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"Le Masque de Fudo" : interview de Saverio Tenuta

vendredi 26 février 2016

Nobu Fudo est l'un des principaux antagonistes de La Légende des Nuées Écarlates. Pourquoi avoir choisi de lui consacrer une nouvelle série ?

Quand j'ai commencé à écrire La Légende des Nuées Écarlates, j'avais une vision de base du personnage de Fudo très différente de ce qu'il est devenu ensuite. Je ne m'étais pas posé le problème de qui il était, ni d'où venait ce ninja-samouraï ambigu. Mon idée était surtout de raconter l'histoire d'un guerrier impitoyable visuellement attrayant.

J'ai reçu de nombreux commentaires et questions des lecteurs à propos de Fudo. Ce qui est étonnant, c'est qu'il n'est pas un ennemi antipathique (comme par exemple le général Kawakami). Son visage, ce en quoi il croit (la loi de la chair), et son nom même semblent témoigner d'un passé obscur. Je me suis rendu compte que j'avais créé un personnage simple seulement en apparence. Nobu Fudo était une boîte fermée à la forme bizarre, et automatiquement m'est venue l'obsession d'en découvrir le contenu.

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Quels autres personnages des Nuées Écarlates aimeriez-vous développer et pourquoi ?

Dans La Légende des Nuées Écarlates, on aperçoit sur quelques pages Fudo avec trois ninjas : Akajita, Tenaga et Kurobozu. Ceux-ci m'ont intrigué ne serait-ce que par leurs noms. J'ai donc décidé qu'ils devaient absolument faire partie de l'histoire du Masque de Fudo.

Il faut aussi se rappeler que j'écris en même temps Izunas, un autre spin-off qui m'a conduit à développer l'univers des Nuées Écarlates. Même si je cherche à faire en sorte que chacune de mes séries puisse se lire de façon autonome, j'ai senti la nécessité de développer une trame sous-jacente cohérente qui s'appuie sur des piliers communs à toutes les séries. L'un de ces piliers est le personnage du shôgun. Je ne peux malheureusement pas vous en dire plus car cette trame sous-jacente que je suis en train de créer implique tout l'univers et donc inévitablement les albums qui sont encore en cours de création.


Vous travaillez aussi bien seul qu'en collaboration avec d'autres auteurs. Quelles sont les différences entre ces deux techniques de travail ?

Il y a bien entendu une différence entre les deux façons de travailler. Seul, j'ai tendance à me perdre dans des idées compliquées. Je tombe souvent dans la recherche de quelque chose qu'il m'est difficile de saisir. Des émotions, une atmosphère et des rythmes narratifs qui existent peut-être seulement dans ma tête et dont je n'ai pas toujours une vision claire.

Quand j'écris Izunas pour Carita Lupattelli, j'essaye de travailler dans le sens de ses qualités stylistiques. Les mêmes idées compliquées qui s'agitent dans ma tête doivent être claires et bien décrites avant que je les lui soumette. En bref, je n'ai pas le choix, je dois être plus simple.


Quelle a été votre motivation pour réaliser Le Masque de Fudo seul ?

Pour répondre à cette question, je citerai Ryin Fujiwara : « les choix ne sont qu'une illusion ». Mon illusion est née quand j'étais enfant. Je voulais créer des bandes dessinées et je me suis perdu dans mes rêves. Mais je n'ai pas l'intention de retrouver mon chemin de sitôt.


Vous écrivez tous vos scénarios. Envisageriez-vous de laisser l'écriture du scénario à un autre auteur et de vous charger uniquement du dessin pour une future série en dehors des Nuées Écarlates ?

Bien sûr ! Mais à la condition que le scénariste ne se complique pas la vie comme je le fais !

Plus sérieusement, je ne voudrais pas perdre de vue le travail que j'ai fait avec les Nuées Écarlates, mais je serais aussi très heureux de faire quelque chose de différent. Encore faut-il trouver un scénariste qui me supporte !


