×
L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

Liste des billets

LE CHAOS ENFIN

mardi 20 juillet 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

                          Ivre321_defaultbody

Hadrien Klent dont je ne sais rien et dont je ne veux rien savoir est publié par un tout jeune éditeur dont c’est le premier livre, les éditions Attila.

 

C’est un cyber roman.

 

Je veux dire que ça n’a rien à voir avec le cyber punk mais avec tous ces livres policiers ou de science fiction ou ces romans pour adolescents naviguant entre les genres précités et d’autres encore, rebondissant sans cesse, qui se passent entre le réel et le virtuel.

 

Le roman s’appelle « Et qu’advienne le chaos », à la Brunner mais avec un ton parfois manchettien, ce qui est évidemment un immense compliment, ça raconte l’histoire d’un scientifique qui a fait une découverte sensationnelle et qui pourrait changer l’histoire de l’humanité, mais le scientifique en question serait assez partisan, puisqu’il doit mourir un jour, d’en profiter pour suicider collectivement l’humanité, il y a un psychanaliste fou, un tueur à gages extrêmement efficace et merveilleusement terne, une mexicaine et un dentiste qui collectionnent les mâchoires des gens célèbres, reconstituées, et un magicien qui s’évapore pour de bon, et un couple, qui va tenter de sauver l’humanité.

 

Je suis en train de reprendre le dos de couverture qui pour une fois ne ment pas. Sinon qu’ils n’osent pas dire que ce premier livre est formidable. (On ne les croirait pas). L’auteur est désormais à suivre et entre polar et science fiction, ce bouquin m’a scotché, il est pour l’instant la grande révélation d’auteurs nouveaux pour l’année en cours en ce qui me concerne.

 

Sachez seulement que s’il y a une prunelle en couverture qui ressemble à un mandala, ce n’est pas sans raison.

 

 

Commentaires (2)

LA BIBLIOTHEQUE DE BEBEL

lundi 19 juillet 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

18ème PARTIE

 

Ressurgie d’un « Paris-Jour », du 15 juillet 1971, la page de bande dessinée de « Paris-Jour » est rigolote.

 

Il y a « Superman – L’Homme atomique » en un strip. Il s’agit des premiers strips justement, parus ici après coup, il y a « Davy Jones » la bande dessinée d’aventure de Alden McWilliams, dont à la même époque paraissait la formidable série de science fiction très sixties « Terres Jumelles » dans « Hurrah », il y a « Adorable Marie » qui est donc la parution en français de « On stage » de Léonard Starr, le collègue un peu plus raide mais presque aussi passionnant de Stan Drake et de son « Juliet Jones », il y a deux strips de « Tarzan » de Celardo, pas si mal que ça au fond. C’est l’histoire de tous les continuateurs de Hogarth et de Foster qui déçurent forcément. On a tous été injustes. Celardo n’est pas inintéressant même s’il était bien meilleur en comic book. Pareil avec Bob Lubbers : il y a de jolies filles dans son « Tarzan » mais on le sent absent.

                             Bebel18_defaultbody

Curieux d’ailleurs de voir que, excellents dessinateurs de comic books, Celardo ou Lubbers ont fait la même chose en gros qu’un autre grand dessinateur de comic book, Mac Raboy qui lui aussi nous déçut avec son « Flash Gordon ». A la relecture, on s’aperçoit qu’un ou deux épisodes sont pourtant tenus, dont celui que j’ai toujours comparé à la « L’Impératrice Rouge », un royaume sous-marin, avec des objets baroques au premier plan.

 

Il y a Paul Jones, une bande anglaise sûrement, dessinée par un espagnol qui travaillait pour la Fleetway, il y a « Guy l’Eclair », manque de pot c’est l’époque où Dan Barry est remplacé par Ric Estrada et le dessin est un raide, mais il y a surtout la merveilleuse bande dessinée pour fashion victims, « Tiffany Jones », qu’on aimerait bien voir rééditer un jour : Pat Touret était le meilleur dessinateur de bandes dessinées de mode de son temps et reste passionnant aujourd’hui.

UN BOUQUET DE PIVOINES

vendredi 16 juillet 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

       Pivoine61_defaultbody

Juste au moment où disciple de Jacques Boyreau, je suis en train de mettre en doute mon attitude et la vôtre quant à l’acquisition pathologique de DVD’s, qui ne veut pas dire possession des films contrairement à ce qu’on nous a fait croire, on ne possède pas les films mais que ce sont eux qui vous possèdent, je vous dis maintenant d’acheter avec la plus extrême urgence le coffret Collector de « Lady Yakuza » paru chez Metropolitan Film Export (www.metrofilms.com). Il y a également quelques films à l’unité mais le coffet a un tirage limité et il n’y en aura, je l’espère, pas pour tout le monde.

 

Je connaissais « Lady Yakuza » mais je n’avais pas vu les huit films et cela a été pour moi une révélation, car cette série pourrait bien être le chainon manquant entre les classiques de « Ninkyo eiga » (film de chevalerie), une des choses que raconte admirablement bien la préface de Léonard Haddad, écrite en plus superbement.

 

Les gens qui travaillent pour les DVD’s écrivent rarement superbement. Mais il dit tant de choses passionnantes dans le petit livret qui accompagne ce coffret, que je vais être forcé pour ne pas le paraphraser de vous parler d’autres choses.

           Pivoines4_defaultbody             Pivoines54_defaultbody

           Pioines_defaultbody             Pivoines847_defaultbody

           Pivoines56_defaultbody             Pivoines59_defaultbody

           Pivoines_defaultbody             Pivoine58_defaultbody

« Lady Yakuza » est donc au départ, il y a donc huit films dans le coffret,

une série d’un classicisme affirmé.

