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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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TROIS ROYAUMES, VERSION LONGUE, UN CHEF-D’OEUVRE

mercredi 7 juillet 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

 

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La durée d’un film est objective. J’ai pendant quelques temps travaillé dans une grande maison de presse et d’édition, assez laxiste quant aux horaires de ses employés. Il suffisait de laisser sa veste sur une chaise, la veste prouvait qu’on était dans le coin, dans un autre bureau du dédale éditoriale, et certains en profitaient énormément. Cela n’empêchait d’ailleurs pas les journaux de sortir et d’être bien faits. Je pense que les instances dirigeantes s’étaient rendues compte, théorie que plus tard Pierre Lescure reprit à Canal+, qui disait qu’il fallait laisser à quelqu’un qui travaillait de l’air du temps, le temps de « glander », lui y compris. Toujours est-il qu’il y avait le rédacteur en chef d’un journal qui vendait des tonnes à l’époque, qui parfois partait pour se payer une toile. Quand il le faisait il me demandait toujours si je voulais l’accompagner au cinéma en disant, je refusais toujours, préférant aller au cinéma seul et ne pas faire un débat à la sortie même de deux personnes : « je vais perdre deux heures au cinéma ». Une phrase qui m’énervait. Parce qu’il n’y a pas de temps perdu.

 

Et aussi à cause de la notion de « deux heures », notion évidemment subjective car je savais bien que le film qu’il allait voir, suivant la manière dont il le manipulerait, durerait vingt minutes ou trois ans.

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Car les films c’est une manière subjective pour le metteur en scène, de dilater ou de concentrer le temps.

 

Un bon metteur en scène, qu’il choisisse la lenteur extrême et nous donner l’impression, comme certains japonais dans les années 70, que le temps s’est arrêté, ou comme les grands maîtres des années 30 hollywoodiens qui brossaient une fresque en une heure trente cinq, voir plus tard, apogée du genre, de petites fresques qui duraient moins de deux heures et qui vous donnaient l’impression de durer des années, comme « Tulsa » de Stuart Heisler.

 

Nous sommes alors prisonniers du temps, du temps que choisit le metteur en scène, pour nous la durée du film est objective. La première fois que je m’en suis aperçu : cela remonte loin.

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Nous avions vu « Le Crépuscule des Dieux » (ou « Ludwig ») de Visconti, en version courte qui durait moins de deux heures et cette version courte, maladroite par obligation, commençait en gros avec la déchéance de Ludwig, et finissait autour de son trépas : elle semblait d’une longueur inhabituelle. On s’ennuyait un peu.

 

Un jour j’ai vu la version longue qui durait plus de quatre heures, le film donnait l’impression de durer dix minutes, entre la première partie, Ludwig jeune et beau, compagnon de Sissi, et la seconde, la déchéance justement, et des tas de beautés annexes qui avaient disparues de la version courte. C’est cela la magie du cinéma, la magie objective. Il y a la durée du film dans l’absolu et il y a sa durée subjective. Et donc objective puisque ce n’est pas nous qui décidons, mais le metteur en scène.

 

J’espère que je me suis fait bien comprendre.

 

Cette impression m’est revenue en voyant, enfin, la version longue de « Les Trois Royaumes ». Le film passe comme un éclair et il dure pourtant quatre heures et demie.

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La version courte, j’avais mis du temps à la voir, car le retour de John Woo je n’y croyais guère. Magnifique à Hong-Kong, son parcours américain m’avait horriblement déçu. Son meilleur film là-bas avait été « Face Off » qui était en fait un condensé de toutes ses obsessions du passé, un « Best Of » en somme, le reste j’avais préféré l’oublier. Qu’il soit reparti en Chine c’était une chose, qu’il revienne sur le devant de la scène… Je n’y croyais guère.

 

Donc, j’ai râté « Les Trois Royaumes », version courte, et puis je l’ai enfin vu un jour.

 

J’ai trouvé ça bien, en me disant qu’il s’était repris mais je n’avais pas encore vu le film tel qu’il doit être vu, en deux parties et dans toute son étendue nécessaire. Je n’en suis pas encore revenu.

 

Le film dure maintenant deux cent soixante seize minutes et m’a fait penser à une expérience terrible, que j’ai vécue. Quand j’ai distribué « Seven Swords » de Tsui Hark.

