où on ne l’attend pas.

A Peter, je dirais que un top 3, 5 ou 10 des meilleurs albums 2009 : non, ça m’obligerait à remonter loin, l’année va vite, j’en oublierai.
Par contre, d’accord pour dire que j’ai trouvé incroyable l’absence de « Bitterkomix » chez l’Association et de la meilleure bande dessinée classique de l’année, le deuxième tome de « 7 Cavaliers » de Terpan et Raspail, la bande dessinée la plus classique et l’album le plus aventureux.

Mais c’est comme ça, je suis juré parfois et je sais bien que nombre de noms d’abord cités à un moment, tombent au champ d’honneur du fait des discussions collectives.

C’est comme ça.

Non, Goodies75, le nouveau background n’est pas d’Edmond Dulac mais ça aurait pu.

Cher Alex P., je ne me souviens pas vous avoir croisé du côté des eaux hongkongaises. Quand était-ce ? Et où déjà ?
Et du côté des auteurs de manhua, j’aurais bien du mal à vous dire des noms car il y a ceux que je trouve en chinois que je ne lis pas et dont j’ignore tout, il y a ceux qui paraissent en France, et tous ceux dont je n’ai vu que quelques planches qui souvent m’ont éblouies mais dont je ne sais pas s’il y en a d’autres.
Voilà un continent que je ne connais pas encore assez. Il faudrait demander à notre ami Patrick Xiaopan (patrick@xiaopan.com) qui lui, en sait davantage.

Cher Benjamin Reiss, oui je reviendrais un jour sur Widmark, ce qui m’a sidéré ce n’était pas l’acteur que j’adorais, ce n’était pas la bizarrerie de sa vie, apparemment il avait une vie ordinaire, c’était plutôt l’extraordinaire acuité de sa vision du monde et du cinéma, et ses souvenirs d’une précision diabolique sur ses tournages qui m’ont donné à penser que tout comme Gil Kane était peut-être le meilleur critique de bandes dessinées du monde, Richard Widmark aurait été peut-être, sous un angle précis, le meilleur critique de cinéma possible, critique au sens qu’il nous aurait fait découvrir en profondeur certains metteurs en scène, mais aussi dit des choses que lui seul savait ou sentait.

Cher Goodies75, j’ai une bonne nouvelle quand tu me demandes des noms de librairies, il y en a une magnifique qui est dans le passage du Musée Grévin (Librairie « Le Petit Roi » - 39 Passage Jouffroy 75009 Paris), ça ressemble à une librairie anglaise, toute en bois précieux.

Il y a Christian Journé, une charmante jeune femme et un fou furieux qui range des livres toute la journée (faites attention si vous voulez en acheter un, qu’il ne le range pas dès que vous avez le dos tourné), ils sont tous très sympa, connaissent bien leur métier et surtout, miracle des miracles, voici enfin un grand endroit propre, lumineux, avec des prix raisonnables où l’on peut tout trouver, hors le super héros et le manga, la bande dessinée mais aussi de formidables rayons de livres d’enfants, des chef-d’œuvres absolus de Rackham à de petits maîtres dont j’ignorais l’existence, venant de divers pays, et des tonnes d’ouvrages de documentations sur l’illustration, le dessin, la bande dessinée. Bref, un palais des rêves comme il en manquait à Paris et qui existe enfin.

Je vous montre quelques photos.

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Quant à Pierre qui me parle de la réédition de « On Stage », oui je suis dedans, disons que j’ai un peu décroché en route car hélas sur les planches du dimanche, je trouve que les couleurs expressionnistes manquent énormément.

Quant à Juju Collector qui me demande si la réédition apporte quelque chose de plus que l’original, s’agit-il de Crumb ou de Wolverton ? Je veux bien répondre mais je n’ai pas compris la question.

Et cher Jean-Denys Sombrethoile-Delamore, attention, j’ai un peu appuyé là où ça faisait mal côté La Clef d’Argent, mais ils font tellement de livres merveilleux qu’il faudrait aller voir presque tous les autres car ce sont des vrais amis de Lovecraft et surtout de Lord Dunsany que j’aime tout autant.