 

Autour d’une star, pour les amateurs de cinéma populaire japonais, incontournable, Junko Fuji qui sera Oryu, « La Pivoine Rouge », yakuza novice et vagabonde, femme dans un monde d’hommes, qui veut rester femme mais doit agir comme un homme, amoureuse parfois, rêvant d’avoir une famille, d’où les nombreux enfants qu’elle cajole dans la série. Mais ce n’est pas son rôle, c’est une yakuza, elle a choisi le chemin de la mort et de la solitude.

 

Mais je dévie, je reviens maintenant à l’essentiel.

 

« Lady Yakuza 1 : La Pivoine Rouge » et « Lady Yakuza 2 : La Règle du Jeu » sont définitivement des films d’avant, du temps où le cinéma n’avait pas besoin de fioritures. Et ils posent les bases de la morale yakuza, car il y a une morale yakuza : il y a dans la série de bons yakuzas qui se préoccupent du peuple, et de mauvais, qui veulent en tirer partie.

 

On ne fait pas dans le réalisme.

               Pivoine498_defaultbody

Dans le premier film elle devient elle-même dès le second, elle commence à traverser le Japon pour défendre les minorités et les oubliés.

 

L’histoire est toujours semblable, il y a donc de bons et de mauvais yakuzas, et de plus les personnages principaux sont toujours incarnés par les mêmes acteurs, toujours les mêmes méchants, toujours les mêmes bons, ce qui fait qu’en voyant les films on a l’impression de n’en voir qu’un seul.

            Pivoine59_defaultbody

Ce qui est extraordinaire c’est que dès le troisième volet dû à Kato Tai, auteur ensuite du sixième et du septième, l’avant-dernier, le cinéma japonais change, se tarabiscote, devient plus violent.

 

Ce n’est pas pour rien que « Lady Yakuza » se passe pendant l’ère Meiji, cette époque où une partie de l’Orient singe l’Occident (voir les yakuzas habillés en costumes de ville, ce sont toujours les méchants) et où une partie des japonais savent qu’ils ont ouvert la porte à un monde qui va les broyer. C’était évidemment une ère formidable à évoquer dans les années 70, dans un Japon déjà en crise, mais qui en réalité n’a jamais cessé de l’être.

 

Le Japon a alors perdu la guerre, heureusement il est là pendant les années 50 et 60 pour reprendre pied et pour se venger, ça l’occupe, mais dès les années 70, dès qu’il est rentré à nouveau dans la cour des grands, des grands pays veux-je dire, le Japon se pose des questions. Pour affronter l’occupant, américain essentiellement, il a fallu le copier, faire mieux que lui mais dans les mêmes domaines, et est-ce que tout le monde n’a pas perdu son âme ? L’âme japonaise.

          Pivoines1_defaultbody

On sait que les répercussions seront encore plus terribles car si les japonais adultes des années 70 et leurs enfants immédiats vivaient encore, nostalgiques dans le monde d’avant, leurs enfants et leurs petits-enfants, au fur et à mesure qu’ils apparurent, refusèrent le modèle qui leur était offert : travailler comme des bêtes pour sauver le Japon, et ils décidèrent de s’isoler, créant une culture melting-pot, celle des Otakus japonaises donc mais qui depuis, devenant une culture de l’enfermement dans le virtuel et dans les fantasmes, typiquement japonaise, qui par un juste retour des choses, a fini, à l’aube du troisième millénaire, par s’étendre au reste du monde.

 

Mais je fais trop d’apartés, je voulais vous dire donc qu’après les Kato Tai, j’ai un faible pour le huitième épisode « Lady Yakuza : Le Code Yakuza », dû et réalisé par Buichi Saito qui, en parallèle, est également en train de travailler au même moment sur une autre série d’ « après », le mythique, mythologique, et très bande dessinée, et très Tarantino avant l’heure, « Baby Cart ». Se faire donc les « Lady Yakuza » dans l’ordre ou dans le désordre, cela veut dire comprendre la mutation du cinéma japonais et au travers du cinéma japonais, la mutation du Japon.

            Pivoines55_defaultbody

Ca se fait en douceur avec des répétitions innombrables et admirables : « La Pivoine Rouge » chante sa chanson, une espèce de ballade pour gangsters à la Germaine Montero, période Mac Orlan, et puis il y a chaque épisode qui commence avec Junko Fuji face à nous ou face aux chefs yakuzas qu’elle visite au début de chaque épisode, qui dit qu’elle est la Pivoine, qu’elle est une femme, une errante et qu’elle a besoin qu’on l’aide.

 

Inutile de vous dire que de l’aide elle va en trouver, grâce à sa beauté fragile et à son intensité.

 

Dernier aparté encore (je n’aurais fait que ça aujourd’hui), cette beauté est très particulière et à l’aune d’aujourd’hui, on la dirait laide. Imaginez que vous êtes dans les années 60, à une époque où la plus belle femme du monde est peut-être Doris Day (ce que je pense toujours aujourd’hui), et vous vous rendrez compte que les canons esthétiques ont bien changés.

 

Junko Fuji, au contraire de la très moderne Meiko Kaji, l’héroïne de « Elle s’appelait Scorpion », est une beauté d’avant, une beauté du XIXème siècle, une beauté de l’ère Meiji en somme, ça tombe bien.

            Pivoines57_defaultbody

Au travers d’une petite série populaire, œuvre collective donc, au niveau des scénaristes comme des metteurs en scène, au travers de l’évolution d’une actrice qui, peu après le dernier épisode, va décider d’arrêter de tourner, ce qui la rendra plus mythique, autour d’une histoire de mondes en mutation racontée dans un monde qui lui aussi est à son tour en mutation, voici donc une série parfaite qui illustre mieux qu’aucune autre le changement qu’il y eut à un moment précis dans le cinéma japonais.