 

Il y avait un scénario magnifique, pas tellement éloigné des « Trois Royaumes », une grande fresque historique qui se déroulait dans la Chine ancienne et l’histoire coulait de source : la rencontre progressive de ces sept épées, une manière de revisiter en somme « Les Sept Samourais » mais à l’aune de la mythologie chinoise, puis les affrontements divers, la découverte progressive de personnages secondaires, apparemment passifs qui s’avéraient personnages principaux ensuite, et l’histoire telle qu’on pouvait la lire et la deviner au travers dudit scénario, s’avérait palpitante. Le film est arrivé, il ne durait que deux heures et quelques. Et il était long, embrouillé, trop elliptique parfois, des séquences entières manquaient, et l’on se demandait comment tel personnage était arrivé là et où était passé tel autre.

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Le film était long, lent, malgré d’innombrables splendeurs.

 

J’ai alors demandé à Nansun Shi et à Tsui Hark s’ils n’avaient pas envie de faire la version longue.

 

Ils ont renâclé pour des raisons diverses.

 

La première évoquée fut que cela aurait coûté une fortune de remonter le film en gardant toutes les séquences qu’ils avaient tournées, il y avait de quoi faire six heures de film en vérité, pour sortir une version longue.

 

Ils ont renâclé donc, prétextant, car je crois que c’était un prétexte, du prix que cela aurait coûté et qu’ils voulaient que je porte unilatéralement, puisque j’étais le seul apparemment à me passionner pour ladite version longue. En vérité je crois que Tsui Hark était déjà parti ailleurs, sur un autre projet.

 

Il a un côté Orson Welles, c’est son démon. Quand il fait un film, il est déjà dans le suivant.

 

Et je regretterai toujours de ne pas avoir vu le vrai « Seven Swords ».

 

Et maintenant donc j’ai vu « Les Trois Royaumes », adaptation d’un immense classique de la littérature chinoise qui raconte un moment de l’histoire de la Chine et qui est une histoire de stratégie, autour de la manière dont vingt mille hommes, puis dix mille, puis vingt mille à nouveau, peuvent en vaincre trois cent mille, parce qu’ils ont raison, mais aussi parce qu’ils savent tenir compte de facteurs impondérables extérieurs alors que le premier ministre de l’Empereur qui vient pour les envahir et les annihiler, lui a perdu de sa force car il a trop souvent gagné et ne se remet plus en question.

 

Dans cette version longue les acteurs principaux, Tony Leung, Takeshi Kaneshiro et les autres, ont tout l’espace nécessaire pour développer leur personnage et leur caractère, et surtout ce qui m’a fasciné dans le film c’est son montage extraordinaire. Profitant de la magie du digital et de la manière dont on peut, sur des séquences éventuellement manquantes, qu’on découvrirait après coup, ralentir l’image, la figer, profitant aussi de la manière presque subliminale dont ledit montage s’il est bien fait aujourd’hui, permet davantage qu’auparavant d’accélerer ou de ralentir le temps. Un peu comme les expériences que faisait Friedkin dans les années 70 mais où à l’aune de l’ancien cinéma, certaines de ses audaces n’étaient pas apparentes, trop discrètes, John Woo nous donne, et c’est une bonne nouvelle, et c’est la preuve de son retour, et c’est aussi la preuve du fait qu’un grand metteur en scène ne doit jamais être oublié même s’il a un passage à vide, il nous donne un chef d’œuvre du troisième millénaire où entre les effets spéciaux qui, oiseaux qui volent traversant l’univers ou flammes qui s’étendent à l’infini, est l’opposé de ce que font la plupart des américains en utilisant les effets digitaux pour la surenchère. John Woo l’utilise pour créer un nouveau vérisme lyrique.

 

Il n’est plus tout jeune mais il a totalement compris ce que permettaient les nouvelles technologies et nous donne donc un des premiers films du cinéma tel qu’il est désormais possible.

 

Et ce qui m’a fasciné dans ce magnifique coffret sorti chez HK Vidéo, en deux parties avec livrets, « Les Trois Royaumes » version longue : ça m’a donné l’impression de durer une demie heure à peine, je l’ai regardé tétanisé, les deux parties à la suite, et c’est au soir quand j’ai eu faim que je me suis rendu compte que j’avais passé l’après-midi.

 

C’est ça la magie du cinéma.

 

Un temps subjectif pour le metteur en scène qui a étiré certaines scènes à l’infini et à l’opposé quelques images presque subliminales, à peine perceptibles et qui pourtant viennent enrichir l’action : pour nous ce temps devient objectif, le film passe comme un éclair alors que dehors il ne fait plus jour et déjà nuit.

