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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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Esprit du vent : Une grande bande dessinée populaire - 2ème partie

mardi 20 avril 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

Je ne vous raconterais évidemment pas les histoires, toujours semblables et toujours différentes de « Esprit du Vent », le tome 3 « Torches Humaines » est un récit quasi gothique, sorcière brûlée à cause de sa beauté, combustions spontanées, vaudous et secrets terribles cachés dans les familles, derrière des façades respectables : sept hommes devront brûler à cause du péché d’un seul.

Le dernier tome paru à ce jour est le 8, « Le Monstre de Hogan » avec une société secrète, des créatures quasi lovecraftiennes, un fer rouge en forme de « V » comme « Vengeance » qu’on grave dans la peau des victimes et encore une révélation finale toujours autour de sombres secrets familiaux.

Oui décidément j’aime cette bande dessinée italienne populaire qui, quelque part, est encore de la bande dessinée européenne mais qui a aussi les avantages (durée, longueur, répétitions, récit qui peut prendre son temps), de ce que je trouve au Japon dans le manga.

Plusieurs éditeurs courageux ont essayé de sortir en France, en kiosque ou en librairie, « Dylan Dog » ou « Nathan Never ». Pour l’instant, ils semblent avoir abandonné.

Espérons que ce ne sera pas le cas pour « Esprit du vent » qui est une belle série et, ne le dites à personne, une des meilleures bandes dessinées actuelles sur le marché français actuellement disponible.

PS : Attention, j’apprends que ces séries reviennent : on en parle bientôt.

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Esprit du vent : Une grande bande dessinée populaire

lundi 19 avril 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

Je me souviens il y a quelques années dans un festival, à Naples je crois, je me suis retrouvé à une table ronde avec Moebius et Castelli, le plus grand scénariste italien, à parler avec essentiellement des professionnels dans la salle, des différences entre la bande dessinée française et l’ italienne.

Les italiens dans l’ensemble nous enviaient nos beaux albums cartonnés couleurs, le renom de certains de nos dessinateurs, le fait que leurs originaux valaient beaucoup d’argent, et moi je n’ai pu m’empêcher de leur dire que je les enviais : avec leurs fascicules populaires.

Oui nous avons de beaux livres, mais eux ont encore des grands magazines qui se vendent dans les kiosques, des séries qui triomphent depuis des décennies, mois après mois, comme « Dylan Dog » ou « Nathan Never » et qui donnent du travail à une floppée de dessinateurs et qui sont le seul équivalent aujourd’hui en Europe et en bande dessinée des séries télé qui maintenant triomphent et j’avoue, pendant longtemps chaque fois que j’allais en Italie, m’être approvisionné des séries précitées et de pas mal d’autres pour pouvoir lire à la suite 200 ou 300 pages, de me goinfrer en somme.

Cette année là j’ai découvert la dernière série nouvelle, c’était  « Esprit du Vent » qui m’a fort marquée et qui sort enfin en France, nous en sommes déjà au tome 8 et j’espère que nous aurons l’intégralité, chez Mosquito.

Les scénarios robustes sont dûs à Gianfranco Manfredi et le dessin plus qu’adéquat à Frisenda : un dessin noir et blanc, économe et fort, avec les défauts et les qualités de cette production italienne de masse : c’est bien dessiné, très bien même, mais il y a parfois l’obligation d’utiliser quelques trucs pour aller plus vite et certains dessinateurs se ferment et cessent d’évoluer.

Ce n’est pas le cas de Frisenda qui est encore au meilleur de sa forme et qui me fait penser à ces grands dessinateurs américains de comic strip ou de comic book qui ont pu continuer d’évoluer tout en produisant énormément.

Dans presque toutes ces grandes séries éditées par Bonelli (on dit là-bas « La Bonelli »), il y a un héros et son comparse, un peu comme Laurel et Hardy, ou Phileas Fogg et Passepartout ou Sherlock Holmes et Watson.