 

Avec une troupe d’acteurs merveilleux, au sens théâtrale du mot bien sûr, puisque certains sont habitués au rôle de fourbe, de méchant, et d’autres de héros irréprochable qui forcément vont mourir.

 

Il y a là-dedans une pureté. La pureté du grand cinéma populaire.Un sens moral aussi, le sens moral du grand cinéma populaire.

 

Aujourd’hui hélas le cinéma populaire n’est plus ni pur, ni moral. C’est comme ça.

 

Il ne fait que refléter le temps, les temps sont difficiles, comme disait le poète.

               Pivoines60_defaultbody

Commentaires (7)

LA BANDE DESSINEE SPORTIVE

jeudi 15 juillet 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

                SPORT546_defaultbody

Quand j’étais jeune, je n’ai pas connu Pellos, c’est plus tard que j’ai découvert ses magnifiques bandes dessinées sportives : il était sans doute le seul dessinateur à aimer dessiner des vélos.

 

J’ai par contre eu une épiphanie en tant que lecteur quand Raymond Redding avec Vincent Larcher, a fait un cocktail mêlant sport « coupe du monde de foot » et Philip K. Dick à sa manière, qui m’a marqué durablement.

                SPORTTDHT_defaultbody

Des bandes dessinées sportives, il y en avait plein dans les fascicules populaires, des histoires de footballeurs anglaises essentiellement, et puis le genre a disparu, or il semblerait qu’il existe toujours en Italie puisque j’ai lu coup sur coup une bande dessinée assez avant-gardiste, presque futuriste à sa manière, avec quelque chose de l’Association, le scénariste s’appelle Alessandro Sanna et le dessinateur Davide Bregola.

 

C’est une bande dessinée entêtante, limite onirique, et un hymne à la Marinetti, hymne à la vitesse avec des très jolies choses.

               SPORT55_defaultbody

Ca fait remonter le temps aussi car je n’étais pas de la génération Fangio mais nous avions Trintignant qu’on appelait « Pétoulet » car une fois il y avait eu des rats qui avaient fait caca dans son pot d’échappement

d’où un bruit de pet.

 

Je suivais des courses automobiles qu’on voyait tout petits à la télé et une ou deux fois, je suis allé les voir sur les champs de courses et j’avais un faible pour un coureur automobile espagnol qui n’a pas eu une grande carrière mais dont je trouvais le nom magnifique, Jorge de Bagration.

               SPORT11_defaultbody

C’est en Italie encore qu’il y avait une autre bande dessinée sportive formidable dûe à Davide Toffolo, encore un Davide, consacrée au grand boxeur italien Primo Carnera, qui raconte sa vie, la manière dont il partit pour l’Amérique, quand il devient champion du monde. Ca s’appelait « Carnera, la montagna che camina ».

 

C’est absolument formidable avec un usage extraordinaire de la bichromie et l’étrange dessin de Toffolo entre réalisme et caricatures avec en plus des trames qui font bien dans le style d’époque qu’il fait chez Coconino Press et il faudra bien qu’un éditeur français intelligent le traduise car c’est superbe.

              Sport1_defaultbody

Le dessin est entre réalisme et caricatures et fait penser en réalité à l’époque où la bande dessinée n’avait pas encore à choisir, l’époque en gros de Roy Crane, avec des changements de style quand nécessaire et si nécessaire qui là aussi font penser à la bande dessinée des origines, de pages très simples et claires à des scènes fort décoratives et il y a un morceau de bravoure au moment du match décisif au Madison Square Garden, face au tenant du titre Charkey, Primo Carnera va gagner.

 

On y croise les gens de l’époque avec leur petit portrait à la fin et même Jerry Siegel qui s’appelait encore Jérome Siegel, le créateur de « Superman ».

 

Il y a aussi un formidable carnet de croquis qui donne à penser que Toffolo aurait pu faire plus réaliste s’il l’avait souhaité.

 

Il a fait le bon choix.

 

En complément, une filmographie de Primo Carnera car ensuite il devint acteur, d’abord en Amérique le temps de deux films puis en Italie, et en Amérique à nouveau où il sera dans la suite de « King Kong », « Mighty Joe Young » et encore, décidément il ne s’éloigne pas beaucoup de la BD, dans le « Prince Vaillant » de Hataway et il finira sa carrière dans le joli film de Pietro Francischi, « Hercule et la reine de Lydie » avec Steve Reeves, ancien Monsieur Univers, dont on sait désormais qu’il doit beaucoup de sa force et de son charme au directeur de la photo Mario Bava.

      Sport_defaultbody

Il y a aussi une bibliographie consacrée à Carnera où l’on se réfère au seul livre que personnellement je connaissais, « Le Mystère Carnera » de Léon Sée, que j’ai trouvé il y a longtemps sur les quais, les photographes qui ont gelé l’image de Carnera comme Berenice Abbot ou Weegee et pour être bien complet les documentaires où l’on retrouve des images de Primo Carnera.

 

C’est donc un livre sérieusement traité avec un générique du diable puisqu’il y a deux assistants nommés, un biographe bibliographe, l’auteur de la couverture, on pourrait dire de l’affiche car c’est presque un film, et c’est charmant comme quand au cinéma on cite le perchman : ici on cite la correctrice.

Commentaires (4)

CATALOGUES DE LIBRAIRES : DES REVUES IDEALES

mardi 13 juillet 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

Je vous l’ai déjà dit à propos de la formidable librairie Godon, mais il y en a d’autres, certains catalogues de librairies sont indispensables et mieux que la plupart des revues par leur substance : les images qu’on peut découvrir, toutes ces merveilles qu’on avait jusqu’à présent ignorées et les notes d’accompagnement qui, quand elles sont bien faites, ressuscitent toute une époque.