Quant à Samuel, qui me dit que le livre des révélations est en français « L’Apocalypse », bien sûr il a raison.
J’ai traduit bêtement de l’anglais mais c’est vrai que chez eux on l’appelle comme ci et chez nous on l’appelle comme ça.

Je dirais à l’Apache, qu’en France ou en Belgique, il y a eu je crois une réédition de Lance, je me souviens d’avoir vu un épisode traduit. En dehors bien sûr de Spirou où il parut certes.

Pour s’abonner à « Big Fun », voici l’adresse pour demander toutes les informations : mark@americancomicarchive.com

Cher Follers, je te dirais que pour « Dan Dare », j’ai donné aux temps des Humanos et que les ventes furent catastrophiques.
Quant à « Dick Tracy », je pense qu’il ne faut pas rêver et qu’il vaut mieux se mettre à l’anglais.
Et « La Clef d’Argent » souligne qu’il reste que quelques coffrets du tirage limité de « Nostalgie de l’Inconnu », donc précipitez-vous.

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Les chaussons rouges en salles

jeudi 18 mars 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

De Michael Powell & Emeric Pressburger

« Les Chaussons Rouges » est un des plus beaux films du monde.

C’est un chef-d’œuvre de la comédie musicale fantastique dû à Michael Powell et Emeric Pressburger qui va ressortir en salles et en copies neuves dès le 7 avril 2010 un peu partout en France.

Sur l’affiche il est écrit : « Indéniablement le plus beau film en technicolor, une vision jamais égalée », signé Martin Scorsese.

Dans le dossier de presse, un certain Francis Ford Coppola dit : « Les Chaussons Rouges est le seul film à voir avant de mourir ».

Et bien laissez-moi vous dire un secret : ils n’exagèrent pas, c’est un des trois plus beaux films du monde et ce sera sûrement le plus beau film à voir dans l’année 2010.

Un conseil si vous avez une famille, allez le voir avec vos enfants quelque soit leur âge. Ils auront peur mais ils seront fascinés et vous aussi vous serez enchantés.

Si vous ne l’avez jamais vu, vous avez de la chance, si vous l’avez vu en DVD, et bien vous savez déjà qu’il faut le revoir de la seule manière possible, sur un écran de cinéma le plus grand possible, avec des gens autour qui partageront votre émotion.

 

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La bibliothèque de Bebel - 12ème partie

mercredi 17 mars 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

Dans une vieille chemise, format 30 x 40, rouge vif à l’origine sans doute, maintenant solarisée et devenue un peu orangée, j’ai retrouvé, puisque je découpais systématiquement dans le journal Vaillant dont j’achetais des grosses reliures soldées pour presque rien, tout ce que je voulais garder expressément, terrible sacrilège que je ne regrette pas vraiment, quelques planches de Le Guen que j’avais oubliées.

C’est ainsi que j’avais contrecollé tous « Les Pionniers de l’Espérance » et tout le reste de ce qu’avait fait Poïvet, sur de grands cartons noirs, c’est ainsi que j’avais découpé tout « Le Concombre Masqué » de Mandryka qui paraissait dans un format à l’italienne, et aussi donc quelques histoires complètes de Le Guen, l’auteur du premier héros « intégré » de la bande dessinée française, « Nasdine Hodja », avec au dos des bouts de planches d’une histoire de vikings dûe à Cohelo devenu en France Martin Sièvre, qui étaient des merveilles et que j’aurais dû garder.

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Rome, ma ville n'est plus

Ces quelques histoires brèves de Le Guen ont été d’étranges madeleines Proustiennes, comme l’histoire en deux pages (c’est un peu rapide), « Rome, ma ville n’est plus », où l'on assiste d’abord à un incendie qui détruit Rome puis à la disparition de Pompéi, en quatre pages, un peu comme « La vie de Lénine » de Poïvet, une jolie histoire appelée « Les Vingt Trois » qui n’était rien moins que le récit des combats héroïques du groupe Manouchian, de ces 23 immigrés qui s’engagèrent au côté des français et contre les allemands et qui furent condamnés à mort.