Ici c’est le cas, le héros est un indien dakota et son compagnon un sosie d’Edgar Poe, journaliste à ses heures comme ce dernier.

La suite demain.

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Du Space Opéra considéré comme la descendance du roman historique : "Immortel"

vendredi 16 avril 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

de Tracy S. Statton aux éditions l’Atalante

Je vous parlais il n’y a pas bien longtemps de l’anthologie sur le nouveau space opera chez Bragelonne où Serge Lehman faisait admirablement le point sur les connivences évidentes, du moins pour lui, du moins pour moi, entre le roman historique et le space opera : la description de civilisations passées et éteintes que l’on rend vivantes : la création de mondes autres passés ou futurs que l’on rend crédibles, n’est pas si différente au fond, la thématique est toujours la même : des individus qui peuvent changer le destin du monde, voire d’univers entiers, d’Alexandre Le Grand, héros véritable, à Alexandre Dumas qui a magnifiquement trahi l’histoire, au cycle « Fondation » de Asimov : tout se recoupe, tout se ressemble.

Et les intrigues à la cour de « Dune » ne sont pas éloignées de celles des Borgia. C’est pour cela que je vous conseille le très beau livre de Tracy S. Statton, « Immortel » aux éditions l’Atalante écrit par une américaine dont c’est le premier roman.

Qui fait mouche.

Elle raconte l’histoire d’un immortel qui s’appelle Luca et qui est à Florence autour du XIVème siècle, au moment où l’Inquisition arrive et où, querelles internes et affaiblissement des Médicis, la ville va perdre son hégémonie artistique et idéologique.

C’est un chef-d’œuvre, d’autant plus étonnant que l’auteur est américaine, pourtant l’on sent bien la chaleur de l’Italie et on a l’impression de respirer des odeurs de nourriture, d’huile et d’aïl. L’Italie quoi.

De plus, par rapport à tous les romans si nombreux sur les immortels, c’est un des plus malins quant aux difficultés qu’il y a à vivre plusieurs siècles, à survivre sans se faire repérer, à la souffrance qu’on a à voir autour de soi mourir tous ses amis, tous ses enfants et à devoir cependant continuer de vivre.

L’immortalité, si j’en crois tous les livres qui lui sont consacrés, serait un terrible fardeau.

Ceci dit, je ne serais pas contre.

PS : Joseph Altairac me signale une terrible « gaffe » historique : on mange des pommes de terre bien avant que Parmentier les ait importées des Amériques.

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"Crusades" O.G.N.I

jeudi 15 avril 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

« Crusades » c’est un objet graphique non identifié.

Deux scénaristes, Izu et Alex Nikolavitch qui ont tous les deux fait du manga français, qui ont tous les deux été traducteurs de comic books américains ce qui est une bonne école, qui ont tous les deux travaillé sur la série « Spawn », et qui tous les deux désormais travaillent aux Humanoïdes Associés.

Par exemple, preuve qu’il aime vraiment la BD populaire, Nikolavitch travaille aussi pour Semic et pour d’anciens best sellers de la bande dessinée de gare devenus improbables comme « Spécial Rodéo », « Spécial Zembla », « Mustang » et « Kiwi ».

Cela me les rend évidemment forcément sympathiques puisqu’ils se refusent à choisir entre la BD Art et la BD populaire. Ils ont raison.

Et ils se renvoient la balle comme Boileau et Narcejac ou plutôt comme Souvestre et Alain pour « Fantomas », dont ils sont proches d’ailleurs, puisque sous prétexte d’uchronie historique, « Crusades » est un melting pot de tous les possibles, avec des zombies qui n’en sont pas et des chrétiens proches de la papauté, un alchimiste cynique et une belle bretteuse surgie de la tradition des héroïnes de films de sabres de Hong-Kong.

L’histoire change de cap sans cesse, nous ballandant comme elle en a envie, mais elle nous accroche.

