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Nuées écarlates

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Dans cette section vous pouvez découvrir ou approfondir vos connaissances sur l'univers des Nuées Écarlates : la Légende, Izunas et Fudo.

Interview

Interview de Saverio Tenuta


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D'où vous vient ce goût pour l'art japonisant ? Est-ce lié à un événement particulier ?

J’ai toujours été fasciné par la culture orientale, mais j’ai approfondi ce sujet il y a quelques années seulement. En Italie, on étudie plutôt l’art occidental. J’ai commencé à m’y intéresser presque par hasard : on pensait écrire une histoire d’aventure et de samouraïs avec un ami et il s’est retiré du projet, sur lequel il devait être scénariste. J’ai repris l’histoire et j’ai essayé de comprendre la culture et l’art japonais pour mieux me l’approprier.

Ce qui me fascine le plus, ce sont les éléments très différents qui se mêlent et arrivent à cohabiter dans une même culture. Par exemple, les samouraïs, dont le but premier est de tuer, sont aussi des poètes. Tous les contrastes que la culture japonaise recèle me captivent.

L’une des grandes différences entre la culture occidentale et orientale est que dans la culture occidentale, nous séparons le bien et le mal et nous identifions le mal comme une entité. C’est évidemment lié à la religion. Alors que dans la culture orientale, chaque personnage est composé de caractéristiques liées au bien et au mal.

Dans Les Nuées écarlates, le personnage que je préfère est la princesse Ryin. Pour nous, elle représente le mal, mais c’est aussi une victime. Son humanité la rend particulièrement attachante, et la qualifier de « méchante » serait réducteur.

Ce jeu de contrastes me plaît parce qu’il rejoint ma personnalité.

Quelles ont été vos sources d'inspiration ?  

Une grande partie des bandes dessinées qui m’inspirent a été publiée par Les Humanoïdes Associés. Des auteurs comme Mœbius, Richard Corben, Philippe Druillet ou encore Enki Bilal m’impressionnent, à la fois d’un point de vue graphique et narratif. C’est pour cela que signer avec cette maison d’édition a été pour moi un accomplissement.

J’ai toujours eu envie d’écrire. J’ai commencé par des histoires courtes, puis j’ai commencé à écrire La légende des Nuées écarlates, ma première histoire longue. Pour la créer, je me suis inspiré de livres sur le scénario, dont beaucoup parlaient de cinéma.

J’ai trouvé une voix et une identité propres au fur et à mesure de l’écriture des livres, mes influences – le cinéma, la bande dessinée mais aussi les peintures japonaises – s’estompant petit à petit.

Au niveau cinématographique, mes « maîtres » sont David Cronenberg et Terry Gilliam. Je regarde beaucoup de films de science-fiction et de fantasy… Donc pour la structure des histoires, j’ai été plus influencé par le cinéma que par la BD. Terry Gilliam pour sa folie et son génie dans l’absurde, Cronenberg avec Existenz, pour l’exploration de notre lien avec la chair.

Mais je ne pense pas être un grand « technicien » du scénario… Quand j’invente une histoire, j’essaie de décrire des émotions. J’écris avec le cœur, je transforme ce que je ressens en scénario et en dessin.

Comment décririez-vous l'univers des Nuées écarlates à un néophyte ? 

Je ne suis pas la personne adéquate pour cela, je risque de spoiler les lecteurs !

J’ai commencé à écrire Les Nuées écarlates avec l’idée de créer une histoire très légère de cape et d’épée. Mais je ne suis pas une personne légère, donc je me suis peu à peu orienté vers des personnages plus complexes, qui vivent des drames intérieurs. Ce qui me plaisait, c’était parler d’émotions humaines. Le point de départ de ces trois séries, c’est la recherche de que nous sommes, ce que nous aimons, où nous allons… Chaque personnage fait face à ces questionnements, dans un contexte de fantasy japonaise.

Par exemple, la princesse Ryin a une blessure liée au rejet de son père, qui la rend très humaine. J’ai essayé de comprendre ce qu’elle pouvait ressentir.

Il m’est difficile de parler de ces histoires avec un certain recul. Je les ai écrites avec les tripes et leur conception m’a presque servi d’analyse ! J’ai exploré des problématiques qui me concernaient aussi. C’est une série centrée sur ses personnages, un récit choral dans lequel chacun d’eux a une importance propre.

Pour Izunas, il s’agit plus d’une fable. J’ai créé un univers à moi en partant de mythes japonais et en m’inspirant de la culture japonaise, que je me suis appropriée.