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Le groupe Manouchian

Le texte est extrêmement fouillé, il rappelle que, contrairement à la légende, dans les 23 il y avait 3 français de souche, comme on dit aujourd’hui et une femme Golda Bancic qui fut décapitée à la hache et que Misaac Manouchian, le chef, était poète de profession.

Mais ce qui m’a le plus étonné, c’est de retrouver une vieille légende russe mille fois contée, l’aventure de Ilia Mouromets, Bogatyr de Kiev écrite par Alain Van Crugten et dessinée par Le Guen qui raconte cette merveilleuse histoire féérique qui fut par ailleurs l’objet d’un très beau film dû à Alexandre Ptouchko.

C’est du grand Le Guen, plus baroque et décoratif que d’habitude, avec des géants et des tritons et c’est magnifique et trop bref.

Une belle redécouverte envoyée à travers le temps par Jean-Pierre Dionnet, quinze ans, à Jean-Pierre Dionnet, soixante deux ans.

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Ilia Mourometz

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Ce vice impuni : la lecture - 2ème partie

mardi 16 mars 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

Et un jour, je suis allé à la grande bibliothèque de Corfou, elle était quasi déserte et la vieille dame qui tenait l’endroit m’a laissé vaquer entre les rayons.

J’ai regardé les livres et il y avait là des velins de tous les grands illustrateurs que j’admirais comme Rackham. Je me suis vite rendu compte que j’aurais très bien pu en dérober car au bout de deux ou trois visites, la vieille dame me laissait aller et venir, et même, je me souviens, m’avait laissé sortir au soleil pour lire.

Là, je n’ai pas cédé à la tentation c’est un excellent souvenir.

Je dis ça parce que j’y ai repensé en lisant le dernier numéro de l’excellente revue « Le Magazine du Bibliophile » (20 place du Vieux Marché 86500 Montmorillon – email : mag-bibliophile@noos.fr ) à laquelle je suis abonné car ne voulant plus acheter de livres, j’aime bien lire des revues sur les livres, ça revient presque au même.

Et dans le dernier numéro (le 82), il y a un long et bel article sur les vols de livres rares et précieux, du bibliophile fou avec sa lame de rasoir qui découpe les pages qui manquent dans son exemplaire à ceux qui en ont fait métier, avec quelques anecdotes passionnantes sur quelques professionnels du vol de livres justement, et l’opinion des experts de salles de vente qui savent comment reconnaître certains ouvrages volés dans les bibliothèques, maquillés comme des voitures volées, et surtout, ce qui m’a intéressé, c’est la manière dont nombre de bibliothèques sont totalement démunies et désorganisées par rapport auxdits vols de livres, pages à pages ou en totalité et donc, de ce fait, ayant honte, taisent souvent lesdits vols.

Il semblerait que des quantités ahurrisantes de livres soient volées dans les bibliothèques du monde mais qu’une partie seulement des livres, ne sont jamais déclarée comme disparus par lesdites bibliothèques.

Oui, la lecture est un vice définitivement punissable.

 

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Ce vice impuni : la lecture - 1ère partie

lundi 15 mars 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

Le poète (je crois que c’était Paul Valéry), a dit un jour : « ce vice impuni de la lecture ».

Bien sûr il avait tort ou plutôt il a tort désormais. Car oui c’est un vice et il peut être puni et la sanction peut être même immédiate.
Il vivait à une autre époque où on avait beaucoup de place et où les livres pouvaient s’accumuler et s’accumuler encore jusque sur les marches des escaliers : un jour on fouillait et on retrouvait un livre oublié et cela devait être un bonheur extrême, mais aussi parfois, comme aujourd’hui, quand la personne passait l’arme à gauche, tout était dispersé et pour peu qu’il y ait une mésentente dite ou non dite entre les héritiers ou envie de se venger du défunt, de l’effacer, ceux-ci prenaient et prennent toujours un malin plaisir à les vendre pour rien, histoire de prouver que décidément papa ou maman avaient eu tort : peut-être étaient-ils jaloux de ces livres qui avaient attirés plus d’attention qu’eux-mêmes et peut-être était-ce pour cela qu’ils étaient devenu des non lecteurs. On ne peut pas juger.