              Catalog_defaultbody

C’est le cas de « La Nef des Fous » avec son catalogue 34 d’avril 2010 où par exemple il y a le « De generis humani varietate nativa liber » de Johann Friedrich Blumenbach, en édition originale, et j’y apprends qu’avec von Linné, « Blumenbach fut le premier scientifique a considérer l’homme comme une espèce à placer dans l’étude des sciences naturelles ». Je les cite (ils sont précis) : « Précisant l’écart morphologique entre l’homme et l’animal, il démontre l’hypothèse de Buffon selon laquelle l’environnement modifie la morphologie des organismes vivants qui transmettent cet héritage aux générations suivantes. Il divise l’espèce humaine… en 4 races distinctes : caucasienne, mongole, africaine et américaine…Il mène campagne pour réhabiliter les Noirs victimes d’une discrimination raciale. Nous lui devons le terme  « type caucasien », qui désigne pour les Américains le type « européen ». La publication de cette thèse marquera la rupture définitive d’avec la vision chrétienne de l’apparition de l’homme. Elle ouvrira les voies vers de nouvelles disciplines scientifiques qu’emprunteront Darwin et bien d’autres ».

               Catalogue_defaultbody

Ah ! ça vous en bouche un coin.

 

Plus loin dans le même catalogue, tout en couleurs qui plus est, il y a deux ouvrages fondamentaux sur la Chine. Un, « L’Ambassade de la Compagnie Orientale des Provinces Unies vers l’Empereur de la Chine, ou Grand Cam de Tartarie… », traduction du hollandais datant de 1865, et c’est un des premiers livres non dû aux jésuites sur la Chine. Et toujours sur la Chine, il y a « La Chine, ilustrée de plusieurs Monuments… » d’Athanase Kircher, traduit du latin (il avait été édité à Amsterdam).

 

Celui-là est le tout premier livre consacré à la Chine. Kircher, « linguiste confirmé, il est le premier à tenter une traduction des idéogrammes chinois et le premier occidental à donner une reproduction de l’alphabet sanskrit »…. « Il contient une description des villes et des architectures les plus remarquables dont un pont de pierre qui enjambait le Quan-Sé, aujourd’hui disparu… ».

 

Et je finirais, puisque je vous en ai déjà parlé, en vous avouant mon ignorance, à propos de « Les Papillons – Métamorphoses terrestres des peuples de l’air » de Amédée Varin et Eugène Nus, il y a une image, elle est magnifique et oui, ça ressemble à du Grandville et oui, je vous le dis ailleurs, Varin avait travaillé avec Grandville.

 

Il y a aussi les catalogues anglo-saxons, et anglais surtout, riches en iconographies et en longs textes d’explications comme celui de la librairie « Sotheran’s of Sackville Street » dont le catalogue « Spring Miscellany 2010 » contient par exemple un dessin signé Max Beerbohm, ex-libris pour l’auteur dramatique Harley Granville-Barker. Max Beerbohm, écrivain extraordinaire dont je vous reparlerai et auteur d’un certain nombre d’ouvrages magnifiques de caricatures des auteurs et artistes anglais du début du siècle dernier : d’Oscar Wilde et de sa mouvance, de tous les écrivains anglais des années 20, mais aussi, au préalable, de portraits chargés et de caricatures charmantes du cercle pré-raphaélite, donne ici à penser qu’il était aussi un ancêtre de Glenn Baxter. Vous verrez le dessin, il est prodigieux, s’il était signé Baxter vous croiriez que c’est de lui (page 34 n° 35).

 

Et il y a par exemple en page 400, un livre de R.S. Surtees, « Jorrock’s Jaunts and Jollities » : « the hunting, shooting, racing, driving, sailing, eating, eccentric and extravagant exploits of that renowned sporting citizen, Mr John Jorrocks. With an introduction by Joseph Grego », avec de nombreuses illustrations de H. Alken, Phiz, and W. Heath, qui porte un autographe de Orson Welles à Bernard Herrmann : « For Benny : with love and merry Christmas from Orson », avec en-dessous deux dessins d’Orson Welles, portraits approximatifs d’Orson Welles et de Bernard Herrmann. Un cadeau de Noël de Welles à Herrmann qui avait commence à travailler avec lui en 1937 pour la production radio de « Macbeth », Herrmann était à l’époque le chef de la musique chez CBS. Le programme radio ne vit pas le jour mais Herrmann commença à travailler pour le Mercury Theatre avec « First Person Singular », une série d’adaptation radio de livres fameux d’alors, écrit, mise en scène, produit et joué  par Orson Welles. Herrmann était sensible mais de caractère ombrageux, Welles était insensible mais de caractère ombrageux et comme le dit ailleurs John Houseman, scénariste de « Citizen Kane » : « Parmi les cris, les coups de bâton, les accusations de sabotage et les jets de scénarios ou de partitions de l’un à l’autre, ils se comprenaient parfaitement ». Puis vint « Citizen Kane ». Welles envoie un télégramme à Herrmann à propos de la prestation théâtrale, qui sera un échec, de la femme de Kane, Susan Alexander : « on retrouve Kane dans la salle pendant qu’on voit sa femme sur scène, la représentation a lieu, le rideau tombe et la musique s’achève.

          20100528152600_00001_defaultbody

La caméra sera fixe et le compositeur doit rendre cela vraie et naïf. Une chance pour vous de faire quelque chose d’amusant, c’est le moment pour vous de faire ça, je vous aime », signé Orson. Herrmann écrivit alors « Salammbô », un faux opéra français. Il écrivit d’ailleurs toute la musique du film et peu de temps avant sa mort, Welles disait que la musique avait représenté cinquante pour cent du succès du film.