 

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UN MINUSCULE RUISSEAU DEVENU RIVIERE BLANCHE

mardi 6 juillet 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

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Les éditions « Rivière Blanche » font de l’excellent travail. Pas tout car ils rééditent un certain nombre de classiques qui pour moi ne l’ont jamais été. Du « Fleuve Noir » essentiellement.

 

Dans leur séries d’anthologie sur les différents pays exaltantes, ne manquez pas « Dimension URSS » présentée par Patrice Lajoye qui fait bien le point sur les grands maîtres de la science fiction du passé, on connaissait déjà, mais aussi sur la nouvelle vague celle qui est apparue dans les années 70 et qu’on ignore encore ici.

 

Il y a aussi le formidable « Dimension Latino » consacré à la science fiction latino-américaine par Sylvie Miller qui sait  bien séparer les pays car pour nous l’Amérique du Sud c’est un tout et un pays lointain.

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Elle a laissé dehors le Brésil, normal ils parlent portugais et elle peut-être pas, mais il y a bien l’Argentine, le Chili, la Colombie, le Mexique, Cuba où un nouveau nom d’importance est apparu récemment, Yoss, en Argentine elle n’oublie pas Carlos Gardini qui aurait dû depuis longtemps être publié en France par un éditeur classique, ça serait mieux passé pour lui : il a eu un Prix en 1982 pour une nouvelle décernée entre autres par Jorge Luis Borges et il est proche de ce qu’on appelle le réalisme magique.

 

Elle nous explique bien tout au long du livre la différence justement entre tous ces pays qui parlent tous l’espagnol mais qui n’ont pas grand chose à voir entre eux. Je me souviens, il y a longtemps, j’avais un ami panaméen que je voyais souvent et d’autre part un ami colombien. Un jour je les ai présentés l’un à l’autre, ils en sont presque venus aux mains, le colombien fils de diplomate démarrant sec en disant : « Ah ! Vous venez de la grande Colombie » le panaméen rétorquant je ne sais plus quoi…

 

Il y a de plus une belle postface qui fait le point justement entre les ressemblances et les divergences et des différents auteurs, ce qui m’amène à vous parler de l’anthologie précédente de Sylvie Miller, « Dimension Espagne », où nous connaissons davantage d’auteurs bien sûr puisque quelques-uns sont arrivés chez nous comme Juan Miguel Aguilera mais nous avons encore beaucoup à découvrir.

 

A propos par exemple de la couverture, superbe, signée Juan Miguel Aguilera, on découvre avec surprise et ravissement que celui-ci était aussi un excellent dessinateur dans la lignée de Tibor Csernus. Par contre j’ai du mal avec la couverture de Guevidal pour « Dimension Latino » mais l’illustrateur russe de « Dimension URSS », Alexei Kondakov a bien du talent.

 

J’oubliais : dans les deux autres livres aussi, il y a une postface éclairante : des anthlogies où il n’y a rien à jeter.

 

PS : Par ailleurs, dans « Dimension URSS », il y a la couverture d’un « Science et Avenir » local : « Teknika molodegi » (« La Technique des Jeunes »), avec des équivalents de Paul, et autres illustrateurs d’ « Astounding », mais soviétiques.

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MESSAGE DANS UNE BOUTEILLE (14)

lundi 5 juillet 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

C’est la mort dans l’âme que j’ai décidé, pour l’instant, de ne plus répondre systématiquement à tous vos courriers.

 

En fait je suis assez étonné.

 

Vos réponses circonstanciées valent souvent très largement les quelques réflexions dont je vous ai fait part, les complètent, les contredisent, parfois les améliorent souvent et quand vous vous répondez les uns aux autres, je pense que je pourrais disparaitre sans que vous ne vous en aperceviez, et cela est bien.

 

Il m’est arrivé une chose extraordinaire à Saint-Malo. Je m’étais allongé sur une pelouse pour prendre le soleil et j’ai rencontré un, puis plus tard un deuxième, de mes « correspondants » réguliers. Je me souvenais de ses textes et nous avons parlé comme si nous nous connaissions déjà. Il y a donc une magie particulière d’internet puisque nous n’avons pas perdu de temps, simplement nous avons mis un visage sur une âme que nous connaissions déjà et continué la conversation.

 

Disons pour la faire bref que j’attends maintenant quand il aura fini, le brillant essai de Jean-Alain Moens.