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Comment cette nouvelle série va-t-elle se différencier des deux précédentes graphiquement ?

Sur La Légende Des Nuées Écarlates, j'ai utilisé une technique mixte qui implique l'utilisation de nombreux outils (comme l'aérographe). Carita Lupattelli en revanche a réalisé les planches d'Izunas en suivant une technique beaucoup moins contraignante puisqu'elle applique la couleur au pinceau. Pour moi, le résultat est parfaitement convaincant et m'a fait réfléchir.

Sur Le Masque de Fudo, j'ai ainsi abandonné la technique mixte dans le but d'arriver à un trait plus instinctif, simple et direct. Peut-être ai-je passé mon temps à chercher quelque chose qui était sous mes yeux. Mais la simplicité est une finalité, pas un point de départ.


Du point de vue du scénario ?

Je pourrais parler des différences techniques et me perdre en explication sur l'utilisation différente des didascalies ou des rythmes narratifs mais ne vous inquiétez pas, je ne le ferai pas ! Selon moi, la chose la plus importante est l'attitude différente que j'ai adoptée en écrivant les histoires.

La Légende des Nuées Écarlates est une histoire épique avec des personnages tourmentés et en recherche d'une identité perdue.

Izunas raconte une histoire qui se déroule dans un passé lointain. Le monde est vu à travers le regard d'une jeune déesse adolescente. Je voulais que le temps de l'histoire se rapproche de celui d'une fable.

Le Masque de Fudo en revanche est une histoire de pure vengeance qui amènera le personnage principal à une transformation cathartique sombre.  

Quand le ton d'une histoire est trouvé, les choix techniques liés au scénario en découlent automatiquement.


Quelle va être la place du fantastique par rapport au réalisme ?

Les éléments fantastiques ne peuvent être attrayants que s'ils s'appuient sur une base réaliste. Ce sont les éléments réalistes que le lecteur recherche, qu'il en soit conscient ou pas. Ils sont nécessaires pour s'immerger dans l'histoire et s'identifier aux personnages. Parmi ces éléments réalistes, ce que le lecteur préfère, sont les émotions humaines, les pulsions ataviques communes à tous. Les éléments fantastiques sont pour moi un moyen idéal pour amplifier ces émotions au n-ième degré. L'émotion n'est-elle pas le secret de la magie ?

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Cette série se base-t-elle sur des fondements historiques ?

On peut dire ça, oui. Mes idées tirent souvent leurs origines de la culture, des croyances religieuses et des situations historiques ou politiques du Japon féodal. La documentation fait naître en moi de nombreuses idées fascinantes, mais je dois aussi composer avec mes limites. La culture et la mentalité japonaises sont plutôt complexes et très différentes de celles de l'Occident. Je ne suis pas un expert du Japon et loin de moi l'idée de me présenter comme tel.

Ce qui m'intéresse est de réussir à mettre au point mes sensations de façon à les rendre compréhensibles pour le lecteur. J'espère avoir créé l'illusion que le monde des Nuées Écarlates existe réellement dans un lointain passé. Peut-être que personne ne l'a encore remarqué mais dans mes histoires les personnages n'ont jamais dit qu'ils étaient au Japon ou comme le disent les japonais au « Nihon » (terre du soleil levant), sinon j'aurais créé une bande dessinée historique.


Quels sont vos travaux en cours ? Vos futurs projets ?

Je travaille en ce moment sur Le Masque du Fudo. Il reste trois tomes à dessiner ! Je travaille en même temps sur le second cycle d'Izunas. Il comptera deux tomes avec au dessin l'incomparable Carita Lupattelli !

En ce qui concerne le futur, je le vois de loin. Ce que je peux vous dire c'est que chaque fois que j'écris une histoire dans l'univers des Nuées Écarlates, il en ressort de nouveaux personnages et il n'y a jamais assez de pages pour pouvoir les décrire complètement. J'espère continuer parce que fondamentalement, c'est comme ça qu'est né Le Masque de Fudo.

Bonne lecture !

Tags : Interviews