 

Puis il travailla sur les « Ambersons », Herrmann eut une longue carrière de son côté, retrouvant Welles sur « Jane Eyre » où Welles jouait Mr Rochester, il fit les musiques entêtantes de deux films atmosphériques et terrifiant de John Brahm, le second fut l’inoubliable « Hangover Square » avec Laird Cregar, puis la musique inoubliable de « L’Aventure de Mme Muir » (« The Ghost and Mrs Muir ») de Mankiewicz.

 

Plus tard… On sait qu’il travailla avec Hitchcock pendant bien longtemps avec les musiques, entre autres, de « Marnie », de « Vertigo » et de « Psychose », et qu’ils ne se séparèrent qu’au moment de « Le Rideau déchiré ».

 

A ce moment là Herrmann retrouva une seconde vie puisqu’il fit la musique de « Fahrenheit 451 » pour François Truffaut, de « Sisters » et « Obsession » pour De Palma et de « Taxi Driver » pour Scorsese, qu’il finit d’enregistrer la veille de sa mort.

 

Et Scorsese dit alors la même chose que Welles, peut-être ne savait-il pas qu’il répétait l’histoire : « si ce film a du succès, ce sera en grande partie à cause de la musique ». Il ajouta plus tard : « C’est cela qui amena toute la psychologie des personnages ».

 

 

Commentaires (1)

OUROBOROS LE SERPENT QUI SE MORD LA QUEUE QUAND INTERNET PROVOQUE DES LIVRES

lundi 12 juillet 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

Si vous allez sur Wikipédia, je m’y rends souvent ces temps-ci car les choses s’arrangent : il y a de plus en plus d’articles bien faits et quand ils ne le sont pas ou incomplets ou insuffisamment documentés, cela est souligné.

 

Anerie au départ, c’est en train de devenir une vraie encyclopédie, ce qu’il faut souligner, prenez le mot « Ouroboros » vous verrez que l’article est bien. « Ouroboros » c’est donc le serpent ou le dragon qui se mord la queue et veut dire littéralement « qui se mord la queue », le symbole du cycle éternel de la vie, en grec ancien.

 

La notule fait le tour de cet archétype qui existe dans plusieurs cultures, de l’Egypte aux chinois par exemple, mais je vous laisse vous rendre sur Wikipédia qui désormais le mérite.

                Ouroboros1_defaultbody

Tout cela pour vous dire que je suis tombé récemment sur livre totalement aberrant, « BibliOdyssey Amazing archival images from the internet », based on the Weblog by PK. C’est le premier livre qui fait le point sur les nombreuses institutions, bibliothèques ou autres, qui commencent à mettre leurs collections en ligne alors qu’ils n’ont jamais sorti de livres sur l’intégralité desdites collections ou souvent pas de livres du tout. C’est édité par Fuel qui est distribué par Thames & Hudson et hélas pour l’instant en anglais seulement. On y fait bien le point sur le web visible, n’oubliez pas que soixante quinze pour cent du web, parce qu’on ne peut pas s’y raccorder facilement, parce que ce sont des sites payants ou tout simplement inaccessibles pour des raisons de mauvaises manipulations ou de mauvaise volonté ou de mauvaise dénomination ou d’encryptage déficient, est ce qu’on appelle « le web invisible », autres sources d’informations sur lesquelles on ne peut tomber que par hasard, avec de la chance. Internet c’est un iceberg dont on ne voit dépasser qu’un bout.

      Ouro2_defaultbody

PK est allé fouiller loin, évidemment il n’a pas pu tout trouvé et puis il y a un moment qu’il a écrit ce livre, depuis certains sites se sont enrichis, quelques-uns ont disparus et beaucoup sont apparus. Profitons-en pour saluer le travail de Fuel, formidable petit éditeur qui a par exemple publié trois livres sur les tatouages de la mafia russe, « Russian Criminal Tatoos encyclopédia », volumes 1 et 2, et d’un autre auteur donc complémentaire « Russian Criminal Tatoos encyclopédia ». Ils font d’ailleurs beaucoup sur la Russie et tous leurs livres sont formidables. Pour en savoir plus sur la maison d’édition, allez sur www.fuel-design.com

      Ouro3_defaultbody

Imaginez donc que vous décidiez d’abandonner les livres, c’est possible aujourd’hui et il y a par exemple un formidable site sur les illustrateurs de Jim Vadeboncoeur à l’enseigne de « Budplant Illustrated », qui ne deviendra peut-être jamais un livre et qu’il ne cesse de mettre à jour : c’est la meilleure encyclopédie actuelle, en couleurs, sur l’illustration. Le bout de l’iceberg qui dépasse chez lui c’est la formidable revue « Images » mais évidemment il y a beaucoup plus sur son site. Imaginez donc que vous abandonniez les livres et que vous ayez une petite imprimante et de jolis classeurs (je recommande ceux transparents de Muji qui sont très élégants) et partiez à la chasse.

               Ouro4_defaultbody

Vous y verrez par exemple un formidable dessin que je ne connaissais pas de George Cruikshank de 1845, « The Triumph of Cupid », cet illustrateur de magazines comme « Punch » et de Dickens, un peu fou et tout à fait formidable, il a des côtés Robida mais aussi parfois un dessin plus moderne,

déjà Panique, trouvable sur « Coconino Classics Museum » (www.coconino-classics.com). Vous trouverez de merveilleux incunables comme le « Python » de Giovanni Battista Nazari, de 1600, une illustration de texte alchimique qu’on trouve sur le site de la « Beinecke Rare Book and Manuscript Library Yale University » (www.libary-yale.edu/beinecke/index.html). Plus loin, c’est l’illustrateur de science et sculpteur Benjamin Waterhouse Watkins qui est à l’honneur avec « Man, Stag and Antelope » (« L’homme, le Cerf et l’Antilope »), vous verrez qu’il y a ses squelettes légèrement habillés, qu’on peut trouver sur « History of science and Technology Collection, University of Wisconsin » (http://digicoll.library.wisc.edu/HistSciTech). Comme je ne peux pas tout citer (le livre est excessivement riche), je vous conseillerai par exemple, parmi d’innombrables dessins anatomiques, « L’œil de la mouche » de Robert Hooke de 1966, un scientifique qui a travaillé avec Robert Boyle sur « la loi de Boyle », et qui utilise la photographie pour ses divers sujets d’étude, ici l’œil d’une mouche, qu’on peut trouver sur « Specialized Libraries and Archival Collections, University of Southern California » (www.usc.edu/libraries).