Moi qui vit dans le monde d’après, je sais que ce vice est puni car après avoir accumulé 40 000 bouquins, j’ai commencé à me débarasser de certains et je continue un peu comme un homme préhistorique qui voudrait accéder au fond de la caverne qui est bouchée par des détritus et des roches divers et le squelette d’un auroch.
On peut donc être punis par l’envahissement des livres. On peut aussi être récompensés parfois par le fait qu’en étant obligés de trier, on peut redécouvrir des merveilles qu’on n’avait pas lues ou à peine, rouvrir certains ouvrages qui n’ont peut-être pas changés mais comme nous, nous avons changé, nous les lisons différemment, et puis il y a ceux qu’on peut transmettre à ses enfants en même temps que le goût de la lecture.

La deuxième punition que provoque les livres, c’est la connaissance.

A force d’accumuler des informations qui se superposent et s’entrecroisent, je me demande parfois si on ne finit pas par perdre l’essentiel, c’est-à-dire l’instinct, le savoir inné, toutes ces choses enfouies au fond de nous qui sont aussi dans les livres mais que nous possédons sans doute et qu’il suffirait que nous allions chercher.

Et puis la lecture c’est aussi une maladie mentale.

Un jour, Moebius m’a dit qu’il connaissait quelques personnes qui ne pouvaient pas  voyager sans livres.
Je l’ai pris dans la figure et je me suis reconnu immédiatement.
Il y a des pays où je suis allé avec 10 livres pour 8 jours et au bout de 5 comme certains étaient mauvais, je les finissais quand même par peur de manque et c’est comme ça que j’ai fini par lire des bottins de téléphone.

Sans doute ai-je ainsi râté pas mal de choses dans le monde extérieur, tout comme aujourd’hui je vois dans le métro certains jeunes penchés sur leurs textos et sur internet et qui râtent eux-aussi ce qui se passe autour.

Mais là où ce vice peut devenir rédhibitoire, c’est quand la passion des livres amène au vol.
J’avoue que comme tout le monde, par deux fois j’ai été tenté.
La première fois, j’avais 14 ans et j’étais à Livry Gargan et je suis passé à l’acte pour une raison absurde et pourtant évidente : je voulais acheter des revues naturistes mais j’étais trop petit (ces revues où on voyait tout, croyait-on, mais les poils pubiens étaient effacés si bien qu’on ne savait pas très bien ce qu’il y avait entre les jambes des femmes et je l’ignorais encore), alors je les mettais dans mon manteau, dans la doublure boutonnée. Et puis comme j’achetais aussi de vrais livres, j’ai commencé à en glisser un ou deux dans le manteau, et le libraire du coin à Livry Gargan qui devait avoir repéré mon manège depuis longtemps m’a pris à part un jour et m’a demandé de vider mes poches, j’avais honte, il a regardé tout ça et il m’a dit : « Ne recommencez jamais » et je n’ai jamais recommencé.

La seconde tentation fut beaucoup plus forte.
J’étais allé à Corfou à cause du « Quatuor d’Alexandrie » et de Lawrence Durrell bien sûr, j’y ai passé six mois dans une maison où les scorpions se promenaient sur mon lit, c’était des scorpions noirs, toute une famille qui tombait du plafond, le père, la mère et puis les enfants, j’avais eu  très peur et quand j’ai demandé aux riverains si ils étaient dangereux, ils m’ont répondu qu’ils étaient mortels.Ce n’était peut-être pas le cas mais ils étaient contents de me faire peur.

La suite demain.