 

Je dirais à Olivier qu’en vérité je sais depuis longtemps que la fin du monde a déjà eu lieu puisque je l’avais annoncé en 1975 ou 1976 dans la revue « Métal Hurlant » et que je suis d’accord pour ces choix graphiques.

 

Par contre à Jacques Dutrey je suis obligé de répondre que oui, confondre Gertrude Stein et Gloria Steinem : je n’ai qu’une excuse, je suis gâteux.

 

Et puis il donne plein de renseignements sur les parutions prochaines de Kurtzman auxquelles je vous renvoie (billet « Humbug, enfin (suite) du 10 avril 2010).

 

A Sara je dois dire que non, la sortie de « Les Chaussons Rouges » n’a été que française grâce à l’épatante maison Carlotta.

 

A Juju Collector, mon vieux complice (interneteux), non il n’y a pas de pochette de Wolfmother.

 

A Foreau D., oui j’aurais dû aller voir pour Lelong dans les Osterwalders.

 

Cher Kaze, j’attends donc de lire les nouvelles éditions des fumettis français puisqu’ils reviennent. Mon seul regret est que le meilleur actuellement, « Brendon », n’est pas trouvé d’éditeur car c’est là-bas que se sont réfugiés un certain nombre de dessinateurs espagnols des années 70 tout à fait intéressants comme Sio ou Marotto et qu’il y a surtout l’épatant Franzella.

 

Par ailleurs, toujours à toi Kaze, je dirais qu’étant actuellement sous l’eau (au sens figuratif), ayant tant de fers au feu, si tu peux attendre pour ton projet scolaire, que tu me recontactes à la rentrée. Peut-être alors aurais-je le courage de te répondre mais en ce moment, impossible.

 

Cher Juju Collector, tu verras que j’ai fait amende honorable (à ma manière) en ce qui concerne Buscema. Je n’avais peut-être pas été clair dans un premier texte et d’autre part, oui, Tristan Lapoussière a écrit un certain nombre d’articles tout à fait intéressants dont un sur un bon philippin, Ruben Yandoc.

 

A Lupo Mnema, je dirais que je suis bien triste de la disparition de Kees Kousemaker et à ce propos, parmi les pères fondateurs, c’est-à-dire ceux qui parlent le mieux de ce qui se passe chez les illustrateurs ou les dessinateurs obscurs, je n’arrive plus à joindre mon ami Jim Vadeboncoeur dont le mail rebondit sans cesse. Est-ce quelqu’un a une information ?

 

A Peter 12, je dirais que je ne sais pas quand on va se croiser. Peut-être à Japan Expo mais si c’est comme l’année dernière et si la queue dure encore des kilomètres, je vais peut-être abandonner, à moins que mes filles, deux jumelles de douze ans, otakus déjà, ne m’y obligent.

 

Cher Romuald, content que vous soyez d’accord sur Loomis qui est un génie et je pèse mes mots.

 

A Renaud Leory, je le remercie infiniment pour me citer tous ces livres sur la police et dès que j’aurais fini mon déménagement, je lui en signalerai un ou deux autres qu’il doit absolument connaitre.

 

Entre autre un tout à fait aberrant publié en 1946 à la Bibliothèque de Criminologie et que je garde pour plus tard tant le sujet est sidérant.

 

Si je ne réponds ni au Baron Rouge, ni à David Murail, car je n’ai pas vu les rééditions de Poivet chez Taupinambour, ce n’est pas parce que je n’ai pas lu leurs textes.

 

Merde, Frazetta est mort me dit Gilles. Je sais qu’il allait très mal depuis quelques temps mais c’est bien triste et ce qui est encore plus triste, c’est qu’à une époque lointaine, ça aurait fait la Une de « Libération ».

 

Quant à Mantichore, oui bien sûr, Salieri en son temps fut encensé et pas Mozart. J’ai vu l’opéra rock, je sais tout ça.

 

Je plaisante, j’ai vu l’opéra rock et j’ai trouvé la mise en scène d’Olivier Dahan admirable, si admirable même que je n’ai pas entendu la musique ce qui est bien.

 

Goodies75 m’a doublé car je comptais parler un de ces jours de « Breaking Bad » et je le ferais sûrement, et aussi de « La Fureur dans le Sang », je le ferais sûrement.

 

Quant à Jean-Luc Fromental puisque je t’ai croisé depuis, je vais tancer les gens de Rivages Poche qui ne m’ont pas envoyés « Paroles de Chiens » et la prochaine fois qu’on se parlera je pense que ce sera encore en se croisant au coin d’une rue, sachant que maintenant tu es méfiant puisque je peux confondre, tu le sais désormais, le Yacht Club de Saint-Malo et celui de San Diego. Il est vrai que ce sont deux saints.