               Ouro5_defaultbody

Vous verrez qu’on peut trouver toutes « Les Fleurs animées » de Grandville sur le site de « Missouri Botanical Garden Library » (www.botanicus.org). Et un cousin de Grandville dont j’ignorais tout, Pierre Amédée Varin, avec des images de son « Empire des Légumes » et de son livre « Les Papillons – Métamorphoses Terrestres des Peuples de l’Air », qu’on peut trouver auprès de « Panteek Antique Prints » (www.panteek.com), et oui surprise,

il a travaillé avec Grandville sur « Les Fleurs Animées ». C’est donc peut-être pour cela qu’il lui ressemble beaucoup. La quête est sans fin,

je vous laisse faire la vôtre.

 

Par exemple dans le dernier numéro de « Le Magazine du Bibliophile », numéro 83, on signale qu’il y a maintenant à Marseille une association « Toth » qui est en train de mettre en ligne tout ce qu’elle peut sur l’Occitanie et sa tradition hermétique (Association Thot, chez Thierry E. Garnier, 29 Bld de la Lise, 13012 Marseille – www.thot.arqa.org).

 

Je vous dirais (même si je ne devrais pas vous le dire), qu’en clips, extraits de films et autres, entre « Dailymotion » et « You Tube », on trouve fugacement des milliers de choses. Parfois libre de droits, parfois ce n’est pas le cas et au bout de quelques jours les images sont retirées, il faut aller vite, l’ayant-droit s’étant manifesté… Par exemple, j’ai aimé l’émission de la BBC où Christopher Walken récite « Poker Face » de Lady Gaga comme si c’était du Shakespeare et aussi la scène ahurissante dans sa cuisine où il nous apprend à faire du poulet aux poires.

 

J’ai aussi attrapé du Adriano Celentano, du Mina, et un duo des deux avec la plus belle version de « Paroles » dont nous ne connaissons chez nous que la version française de Dalida, un clip sublime d’Edda del Orso, la voix (la voce), celle qui illuminait les partitions de Morricone comme « Il était une fois la Révolution », en montant haut en pureté et en douceur, mais qui a travaillé avec tous les grands autres compositeurs italiens de musiques de films, c’est un vrai défilé de mode où l’on voit que cette artiste qui a toujours voulu être discrète, était une superbe « fashion victim » seventies.

              Ouro6_defaultbody

Il y a aussi un clip récent mais comportant des images d’archives d’un des premiers rap vitaux, toujours aussi important aujourd’hui, « The Revolution will not be televised » (« La Révolution ne sera pas télévisée »)

de Gill Scott Heron. Et on peut voir Paul McCartney qui chante dans le métro, Ray Davies et son « Sunny Afternoon », et plein de versions de la plus belle chanson du monde « Little Green Apples » ou bien alors un extrait d’une comédie musicale que j’avais râtée avec Cyd Charisse et Ricardo Montalban qui est encore fringant et pas encore le vieux monsieur de « L’Ile Enchantée ». Il lui apprend à danser à la mexicaine : elle s’avance vers lui commençant ses entrechats, il lui fait signe d’arrêter de bouger et c’est lui qui danse autour d’elle.

 

Plein d’images disparaissent trois jours après être apparues, d’autres soudain surgissent, heureusement que j’ai actuellement pour moi les séries télé, drogue qui a créé une grave dépendance, sans ça je passerais ma vie dans mon téléphone, cela m’évitera de cumuler deux drogues addictives et quelque part, comme toutes les drogues, jamais complémentaires sans risque. Un « speed ball » de la tête en somme.

 

 

 

 

 

GLENAT ? OUI, MAIS GLENAT Espagne (2)

vendredi 9 juillet 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

               Glenat875_defaultbody

Dans la collection Parapapel, Salvador Vasquez de  Parga a consacré un gros ouvrage de textes aux romans populaires espagnols, « Héroes y Enamoradas », que nous ne connaissons pas, puisqu’ils ne sont pas arrivés chez nous. L’auteur s’y connait et il brasse large, depuis des fascicules populaires qui ressemblent aux nôtres et qui souvent ont été traduits « de l’étranger » comme chez nous, des livres d’aventure de Curwood à Simenon en passant par Edgar Wallace, il y a même quelques pulps, quasi à l’identique dont « The Shadow » qui s’appelle là-bas « La Sombra ». « The Shadow » n’est pas paru chez nous ce qui aurait peut-être changé bien des destins, mais d’un autre côté nous avions « Fantomas »…

Glenat456_defaultbody

Puis on en vient aux auteurs locaux qui ont fait des pulps locaux et très vite dans les années 40, on voit surgir des romans populaires au format de poche, de science fiction, de western, de polar et des espèces de super héros dont un s’appelle tout simplement Hercule, mais aussi des romans sportifs et encore et toujours, Edgar Wallace. N’oublions pas que son règne fut long dans toute l’Europe et même au-delà, et que dans les années 60/70, il fut adapté par exemple avec un énorme succès par le cinéma allemand de l’ouest où il y a là des choses admirables et nombre de ses films mériteraient d’être exhumés.