Et la fin du tome 1, énorme (140 pages !), nous laisse face à un mystère qui évidemment nous obligera à lire la suite.

Comme dans presque toutes les séries, c’est avec la suite qu’on saura enfin où ils veulent aller et si ils vont quelque part.

En attendant, j’ai été pris. Et ce qui m’a fasciné, c’est le dessin de Zhang Xiaoyu, un chinois.

Sauf que comme tous les chinois, il a le sens pratique et peut changer de dessins totalement.

Chaque fois que j’ai croisé un artiste chinois de la nouvelle génération, il m’a montré des œuvres qui allaient dans tous les sens : heroic fantasy, illustrations à la manière américaine, images presque disneyennes, œuvres chinoisantes, mangas revisités, toujours avec le même talent et apparemment sans vraiment de préférence sinon l’envie d’être publié.

Dans le cas de Zhang Xiaoyu, il m’a vraiment balladé, comme ses scénaristes.

Le début c’est presque du Hermann ou du Bolton si on veut, mais les visages ont quelque chose pour certains de définitivement manga, nez pointu et yeux écartés.

Un peu plus loin, il y a une grande planche moyennageuse avec un combat grandiose, pas éloignée du travail de Gal, plus loin encore il y a quelque chose de presque italien dans la manière de montrer les royaumes d’Arabie autour de quelques détails significatifs, idem quand on en arrive aux églises et aux palais.

Il y a des scènes d’action époustouflantes, une mise en page qui change tout le temps, allant d’une accumulation paysagiste panoramique à des combats très découpés et avec en plus une couleur, superbe, qui parfois dit le contraire du dessin : plus la scène est violente, plus le traité des couleurs est poétique.

J’attends le tome 2 mais ce melting pot invraisemblable est pour l’instant ce que j’ai lu de mieux récemment en bande dessinée classique car quelque part c’est bien de cela qu’il s’agit, et d’une histoire qui aurait pu paraître dans « Spirou », une manière de Thorgal en somme, aussi habile, même si le dessinateur va dans tous les sens et subit toutes les influences, occidentales, orientales et même parfois de comic book, je trouve pourtant son dessin d’une immense sincérité et qu’il ne fait qu’adhérer aux délires de romans feuilletons des auteurs.

Cela fait longtemps que je n’ai pas lu non plus un album cartonné couleurs, peut-être à cause de la quantité d’informations, qui me procure ainsi le plaisir, durée de la lecture et rebondissements constants que j’ai d’habitude dans les mangas.

Quand il y a longtemps, Jean-Claude Mézières avait eu peur des mangas japonais en disant qu’ils risquaient de nous envahir – bien vu – il a d’ailleurs fini, c’est la vie, par collaborer avec l’ennemi pour l’adaptation en animation de Valerian, il aurait d’ailleurs été (regardez ses croquis et ses dessins pas finis) un excellent mangaka, il s’est trompé.

L’ennemi ce n’est pas le japonais qui reste singulier, l’ennemi, si ennemi il y a, c’est le chinois. Ils ont tant de dessinateurs là-bas qui arrivent et qui sont prêts à tout pour être publiés et qui ont tous les talents.

Certains peut-être se contenteront de devenir des clones, histoire de s’intégrer, mais j’ai l’impression qu’ils ont en dessous une force singulière, celle de la longue et belle culture graphique chinoise avec en plus une connaissance soudaine de ce qui se fait ailleurs, qui font que peut-être aujourd’hui Jean-Claude Mézières, s’il les découvre, aura de vraies raisons d’avoir peur.

Ce qu’on risque d’avoir bientôt sur le dos, comme aurait dit Jean Yanne, c’est des chinois à Paris.

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Comics Vinyls : pas besoin de la musique - 2ème partie

mercredi 14 avril 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

J’avais oublié toutes les pochettes de Jean Solé qui sait tout faire et qui fut notre grand dessinateur psychédélique, même si depuis il a surtout donné dans l’humour.