Pour Le Masque de Fudo, je suis parti du « méchant » de La Légende des Nuées écarlates et j’ai développé son histoire, pour montrer sa trajectoire et son destin obscur. On pourrait la comparer à l’exploration de la destinée d’Anakin Skywalker dans Star Wars, avec une quête basée sur une recherche identitaire, que ce soit en mettant un masque ou en l’enlevant.

Quoi qu’il en soit, tous les personnages font partie de moi et il y a une part de moi dans chacun d’eux.

Je pense qu’une histoire fantasy devient intéressante quand elle parle de nous-mêmes en tant qu’humains, à travers des manifestations surnaturelles. Lorsque l’on réussit à donner une signification à la magie, tout prend une dimension complexe et captivante. Cela permet aussi de comprendre nos états d’âme, qui peuvent être amplifiés à travers des éléments fantastiques.

Comment avez-vous construit l'univers des Nuées écarlates ? Aviez-vous prévu les trois séries dès le départ ?  

C’est arrivé peu à peu. Au départ, je pensais écrire seulement trois tomes. Mais je n’étais pas satisfait du développement de l’histoire avec le dernier, et j’ai pu, avec l’accord de l’éditeur, en écrire un quatrième.

Pour Izunas, Les Humanoïdes Associés ont signé pour deux volumes dans un premier temps, puis deux volumes supplémentaires.

Pour Le Masque de Fudo, on a directement signé pour quatre tomes.

Pour les Nuées, j’avais une vague idée de quoi la suite serait constituée et j’ai développé les intrigues au fur et à mesure, alors que pour Le Masque de Fudo j’ai dû écrire toute l’histoire d’une traite, pour assurer une cohérence au récit et aux personnages.

Au tout début, on ne savait pas que l’univers serait si grand. Mais comme les ventes étaient bonnes, j’étais ravi que l’on puisse continuer !

Quelles sont les grandes différences entre Izunas et Les Nuées écarlates ?

Dans l'histoire des Nuées il y avait un ton « épique » et en même temps une problématique très humaine. Les hommes doivent affronter chaque jour des forces qui leurs sont supérieures. Ils ne peuvent contrôler ce qui affecte leur destin, ni les petites choses, ni les grands évènements.

Avec Izunas le ton est plus féérique. J'y rapporte mon espoir d'emmener le lecteur vers un point de vue opposé, et force est de croire que les problèmes des kamis (NDLR : les esprits de la nature) ne sont pas si différents des nôtres.

Au fond, il n'y a que des hommes avec leurs croyances, leurs batailles et leurs actions, bonnes ou mauvaises, qui déterminent le destin des dieux et/ou des kamis.

Qu'est-ce que ça a changé pour vous de ne pas être au dessin sur Izunas ?

C'était très constructif. En réalisant les storyboards, je pensais aux conseils à donner à la dessinatrice. Quand je travaille sur mes propres planches, j'ai tendance à vouloir absolument que chaque cadrage, chaque solution graphique, reflète, en les clarifiant, l'enchevêtrement de mes sensations et de mes émotions. Dans le cas de Izunas, j'ai essayé de simplifier et de ralentir la narration pour laisser à Carita l'espace de créer avec ses magnifiques couleurs une atmosphère où le temps apparaît comme suspendu.

Si vous deviez conseiller un ordre de lecture, serait-il l'ordre des parutions (Nuées, Izunas, Fudo), ou celui de la chronologie narrative (Izunas, Fudo, Nuées) ? 

C’est assez relatif. Les histoires peuvent être lues indépendamment, même si elles font parfois référence les unes aux autres.

Je conseillerais de les lire dans l’ordre de publication, parce que les livres ont été conçus comme cela. Il y a des éléments d’Izunas qui trouveront une résonance plus grande chez les lecteurs s’ils lisent cette série après La Légende des Nuées écarlates, par exemple. Ce n’est pas grave de ne pas connaître la référence en question, mais cela rend la lecture plus plaisante. Après, rien n’empêche de choisir un ordre différent.

Le Masque de Fudo et Izunas ne sont pas des œuvres que je considère comme plus matures, mais elles parlent d’un moi plus proche, qui succède à celui des Nuées. Suivre l’ordre de publication permet de capturer le parcours artistique de l’auteur, plutôt que de choisir l’ordre de la chronologie narrative, qui rendrait peut-être l’ensemble de l’œuvre plus banal… Fudo est la création d’un Saverio plus actuel. Chaque auteur se raconte à travers son œuvre, c’est inévitable. Est-ce qu’un lecteur pourrait avoir l’impression que j’ai régressé en lisant ces séries dans l’ordre chronologique ? Je ne sais pas…


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Merci !




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