 

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Zoo

vendredi 12 mars 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

Je viens de finir le dernier numéro de « Zoo ».

C’est un gratuit de bandes dessinées - vous savez qu’il y a plusieurs magazines qui parlent régulièrement de bandes dessinées - et non seulement il est gratuit mais c’est le meilleur car il regarde avec la même bienveillance et avec chaque fois par des gens qui aiment vraiment ça, tous les domaines, de la bande dessinée punk anglaise aux mangas en passant par les classiques éternels et l’Association et ses clones.

J’y apprends à chaque fois plein de choses et ça m’émerveille et vous le trouverez, comme on dit, dans toutes les bonnes librairies spécialisées.

Chers amis,

Nous avons le plaisir de vous adresser le nouveau numéro de Zoo (n°23, Janvier-Février 2010), le premier magazine Culturel sur la BD et les Arts visuels, GRATUIT.

Au sommaire de ce numéro, qui compte 60 pages :

Un dossier sur la sélection du Festival d’Angoulême 2010 ainsi que les principales expositions qui y ont lieu : Léonard, Les Tuniques Bleues, Cent pour cent.

Des articles sur le dernier album de Valerian, 100 Bullets et Hellblazer de Brian Azzarello, Tank Girl, les séries de BD « concepts » ou « hyper-séries », Gainsbourg en BD et au cinéma…

Des strips et des planches de BD, dont celle du gagnant du concours organisé avec Zoo par SFR jeunes talents et parrainé par Frank Margerin.

et plein d’actualités sur la BD, les comics et les mangas.

Et bien sûr une présence toujours dans les points de distribution habituels :

Dans tous les magasins Virgin

Dans plus de 600 autres librairies spécialisées, espaces culturels Leclerc, Fnac, universités et écoles, bibliothèques, en France et en Belgique (dont librairies Album, GLBD et BDFugue).

Dans les 16 restaurants Lina’s de la région parisienne. Dans près de 400 restaurants et cafés branchés à Paris et région parisienne. Dans les Club Med Gym et Gym Waou, certains salons d’aéroport et centres d’affaires, etc…

Et également sur www.relay.com et www.zoolemag.com

 

Tibet

jeudi 11 mars 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

Le dessinateur Tibet nous a quitté le 3 janvier dernier à l’âge de 78 ans.

Tibet c’était « Chick Bill » dans « Tintin » et surtout « Ric Hochet », son polar sans fin sur des scénarios de Duchâteau. Il est toujours édité au Lombard qui avait annoncé un revival en 2010 qui ne saurait tarder.

Est-ce qu’on peut dire du mal des morts puisque nous n’avons plus le droit de dire du mal de rien ?

Oui au contraire, je pense que ça les rend vivants, je n’avais aucune passion pour Tibet mais il y a une planche de « Ric Hochet » qui m’avait sidérée, les plus chenus d’entre vous et les plus vicieux de la jeune génération qui achètent les albums de « Ric Hochet » ont remarqué sa veste en tweed (ces tweed mélangés qu’on ne trouve plus guère aujourd’hui, même en Angleterre) et avait toujours les mêmes pantalons et toujours les mêmes chaussures, or, il y a une planche où il ouvre son placard et dans ledit placard on voit cinquante fois la même veste, cinquante fois le même pantalon, cinquante fois les mêmes chaussures. Exactement comme chez Serge Gainsbourg quand il me montrait ses slips tous pareils, ses chaussettes toutes pareilles, ses Repeto noires et blanches, ses blazers et ses jeans.

C’était une irruption soudain d’un humour presque à la Ionesco ou à la Chaval, et de l’absurde dans « Ric Hochet », et cette planche, sans déconner, est une de celles qui m’a le plus sidérée de ma vie.

Si la série m’avait constamment intéressé, peut-être n’aurais-je pas remarqué l’inventivité soudaine de cette case et c’est peut-être parce que je n’aimais pas « Ric Hochet » que cela reste pour moi une des plus belles planches du monde

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