Je me souvenais de la sublime pochette « Jimmy Hendrix / 1 » dûe à Moebius, j’avais oublié « Jimmy Hendrix / 3 » dûe à Solé justement, presque aussi magique.

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Il y a Druillet, Frazetta encore et encore et les Bazookas, et la magnifique couverture de Mezzo pour Souchon.

Et dix mille autres choses. C’est publié par les éditions Ereme. C’est comme les couvertures des livres de poche des années 60, vous n’avez pas forcément besoin de connaître la musique à l’intérieur.

Maintenant que les 33 tours reviennent et qu’on en trouve un peu partout sur les marchés pour des sommes raisonnables : moi je ne dépasse jamais 2 euros, vous pouvez vous servir du livre comme guide, les acheter, les écouter pour voir s’il y a adéquation entre le fond et la forme, ou si la pochette est menteuse, si le disque est mauvais et si la pochette cependant vous a donnée envie comme certaines affiches de cinéma de quartier de films des années 60 qui annonçaient des merveilles qu’on ne retrouvait pas sur la pellicule.

Personnellement, j’ai toujours eu une préférence pour ces mensonges là : pour certains livres de poche américains avec une femme nue en couverture destinés à nous fourguer du Faulkner et pour certains péplums italiens ou espagnols particulièrement fauchés où il y avait des villes détruites et des monstres sur l’affiche et dans le film presque rien.

Ca rend la chose encore plus poétique.

Et puis comme certains de mes détracteurs disent sur d’autres sites (pas sur le mien, dommage) que je crois tout connaître, et bien je dirais la vérité : de ces pochettes de disques, je connaissais la moitié, mais cher Christian Marmonnier, il y en a d’autres que tu ne connais peut-être pas et que je te montrerai un jour, à l’occasion du second volume qui pour moi est d’ores et déjà indispensable.

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Loulou Picasso

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Comics Vinyls : pas besoin de la musique

mardi 13 avril 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

En littérature, c’est autour des prix littéraires que tout déferle, et on râte forcément des tonnes de choses.

Pour la bande dessinée, maintenant, c’est autour d’Angoulême. Je n’y suis pas allé.

C’est ainsi que je tombe tout d’un coup après sur « Comics Vinyls » de l’excellent Christian Marmonnier, un des deux compères qui a fait le livre pour moi définitif sur « Métal Hurlant » chez Denoel.

C’est pour ça que je ne le ferai jamais même si vous me le réclamez souvent.

Je ne l’écrirai pas de manière anthume (ne cherchez pas dans le dictionnaire, vous ne trouverez pas) mais peut-être que récupérant mes notes de gaz, quelqu’un fera quelque chose de posthume.

Cela ne me concernera plus.

« Comics Vinyl » est absolument formidable, c’est un peu comme le « dictionnaire du roman policier » de Mesplède, si complet qu’évidemment j’ai cherché s’il y avait des manques.

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Je n’en ai pas trouvé beaucoup chez Mesplède, un seul oubli en vérité. Je ne vous dirais pas lequel puisque ce sera rectifié dans la prochaine édition.

Dans le cas de « Comics Vinyl », je dirais que j’ai regretté l’absence de la plus belle pochette de Frazetta : celle de « What’s New Pussycat ? », qui introduisait la sublime partition de Burt Bacharach et de Hal David et la plus belle prestation de ce chanteur à un moment génial que fut Tom Jones.

Mais pour le reste, que de découvertes, et que de souvenirs aussi sont remontés à la surface.

Quand j’étais petit, j’adorais Bob Azzam, l’immortel auteur, je cite de mémoire, comme toujours chez les grands poètes : « j’ai une jolie femme et j’en suis ravi…Mais voilà le drame, elle se lève la nuit, et elle me dit, fais-moi du couscous chéri, fais-moi du couscous ».