 

Vous m’avez tous repris en me disant que Conan Doyle n’avait pas photographié les fées mais authentifier simplement les photos des fées de Cottingley.

 

Là j’ai commis une ânerie considérable et répétitive car longtemps j’ai cru que c’était lui qui avait fait les photos puis on m’a appris que non, et pourtant je m’entête, car l’idée me plait bien.

 

A serial, je dirais qu’il a maintenant les deux plus beaux livres de Poïvet s’il ne doit en avoir que deux. Le « 30 x 40 » était un travail d’amour, pas seulement de moi mais de Robial, d’où la couverture magnifique, et de Paul Gillon qui a participé à la chose.

 

A Mantichore encore, je dirais que « Life on Mars », c’est bien le titre, et que c’était une faute de frappe, et lui aussi me double encore puisque ça fait longtemps que je voulais parler de « MI-5/Spooks ».

 

Quant au fait que nous soyons incapables de faire des séries télé du même niveau que les anglais, je crois qu’une des raisons, et c’est pareil en Amérique, est que certaines idées, si on les proposait en France, vous feraient immédiatement enfermer chez les fous.

 

Imaginez que vous disiez un jour : j’ai une idée, ce serait de faire une série uchronique qui se passerait dans un monde parallèle, qui ressemble beaucoup au nôtre et où un homme médiocre et caractériel est couronné par des papillons.

 

Un signe de dieu qu’il doit devenir roi.

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Dans une Amérique en guerre qui est aujourd’hui et à New-York avec des immeubles en verre en plus mais qu’on appelle Shiloe, souvenir de la guerre fratricide de Sécession, il est donc roi mais un nouveau souverain va apparaître couronné à son tour par les papillons : on vous foutrait dehors.

 

Et bien en Amérique, chez une Major, « NBC », venant donc contredire ce que je vous ai dit, ça existe et c’est formidable, ça s’appelle « Kings ».

 

Et je finirais pour John mac pudead en disant que bien sûr que « True Blood » est très bien, simplement je commence à en avoir aussi marre des vampires que des zombies.

 

Et voilà, j’ai répondu malgré moi et je regrette déjà tous ceux à qui je n’ai pas répondu mais c’est mon choix et je le respecte.

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L’ART C’EST DU LARD

vendredi 2 juillet 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

Décidément, j’aime bien « Le Magazine du Bibliophile » et dans ce numéro 84 particulièrement un article de Jacques Desse qui ne mâche pas ses mots  et qui me rappelle un article que j’ai commis il y a longtemps et qui me valut bien des ennuis : j’avais comparé le prix d’un dessin dans sa période réaliste de Paul Klee, magnifique, représentant une petite rue en escalier au Maroc et son prix, à mon sens ridiculement bas, et celui d’une gouache de Mézières pour Valérian, en disant qu’on pouvait s’acheter quatre Klee pour le prix d’un Mézières.

 

Plus tard j’en ai parlé avec Mézières que cela avait choqué et je me suis excusé d’être tombé sur lui : il ne tenait pas à vendre ses originaux et n’acceptait de les vendre que cher, d’où un effet contraire, ses originaux valaient cher. Je lui ai dit que cela n’avait rien de personnel, que j’avais toujours aimé son travail, que j’aimais toujours autant, mais que je l’avais choisi au hasard comme j’aurais pu choisir la plupart de ces contemporains, auteurs de bandes dessinées.

 

Et c’est exactement ce que dit Jacques Desse dans « Chers, les livres anciens ? », en disant, je cite : « pour le prix d’une planche originale de Tintin, on peut s’offrir un tableau d’un des plus subtils peintres français du XVIIème siècle ; pour le prix d’une figurine de BD en plastique, comme il s’en vend des millions chaque année, on peut posséder une petite pièce de l’antiquité romaine ou égyptienne, voire de la préhistoire… ».

 

Je ne peux évidemment qu’acquiescer.

 

Ce qui m’interpelle le plus, c’est aussi quand il parle du livre, en octobre c’est la période des beaux livres où paraissent des tonnes de livres impressionnants par leur poids, leur nombre de pages, leur grand format, plus ou moins intéressants, souvent fort cher et souvent aussi dix fois plus cher que des ouvrages magnifiques de la fin du XIXème ou du début du XXème, qui feraient, puisqu’il s’agit de présents, des cadeaux autrement somptueux.