Glenat79158_defaultbody

Puis vient un héros que je connaissais en bande dessinée mais dont je ne connaissais pas la genèse en roman, un peu comme « Zorro », c’était d’ailleurs son concurrent postérieur, il s’appelait « El Coyote ». Il avait un grand chapeau ridicule et provoqua une floppée de concurrents directs à son tour comme « El Alcon ». Comme les aventures de « Zorro », « El Coyote » se déroulait en Californie, à l’époque où elle était encore espagnole, mais l’auteur m’a aussi donné envie de connaitre davantage un autre auteur qu’il encense : Guillermo Lopez Hipkiss et son « El Encapuchado » Il fut apparemment publié dans tous les pays de langue espagnole et ses protagonistes divers, masqués, comme « La Antorcha » ou « Mascara Negra » sont peut-être une des sources de l’iconographie des catcheurs mexicains.

            Glenat78523_defaultbody

Et puis il y a des histoires de pirates comme « El pirata negro », des histoires de jungle, des westerns encore mais vus désormais du côté indien, et de la science fiction.

 

J’ai été un peu malheureux car des couvertures épatantes sont reproduites en noir et blanc d’autant que certaines, surtout pour les romans de cœur, sont très belles. On y parle aussi, à partir du moment où le franquisme commença à s’écrouler, de romans érotiques pseudo-américains mais dûs à des auteurs espagnols.

            Glenat78484_defaultbody

Avec « Naviatom », je vois qu’ils avaient leur « Brantonne » qui avait l’air aussi bon que le nôtre, il y eut aussi dans les années 70 aussi, libéralisation des mœurs encore, des romans de terreur avec femmes dévêtues face aux monstres, et plein de sous « James Bond » tout à fait croquignolets, comme « Scum » qui me fait penser, en tout cas pour la couverture, à notre « Doberman ». Et curiosité, un nommé « S.O.S » dont les couvertures sont un copier/coller de notre « S.A.S ».

 

Salvador Vasquez de Parga a publié une floppée d’ouvrages sur les comics du franquisme, sur le roman policier, sur les espions dans la fiction, sur le roman noir, des monographies sur les auteurs de BD, Alex Raymond, Harold Foster mais aussi le grand auteur espagnol Emilio Frexas, il est extrêmement agréable à lire et tout à fait passionnant.

Glenat78347_defaultbody

Et surtout, il m’a laissé rêveur car il y a deux ou trois ans au Portugal j’ai vu quelques romans populaires qui m’avaient l’air étonnants mais je ne parle pas le portugais. Et comme maintenant j’ai fait le tour de presque toute l’Europe, je m’aperçois que partout, en même temps, il y a eu des fascicules puis des romans populaires puis des livres de poche à grand tirage autour des genres précités. Et je rêve d’un regroupement de fous de tous les pays, une espèce d’Unesco ou d’ONU du bis qui trouverait un éditeur, fou lui aussi, qui recenserait tout ça et nous verrions d’étranges correspondances et aussi de bien curieuses différences. Les ressemblances nous en diraient beaucoup sur ce que nous avons de commun, (souvent une influence américaine, plan Marshall aidant), et les différences nous en diraient beaucoup sur la manière dont l’Europe est en fait un groupement d’états heureusement très différents, un peu comme en Amérique du Nord, les gens de Miami et les texans n’ayant pas grand chose à dire à ceux qui habitent Chicago.

Glenat4165_defaultbody

Et pour les fous furieux, il y a un bel index à la fin, des collections de romans populaires par ordre alphabétique, la liste des auteurs qui, comme en France dans les années 50, et cela se prolongea en Italie jusqu’aux années 80, prenaient systématiquement des pseudonymes américains pour se vendre : il y a un Fred Williamson, mais ce n’est évidemment pas l’acteur, il s’appelle en vérité Guillermo Garcia Lopez, il y a deux Jack Gray mais l’un s’appelle Juan Llop Selliarez et l’autre Rafael Segovia Ramos. Un geek futur, un jour, se penchera sûrement sur ce grave problème en nous expliquant pourquoi il ne faut jamais les confondre.

Glenat784_defaultbody

Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, ce livre m’ayant fait rêver de son équivalent en couleurs, le même auteur, Salvador Vasquez de Parga a publié en grand format « Las Novelas de Aventuras en 250 portadas » dans la collection Pulpa toujours chez Glénat, avec une mise en page superbe, qui contient une sélection des plus belles couvertures couleurs des grands romans d’aventures espagnoles ou des grands romans d’aventures étrangers parus en Espagne.

Glenat758_defaultbody

Et là encore que de surprises admirables, ils ont un illustrateur de « Fantomas » qui s’appelle C. Daro et qui a fait de belles couvertures différentes de celles françaises de Starace, un merveilleux dessinateur des années 20 qui s’appelle Ribas et qui a fait dans la science fiction comme dans le policier, Arturo Ballester, incontournable, et d’autres illustrateurs dont un formidable pour « Tarzan ». L’auteur nous montre ensuite les grands romans policiers et populaires, Sax Rohmer là-bas aussi incontournable avec « Le Scorpion d’or » (« El scorpion d’oro »), et Victor Aguado m’est apparu immédiatement comme un des meilleurs illustrateurs du créateur de « Fu Manchu ». Comme c’était aussi l’époque où l’Espagne publia des espèces de pulps en reprenant les couvertures américaines, il y en a, puis viennent plein de romans populaires de petits formats dans tous les genres évoqués et j’ai été ébloui par « Agus » au trait quasi photographique. Pendant la guerre civile, les affaires continuant, il y eut par exemple un nommé Cobos qui dessinait déjà très exactement comme Torres le fera dans les années 70/80 en BD.

Glenat654_defaultbody

Et puis on passe au gros morceau, au plus grand éditeur populaire d’alors, aux éditions Molino à la collection La Biblioteca Oro.