Je ne savais pas qu’il avait fait une chanson sur le Marsupilami.

J’ai été ému de revoir la pochette de « La Marque Jaune », un disque 33 tours que j’ai écouté 150 fois au moins à cause de la voix de Jean Topart et de l’absence des images, trop définitives, de Jacobs. Oui, bizarrement, j’ai toujours préféré le disque à la BD.

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Edgar P. Jacobs

J’ai découvert un 45 tours des « Silvers d’Argent », le magnifique groupe autour de Charlie Schlingo qui m’a rendu fou car je ne l’ai pas, même si je continue à écouter en boucle le dernier CD des Silvers : Charlie était aussi, ne l’oublions jamais, un chanteur de génie, le plus grand chanteur français depuis Charles Trénet.

Et j’ai été jaloux de quelques picture disc (vous savez ces disques où l’image était directement imprimée sur le disque et qui étaient vendus sous un rhodoïde transparent) : de « Kriminal » et « Satanik » et ce sont des merveilles.

J’ai été ému aussi (décidément je m’émeus facilement ces jours-ci), en revoyant la jaquette de « Heavy Metal », le film, avec la couverture de Chris Achilleos.

Et puis il y a « Albator », « Superman » et « Batman », avec une pochette de Neal Adams que je ne connaissais pas…

Je me suis soudain souvenu en voyant la pochette de Frazetta encore, pour « The Fastest Guitar Alive », de ce western avec Roy Orbison que je n’ai jamais vu et que j’ai toujours fantasmé.

J’ai retrouvé cette époque où Eddy Mitchell, Dick Rivers, Marcel Dadi et les autres, faisaient appel aux dessinateurs de bande dessinées français. Ils étaient de la même génération et ces deux mondes communiquaient, plus qu’aujourd’hui d’ailleurs, quoique : disons que depuis le « Dennis Twist », les gens de la BD font souvent de la musique eux-mêmes et deviennent moins illustrateurs de la musique des autres.

Mais le livre est trop riche : on y revient demain.

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Frank Frazetta

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Le "Brasyl" de Ian McDonald

lundi 12 avril 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

Trop de bons livres en ce moment, loi des séries, je suis donc obligé de vous la faire courte,

il faut vous jeter avec la plus extrême urgence sur le livre de Ian McDonald, « Brasyl » qui est un chef-d’œuvre.

Cory Doctorow qui n’a pas l’admiration facile, n’exagère pas en disant que c’est un peu comme la première fois qu’on a lu « Neuromancien » de William Gibson.

Ca se passe aujourd’hui à Rio, mais les protagonistes sont encore traumatisés par la Coupe du Monde de 1950 où le Brésil perdit de justesse, ça se passe en 1732 au plus profond de la forêt amazonienne où prêtre contre prêtre, un jésuite « soldat de dieu » devra affronter un autre prêtre beaucoup plus effrayant encore que la compagnie de Jésus, mais ça se passe aussi en 2032, à Sao Paulo.

Ian McDonald est toujours passionnant car loin du nombrilisme habituel de la science fiction américaine qui parle d’une Amérique passée, présente ou future, il choisit d’autres cultures, dernièrement l’Afrique puis l’Inde, maintenant le Brésil, et à chaque fois affiche une vraie compréhension desdits pays, une vraie empathie.

Moi qui ai passé un peu de temps au Brésil il y a longtemps, j’ai reconnu mon Brésil, celui où l’on sent jusqu’à la plage l’odeur de pourriture qui descend des favelas mais aussi la bonne odeur des bistrots du bord de mer où l’on fait la feijoada.

Un très grand livre qui pour reprendre le titre d’un célèbre ouvrage anthologique de Robert Kanters au début de « Présence du Futur » au titre provocateur c’est : « de la science fiction pour ceux qui n’aime pas la science fiction ».

C’est aux éditions Bragelonne.