 

Pour l’anniversaire d’un ami à qui je voulais offrir un truc pour son anniversaire, il y a quelques temps, il est photographe et je savais sa passion pour la marine, je n’ai eu qu’une hâte, retrouver l’exemplaire de « La France au travail » consacré à la marine.

 

Il n’a pas ouvert son paquet le soir même mais quatre jours après, m’a laissé un message ému. Ca valait le coup que je me casse la tête.

 

Si je n’avais su l’avoir de vers moi, je sais que je l’aurais cherché car je savais que ça lui plairait, il fallait aussi que ce soit un photographe très différent de son style à lui mais riche en enseignement. Et je n’aurais pas pu, pour raison de coût, acheter la collection complète que vendait il n’y a pas longtemps Denis Ozannes, mais pour les anniversaires prochains de mon camarade qui a un certain nombre de passions hors la photographie, je sais déjà quel volume suivant de « La France au Travail » j’offrirai.

 

Quand j’étais enfant, ils étaient dans la bibliothèque familiale, je ne les ai pas souvent feuilleté jeune car l’idée de travail ne me plaisait guère, c’était les années 60, on nous parlait d’efforts et ça nous ennuyait par avance, quand je l’ai retrouvé je me suis dit que j’allais le garder, et puis non, je ne l’ouvrais jamais, il valait mieux l’offrir à un ami qui lui l’ouvrira souvent.

 

Du destin des livres en somme autour de ce qui pourrait être une simple chronique mais qui est bien davantage, comme souvent avec « Le Magazine du Bibliophile », s’envoler autour d’une idée.

LA BIBLIOTHEQUE DE BEBEL

jeudi 1 juillet 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

17ème PARTIE

 

Dans les livres qui ne seront peut-être jamais réédités et qui devraient l’être, il y a l’admirable « histoire du far west » au cinéma de Jean-Louis Rieupeyrout qui était publié aux éditions du Cerf, éditeur catholique de qualité, dans la collection « Septième Art », « La grande aventure du western 1894-1964 », ouvrage mince mais prodigieux qui parle de l’Ouest comparé à l’Ouest du cinéma avec une connaissance quasi encyclopédique. Je ne saurais m’empêcher de vous en citer quelques phrases.

 

Il s’agit d’un jugement de Roy Bean, oui le juge qui devint un personnage dans « Lucky Luke », cette série dont on oublie qu’elle était aussi un western de qualité de la part d’un auteur américanophile qui en connaissait bien la mythologie et la réalité, presque l’équivalent (avec un trait plutôt à la Dick Tracy), quelque part, de « Blueberry », ici le juge Roy Bean fait preuve d’un humour macabre digne de certains poètes du XIXème siècle, de Charles Cros et même, dans son envolée lyrique, de Tristan Corbières.

 

« Carlos Roblès, cette cour a découvert que vous étiez accusé d’une offense grave contre la paix et la dignité de la loi de l’ouest des Pecos et de l’Etat du Texas, à savoir : vol de bétail. Coupable ou non coupable ? (Incapable de comprendre un mot d’anglais, le malheureux Mexicain Roblès grommela quelque chose).

 

« La Cour accepte que vous plaidiez coupable. Le jury maintenant va délibérer… Gentlemen, votre verdict est-il prêt ? (Les douze citoyens, indescriptibles, s’éclaircissent la gorge à l’unisson : « Prêt, Votre Honneur »).

 

« Merci, Messieurs, Debout, Carlos Roblès, pour entendre le verdict. Carlos Roblès, vous avez été jugé par douze hommes véritables et bons, non de vos pairs, mais qui vous dépassent comme le ciel dépasse l’enfer ; ils vous ont déclaré coupable de vol de bétail.

 

« Le temps passera, les saisons viendront puis disparaitront : le printemps avec son herbe verte doucement ondulée et son abondance de fleurs odorantes sur chaque colline, en chaque vallon ; l’été accablant avec son voile de chaleur étincelant sur l’horizon calciné ; l’automne avec sa lune dorée, ses collines bruissantes et mordorées sous le soleil couchant ; enfin l’hiver avec son vent pleurnichard et mordant, et la terre enneigée. Mais vous ne serez plus là pour voir tout cela, Carlos Roblès ; vous n’en aurez pas un fichu coup d’œil parce que cette cour ordonne que vous soyez conduit vers l’arbre le plus proche et pendu par le cou jusqu’à ce que vous soyez mort, mort, mort, espèce de boue au teint d’olive ».