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Interview de David Muñoz pour la Terre des Vampires T2 (partie 1)

mercredi 12 mars 2014

À l'occasion de la parution de Requiem, le second tome de La Terre des Vampires, nous avons posé quelques questions à son scénariste David Muñoz.

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Les vampires de La Terre des Vampires sont loin de l'image traditionnelle des vampires. Quelles ont été vos influences, tant littéraires que cinématographiques ?

Mon film de vampire préféré est Aux Frontières de l'Aube, réalisé par Kathryn Bigelow et co-écrit par Bigelow et l'un de mes scénaristes favoris, Eric Red (il a également écrit un autre film dans les années 80 qui a aussi eu une grosse influence sur mon travail et mon approche de l'écriture : Hitcher). Les vampires de Aux Frontières de l'Aube ne sont pas du tout glamours, ils n'habitent pas de château en Roumanie mais des motels au bord des routes, s'habillent de fripes sales et sont toujours en cavale, tels des hors-la-loi dans un western. Ils sont puissants, mais à la fois très fragiles, avec des pouvoirs de vampires loin de ceux que l'on retrouve dans les histoires classiques. Ils ne peuvent pas se changer en chauves-souris, disparaître ou voler. Ils sont juste très forts, et très rapides. Ils n'ont pas de plan pour asservir le monde : ils veulent juste survivre, et vivre un autre jour (ou nuit !).

J'aime aussi un autre film de vampire de cette époque : Génération Perdue, par Joel Schumacher sur un script d'un autre scénariste génial : Jeffrey Boam. Dans un sens c'est presqu'un film d'humour noir, mais les vampires de Génération Perdue sont également cruels et vicieux et, bien qu'ils puissent voler, ils sont très similaires à ceux de Aux Frontières de l'Aube. Je pense que ces deux films sont mes deux influences les plus présentes dans ma vision des vampires.

Mais j'aime aussi de nombreux autres films de vampires ! Je pense qu'Entretien avec un Vampire est super, par exemple. Et j'ai beaucoup apprécié le Dracula de Francis Ford Coppola. Je ne l'ai pas vu depuis longtemps, je redoute donc qu'il ait un peu vieilli, mais quand je l'avais vu au cinéma, je l'avais adoré. Pas forcément pour l'histoire, totalement différente de celle du roman de Stoker, mais plus pour toute l'esthétique du film, sa direction artistique, sa photo, la musique, les costumes ... Mais je ne pense pas que ces films ont influencé mon travail : ils sont trop stylisés. Et je ne suis pas convaincu par ces vampires romantiques.

Concernant la littérature, je ne suis pas un grand fan des livres de vampires. J'ai aimé Riverdream de George R.R. Martin et j'ai passé un bon moment en lisant les livres de Kim Newman, à propos d'une réalité alternative où les vampires contrôlent la Terre. Je recommanderai le premier de la série, Anno Dracula, à quiconque s'intéresse aux vampires. Plus récemment, j'ai apprécié la série Joe Pitt de Charles Huston, un mélange peu commun de thriller, de polar et d'histoires de vampire. Mais malheureusement, la plupart des livres sur les vampires sont de genre romantique et gothique, genres que je trouve indigestes. Et même si j'aime bien les romances, les histoires d'amour ... quand ça touche aux vampires, je veux qu'ils soient dangereux, des créatures nocturnes, d'un autre monde, et pas des ados gothiques en proie à un amour impossible.

Vous écrivez des histoires de monstres et avez participé, entre autres, à l'écriture du scénario de l'Échine du Diable de Del Toro... Vous êtes donc un des premiers témoins du renouveau de l'horreur en Espagne (je pense notamment à (REC), Les Autres, 28 Semaines Plus Tard...). Comment expliquez-vous ce certain regain d'intérêt pour ce genre d’histoires en Espagne ?

Je ne pense pas avoir de bonne réponse à cette question ! Peut être que les réalisateurs et scénaristes d'Espagne ont toujours été très intéressés par les films d'horreur et le fantastique. Pendant un long moment, le problème résidait dans le fait que les producteurs ne croyaient pas au caractère lucratif de ce genre de films. Et plus particulièrement les chaînes de télévision, qui ne les appuyaient pas (et en Espagne, n'espérez pas financer ne serait-ce qu'un moyen métrage sans l'aide de la télévision).

Je me souviens que, dans les années quatre-vingt-dix, un producteur m'a dit que personne ne voulait voir du fantastique et de l'horreur dans le cinéma espagnol, ça n'intéressait personne. J'ai écrit un script fantastique pour lui, et après deux ans de travail acharné il m'a dit que le script était bon, mais qu'il n'allait pas le produire car il était sûr qu'il allait se plomber au box-office. Et puis Les Autres est sorti, suivi de (Rec), et les choses ont commencé à changer.

Je ne sais pas pourquoi il y a tant de réalisateur de films de genre ici, en Espagne. Mais le Sitges Film Festival, spécialisé dans l'horreur et le fantastique, a toujours été un gros truc ici. Paradoxalement, nous rencontrons parfois plus de succès à l'étranger. The Returned, le dernier grand film d'horreur espagnol, n'a pas été un succès ici, les critiques le qualifiant de simplement "passable". Mais les critiques américaines, où il vient de sortir, sont incroyables.

La narration de la Terre des Vampires est singulière : vous utilisez beaucoup de flash-back, vous préférez multiplier les vignettes que les grands dessins. Est-ce un parti pris de votre dessinateur, ou un choix commun ?

C'est quelque chose que nous avions tous deux voulu. Nous voulions donner au lecteur une expérience de lecture très dense, ou au moins le plus dense que nous le pouvions, selon le format que nous utilisions. Parfois, je lis des bande-dessinées et je trouve le scénario trop superficiel. Je n'apprécie pas seulement les beaux livres, mais aussi les livres qui me plongent dans un nouveau monde fascinant. Concernant les flash-backs, nous sommes dans la même stratégie. Je voulais que les lecteurs comprennent pourquoi les personnages agissent de telle manière dans le présent, non seulement le comprendre logiquement mais aussi émotionnellement. Et pour "ressentir" l'histoire, vous devez la voir dramatisée. Une histoire simplement racontée, ce n'est pas assez.

Ne ratez pas la seconde partie de l'interview qui arrive bientôt !


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Tags : Interviews