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Interview Pierre Gabus - l'Extravagante croisière de Lady Rozenbilt

mardi 22 octobre 2013

A l'occasion de la sortie de L'Extravagante croisière de Lady Rozenbilt, Pierre Gabus nous fait quelques révélations sur cette nouvelle création.
On en profite pour revenir d'abord sur Cité 14.

Vous avez remporté l’an dernier le « prix de la meilleure série » à Angoulême. Cela a-t-il eu un effet particulier sur votre travail d’auteur ?

Non. A ma grande surprise, ça n'a pas eu la moindre influence sur mes conditions de travail ni sur mon statut dans le métier. A tel point que j'ai plutôt l'impression d'être moins sûr de moi qu'auparavant. Ceci dit, recevoir un prix important est vraiment plaisant et la joie sur le moment est vraiment très intense.

L’Extravagante croisière est issue de l’univers de Cité 14, qui mêle des éléments appartenant à différents genres littéraires (les animaux pour la littérature jeunesse, les extraterrestres pour la fiction, les superpouvoirs pour le comics, la critique sociale pour le polar etc.). Vous ne vous refusez rien ?

Tout à fait, on ne se refuse rien. C'est même en partie l'intérêt du projet. Dès le départ, on a fait le pari de mélanger tous ces genres et d'en sortir quelque chose qui serait à la fois truculent et cohérent. Et à partir de ce même principe, on voulait que ça castagne, que ce soit drôle, que ce soit émouvant, que ce soit déjanté, qu'il y ait des histoires d'amour et de la critique sociale. Je pense qu'on n'est pas très loin d'avoir réussi.


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En tant que scénariste et
dessinateur, quels sont vos points forts et vos points faibles ?

En tant que scénariste je pense que mon point fort est de ne pas avoir peur de flirter avec le ridicule, de ne pas chercher à mettre du second degré quand la scène est proche du mélo ou du grotesque. C'est une petite prise de risque car du coup je ne fais pas le petit clin d'oeil intelligent au lecteur pour lui dire « N'ayez pas peur les amis, c'est juste pour vous faire rire, je sais bien que ça ne se peut pas ».

Mais je préfère prendre ce risque de passer pour un peu bête car en revanche, si je réussis mon coup, l'histoire tient véritablement debout et on s'attache pour de vrai aux personnages (alors que les péripéties sont tout de même plutôt incongrues et les personnages tout à fait improbables). Le pire dans tout ça, c'est que je n'ai même pas à me forcer : quand le castor est chez sa voyante et qu'il pleure parce que le verre à pied qui lui servait à communiquer avec son épouse défunte se « suicide » en se jetant contre le mur, j'ai vraiment de la peine pour lui...

Quant à la grande force de Romuald, c'est de faire jouer ses personnages avec la même sincérité. On y croit d'un bout à l'autre. Les animaux costumés, les humains, les extraterrestres, les super-héros : chacun a sa vie propre, sa démarche, sa voix et son odeur. Ils sont tous bel et bien vivants, ce ne sont pas seulement des images léchées. Son style n'est pas le plus spectaculaire du marché mais l'univers qu'il dessine est magnifiquement crédible.


Quelles ont été vos principales sources d'inspiration pour l’Extravagante croisière de Lady Rozenbilt ?

Pour faire chauffer mes méninges au début de ce nouvel album, j'ai regardé pas mal de livres de photos de la première moitié du XXe siècle. Il y en avait notamment un qui s'intéressait à la condition féminine. Les photos étaient légendées par des extraits de journaux d'époques. Je n'ai pas pu m'empêcher de reproduire une ou deux perles écrites par des gens « érudits » sur les activités conseillées aux femmes (et sur les méfaits des machines à coudre électriques sur la santé des malheureuses couturières).

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Pourquoi avoir choisi Bigoodee comme personnage principal ?

Bigoodee est un personnage qui conservait de nombreuses parts d'ombre à la fin des deux premières saisons de Cité 14, dont il est issu. On connaissait ses trois sœurs (deux sont religieuses et la troisième actrice) et dans un flash-back, on avait vu sa fascination lorsqu'enfant il avait découvert les supers-pouvoirs de son père. Il y avait également l'ébauche de sa relation avec Suzy, son assistante, qu'on devinait amoureuse. Bref, quelques petites choses qui méritaient plus d'éclaircissement. Le risque tenait par contre à son accent anglais qui risquait d'être soûlant sur 114 pages. Sans renier ce qu'on a fait auparavant, on a essayé de ne pas trop en rajouter sur ce point et de le faire un peu plus taiseux dans les scènes se déroulant durant son adolescence. Mais Bigoodee n'est pas seul dans cette histoire. Il y a également beaucoup de nouveaux personnages qui me semblent dignes d'intérêt.

Dans cette nouvelle création, il est aussi question de relations amoureuses et de rapports familiaux. Est-elle pour autant moins critique et engagée que la précédente ?

Je ne pense pas. L'histoire tourne beaucoup autour d'une milliardaire qui n'est pas véritablement antipathique mais qui ne se refuse rien, de son insupportable neveu et de ses invités pas toujours aussi intéressants qu'ils se l’imaginent. Mais j'espère que ce n'est pas trop stéréotypé : là encore, je m'attache aux personnages... même les plus idiots.

L’Extravagante croisière est une oeuvre indépendante. Pensez-vous qu’elle s’adresse à un public plus large que votre précédente oeuvre, Cité 14 ?

Dans mon esprit, les saisons 1 et 2 de Cité 14 s'adressaient déjà à un vaste public. Pour moi, Cité 14 c'est du pur divertissement pas trop bête, point final. Mais visiblement j'ai tort car c'est plutôt perçu comme de l'underground. A l'heure d'aujourd'hui, je ne crois plus vraiment que ça devienne un best-seller. Je rêve plutôt que ça soit un truc qui reste dans les mémoires de ceux qui l'ont lu. Une carrière sur la durée du genre de celle du Félix de Maurice Tillieux me ravirait (là, j'ai conscience de dire quelque chose de très prétentieux). Ceci dit, je pense que c'est dans l'optique d'attirer davantage de lecteurs que les Humanoïdes Associés ont décidé de mettre en couleurs ce tome. Si ça fonctionne, je serai bien sûr très content.


Avez-vous d’autres projets ?

Je viens de terminer deux histoires courtes (8 et 6 planches) qui n'ont pour l'instant pas de dessinateur et je travaille sur un album 46 planches tout public (une histoire qui se termine en un volume mais qui peut devenir le premier tome d'une série). J'ai également un projet tout public avec un dessinateur belge qui possède un superbe dessin... et avec Romuald, on a un petit projet en autoédition (des histoires indépendantes de 28 planches racontant les aventures d'une famille dans un univers là encore décalé).

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Tags : Interviews