 

Tous les genres étaient abordés et on revenait aux pulps parfois, « Doc Savage » avec sa couverture américaine, il y a un nommé Bocquet qui fait de beaux avions pour une collection d’aventures aéronautiques, et même un roman de Sheckley que je ne connaissais pas, qui s’appelle « El Agent X Action », la couverture est signée par un nommé Noiket, qui fait penser à l’illustrateur américain Bob Peake.

 

Il y a d’innombrables illustrateurs de westerns qui valent ceux de la formidable collection belge « Westerns » aux éditions Dupuis, dont l’épatant Salvador Mestres qui fait auusi penser à certains illustrateurs mexicains. Et puis il y a tous les polars espagnols, le succès de Edgar Wallace dont j’ai déjà parlé était tel, qu’il y eut même une collection « Wallace » mais le roman dont on voit la couverture est signé Tono Hattaway et ressemble aux « giallos » à couvertures jaunes italiens de la même période.

Glenat87_defaultbody

Et puis il y a forcément « El Coyote » avec son chapeau trop grand et mes préférés : un justicier urbain équivalent des super héros des origines, « Doctor Niebla » que je connaissais déjà en bande dessinée et dans la même collection Superhombres, « El fantasma » et le fameux « Encapuchado ». Et qui était Mary Ann qui faisait d’étranges couvertures entre mode et terreur de « Los Enigmas del Inspector Vega » ?

 

On finit en beauté avec les pirates et les aventuriers réactionnaires ou révolutionnaires à la manière du « Mouron Rouge », avec de petits fascicules vendus en kiosque à partir des années 50 et édités par Bruguera, où il y a aussi des histoires de guerre, de l’exotisme avec des noirs forcément méchants, forcément féroces, comme « Bwana » et une série appelée « Keeper film », adaptation apparemment de films en romans ou édition de romans qui étaient devenus films, ici : « La Dame de Shanghai » d’Orson Welles avec une jolie image de Batet et évidemment il y a la science fiction avec Parera Ribas et Jose Luiz.

 

Un voyage au pays des merveilles ibériques,je reviens donc demain à d’autres livres indispensables de Glénat, Espagne.

Glenat2_defaultbody

Glenat-espagne_defaultbody
Commentaires (5)

GLENAT ? OUI, MAIS GLENAT ESPAGNE (1)

jeudi 8 juillet 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

                             Glenat458746_defaultbody

Ca y est, vous allez vous dire que j’ai pété un plomb et que je vais vous raconter que Glénat éditent de la bande dessinée. Si ça continue comme ça, je vous dirais que Larousse publie des dictionnaires. Ce n’est évidemment pas de cela qu’il s’agit puisque je vais vous parler de Glénat Espagne qui n’est pas qu’une déclinaison de Glénat France mais qui a aussi ses particularités et qui publie des livres épatants sur l’histoire de la bande dessinée, sans équivalence chez nous, grâce à l’éditeur Joan Navarro. A commencer par « Los comics gay » de la biblioteca Dr Vertigo de Santi Valdez qui recense les coupables habituels de « Tom de Finland » à « Anarcoma », la magnifique héroïne ou le magnifique héros, comme on voudra, de El Vibora, la grande revue underground barcelonnaise née en pleine Movida et qui est indubitablement le chef-d’œuvre de Nazario et la meilleure bande dessinée transgenre avec ce que fait Baldazzini et en underground américain « Horny Biker Slut » qui d’ailleurs a été publié en France il y a quelques temps dans l’indifférence générale. Il y a bien sûr « Ralph Koenig », quelques BD espagnoles ou américaines underground que ne n’avais jamais vues et évidemment, (mauvais esprit nécessaire), « Batman et Robin » et le « Tarzan » de Hogarth. Mais aussi « Den » de Corben que j’ai publié à son époque. Et j’ai réalisé tout d’un coup que cela se tenait car, même si le « Tarzan » de Hogarth était destiné à un public généraliste, même si le musclor de Corben était destiné aux amateurs d’heroic fantasy, « Den », avec son gros zizi qui balance dans tous les sens a quelque chose de « Tom de Finland ». Petite aparté, à propos de Hogarth ou plutôt d’Edgar Rice Burroughs, certains on fait bien plus fort.

 

Voici quelques images extraites du volume 2 numéro 48 et de mes greniers de la revue « Amra », fanzine qui ne parlait en gros que de Edgar Rice Burroughs et de Robert Howard, l’auteur de « Conan » et dont je vous montre quelques images : décidément, pour les amateurs d’héroic fantasy purs et durs, les frontières se brouillent car voici quelques dessins (non, ce ne sont pas des photos mais des dessins après photos) de Paul Gerrior et puis aussi à propos de « Conan », quelques images de Georges Barr. Vous verrez que « Tom de Finland » n’est pas loin et que décidément à partir du moment où on fait dans le musclé, dévêtu ou au contraire à peine, vêtu d’un slip en fourrure ou en cuir, on attire forcément des sensibilités diverses.

Glenat4846-copie_defaultbody

C’est à ma connaissance le meilleur ouvrage publié, tous pays confondus, sur la BD homo et ils n’oublient pas par exemple les innombrables comics bishonen japonais sur lesquels je reviendrais un jour. Mon seul regret est que ce livre ne parle pas des comics lesbiens sur lesquels il n’y a pour l’instant, nulle part d’ouvrages de référence conséquent.

Gay_defaultbody

Et demain je vous parlerai de deux ouvrages qui se complètent parfaitement et qui sont comme un continent oublié ou comme un coffre aux trésors ou aux souvenirs devenus précieux qu’on découvre au fond d’un débarras, à la cave ou au grenier.

Jpd_defaultbody

 

Commentaires (3)