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Allan Dwan chez Carlotta enfin - 9ème partie

vendredi 9 avril 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

« Deux Rouquines dans la bagarre », un beau titre presque aussi beau, même si moins subtil, que le titre américain « Slightly Scarlett », semble en effet avoir pour partie échappé à son auteur.

En effet, Allan Dwan qui n’avait jamais lu le roman de James M. Cain dont le scénario était sorti, se souvient surtout de problèmes de censure et d’une scène torride qui posa problème : un cambrioleur pénètre la nuit dans l’appartement des deux rouquines (Arlène Dahl et Rhonda Fleming) et aperçoit un orteil nu, une jambe, puis la jambe disparait derrière le canapé, il voit, mais nous ne voyons pas,

Arlène Dahl sans doute en tenue négligée ou nue, elle pas démontée lui demande : « Qui êtes-vous ? » et lui répond : « Qui êtes-vous ? ».

Cette scène fut censurée, dans son souvenir.

Puis il parle d’une autre scène où Arlène Dahl encore, saoule, fait une espèce de striptease et qui est restée dans le film, il dit qu’il aurait aimé tourner ce film plus tard à une époque où la censure s’était fait plus légère, puis il se contredit en disant que la censure justement, obligeait à faire des choses subtiles, pour la contourner et que c’est peut-être cela même qui faisait la qualité des grands films noirs qui étaient aussi des grands films sur le sexe souvent.

Je n’irai pas par quatre chemins, pour moi Rhonda Fleming, flamboyante, bonne fille mais constamment aguicheuse et Arlène Dahl, mauvaise fille assumée, font de ce film un des plus érotiques et même dirais-je, un des plus pornographiques pour moi de l’histoire du cinéma.

Je n’ai jamais vu, même quand la censure s’est libéralisée une telle charge sexuelle, ni de films qui m’aient fait un tel effet, physiquement, que « Deux Rouquines dans la bagarre » sombre récit noir et rose avec l’affrontement de ces deux sœurs, une totalement dingue, kleptomane, nymphomane qui sort de prison, l’autre maîtresse arriviste d’un candidat à la mairie qui dit vouloir se débarasser de la pègre mais qui en réalité veut prendre sa place et devenir à son tour le maître de la ville : comme souvent dans les romans de James M. Cain, tout le monde est corrompu.

L’histoire est superbe, un peu comme dans « Traquenard » de Nicholas Ray, c’est un film totalement vénéneux, tout entier livré à la passion.

Et malgré l’avis de Dwan, le plus beau film pour moi de Dwan et Bénédict Bogeaus.

A noter pour l’anecdote que disert sur les détails, Dwan en raconte de belles comme par exemple le fait que ne supportant plus d’être obligé syndicalement à avoir des techniciens perchés au-dessus du plateau qui ne servaient à rien puisqu’il l’éclairait au minimum et selon la recette du père fondateur de la photographie de cinéma, James Wong Howe, ce chinois qui inventa l’éclairage du cinéma américain ou presque et dont je vous ai déjà parlé ailleurs : il fit faire faire de faux plafonds ce qui permit de supprimer lesdits techniciens.

Puis vient ensuite une longue interview de Robert Blees où il raconte sa carrière et dit des choses étonnantes.

Par exemple quelque chose qui ne m’était jamais apparu, le fait que les deux sœurs, Arlène Dahl et Rhonda Fleming, sont sœurs mais sans doute aussi amantes.

C’est un peu comme le « Gilda » de Charles Vidor où je me suis toujours demandé si les deux protagonistes s’intéressaient vraiment à Rita Hayworth ou si ce n’était pas plutôt un triangle amoureux dont quelque part elle était exclue sans s’en rendre compte, malgré ses efforts pour se faire remarquer.

Puis il parle longuement de sa collaboration avec Douglas Sirk sur « All I desire », il explique comment à la suite on lui dit de trouver d’autres sujets pour Douglas Sirk, et comment dans le stock des scénarios disponibles et des films qu’on pouvait refaire, il y avait « l’Obsession magnifique » (« Magnificent Obsession ») de John Stahl : il ouvrait ainsi la porte à tous les grands mélodrames que Sirk nous a donnés, réadaptant ensuite Stahl plusieurs fois, puis Blees décida de quitter Columbia et se retrouva vite à la RKO avec des budgets moindres, et commença sa longue collaboration avec Allan Dwan se retrouvant ici à adapter peut-être le seul mauvais roman de James M. Cain comme il le dit.

Avec « Deux Rouquines dans la bagarre » on peut voir deux films, un avec un gangster, Solly Caspar, et un homme de biens qui s’avèrera être une fripouille, le formidable John Payne, et une fille perdue, Arlène Dahl, et une fille bien, Rhonda Fleming, mais dont nous savons qu’elle est également égarée, quelque part : sa manière de s’habiller et la charge érotique du moindre de ses gestes est trop forte pour qu’on puisse la croire sur paroles quand elle dit vouloir être femme au foyer.

En vérité, le film policier est beaucoup moins intéressant que le film en dessous qui ne parle que de sexe trouble et troublant, voir le début, entre la sortie de prison où les deux sœurs s’étreignent, l’une habillée d’un tailleur strict (celle qui sort de prison), et l’autre vêtue en « objet de désir ».

Et il y a John Payne qui utilise un téléobjectif pour les photographier de l’autre côté de la rue, c’est déjà « Le Voyeur » de Michael Powell et nous sommes voyeurs avec John Payne.

Et puis Blees décidément intarissable, dit bien comment John Payne faillit devenir le nouveau Tyron Power mais râtant la marche se retrouva dans des budgets de plus en plus réduits, et il parle bien aussi de John Alton qui obtint un Oscar une fois au moins pour « Un Américain à Paris » de Minnelli et qui aimait tant introduire le maximum de scènes nocturnes dans les films en couleurs et qui croyait plus que tout à la puissance du noir par rapport à la couleur justement.

Se souvenant bien de la scène, non pas de cambriolage en vérité, mais de l’arrivée du gangster Solly Caspar chez lui et de la scène de l’orteil, il dit, merveilleuse contradiction, autre chose que Dwan : Dwan tourna deux fois la scène, celle qui est dans le film, dans son souvenir, est celle où Arlène Dahl est habillée et non pas celle où elle est déshabillée. Dwan, lui, se souvenait d’avoir totalement supprimé la scène.

Et il finit en beauté en nous disant que Rhonda Fleming, toujours vivante, croisant Arlène Dahl récemment à New-York, vieille mais toujours vivante, lui a dit qu’aujourd’hui tout le monde lui parlait encore de « Deux Rouquines dans la bagarre ».

Disons simplement que c’est un film rare, presque unique, quelque chose comme « Ecrit sur du vent » de Douglas Sirk ou « Traquenard » encore de Nicholas Ray,  un hymne aux péchés et à la vie un peu comme un vase d’orchidées : elles sont belles mais quand on s’approche, ça sent la pourriture. Et puis on réalise que cette odeur entêtante n’est pas désagréable.

« Deux Rouquines dans la bagarre » est un film qui m’a tellement impressionné que je reste encore interloqué : peut-être simplement parce que je n’ai pas encore compris pourquoi il m’a tant fasciné et pourquoi aujourd’hui quand je le revois, il me fascine autant.

Peut-être simplement parce que c’est un des films les plus beaux de l’histoire du cinéma, peut-être grâce aux contraintes de l’époque, les contraintes des studios, les contraintes de la censure, qui obligèrent scénaristes, metteurs en scène et producteurs à choisir un angle biaisé pour tout nous montrer, et nous en montrer le moins possible et suggérer, qui font que nos « deux rouquines » reste un des films les plus excitants sexuellement de l’histoire du cinéma.

 

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